{"id":11710,"date":"2019-08-23T08:56:00","date_gmt":"2019-08-23T06:56:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-la-non-mixite-a-t-elle-droit-de-cite\/"},"modified":"2023-06-23T23:42:41","modified_gmt":"2023-06-23T21:42:41","slug":"article-la-non-mixite-a-t-elle-droit-de-cite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11710","title":{"rendered":"La non-mixit\u00e9  a-t-elle droit de cit\u00e9 ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Cinquante ans apr\u00e8s le Mouvement de lib\u00e9ration des femmes, la non-mixit\u00e9 politique est une strat\u00e9gie qui divise plus que jamais. Pourquoi est-elle jug\u00e9e si mena\u00e7ante lorsqu\u2019elle est revendiqu\u00e9e par des femmes, et plus encore aujourd\u2019hui par des personnes \u00ab racis\u00e9es \u00bb\u00a0? <\/p>\n<p>Des ateliers r\u00e9serv\u00e9s aux femmes noires. Voil\u00e0 ce qui a mis le feu aux esprits au printemps dernier. Le collectif Mwasi \u2013 qui signifie \u00ab fille \u00bb ou \u00ab femme \u00bb en lingala, langue parl\u00e9e en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo \u2013 \u00e9tait alors dans les pr\u00e9paratifs du festival \u00ab afrof\u00e9ministe \u00bb Nyansapo accueilli cet \u00e9t\u00e9 par la ville de Paris. Et les organisatrices avaient pr\u00e9vu de mettre en place quelques espaces de discussion non-mixtes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/idees\/article\/comment-est-on-passe-de-l-arabe-au-musulman\">Comment est-on pass\u00e9 de \u00ab l\u2019arabe \u00bb au \u00ab musulman \u00bb ?<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En deux temps, trois mouvements, la pol\u00e9mique a enfl\u00e9. Premi\u00e8re \u00e0 s\u2019enflammer, la fachosph\u00e8re. Puis \u00e0 son tour, la Licra a d\u00e9nonc\u00e9 un festival <em>\u00ab\u00a0interdit aux Blancs\u00a0\u00bb<\/em>, qui se complairait selon SOS Racisme <em>\u00ab\u00a0dans la s\u00e9paration ethnique\u00a0\u00bb<\/em>. Comme \u00e0 son habitude, l\u2019essayiste Caroline Fourest s\u2019est pour sa part attaqu\u00e9e \u00e0 <em>\u00ab\u00a0un f\u00e9minisme communautaire, simpliste et dangereux\u00a0\u00bb<\/em>, tandis qu\u2019\u00c9lisabeth L\u00e9vy, r\u00e9dactrice en chef du journal <em>Causeur<\/em>, a d\u00e9plor\u00e9 <em>\u00ab\u00a0une fa\u00e7on raciste d\u2019aborder l\u2019antiracisme\u00a0\u00bb<\/em>. Plus \u00e9tonnant, l\u2019\u00e9lue socialiste Anne Hidalgo s\u2019en est m\u00eal\u00e9e. Ainsi la maire de Paris a-t-elle menac\u00e9 de contacter le pr\u00e9fet de police pour faire interdire l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Avant de r\u00e9trop\u00e9daler. <em>\u00ab\u00a0C\u2019est bien la premi\u00e8re fois qu\u2019une \u00e9lue de gauche parle d\u2019interdiction de r\u00e9unions non-mixtes, dont on sait qu\u2019elles devaient se tenir dans un espace priv\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>, s\u2019\u00e9trangle la politologue et militante Fran\u00e7oise Verg\u00e8s.<\/p>\n<p>L\u2019an pass\u00e9, \u00e0 Reims, un s\u00e9minaire de formation \u00e0 l\u2019antiracisme baptis\u00e9 Camp d\u2019\u00e9t\u00e9 d\u00e9colonial, r\u00e9serv\u00e9 <em>\u00ab\u00a0aux personnes subissant \u00e0 titre personnel le racisme d\u2019\u00c9tat en contexte fran\u00e7ais\u00a0\u00bb<\/em>, avait d\u00e9j\u00e0 fait couler beaucoup d\u2019encre. \u00c0 l\u2019Assembl\u00e9e, interpell\u00e9e par le d\u00e9put\u00e9 Bernard Debr\u00e9, l\u2019ancienne ministre de l\u2019\u00c9ducation nationale Najat Vallaud-Belkacem avait d\u00e9nonc\u00e9 <em>\u00ab\u00a0une vision racis\u00e9e et raciste de la soci\u00e9t\u00e9 qui n\u2019est pas la n\u00f4tre\u00a0\u00bb<\/em>. Ajoutant\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Ces initiatives sont insupportables parce qu\u2019au bout de ce chemin-l\u00e0, il n\u2019y a que le repli sur soi, la division communautaire et le chacun chez soi\u00a0\u00bb<\/em>. <\/p>\n<h2>Une rupture symbolique et th\u00e9orique<\/h2>\n<p>Est-ce parce que cette non-mixit\u00e9 est d\u00e9sormais revendiqu\u00e9e par des groupes \u00ab racis\u00e9s \u00bb qu\u2019elle d\u00e9range autant\u00a0?\u00a0Ou bien parce que la France est allergique aux revendications identitaires et aux outils qu\u2019elles se donnent\u00a0? Autrement dit, est-ce une sp\u00e9cificit\u00e9 hexagonale que de critiquer, au nom de l\u2019universalisme r\u00e9publicain, la strat\u00e9gie de l\u2019entre-soi\u00a0? Une chose est s\u00fbre, le proc\u00e9d\u00e9 ne laisse pas indiff\u00e9rent.<\/p>\n<p>En 2016, quand des f\u00e9ministes ont mis en place des commissions non-mixtes sur la place de la R\u00e9publique, pendant la Nuit debout, les associations f\u00e9ministes \u2013 hormis Ni putes ni soumises \u2013 se sont montr\u00e9es solidaires. Mais d\u2019aucuns ont quand m\u00eame eu du mal \u00e0 le dig\u00e9rer, \u00e0 commencer par <em>Le Figaro<\/em> qui leur a consacr\u00e9 un article titr\u00e9 \u00ab Nuit debout\u00a0: quand les hommes &#8220;blancs&#8221; et &#8220;cisgenres&#8221; [le contraire de transgenre] se font exclure \u00bb, suspectant cette initiative de sexisme \u00e0 l\u2019envers doubl\u00e9 de racisme anti-blanc. <em>\u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019heure actuelle, les tensions se focalisent sur les musulmanes et les femmes de couleur, mais d\u2019autres groupes ont subi les m\u00eames accusations de particularisme, d\u2019entre-soi et de communautarisme\u00a0\u00bb<\/em>, souligne l\u2019historienne Michelle Zancarini-Fournel.<\/p>\n<p>De telles attaques n\u2019ont en effet rien de nouveau. Dans les ann\u00e9es 1970, le MLF d\u00e9cide que ses assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales seront non-mixtes pour s\u2019\u00e9pargner les remarques sexistes, les insultes et autres tentatives d\u2019intimidation, et pour \u00e9viter que les hommes ne monopolisent la parole dans ces r\u00e9unions. <em>\u00ab\u00a0Quand elle a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e dans les ann\u00e9es 1970, la non-mixit\u00e9 du MLF a choqu\u00e9 l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9, y compris les f\u00e9ministes de la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente\u00a0\u00bb<\/em>, se souvient la sociologue Christine Delphy. <em>\u00ab\u00a0Car la non-mixit\u00e9 est la cons\u00e9quence d\u2019une rupture th\u00e9orique qui remet en cause les analyses ant\u00e9rieures sur la subordination des femmes. Avec le MLF, il n\u2019est plus question d\u2019une &#8220;condition f\u00e9minine&#8221; dont tous, femmes et hommes confondus, nous p\u00e2tirions \u00e9galement, mais de l\u2019oppression des femmes\u00a0\u00bb<\/em>, \u00e9crivait-elle dans <em>Le Monde diplomatique<\/em> en 2004.<\/p>\n<p>Alors que des hommes pouvaient auparavant se dire f\u00e9ministes, ce terme se trouve d\u00e8s lors r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 celles qui font l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019oppression dans leur chair. Pour pouvoir revendiquer l\u2019\u00e9tiquette, il ne suffit plus de compatir, il faut p\u00e2tir soi-m\u00eame des in\u00e9galit\u00e9s de sexe. Dans les manifestations, s\u2019affichent avec humour, souvent, des mots pour le dire\u00a0: \u00ab\u00a0Ne me lib\u00e9rez pas, je m\u2019en charge\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Une femme a autant besoin d\u2019un homme, qu\u2019un poisson rouge d\u2019une bicyclette\u00a0\u00bb, etc. Au d\u00e9but, ces groupes non-mixtes suscitent donc l\u2019incompr\u00e9hension, m\u00eame \u00e0 gauche. Certains leur reprochent notamment de mettre en avant une cause particuli\u00e8re et d\u2019affaiblir la lutte des classes.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Les revendications sp\u00e9cifiques des f\u00e9ministes ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s longtemps mises sous le boisseau dans les partis et les syndicats. Le Parti communiste, par exemple, a eu du mal \u00e0 prendre en compte les revendications sp\u00e9cifiques des femmes\u00a0\u00bb<\/em>, ajoute l\u2019historienne Michelle Zancarini-Fournel. N\u00e9anmoins, contrairement \u00e0 aujourd\u2019hui, la premi\u00e8re Coordination des femmes noires ne soul\u00e8ve pas tant de d\u00e9bats lors de sa cr\u00e9ation en 1978. <em>\u00ab\u00a0\u00c7a ne &#8220;comptait&#8221; pas. Elles n\u2019ont pas rencontr\u00e9 d\u2019hostilit\u00e9 ouverte, mais une indiff\u00e9rence\u00a0\u00bb<\/em>, rel\u00e8ve Fran\u00e7oise Verg\u00e8s. Ces Africaines et ces Antillaises qui ne se reconnaissent pas dans le MLF ne parviennent pas \u00e0 faire entendre leur voix. <\/p>\n<h2>Un probl\u00e8me fran\u00e7ais ?<\/h2>\n<p>La crainte de la non-mixit\u00e9 politique n\u2019est pas une sp\u00e9cificit\u00e9 fran\u00e7aise. Dans les ann\u00e9es 1960, les mouvements s\u00e9paratistes noirs aux \u00c9tats-Unis essuient d\u00e9j\u00e0 des critiques qui ne se sont pas \u00e9teintes depuis. Quand le SNCC, coordination d\u2019\u00e9tudiants non-violents, dit \u00e0 ses membres blancs qu\u2019ils ne sont plus les bienvenus, il provoque des r\u00e9actions indign\u00e9es. Son chef, Stokely Carmichael, lance le slogan \u00ab Black Power \u00bb qui devient le nom d\u2019un mouvement tr\u00e8s vite diabolis\u00e9 par les conservateurs, lesquels insistent sur son <em>\u00ab\u00a0radicalisme excessif\u00a0\u00bb<\/em>, comme le rappelle l\u2019historienne Caroline Rolland-Diamond dans <em>Black America<\/em>. <em>\u00ab\u00a0La non-mixit\u00e9 comme signe d\u2019un questionnement de l\u2019ordre social, avec pour objectif la justice sociale, qui est donc le fait de minorit\u00e9s, a toujours et partout \u00e9t\u00e9 per\u00e7u comme mena\u00e7ante\u00a0\u00bb<\/em>, affirme Fran\u00e7oise Verg\u00e8s.<\/p>\n<p>Il n\u2019emp\u00eache que la France occupe une place \u00e0 part. La r\u00e9probation contre les mouvements non-mixtes y est port\u00e9e par des milieux qui se veulent progressistes. Elle s\u2019articule \u00e0 la d\u00e9fense d\u2019une la\u00efcit\u00e9 ferm\u00e9e ainsi qu\u2019\u00e0\u00a0la d\u00e9nonciation du multiculturalisme, et trouve sa caution th\u00e9orique et politique dans un discours sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 r\u00e9publicaine. Des valeurs, une histoire, une culture lui servent de toile de fond\u00a0: <em>\u00ab\u00a0L\u2019insistance nouvelle sur la mixit\u00e9, qui rel\u00e8ve pratiquement de l\u2019injonction, est tr\u00e8s fran\u00e7aise. Elle est aussi plus affirm\u00e9e dans ce pays \u00e0 cause d\u2019une id\u00e9ologie qui voudrait faire croire que la non-mixit\u00e9 est un danger pour &#8220;l\u2019universalisme des Lumi\u00e8res&#8221; et qu\u2019elle d\u00e9boucherait in\u00e9vitablement sur des d\u00e9viances dites communautaristes\u00a0\u00bb<\/em>, ironise Fran\u00e7oise Verg\u00e8s. <em>\u00ab\u00a0Ces probl\u00e8mes se posent sous des formes plus exacerb\u00e9es en France car il existe un universalisme plus fort en terme d\u2019id\u00e9ologie dominante\u00a0\u00bb<\/em>, reconna\u00eet l\u2019historienne Danielle Tartakowsky. Et \u00e0 sa mani\u00e8re, elle en est l\u2019h\u00e9riti\u00e8re. <em>\u00ab\u00a0Les mouvements non-mixtes sont l\u2019illustration d\u2019une d\u00e9liquescence du sens commun, c\u2019est-\u00e0-dire du politique. Donc j\u2019y suis hostile philosophiquement et politiquement\u00a0\u00bb<\/em>, estime-t-elle.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, Danielle Tartakowsky a eu l\u2019occasion de s\u2019y confronter du temps o\u00f9 elle \u00e9tait pr\u00e9sidente de l\u2019universit\u00e9 Paris-8. Un groupe d\u2019\u00e9tudiants de cette facult\u00e9 implant\u00e9e \u00e0 Saint-Denis (93) avait mont\u00e9 un \u00ab collectif non mixte racis\u00e9 \u00bb, avec le soutien de quelques professeurs parmi lesquels la sociologue Nacira Gu\u00e9nif-Souilamas, lors du mouvement contre la loi Travail de Myriam El Khomri. Oppos\u00e9e \u00e0 la tenue d\u2019ateliers baptis\u00e9s \u00ab Paroles non-blanches \u00bb, Danielle Tartakowsky garde de cette confrontation un souvenir amer\u00a0: <em>\u00ab\u00a0L\u2019universit\u00e9 est par excellence le lieu qui doit permettre d\u2019\u00e9changer et de cr\u00e9er du sens commun. Elle n\u2019a pas \u00e0 abriter des mouvements non-mixtes. La notion de mixit\u00e9 est vieillie, mais le fait de d\u00e9battre ensemble, ce qui suppose d\u2019\u00eatre deux qui s\u2019\u00e9coutent, est fondamental. Quand il n\u2019y a plus de dispute au sens de Marivaux, c\u2019est mortel pour un universitaire\u00a0\u00bb<\/em>, juge-t-elle.<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9pouvantail de \u00ab l\u2019identit\u00e9 \u00bb<\/h2>\n<p>Mais force est de constater qu\u2019il est des espaces non-mixtes qui d\u00e9rangent plus que d\u2019autres. Les assembl\u00e9es d\u2019hommes qui sont encore la norme dans le monde de l\u2019entreprise, comme en de nombreux endroits, ne suscitent pas l\u2019indignation. C\u2019est que l\u2019universel qui se veut indiff\u00e9rent au genre comme \u00e0 la couleur de peau n\u2019est neutre qu\u2019en apparence. Au pays de la philosophe \u00c9lisabeth Badinter, qui estime qu\u2019<em>\u00ab\u00a0on a toujours int\u00e9r\u00eat \u00e0 mettre en avant nos ressemblances plut\u00f4t que nos diff\u00e9rences\u00a0\u00bb<\/em>, le mod\u00e8le masculin, blanc, h\u00e9t\u00e9rosexuel persiste en effet \u00e0 impr\u00e9gner le tissu social. Du coup, seules les populations qui perturbent cet ordre dominant sont somm\u00e9es de s\u2019ouvrir \u00e0 la diff\u00e9rence.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9vidence, cette injonction ne s\u2019applique pas \u00e0 tous. <em>\u00ab\u00a0Les cat\u00e9gories d\u2019individus ne sont pas toutes consid\u00e9r\u00e9es sous les m\u00eames auspices. Quand vous menez des recherches sur les femmes, on vous reproche de travailler sur un groupe &#8220;particulariste&#8221;, mais on ne s\u2019en offusque pas quand vous choisissez un objet d\u2019\u00e9tude comme les chr\u00e9tiens ou les gaullistes\u00a0\u00bb<\/em>, relate Michelle Zancarini-Fournel. <em>\u00ab\u00a0Personne n\u2019aurait le toupet de vouloir interdire des r\u00e9unions de toxicomanes anonymes au motif que les personnes qui ne se droguent pas n\u2019ont pas le droit d\u2019y aller\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em>, rench\u00e9rit Philippe Mangeot, ex-pr\u00e9sident d\u2019Act Up et co-auteur du film \u00ab 120 battements par minute \u00bb. En revanche, quand un de ses amis a d\u00e9cid\u00e9 de constituer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur un sous-groupe de gays, pas s\u00fbr que l\u2019initiative ait recueilli la m\u00eame adh\u00e9sion. Pourtant, explique Philippe Mangeot, <em>\u00ab\u00a0la structure m\u00eame de l\u2019\u00e9change de la parole dans ces r\u00e9unions fait que ce copain n\u2019avait pas envie de soup\u00e7onner la moindre homophobie chez les autres. Dans ce cas, renoncer \u00e0 la mixit\u00e9 repr\u00e9sente la condition d\u2019un \u00e9change juste et f\u00e9cond.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>La non-mixit\u00e9 des r\u00e9unions syndicales ne choque plus personne non plus, alors que selon Francis Dupuis-D\u00e9ri, professeur qu\u00e9b\u00e9cois en sciences politiques, elle rappelle le principe de certains rassemblements f\u00e9ministes\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Dans une assembl\u00e9e syndicale, on n\u2019invite pas le patron pour voter avec nous\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> Quoique r\u00e9prim\u00e9e \u00e0 ses d\u00e9buts, l\u2019id\u00e9e a fait son chemin et s\u2019est impos\u00e9e comme une \u00e9vidence \u00e0 mesure qu\u2019elle s\u2019institutionnalisait. <em>\u00ab\u00a0Quand on est membre d\u2019un syndicat, on ne met pas en avant une identit\u00e9 syndicaliste. Or c\u2019est ce mot d\u2019&#8221;identit\u00e9&#8221; qui repr\u00e9sente aujourd\u2019hui un \u00e9pouvantail en France\u00a0\u00bb<\/em>, analyse aussi Philippe Mangeot. Surtout, dans le climat actuel, quand il est revendiqu\u00e9 par des femmes \u00ab racis\u00e9es \u00bb. Que beaucoup se gardent d\u2019essentialiser leur identit\u00e9, rappelant que celle-ci s\u2019est construite dans une relation de domination, ne suffit pas \u00e0 att\u00e9nuer l\u2019accusation de racisme \u00e0 l\u2019envers. <\/p>\n<h2>Quel espace commun ?<\/h2>\n<p><em>\u00ab\u00a0L\u2019exclusion des femmes comme sujets politiques s\u2019aggrave ici du fait que s\u2019y ajoutent des revendications propres aux minorit\u00e9s de couleur\u00a0\u00bb<\/em>, r\u00e9sume Michelle Zancarini-Fournel. Dans les pays anglo-saxons qui revendiquent leur multiculturalisme, la question de la non-mixit\u00e9 se pose en toute logique de mani\u00e8re moins aigu\u00eb. Cette diff\u00e9rence est d\u2019ailleurs assum\u00e9e en France, au point que\u00a0le mod\u00e8le am\u00e9ricain fonctionne ici comme un repoussoir\u00a0: on peut \u00eatre fascin\u00e9 par le c\u00f4t\u00e9 romanesque de Malcolm X et rejeter en m\u00eame temps le \u00ab communautarisme \u00bb des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>Pour Danielle Tartakowsky, <em>\u00ab\u00a0l\u2019universalisme conserve sa pertinence, \u00e0 condition de le repenser fondamentalement et de partir des diff\u00e9rences pour penser ce que les hommes et les femmes ont en commun\u00a0\u00bb<\/em>. Reste \u00e0 savoir comment cr\u00e9er cet espace commun capable d\u2019abriter des identit\u00e9s plurielles. <em>\u00ab\u00a0La non-mixit\u00e9 doit \u00eatre envisag\u00e9e pour ce qu\u2019elle est, c\u2019est-\u00e0-dire un moyen et non pas une fin en soi, qui doit en tous les cas se conjuguer avec des moments de luttes communes\u00a0\u00bb<\/em>, avancent Stefanie Prezioso, professeure \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Lausanne, et Audrey Schmid, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e syndicale, dans la revue suisse <em>Solidarit\u00e9(s)<\/em>. Pour m\u00e9moire, on oublie souvent qu\u2019aux \u00c9tats-Unis, dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, le mouvement Black Power, consid\u00e9r\u00e9 comme extr\u00e9miste et dangereux, a aussi \u00e9t\u00e9 capable de cr\u00e9er des coalitions interraciales dites \u00ab arc-en-ciel \u00bb. \u00c0 Chicago, il s\u2019\u00e9tait alli\u00e9 \u00e0 des \u00e9tudiants blancs et des Portoricains pour militer contre les in\u00e9galit\u00e9s socio-\u00e9conomiques. Resserrer les rangs \u00e0 certains moments, les rouvrir \u00e0 d\u2019autres\u00a0? Une subtile question de dosage. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/marion-rousset\"><strong>Marion Rousset<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-11710 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/hand-pencil-white-brush-black-lighting-625937-pxhere-ab0.com_.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/hand-pencil-white-brush-black-lighting-625937-pxhere-ab0.com_-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"hand-pencil-white-brush-black-lighting-625937-pxhere.com.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cinquante ans apr\u00e8s le Mouvement de lib\u00e9ration des femmes, la non-mixit\u00e9 politique est une strat\u00e9gie qui divise plus que jamais. Pourquoi est-elle jug\u00e9e si mena\u00e7ante lorsqu\u2019elle est revendiqu\u00e9e par des femmes, et plus encore aujourd\u2019hui par des personnes \u00ab racis\u00e9es \u00bb\u00a0? <\/p>\n","protected":false},"author":573,"featured_media":27821,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[15],"tags":[306,350],"class_list":["post-11710","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-idees-culture","tag-feminisme","tag-racisme"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11710","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/573"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11710"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11710\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/27821"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11710"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11710"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11710"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}