{"id":1167,"date":"1998-12-01T00:00:00","date_gmt":"1998-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/grands-lacs1167\/"},"modified":"1998-12-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-11-30T23:00:00","slug":"grands-lacs1167","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1167","title":{"rendered":"Grands Lacs"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Quatre ans apr\u00e8s le g\u00e9nocide au Rwanda, la r\u00e9gion des Grands Lacs conna\u00eet un nouvel embrasement. Il compromet l&#8217;\u00e9mergence de la renaissance africaine. <\/p>\n<p>L&#8217;ex-Za\u00efre, rebaptis\u00e9 R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC), est \u00e0 la crois\u00e9e des lignes de force qui traversent le continent noir. Sa position g\u00e9ographique le soumet aux influences de l&#8217;Afrique australe, orientale et centrale. La richesse de son sous-sol est convoit\u00e9e par les transnationales. Est-il possible de concevoir un d\u00e9veloppement durable au b\u00e9n\u00e9fice des Congolais et des peuples de la r\u00e9gion ?<\/p>\n<p> <strong> Rassemblement autour d&#8217;un mobile commun, la chute de Mobutu <\/strong><\/p>\n<p>Le 29 mai 1997, Laurent-D\u00e9sir\u00e9 Kabila prenait officiellement ses fonctions de pr\u00e9sident de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC). Lors de cette prestation de serment, cinq chefs d&#8217;Etat (venus d&#8217;Angola, du Burundi, du Rwanda, de l&#8217;Ouganda et de la Zambie) des neufs voisins imm\u00e9diats de l&#8217;ex-Za\u00efre \u00e9taient pr\u00e9sents. Tous ont contribu\u00e9 \u00e0 la chute du r\u00e9gime de Mobutu. D&#8217;autres pays de la r\u00e9gion ont aussi soutenu, d&#8217;une fa\u00e7on ou d&#8217;une autre, le mouvement de Kabila: l&#8217;Erythr\u00e9e et l&#8217;Ethiopie li\u00e9s \u00e0 l&#8217;Ouganda dans leur soutien \u00e0 la r\u00e9bellion du Sud-Soudan hostile \u00e0 Karthoum, le Zimbabwe, la Namibie et, dans une moindre part, l&#8217;Afrique du Sud. L&#8217;Alliance des forces d\u00e9mocratiques pour la lib\u00e9ration du Congo (AFDL) regroupait quatre formations: le Parti de la r\u00e9volution populaire (PRP) de Laurent-D\u00e9sir\u00e9 Kabila, le MRLZ, Mouvement r\u00e9volutionnaire pour la lib\u00e9ration du Za\u00efre de Mosasa Miumataga, le Conseil national de r\u00e9sistance pour la d\u00e9mocratie (CNRD) de Kisassa Ngandu et l&#8217;Alliance d\u00e9mocratique des peuples (ADP) de Deogratias Bugera. L&#8217;AFDL a \u00e9galement re\u00e7u le soutien de groupes am\u00e9ricains tels que American Mineral Fields, soucieux de pr\u00e9server l&#8217;avenir de leurs int\u00e9r\u00eats miniers. On les retrouve tous une nouvelle fois partie prenante, directement ou indirectement, dans le conflit ouvert le 2 ao\u00fbt par une r\u00e9bellion \u00e0 l&#8217;est de la RDC et contestant le pouvoir de Kabila. Seule diff\u00e9rence mais de taille: l&#8217;alliance r\u00e9gionale de fait qui s&#8217;\u00e9tait constitu\u00e9e quinze mois plus t\u00f4t pour \u00e9vincer le dictateur \u00e0 la toque l\u00e9opard a vol\u00e9 en \u00e9clats. Et pour cause&#8230;<\/p>\n<p>Un rassemblement aussi h\u00e9t\u00e9roclite s&#8217;\u00e9tait fait sur le plus petit d\u00e9nominateur commun, en l&#8217;occurrence en finir avec Mobutu. L&#8217;Ouganda, et surtout le Rwanda, ont, d\u00e8s le d\u00e9part, soutenu la r\u00e9bellion Banyamulenge au Nord et au Sud-Kivu (majoritairement, des tutsis d&#8217;origine congolaise), voire stimul\u00e9e, en vue de d\u00e9truire les bases hutus existantes \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur des camps de r\u00e9fugi\u00e9s en territoire za\u00efrois, en particulier les milices interahamwe. Paul Kagam\u00e9, vice-pr\u00e9sident rwandais, d\u00e9clarait d&#8217;ailleurs en novembre 1996: &#8221; Ma priorit\u00e9 n&#8217;est pas qu&#8217;il y ait une zone tampon, c&#8217;est de ne pas avoir de milices du tout. &#8221; L&#8217;Ouganda a le souci de &#8221; nettoyer &#8221; le Nord-Est des groupes arm\u00e9s hostiles \u00e0 Kampala et soutenus par le Soudan. Cet objectif rejoint la volont\u00e9 am\u00e9ricaine de contrer le Soudan islamiste. L&#8217;Angola, intervenue plus tard, est \u00e9galement pr\u00e9occup\u00e9e par la pr\u00e9sence au Za\u00efre des troupes de l&#8217;UNITA de Jonas Savimbi.<\/p>\n<p> <strong> Les grandes puissances diam\u00e9tralement oppos\u00e9es <\/strong><\/p>\n<p>Les grandes puissances adoptent deux attitudes diam\u00e9tralement oppos\u00e9es. La France soutient Mobutu jusqu&#8217;au bout. Les Etats-Unis, conscients des bouleversements en cours, soucieux de cr\u00e9er un contrepoids \u00e0 une Afrique australe d\u00e9cid\u00e9ment trop ind\u00e9pendante et d\u00e9sireux de garder le contr\u00f4le sur la succession de Mobutu, incitent l&#8217;Ouganda et le Rwanda \u00e0 \u00e9pauler les Banyamulenge, tout en accordant une aide plus directe.<\/p>\n<p>Laurent-D\u00e9sir\u00e9 Kabila s&#8217;empare du pouvoir en mai 1997. Le choix de cet homme, qui dirige une gu\u00e9rilla depuis trente ans, n&#8217;est pas d\u00fb au hasard. D&#8217;origine luba, il donne une dimension nationale \u00e0 la r\u00e9bellion tutsie. Il ne s&#8217;agit pas \u00e0 proprement parler d&#8217;une victoire populaire, m\u00eame si les Za\u00efrois voient partir avec joie Mobutu. Les conseillers rwandais et ougandais, c&#8217;est-\u00e0-dire tutsis, sont omnipr\u00e9sents. Parmi eux, deux figures majeures se d\u00e9tachent, \u00e9l\u00e9ments moteurs dans les \u00e9v\u00e9nements d\u00e9clench\u00e9s le 2 ao\u00fbt. James Kabarehe, officier de l&#8217;arm\u00e9e ougandaise, mis \u00e0 la disposition de Kabila par Yoweri Museveni, et devenu chef d&#8217;\u00e9tat-major des Forces arm\u00e9es congolaises (FAC). Bizima Karaha, tutsi du Congo, ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res de Kabila avant sa d\u00e9mission au milieu de l&#8217;\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>En quinze mois, tous ces param\u00e8tres, auxquels il faut ajouter l&#8217;adh\u00e9sion de la nouvelle R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo \u00e0 la Communaut\u00e9 de d\u00e9veloppement de l&#8217;Afrique australe (SADC), vont s&#8217;entrechoquer et provoquer une crise dont les cons\u00e9quences se font encore sentir.<\/p>\n<p> <strong> Pour des politiques africaines d\u00e9cid\u00e9es par les Africains eux-m\u00eames <\/strong><\/p>\n<p>Si les premi\u00e8res mesures prises par Kabila en mai 1997 satisfont la population, notamment la baisse du prix des denr\u00e9es de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9, ses pratiques politiques avec l&#8217;interdiction de tous les partis \u00e0 l&#8217;exception du sien, la constitution d&#8217;un gouvernement sans concertation, cr\u00e9ent une instabilit\u00e9 politique dans le pays. Faute d&#8217;un v\u00e9ritable soutien national, il s&#8217;appuie essentiellement sur ses alli\u00e9s \u00e9trangers, particuli\u00e8rement rwandais, ce qui ne pla\u00eet pas aux Congolais qui voient d&#8217;un mauvais oeil les principaux postes des services de s\u00e9curit\u00e9 occup\u00e9s par des tutsis. Du c\u00f4t\u00e9 de la SADC, on craint \u00e9galement un trop fort ancrage de la RDC \u00e0 l&#8217;Ouganda et au Rwanda.<\/p>\n<p>Le 28 juillet 1998, Kabila limoge James Kabarehe qui rejoint rapidement Kigali, accompagn\u00e9s de plusieurs centaines de combattants tutsis. Le 2 ao\u00fbt, Goma et Bukavu, capitales du Nord et du Sud-Kivu, provinces orientales de la RDC, frontali\u00e8res avec l&#8217;Ouganda, le Rwanda et le Burundi, sont prises par les hommes du &#8221; commandant James &#8220;, soutenus par les Banyamulenge qui s&#8217;estiment pers\u00e9cut\u00e9s. Un pont a\u00e9rien est mis en place entre Goma et Kitona (2 000 km plus \u00e0 l&#8217;ouest). L&#8217;aide logistique ougandaise et rwandaise, en hommes et en mat\u00e9riels, est \u00e9vidente. Des dizaines de soldats fortement arm\u00e9s s&#8217;emparent de la base de Kitona puis remontent vers Kinshasa: Moanda, Banana, Matadi puis Inga tombent comme des fruits m\u00fbrs. Le coup est audacieux mais facilit\u00e9 par la faiblesse des Forces arm\u00e9es congolaises, le retournement de militaires anciennement mobutistes (les ex-FAZ) en r\u00e9\u00e9ducation \u00e0 Kitona et, surtout, par ce qui para\u00eet le point d&#8217;orgue d&#8217;une strat\u00e9gie \u00e9labor\u00e9e depuis de longs mois par Kabarehe et ses mentors: la nomination, des mois auparavant, de cadres de confiance aux endroits strat\u00e9giques .<\/p>\n<p>Le m\u00eame sch\u00e9ma que celui de l&#8217;insurrection de 1996 semble se reproduire avec, au final, un coup d&#8217;Etat national: r\u00e9activation d&#8217;une r\u00e9bellion \u00e0 dominante tutsie dans le Kivu, appui des Etats-Unis, entr\u00e9e de troupes rwandaises et ougandaises en territoire congolais, cr\u00e9ation d&#8217;une structure politique (cette fois, le RCD, rassemblement congolais pour la d\u00e9mocratie), dirigeants non tutsis comme caution &#8221; nationale &#8220;. On trouve ainsi Lunda Bululu, un Katangais, Ernest Wamba dia Wamba, originaire du Bas-Congo, Jean-Marie Kabassele, ancien repr\u00e9sentant en France de l&#8217;opposant historique Etienne Tschisekedi et Arthur Zahidi Ngoma, adversaire de la derni\u00e8re heure de Mobutu, anti-Kabila convaincu et consid\u00e9r\u00e9 par certains comme &#8221; l&#8217;homme de la France &#8220;.<\/p>\n<p>L&#8217;avanc\u00e9e des rebelles est si rapide, qu&#8217;au milieu du mois d&#8217;ao\u00fbt les jours de Kabila semblent compt\u00e9s. Sa situation est d&#8217;autant plus d\u00e9licate que son attitude intransigeante, le non-respect des engagements pris indisposent les pays de l&#8217;Afrique australe qui peuvent l&#8217;aider. Le 17 ao\u00fbt, Laurent-D\u00e9sir\u00e9 Kabila se rend \u00e0 Luanda (Angola) pour y rencontrer ses homologues angolais et namibiens. Quelques jours plus tard, il obtient un engagement militaire de ces arm\u00e9es, auxquelles s&#8217;ajoutent les soldats du Zimbabwe. Ce qui les anime n&#8217;est pas tant soutenir Kabila qu&#8217;emp\u00eacher une \u00e9ventuelle longue p\u00e9riode d&#8217;instabilit\u00e9. L&#8217;Afrique du Sud, fid\u00e8le \u00e0 la strat\u00e9gie de Mandela de r\u00e8glement n\u00e9goci\u00e9 des conflits et peut-\u00eatre sous la pression de groupes \u00e9conomiques, continue \u00e0 pr\u00f4ner une solution diplomatique. L&#8217;intervention de plusieurs pays de la SADC est d\u00e9terminante. Les troupes angolaises s&#8217;emparent de Kitona puis des principales positions rebelles \u00e0 l&#8217;ouest. Autour de Kinshasa, des affrontements se d\u00e9roulent. La r\u00e9bellion est en d\u00e9route. Fort de ses nouveaux succ\u00e8s militaires et surtout d&#8217;une nouvelle popularit\u00e9 activ\u00e9e par une habile propagande gouvernementale anti-tutsie, Kabila souhaite porter l&#8217;estocade jusque dans le fief oriental des rebelles. Malgr\u00e9 les multiples discussions engag\u00e9es d\u00e9but septembre entre les diff\u00e9rents protagonistes, \u00e0 l&#8217;exception de la r\u00e9bellion (sommet de Victoria Falls au Zimbabwe, sommet des non-align\u00e9s \u00e0 Durban en Afrique du Sud, rencontre des ministres des Affaires \u00e9trang\u00e8res \u00e0 Addis-Abeba en Ethiopie), les conditions d&#8217;un cessez-le-feu n&#8217;\u00e9taient pas remplies et les combats se poursuivent.<\/p>\n<p>Tant que les probl\u00e8mes de fond (r\u00e9conciliations nationales, d\u00e9veloppement, coop\u00e9ration r\u00e9gionale, non-ing\u00e9rence des grandes puissances&#8230;) ne seront pas r\u00e9solus, la r\u00e9gion ne conna\u00eetra pas de stabilit\u00e9 et de paix durable. Les grandes puissances et singuli\u00e8rement la France peuvent y contribuer au lieu de faire de l&#8217;ing\u00e9rence larv\u00e9e. Cela suppose la volont\u00e9 d&#8217;aider \u00e0 l&#8217;\u00e9mergence de politiques africaines d\u00e9cid\u00e9es par les Africains eux-m\u00eames.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Quatre ans apr\u00e8s le g\u00e9nocide au Rwanda, la r\u00e9gion des Grands Lacs conna\u00eet un nouvel embrasement. Il compromet l&#8217;\u00e9mergence de la renaissance africaine. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1167","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1167","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1167"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1167\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1167"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1167"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1167"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}