{"id":11712,"date":"2019-07-12T11:47:00","date_gmt":"2019-07-12T09:47:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-a-quoi-sert-le-theatre-chroniques-du-festival-d-avignon\/"},"modified":"2023-06-23T23:42:41","modified_gmt":"2023-06-23T21:42:41","slug":"article-a-quoi-sert-le-theatre-chroniques-du-festival-d-avignon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11712","title":{"rendered":"\u00ab Architecture \u00bb de Pascal Rambert : les esth\u00e8tes regardent le monde p\u00e9rir"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le Festival d&#8217;Avignon, c&#8217;est un festival de th\u00e9\u00e2tre. Mais pas que. Du 4 au 28 juillet, on y pense, on y danse, on y joue, on y crie, on y d\u00e9bat. Mais pour quoi faire ? Pablo Pillaud-Vivien est all\u00e9 voir \u00ab Architecture \u00bb, la pi\u00e8ce de Pascal Rambert dans la Cour d&#8217;Honneur du Palais des Papes.<\/p>\n<p>Sur la sc\u00e8ne de la Cour d\u2019Honneur du Palais des Papes, \u00e0 Avignon, neuf femmes et hommes blancs dans des costumes chics et blancs sur une sc\u00e8ne immacul\u00e9e blanche. Beaucoup de stars. Les classiques chez le metteur en sc\u00e8ne et auteur Pascal Rambert : Emmanuelle B\u00e9art, Stanislas Nordey, Denis Podalyd\u00e8s, Audrey Bonnet, Laurent Poitrenaux. Et les nouveaux : Jacques Weber, Pascal R\u00e9n\u00e9ric, Anne Brochet. Avec leur diction savante \u2013 que d\u2019aucuns jugent affect\u00e9e \u2013, avec leurs mouvements pr\u00e9cis et pr\u00e9cieux, ils incarnent ce que le th\u00e9\u00e2tre public bourgeois et <em>progressiste<\/em> produit de plus flamboyant.<\/p>\n<p>\u00ab Architecture \u00bb, c\u2019est une r\u00e9flexion philosophico-historique esth\u00e9tico-rococo : autour des cataclysmes qu\u2019ont \u00e9t\u00e9 les deux guerres mondiales, on s\u2019interroge sur la famille et le couple, la jouissance et la modernit\u00e9, le langage et la v\u00e9rit\u00e9. On saute d\u2019un sujet \u00e0 l\u2019autre comme pour mieux noyer la r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019impossible question pourtant paradoxalement centrale dans la pi\u00e8ce : <em>le th\u00e9\u00e2tre peut-il apporter une quelconque solution \u00e0 quoique ce soit ?<\/em><\/p>\n<h2>Conventions bourgeoises et Europe en guerre<\/h2>\n<p>La famille bourgeoise qui nous est donn\u00e9e \u00e0 voir est structur\u00e9e autour de Weber, une sorte de patriarche p\u00e8re de famille architecte, chantre d\u2019un pass\u00e9 engloriol\u00e9, aristocrate conservateur et tyrannique. Autour de lui, sa famille compos\u00e9e d\u2019intellectuels revendiqu\u00e9s, esth\u00e8tes et po\u00e8tes, psychanalystes, musiciens et journalistes. Chacun essentialis\u00e9 dans son statut, dans son caract\u00e8re. Et c\u2019est la panique car le monde br\u00fble autour d\u2019eux : la guerre, les guerres approchent. Et ils le sentent.<\/p>\n<p>Sauf que, comme souvent dans les textes et les mises en sc\u00e8ne de Pascal Rambert, rien n\u2019est v\u00e9ritablement nomm\u00e9, les causes ne sont pas identifi\u00e9es, les cons\u00e9quences pas \u00e9tablies. Le fascisme rampant appara\u00eet comme une n\u00e9buleuse informe, les propositions pour en sortir sont tues ou r\u00e9duites \u00e0 une sorte de progressisme flou et inop\u00e9rant. On nous annonce une fin du monde tel qu\u2019on le connaissait, tel qu\u2019on le ch\u00e9rissait (et c\u2019est peut-\u00eatre une partie du probl\u00e8me) mais finalement, on se demande si ce n\u2019est pas aussi une fin de ce th\u00e9\u00e2tre que la pi\u00e8ce nous propose aussi.<\/p>\n<p>La s\u00e9quence politico-sociale dans laquelle nous sommes actuellement nous interdit de rester les bras crois\u00e9s : les \u00e9lites d\u00e9connect\u00e9es qui se repaissent de concepts, qui s\u2019auto-arrogent la destin\u00e9e des mondes, qui se sont accapar\u00e9es tous les outils de l\u2019Etat comme de l\u2019intime, ont-elles encore le droit de parler d\u2019\u00e9galit\u00e9 ou de s\u2019effrayer du fascisme ? C\u2019est ce que nous propose la pi\u00e8ce : dans le cadre apais\u00e9 de la Cour d\u2019Honneur, des com\u00e9diens dinent en costumes chics et dissertent sur leur propre vie qui est cens\u00e9e refl\u00e9ter l\u2019\u00e9tat du monde. <\/p>\n<h2>Le th\u00e9\u00e2tre et la r\u00e9volution ?<\/h2>\n<p>Sur l\u2019\u00e9tat du monde en 1911 mais que l\u2019on sait en r\u00e9cidive. <em>\u00ab Nous sommes des artistes, des intellectuels et des travailleurs et nous suivons le troupeau. \u00bb<\/em> Le constat de l\u2019impuissance de cette famille face au monde qui se gorge de haine, aux nations qui deviennent guerri\u00e8res et aux peuples qui aspirent au sang, est catastrophique de l\u00e2chet\u00e9 : c\u2019est leur statut qui les emp\u00eache. Parce qu\u2019\u00e9videmment, il est impossible pour l\u2019artiste ou pour l\u2019architecte bourgeois de sortir de son essence. C\u2019est l\u2019alerte que nous lance le metteur en sc\u00e8ne et auteur Pascal Rambert. Mais peut-on s\u2019en contenter ?<\/p>\n<p>Quelle pertinence \u00e0 la grandiloquence ? Peut-on encore croire que la parole, sur une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre, peut \u00eatre performative, c \u2018est-\u00e0-dire qu\u2019elle peut r\u00e9aliser elle-m\u00eame ce qu\u2019elle \u00e9nonce ? L\u2019histoire du th\u00e9\u00e2tre accompagne parfois l\u2019histoire des peuples, il catalyse ses aspirations, remplit ses forces, participe de l\u2019\u00e9mancipation. Souvent, il n\u2019est que l\u2019outil servile du pouvoir, un outil d\u2019ab\u00eatissement maniaque des masses. Ici, ce n\u2019est ni l\u2019un ni l\u2019autre. Le th\u00e9\u00e2tre de Rambert aimerait mieux se placer aux avant-postes de la r\u00e9volution qu\u2019\u00e0 l\u2019avant-garde de l\u2019art. Mais il n\u2019est que le haut-parleur d\u2019une terrible r\u00e9alit\u00e9 : on peut faire rire sur une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre, on peut faire pleurer, on peut y jouer avec les mots, y danser avec joie, y chanter avec tristesse. Mais qui peut croire encore qu\u2019on peut y faire la r\u00e9volution ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/pablo-pillaud-vivien-2445\"><strong>Pablo Pillaud-Vivien<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-11712 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/macron_loic-d3d.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/macron_loic-d3d-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"macron_loic.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Festival d&#8217;Avignon, c&#8217;est un festival de th\u00e9\u00e2tre. Mais pas que. Du 4 au 28 juillet, on y pense, on y danse, on y joue, on y crie, on y d\u00e9bat. 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