{"id":11716,"date":"2019-07-13T08:12:00","date_gmt":"2019-07-13T06:12:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-avignon-amitie-d-irene-bonnaud-la-farce-fresque-pour-voir-l-humanite\/"},"modified":"2023-06-23T23:42:42","modified_gmt":"2023-06-23T21:42:42","slug":"article-avignon-amitie-d-irene-bonnaud-la-farce-fresque-pour-voir-l-humanite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11716","title":{"rendered":"\u00ab Amiti\u00e9 \u00bb d\u2019Ir\u00e8ne Bonnaud : une farce-fresque pour voir l\u2019humanit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le Festival d\u2019Avignon, c\u2019est un festival de th\u00e9\u00e2tre. Mais pas que. Du 4 au 28 juillet, on y pense, on y danse, on y joue, on y crie, on y d\u00e9bat. Mais pour quoi faire ? Pablo Pillaud-Vivien est all\u00e9 voir \u00ab Amiti\u00e9 \u00bb, un spectacle d&#8217;Ir\u00e8ne Bonnaud dans la salle Roger Orlando \u00e0 Caumont-sur-Durance.<\/p>\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre est une rencontre curieuse et fragile entre des ambitions naturelles et l\u00e9gitimes \u2013 faire et refaire le monde, le d\u00e9truire et le reconstruire \u00e0 l\u2019identique ou diff\u00e9remment \u2013 et  l\u2019intelligible, dans sa virtuosit\u00e9, sa beaut\u00e9 et parfois sa vulgarit\u00e9. \u00ab Amiti\u00e9 \u00bb, mis en sc\u00e8ne par Ir\u00e8ne Bonnaud avec Fran\u00e7ois Chattot, Jacques Mazeran et Martine Schambacher, c\u2019est tout \u00e7a \u00e0 la fois. Et \u00e7a marche parfaitement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/culture\/article\/avignon-paris-vendu-de-danielle-simonnet-la-politique-pour-interroger-le\">\u00ab Paris vendu \u00bb de Danielle Simonnet : la politique pour interroger le th\u00e9\u00e2tre<br \/>\n<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ca marche d\u2019autant mieux que le spectacle s\u2019est donn\u00e9 les moyens de ses ambitions populaires. Las d\u2019une grandiloquence affect\u00e9e ou de blagues pour initi\u00e9s, c\u2019est du th\u00e9\u00e2tre de tr\u00e9teaux, dans son plus simple appareil \u2013 pas de grands d\u00e9cors mani\u00e9r\u00e9s, pas de costumes bourgeois, pas d\u2019accessoires pr\u00e9cieux. Juste une malle vide et des v\u00eatements sales. Mais pas besoin d\u2019autre chose pour mettre en magie un <em>road movie<\/em> fa\u00e7on fresque folle, imagin\u00e9e par Pier Paolo Pasolini et Eduardo De Filippo. <\/p>\n<h2>L\u2019ambition du th\u00e9\u00e2tre : d\u00e9crire la com\u00e8te<\/h2>\n<p>Et \u00e7a donne le th\u00e9\u00e2tre le plus ambitieux du monde : celui qui parle de miracles, qui poursuit des com\u00e8tes, qui voit le monde depuis l\u2019espace tout en pr\u00eatant l\u2019oreille \u00e0 ce qui se chuchote, qui laisse r\u00e9sonner les chants r\u00e9volutionnaires et qui joue au foot. Dans une truculence \u00e0 la fois \u00e9th\u00e9r\u00e9e et hyper pr\u00e9cise, dense comme une place napolitaine mais avec des accents beckettiens, de quoi parle-t-on ? D\u2019id\u00e9ologie.<\/p>\n<p><em>\u00ab L\u2019id\u00e9ologie est une com\u00e9die ; l\u2019homme, un roi-mage qui suit la com\u00e8te. \u00bb<\/em> Mais \u2013 et c\u2019est l\u00e0 toute la force du spectacle qui nous fait \u00e0 nouveau croire que le th\u00e9\u00e2tre n\u2019est pas tout \u00e0 fait une forme d\u00e9pass\u00e9e \u2013 l\u2019id\u00e9ologie n\u2019est pas vue comme une chim\u00e8re ou comme une b\u00eatise. Ou plut\u00f4t si : c\u2019est <em>\u00ab une connerie \u00bb<\/em> mais toute artificielle et fausse soit-elle, elle nous permet de d\u00e9couvrir le monde. Elle nous guide et aiguise notre curiosit\u00e9, nous fait traverser les mers et les continents et nous m\u00e8ne un peu n\u2019importe o\u00f9, en nous faisant rencontrer beaucoup de monde. Nier la puissance de cette id\u00e9ologie pour sombrer dans un pragmatisme terrien \u2013 qui n\u2019existe, en soi, pas \u2013 est une absurdit\u00e9.<\/p>\n<h2>Le th\u00e9\u00e2tre vraiment populaire<\/h2>\n<p>Il ne faut pas n\u00e9gliger l\u2019irr\u00e9alit\u00e9, le fantasm\u00e9 ou l\u2019id\u00e9e. Au th\u00e9\u00e2tre comme ailleurs. Mais il ne faut pas non plus oublier d\u2019en rire, surtout sur une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre. La vanit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience th\u00e9\u00e2trale vaut parce qu\u2019elle est une cassure dans la rigidit\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9. La farce permet cette transcendance tout en rendant compte de l\u2019humanit\u00e9. Elle est d\u2019une efficacit\u00e9 redoutable parce qu\u2019elle est accessible. Le rire, lorsqu\u2019il n\u2019est pas affect\u00e9, distanci\u00e9 ou m\u00e9prisant, est communicatif. Et c\u2019est ce qui se passe dans \u00ab Amiti\u00e9 \u00bb : le jeu des trois com\u00e9diens est iridescent et honn\u00eate \u2013 au sens o\u00f9 il ne se pare d\u2019artifices p\u00e9dants qui le noierait dans un genre.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e7a, le th\u00e9\u00e2tre populaire, vraiment populaire. Le spectacle n\u2019est d\u2019ailleurs pas sp\u00e9cifiquement destin\u00e9 aux festivaliers d\u2019Avignon tout en faisant partie de la programmation officielle. Pour y aller, pas de navette ou de bus : l\u2019objectif, c\u2019est que les habitants des villes alentours o\u00f9 se d\u00e9place le spectacle viennent le voir \u2013 et pas uniquement des Parisiennes et des Parisiens en goguette. L\u00e0, aux antipodes de la culture de masse, la metteuse en sc\u00e8ne Ir\u00e8ne Bonnaud nous propose, dans une salle municipale (o\u00f9 les <em>\u00ab extracteurs (sic) sont cass\u00e9s alors que \u00e7a fait des ann\u00e9es qu\u2019on dit au maire de les r\u00e9parer \u00bb<\/em>, parole de ma voisine) une couture, une bouture, un bonbon qui nous fait traverser le monde et les hommes et les femmes. <em>\u00ab Je n\u2019ai plus peur du th\u00e9\u00e2tre quand je vais voir une pi\u00e8ce comme \u00e7a \u00bb<\/em> glisse une femme \u00e0 la sortie du spectacle. S\u00fbrement se sent-elle aussi plus forte pour combattre les rigidit\u00e9s du monde. Parce que, comme dirait le messager hessois dans le pamphlet \u00e9ponyme de Georg B\u00fcchner : <em>\u00ab Veillons et armons-nous en pens\u00e9e. \u00bb<\/em> C\u2019est tout ce qui compte.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/pablo-pillaud-vivien-2445\"><strong>Pablo Pillaud-Vivien<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-11716 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/avignon-2-95b.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/avignon-2-95b-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"avignon-2.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Festival d\u2019Avignon, c\u2019est un festival de th\u00e9\u00e2tre. Mais pas que. Du 4 au 28 juillet, on y pense, on y danse, on y joue, on y crie, on y d\u00e9bat. Mais pour quoi faire ? Pablo Pillaud-Vivien est all\u00e9 voir \u00ab Amiti\u00e9 \u00bb, un spectacle d&#8217;Ir\u00e8ne Bonnaud dans la salle Roger Orlando \u00e0 Caumont-sur-Durance.<\/p>\n","protected":false},"author":1204,"featured_media":27833,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[357,405],"class_list":["post-11716","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-culture","tag-chronique","tag-theatre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11716","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1204"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11716"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11716\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/27833"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11716"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11716"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11716"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}