{"id":11604,"date":"2019-04-30T12:51:15","date_gmt":"2019-04-30T10:51:15","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-michael-foessel-je-me-mefie-beaucoup-de-ceux-qui-au-nom-du-realisme-veulent\/"},"modified":"2023-06-23T23:40:00","modified_gmt":"2023-06-23T21:40:00","slug":"article-michael-foessel-je-me-mefie-beaucoup-de-ceux-qui-au-nom-du-realisme-veulent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11604","title":{"rendered":"Micha\u00ebl F\u0153ssel : \u00ab Je me m\u00e9fie de ceux qui, au nom du r\u00e9alisme, veulent \u00e9vacuer le conflit\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Il vient de publier &#8220;R\u00e9cidive, 1938&#8221; chez P.U.F., dans lequel il relit la presse papier de 1938 pour en tirer des interpr\u00e9tations qui font \u00e9cho \u00e0 ce que l&#8217;on vit aujourd&#8217;hui. Le philosophe Micha\u00ebl F\u0153ssel est l&#8217;invit\u00e9 de la Midinale.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"490\" height=\"276\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/GkHmIMW64Ag\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><h2>VERBATIM<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<em>\u00a0<strong>Sur l\u2019usage du mot r\u00e9cidive<\/em>\u00a0<\/strong><br \/>\n\u00ab Le mot r\u00e9cidive me para\u00eet meilleur que le mot retour car il y a bien cette id\u00e9e du m\u00eame mal qui fait son effet \u00e0 deux p\u00e9riodes diff\u00e9rentes mais en gardant \u00e0 l\u2019esprit que ce n\u2019est pas le m\u00eame corps social. \u00bb<br \/>\n\u00ab Il y a aussi cette id\u00e9e juridique que la deuxi\u00e8me occurrence de la faute est plus grave parce que celui qui la commet est cens\u00e9 en avoir une sorte de connaissance. \u00bb<br \/>\n\u00ab Il y a un mal fondamentalement li\u00e9 \u00e0 l\u2019identit\u00e9 europ\u00e9enne  avec les dangers historiques qui la caract\u00e9rise. \u00bb<br \/>\n\u00ab Ce n\u2019est pas parce que les sympt\u00f4mes divergent qu\u2019il faut renoncer \u00e0 l\u2019id\u00e9e que l\u2019histoire a des pesanteurs. \u00bb<br \/>\n\u00ab Pour rester lucides, il faut combattre la tendance selon laquelle les choses qui nous arrivent aujourd\u2019hui sont nouvelles et in\u00e9dites. \u00bb<\/p>\n<p><em>\u00a0<strong>Sur la mont\u00e9e en puissance des forces nationalistes<\/em>\u00a0<\/strong><br \/>\n\u00ab Aujourd\u2019hui, on a affaire \u00e0 un retour en force des puissances nationalistes. \u00bb<br \/>\n\u00ab On a tendance \u00e0 opposer au fascisme une politique lib\u00e9rale sur le plan \u00e9conomique, voire ultralib\u00e9rale, et autoritaire sur le plan du droit. \u00bb<br \/>\n\u00ab La th\u00e8se du gouvernement actuel qui consiste \u00e0 opposer nationalisme et progressisme est fallacieuse parce qu\u2019elle pr\u00e9tend qu\u2019il pourrait exister une alternative, c\u2019est-\u00e0-dire deux possibilit\u00e9s ouvertes, mais ne s\u2019int\u00e9resse pas sur ce qui s\u2019est pass\u00e9 en France dans les ann\u00e9es 30, c\u2019est-\u00e0-dire justement que les politiques dites r\u00e9publicaines (\u00e0 l\u2019\u00e9poque, on ne disait pas progressiste) qui, si elles ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es pour faire barrage \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite, lui en en fait faciliter l\u2019acc\u00e8s au pouvoir. \u00bb<\/p>\n<p><em>\u00a0<strong>Sur les crises \u00e9conomiques qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 2018 comme 1938<\/em>\u00a0<\/strong><br \/>\n\u00ab En 1938 comme en 2018, nous sommes 10 ans apr\u00e8s une crise syst\u00e9matique du capitalisme et, dans un cas comme dans l\u2019autre, nous n\u2019en sommes pas sortis. \u00bb<br \/>\n\u00ab Ce n\u2019est pas parce que nous ne parlons plus [de la crise de 2008 aujourd\u2019hui ou de celle de 1929 en 1938] que les effets qu\u2019elle produit aujourd\u2019hui sont de d\u00e9-d\u00e9mocratisation, c\u2019est-\u00e0-dire de fatigue \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la d\u00e9mocratie, li\u00e9e \u00e0 l\u2019explosion des in\u00e9galit\u00e9s sociales, \u00e0 l\u2019augmentation de la pauvret\u00e9. \u00bb<br \/>\n\u00ab En 1938, la situation de crise est r\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 la politique qui a seulement deux ans, c\u2019est-\u00e0-dire celle du Front Populaire. \u00bb<\/p>\n<p><em>\u00a0<strong>Sur la faiblesse de la d\u00e9mocratie<\/em>\u00a0<\/strong><br \/>\n\u00ab Il faut distinguer le champ des \u00e9v\u00e9nements de celui des discours. \u00bb<br \/>\n\u00ab En 1938, la France vit dans l\u2019ombre de deux pays dictatoriaux \u2013 voire trois avec l\u2019Espagne \u2013 qui menacent son int\u00e9grit\u00e9 territoriale\u2026 De ce point de vue-l\u00e0, on peut se rassurer, l\u2019Allemagne ne nous envahira pas demain ! \u00bb<br \/>\n\u00ab Bien que nous ne soyons pas aujourd\u2019hui \u00e0 la veille d\u2019une guerre, il r\u00e8gne n\u00e9anmoins dans une atmosph\u00e8re de brutalisation du discours politique, de recherche de coupables, d\u2019interpr\u00e9tation des ph\u00e9nom\u00e8nes de crise sociale dans un sens syst\u00e9matiquement hostile \u00e0 la d\u00e9mocratie ou \u00e0 l\u2019\u00e9tat de droit. \u00bb<br \/>\n\u00ab Le discours Daladier, c\u2019est-\u00e0-dire de retour \u00e0 l\u2019effort, signifie que la France a v\u00e9cu trop longtemps au-dessus de ses moyens en termes de d\u00e9mocratie, en termes sociaux et en termes de respect \u00e9l\u00e9mentaire du droit d\u2019accueil. \u00bb<br \/>\n\u00ab Ce qu\u2019on explique historiquement, c\u2019est que la d\u00e9mocratie est faible, qu\u2019elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 capable d\u2019apporter une r\u00e9ponse solide et forte au totalitarisme nazi avec les accords de Munich. \u00bb<br \/>\n\u00ab La d\u00e9mocratie est faible si elle est affaiblie. \u00bb<br \/>\n\u00ab Penser que face \u00e0 des dangers in\u00e9dits qu\u2019on appelle \u00e0 tort populistes aujourd\u2019hui en Europe, il faut que la France se r\u00e9arme politiquement et institutionnellement, est une erreur. \u00bb<br \/>\n\u00ab C\u2019est lorsqu\u2019une d\u00e9mocratie reste fid\u00e8le \u00e0 ses principes qu\u2019elle demeure forte. \u00bb<\/p>\n<p><em>\u00a0<strong>Sur l\u2019expression \u201cl\u2019art d\u2019\u00eatre fran\u00e7ais\u201d<\/em>\u00a0<\/strong><br \/>\n\u00ab La diff\u00e9rence notable entre 1938 et 2018, c\u2019est qu\u2019en 1938, les choses vont beaucoup plus vite parce que nous ne sommes pas comme nous sommes aujourd\u2019hui en France apr\u00e8s 10 ans de discours d\u00e9j\u00e0 identitaires avec un curseur qui se d\u00e9place insensiblement de la question sociale ou d\u00e9mocratique \u00e0 la question identitaire ou culturelle. \u00bb<br \/>\n\u00ab S\u2019il n\u2019y a plus de clivage droite-gauche, c\u2019est-\u00e0-dire deux conceptions de la soci\u00e9t\u00e9 divergentes, alors il reste un clivage qui s\u2019impose selon des voies diff\u00e9rentes : le clivage identitaire contre tous ceux qui seraient sinon des ennemis de la nation : les communistes, les socialistes et les juifs. \u00bb<br \/>\n\u00ab On vit dans cette id\u00e9e contenue dans l\u2019expression \u201cl\u2019art d\u2019\u00eatre fran\u00e7ais\u201d et reprise de mani\u00e8re plus radicale par une partie de l\u2019opinion conservatrice, que, face aux transformations brutales li\u00e9es \u00e0 la globalisation n\u00e9olib\u00e9rale, la solution se trouve dans la France, entendue dans un sens purement culturel\u2026 ce qui est souvent une mani\u00e8re de pr\u00e9parer \u00e0 des r\u00e9trogradations programmatiques de premier ordre. \u00bb<\/p>\n<p><em>\u00a0<strong>Sur la politique migratoire de 1938 et de 2018<\/em>\u00a0<\/strong><br \/>\n\u00ab Aujourd\u2019hui comme en 1938, il y a un recentrement du pouvoir sur l\u2019ex\u00e9cutif (\u2026) et une crise migratoire. \u00bb<br \/>\n\u00ab En 1938, on va finir par d\u00e9cider, \u00e0 la conf\u00e9rence d\u2019Evian, de ne pas accueillir les juifs migrants. \u00bb<br \/>\n\u00ab Ce qui est commun entre 1938 et 2018, ce n\u2019est pas l\u2019antis\u00e9mitisme en tant que tel qui est propre \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite par essence et par origine, mais la x\u00e9nophobie qui est venue se greffer, en 1938, sur l\u2019antis\u00e9mitisme et qui se d\u00e9veloppe alors bien au-del\u00e0 des cercles de l\u2019extr\u00eame droite. \u00bb<br \/>\n\u00ab La rh\u00e9torique pour justifier le non-accueil des r\u00e9fugi\u00e9s, c\u2019est de dire que la France a beaucoup fait dans ce domaine, qu\u2019elle ne peut plus se permettre pour des raisons li\u00e9es \u00e0 son identit\u00e9 d\u00e9mographique (on ne parle pas encore de grand remplacement\u2026) mais il y a cette id\u00e9e qu\u2019il faut maintenir une homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 ethnique et religieuse en France pour faire face aux dangers qui la menace. \u00bb<br \/>\n\u00ab Comme par compensation aux mesures de plus en plus restrictives au niveau int\u00e9rieur, la tentation existe pour le gouvernement de 1938 d\u2019offrir aux Fran\u00e7ais, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 une opinion publique que l\u2019on juge par principe x\u00e9nophobe, des lois hostiles aux \u00e9trangers allant jusqu\u2019\u00e0 la facilitation de la d\u00e9ch\u00e9ance de nationalit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p><em>\u00a0<strong>Sur la presse en 1938<\/em>\u00a0<\/strong><br \/>\n\u00ab En 1938, il y a trois quotidiens qui, \u00e0 des degr\u00e9s divers, sauvent un peu l\u2019honneur : l\u2019Humanit\u00e9 qui a cette \u00e9poque (ce ne sera plus le cas en 1939) a une position tr\u00e8s hostile \u00e0 tout pacte avec Hitler (le Parti communiste est le seul parti \u00e0 \u00eatre oppos\u00e9 aux accords de Munich), le Populaire qui est le journal socialiste, et un journal de droite, il faut \u00eatre honn\u00eate, l\u2019Epoque d\u2019Henri de K\u00e9rillis qui est un conservateur authentiquement patriote, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il ne met pas la France \u00e9ternelle au-dessus de la France r\u00e9elle\u2026 par cons\u00e9quent, la France r\u00e9elle, fut-elle le Front populaire, est mise en danger, il faut la d\u00e9fendre. \u00bb<br \/>\n\u00ab A part les journaux pr\u00e9cit\u00e9s, il y a un unanimisme, de la presse d\u2019extr\u00eame droite \u00e0 la presse centriste ou populaire, pour mettre en avant l\u2019id\u00e9e que la France est venue au bout de sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et qu\u2019elle ne peut plus s\u2019autoriser un accueil des migrants. \u00bb<br \/>\n\u00ab La classe ouvri\u00e8re doit \u00eatre effac\u00e9e en tant que classe de l\u2019union nationale : par cons\u00e9quent, la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale organis\u00e9e par la CGT le 30 novembre 1938 fait l\u2019objet d\u2019une condamnation unanime dans la presse et d\u2019une r\u00e9pression extr\u00eamement forte. \u00bb<\/p>\n<p><em>\u00a0<strong>Sur le lib\u00e9ralisme autoritaire<\/em>\u00a0<\/strong><br \/>\n\u00ab Le lib\u00e9ralisme est n\u00e9 \u00e0 nouveau depuis au moins une dizaine d\u2019ann\u00e9es. \u00bb<br \/>\n\u00ab Les politiques de d\u00e9r\u00e9gulation dans la sph\u00e8re \u00e9conomique, c\u2019est-\u00e0-dire pour le dire positivement, les politiques qui d\u00e9finissent la libert\u00e9 de mani\u00e8re essentiellement \u00e9conomique, sont in\u00e9vitablement li\u00e9es \u00e0 des politiques tr\u00e8s restrictives en mati\u00e8re d\u2019\u00e9tat de droit. \u00bb<br \/>\n\u00ab Si on renonce \u00e0 consid\u00e9rer la libert\u00e9 comme un concept politique, c\u2019est-\u00e0-dire qui s\u2019exerce ailleurs que dans la sph\u00e8re du march\u00e9, alors on est amen\u00e9 \u00e0 aborder les questions politiques qui manifestent une certaine tentation ou un d\u00e9sir de transformation sociale d\u2019une mani\u00e8re plus ou moins r\u00e9pressive. \u00bb<br \/>\n\u00ab Lib\u00e9ralisme autoritaire, c\u2019est la caract\u00e9ristique de la politique europ\u00e9enne en g\u00e9n\u00e9ral et fran\u00e7aise en particulier depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es tout simplement parce qu\u2019il faut bien offrir quelque chose en \u00e9change de cette d\u00e9r\u00e9gulation \u00e0 l\u2019opinion publique. \u00bb<br \/>\n\u00ab Ce que l\u2019on donne \u00e0 l\u2019opinion publique, c\u2019est une manifestation d\u2019une puissance \u00e9tatique de plus en plus intrusive dans la vie des individus et l\u2019id\u00e9e selon laquelle ce que le march\u00e9 n\u2019offre pas comme tel, c\u2019est-\u00e0-dire le sentiment d\u2019une v\u00e9ritable unit\u00e9 nationale, on va le trouver dans le champ de la culture ou de l\u2019ordre. \u00bb<br \/>\n\u00ab Il y a un d\u00e9sir d\u2019ordre et de chef en 1938 dont on n\u2019a pas de mal \u00e0 retrouver les signes aujourd\u2019hui. \u00bb<\/p>\n<p><em>\u00a0<strong>Sur la R\u00e9publique et la d\u00e9mocratie<\/em>\u00a0<\/strong><br \/>\n\u00ab Il faut distinguer R\u00e9publique et d\u00e9mocratie. \u00bb<br \/>\n\u00ab Si on entend d\u00e9mocratie le fait de retourner aux urnes \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance r\u00e9guli\u00e8re, on peut dire que la France est une d\u00e9mocratie et qu\u2019elle le demeurera mais la Hongrie aussi et pourquoi m\u00eame la Turquie et la Russie. \u00bb<br \/>\n\u00ab La d\u00e9mocratie est aussi une forme de soci\u00e9t\u00e9 qui suppose qu\u2019on formalise le conflit d\u2019une mani\u00e8re id\u00e9ologique que culturelle ou identitaire. \u00bb<br \/>\n\u00ab Les questions identitaires, on peut les consid\u00e9rer comme absolument centrales mais on sait par l\u2019histoire qu\u2019elles ne trouvent pas de solution dans le champ strictement d\u00e9mocratique pour une raison qui tient au concept m\u00eame d\u2019identit\u00e9 : si on n\u2019appartient pas \u00e0 cette identit\u00e9 nationale plus ou moins fantasm\u00e9e, alors on se retrouve du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ennemi\u2026 et \u00e7a ne se r\u00e8gle pas d\u00e9mocratiquement en g\u00e9n\u00e9ral ! \u00bb<br \/>\n\u00ab Le mot R\u00e9publique fait l\u2019usage \u2013 et d\u2019un m\u00e9susage \u2013 tr\u00e8s fort aussi bien dans les ann\u00e9es 30 qu\u2019aujourd\u2019hui parce que la R\u00e9publique sans la d\u00e9mocratie, \u00e7a a exist\u00e9 historiquement, au moins depuis Bonaparte, sous le Consulat : c\u2019est l\u2019id\u00e9e que la chose publique est incarn\u00e9e dans un homme, dans une politique ou dans une doctrine, qui ne passe pas forc\u00e9ment par la confrontation d\u2019id\u00e9es, qui de temps \u00e0 autre \u00e0 besoin de se faire pl\u00e9bisciter par le peuple (ce en quoi on ne serait plus vraiment en R\u00e9publique) mais qui abandonne beaucoup de ce que je consid\u00e8re comme \u00e9tant le principe m\u00eame de la d\u00e9mocratie, c\u2019est-\u00e0-dire le bornage de la confrontation publique \u00e0 des r\u00e8gles qui excluent l\u2019autre. \u00bb<br \/>\n\u00ab Comme on le voit avec certaines d\u00e9rives du concept de la\u00efcit\u00e9, si vous consid\u00e9rez qu\u2019\u00eatre r\u00e9publicain, c\u2019est adh\u00e9rer \u00e0 des valeurs autoritaires fortes et substantielles en termes de culture, alors tous ceux qui n\u2019y adh\u00e8rent pas se voient exclus du champ de la R\u00e9publique ce qui est un effet anti-d\u00e9mocratique certain. \u00bb<\/p>\n<p><em>\u00a0<strong>Sur le r\u00e9alisme en politique<\/em>\u00a0<\/strong><br \/>\n\u00ab Il y a une mont\u00e9e en puissance du concept de r\u00e9alisme qui est tr\u00e8s bien analys\u00e9e par un auteur pourtant de droite (m\u00eame s\u2019il ne l\u2019est plus vraiment \u00e0 ce moment-l\u00e0) qui est Georges Bernanos : il montre qu\u2019il n\u2019y a rien de plus irr\u00e9aliste ou id\u00e9ologique que le r\u00e9alisme dans la mesure o\u00f9 on ne peut d\u00e9finir le r\u00e9el qu\u2019\u00e0 partir des crit\u00e8res qui nous permettent de le comprendre. \u00bb<br \/>\n\u00ab Les r\u00e9alistes, ce sont ceux qui r\u00e9duisent soit la politique \u00e0 des questions statistiques de gestion, soit \u00e0 des crit\u00e8res nationaux ou identitaires (et on peut tr\u00e8s bien faire les deux !). Les irr\u00e9alistes et les r\u00eaveurs \u2013 ou les traitres car on peut facilement passer de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre \u2013, sont ceux qui posent dans le r\u00e9el une dimension utopique. \u00bb<br \/>\n\u00ab Je me m\u00e9fie beaucoup de ceux qui, au nom du r\u00e9alisme ou, sous pr\u00e9texte d\u2019un r\u00e9alisme \u00e9conomique ou culturel, veulent \u00e9vacuer tout ce qu\u2019il y a de conflictuel dans une d\u00e9mocratie, y compris lorsqu\u2019il y a remise en cause de l\u2019ordre \u00e9conomique tel qu\u2019il existe. \u00bb<\/p>\n<p><em>\u00a0<strong>Sur le clivage gauche-droite<\/em>\u00a0<\/strong><br \/>\n\u00ab L\u2019un des mots d\u2019ordre de l\u2019extr\u00eame droite de 1938 et qui \u00e9tait encore celui du Front national jusque dans les ann\u00e9es 1990, \u00e9tait \u201cni droite, ni gauche, Fran\u00e7ais\u201d. Tout est dit dans la formule : on abandonne le clivage politique traditionnel au profit d\u2019une unit\u00e9 mythifi\u00e9e qui sugg\u00e8re qu\u2019il y a l\u2019anti-France. \u00bb<br \/>\n\u00ab Comme il n\u2019y a pas de politique sans clivage, c\u2019est-\u00e0-dire sans opposition id\u00e9ologique, on va substituer un clivage ami-ennemi qui m\u00e8ne le plus souvent \u00e0 des violences d\u2019Etat et \u00e0 une limitation radicale de ce qu\u2019est la politique dans une d\u00e9mocratie, c\u2019est-\u00e0-dire un \u00e9largissement du champ des possibles. \u00bb<br \/>\n\u00ab Le clivage droite-gauche est un clivage qui d\u00e9finit l\u2019avenir. Le clivage France-anti-France est lui fond\u00e9 sur le pass\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p><em>\u00a0<strong>Sur l\u2019utilit\u00e9 de \u00ab R\u00e9cidive, 1938 \u00bb<\/em>\u00a0<\/strong><br \/>\n\u00ab Le pass\u00e9 quand il est envisag\u00e9 par rapport aux \u00e9chos qu\u2019il produit sur le pr\u00e9sent, appartient \u00e0 ceux qui veulent s\u2019y immerger. \u00bb<br \/>\n\u00ab L\u2019utilit\u00e9 [de cet ouvrage] vient de la fa\u00e7on dont on nomme l\u2019adversaire ou, en tous les cas, ce qui nous menace. \u00bb<br \/>\n\u00ab Je ne me satisfais pas \u2013 et le d\u00e9tour par 1938 m\u2019en a d\u00e9finitivement convaincu \u2013 des termes euph\u00e9mis\u00e9s de populisme ou, encore pire, d\u00e9mocratie illib\u00e9rale. \u00bb<br \/>\n\u00ab Le pr\u00e9alable pour comprendre le pr\u00e9sent, c\u2019est de rompre avec le pr\u00e9sentisme, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019id\u00e9e \u2013 ou croyance ! \u2013 selon laquelle ce qui arrive aujourd\u2019hui, et, a fortiori, avec toute cette mythologie du nouveau monde li\u00e9e aux nouvelles technologies, est absolument sans pr\u00e9c\u00e9dent. \u00bb<br \/>\n\u00ab Nous sommes, comme dans les ann\u00e9es 30, dans l\u2019\u00e9poque moderne. Par cons\u00e9quent, les types de violences caract\u00e9ristiques de la modernit\u00e9 id\u00e9ologique ou technique n\u2019ont pas disparu de l\u2019horizon\u2026 Ce n\u2019est pas parce que nous b\u00e9n\u00e9ficions de Facebook que nous serons sauvegard\u00e9s des drames pass\u00e9s ! \u00bb<br \/>\n\u00ab L\u2019histoire ne se r\u00e9p\u00e8te pas mais elle ne s\u2019est pas ferm\u00e9e sur 1945, c\u2019est-\u00e0-dire sur un consensus d\u00e9mocratique d\u00e9finitif. D\u2019autant plus que nous vivons une p\u00e9riode o\u00f9 la m\u00e9moire de ces ann\u00e9es-l\u00e0 du fait de la disparition des derniers survivants, est en train de s\u2019affaiblir\u2026 ce qui ne signifie pas que ces ann\u00e9es ne demeurent pas un enjeu politique de premier ordre. \u00bb<br \/>\n\u00ab Comme la m\u00e9moire s\u2019affaiblit, on a affaire \u00e0 toutes sortes de r\u00e9\u00e9criture du pass\u00e9 et de 1938 en particulier, notamment celle qui consiste \u00e0 dire que c\u2019est la faute du Front populaire, de la d\u00e9mocratie et de la R\u00e9publique au sens v\u00e9ritable du terme\u2026 si nous nous sommes effondr\u00e9s en 1940. \u00bb<\/p>\n<p><em>\u00a0<strong>Sur la proposition de suppression de l\u2019ENA<\/em>\u00a0<\/strong><br \/>\n\u00ab J\u2019ai toujours eu du mal \u00e0 comprendre le discours populiste anti-\u00e9lite parce que cela suppose de savoir ce qu\u2019est l\u2019\u00e9lite et surtout, encore plus difficile, ce qu\u2019est le peuple. \u00bb<br \/>\n\u00ab J\u2019enseigne dans une Grande Ecole (l\u2019Ecole Polytechnique) dont la sociologie n\u2019\u00e9pouse pas, c\u2019est le moins que l\u2019on puisse dire, celle de la France. \u00bb<br \/>\n\u00ab La question qui se joue, c\u2019est : \u201cquand se joue cette s\u00e9lection ?\u201d Et croire qu\u2019elle se joue au niveau de cette Ecole, que ce soit Polytechnique, l\u2019ENA ou d\u2019autres, c\u2019est prendre le probl\u00e8me trop tard et surtout sugg\u00e9rer que c\u2019est le concours anonyme qui est responsable de cette s\u00e9lection (\u00e0 mon avis, totalement faux). \u00bb<br \/>\n\u00ab Quand on \u00e9tudie la chose de pr\u00e8s, on voit bien que c\u2019est dans le secondaire que la s\u00e9lection par la fortune et par la classe sociologique se joue. \u00bb<br \/>\n\u00ab Le probl\u00e8me de l\u2019ENA tient aussi aux contenus des enseignements : si on red\u00e9finit la politique par la gestion, \u00e7a me semble tout \u00e0 fait insuffisant pour pr\u00e9parer les hauts fonctionnaires \u00e0 \u00eatre des \u00e9l\u00e9ments fondamentaux dans un Etat d\u00e9mocratique. \u00bb<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-11604 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/capture_d_e_cran_2019-04-30_a_12-f7f.45.30.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/capture_d_e_cran_2019-04-30_a_12-f7f.45.30-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"capture_d_e_cran_2019-04-30_a_12.45.30.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il vient de publier &#8220;R\u00e9cidive, 1938&#8221; chez P.U.F., dans lequel il relit la presse papier de 1938 pour en tirer des interpr\u00e9tations qui font \u00e9cho \u00e0 ce que l&#8217;on vit aujourd&#8217;hui. Le philosophe Micha\u00ebl F\u0153ssel est l&#8217;invit\u00e9 de la Midinale.<\/p>\n","protected":false},"author":1039,"featured_media":27568,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[238],"tags":[293],"class_list":["post-11604","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-la-midinale","tag-entretien"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11604","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1039"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11604"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11604\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/27568"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11604"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11604"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11604"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}