{"id":11601,"date":"2019-04-26T20:05:00","date_gmt":"2019-04-26T18:05:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-elections-europeennes-ou-en-est-on\/"},"modified":"2023-06-23T23:39:58","modified_gmt":"2023-06-23T21:39:58","slug":"article-elections-europeennes-ou-en-est-on","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11601","title":{"rendered":"Elections europ\u00e9ennes : o\u00f9 en est-on ?"},"content":{"rendered":"\n\n<p class=\"post_excerpt\">Nous voil\u00e0 un mois du scrutin des europ\u00e9ennes, le premier depuis la grande s\u00e9quence \u00e9lectorale de 2017. Les r\u00e9sultats sont attendus, les commentateurs sont dans les starting-blocks. Mais l\u2019opinion est incertaine.<\/p>\n\nPour l\u2019instant, les sondages sugg\u00e8rent une participation faible, qui approche \u00e0 peine celle des pr\u00e9c\u00e9dentes \u00e9lections europ\u00e9ennes de mai 2014 : 42% pour Ipsos (22 avril), 40,5% pour l\u2019Ifop (24 avril) et 40% pour Opinionway (25 avril) contre 42,4% en 2014 (44% en m\u00e9tropole).\n\nComme d\u2019ordinaire, la propension \u00e0 l\u2019abstention d\u00e9cro\u00eet fortement avec l\u2019\u00e2ge et, un peu moins, avec la position dans la hi\u00e9rarchie sociale. Selon Ipsos, la participation plafonnerait \u00e0 32% chez les moins de 35 ans et \u00e0 56% chez les plus de 60 ans ; elle oscillerait entre 40% chez les cadres sup\u00e9rieurs et 35% chez les ouvriers, les retrait\u00e9s \u00e9tant les seuls \u00e0 dire qu\u2019ils vont se d\u00e9placer majoritairement en mai prochain (54%).\n\n\n\n<p>&nbsp;\n\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/politique\/article\/europeennes-qui-seront-les-losers-de-la-gauche\">Europ\u00e9ennes : qui seront les losers de la gauche ?<\/a><\/em>\n\n\n<p>&nbsp;\n\n<p>\n\nL\u2019abstention, comme en 2014, est surtout politiquement typ\u00e9e, affectant la gauche davantage que la droite. En 2014, Ipsos estimait \u00e0 44% la participation effective des sympathisants de gauche et \u00e0 50% celle de la droite \u00e0 50%. \u00c0 la fin avril 2019, le m\u00eame institut sugg\u00e8re que les \u00e9carts se sont l\u00e9g\u00e8rement creus\u00e9s (44% de participation \u00e0 gauche, 51% \u00e0 droite hors LREM). Le d\u00e9tail est plus r\u00e9v\u00e9lateur encore : seuls les proches du PCF enregistrent une mobilisation comparable \u00e0 celle de la droite (57%), tous les autres se situant dans une fourchette allant de 30% de participation (LO) \u00e0 43% (FI et PS). \u00c0 droite, \u00e0 l\u2019exception de l\u2019UDI de Jean-Claude Lagarde et de DLF de Nicolas Dupont-Aignan, les indices de participation sont tous au-dessus de 50%.\n\n\n<h2>Un rapport des forces \u00e0 peu pr\u00e8s stable<\/h2>\nSi l\u2019on sent tient aux sondages, le rapport des forces politiques global a peu \u00e9volu\u00e9 depuis l\u2019\u00e9t\u00e9 2017.\n\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/IMG\/pdf\/1.pdf\"><img decoding=\"async\" src=\"IMG\/jpg\/t1a.jpg\" alt=\"t1a.jpg\" align=\"left\" \/><\/a>\n\n\n<p>&nbsp;\n\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/IMG\/pdf\/2.pdf\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignleft size-full wp-image-27554\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/t2-f2c.jpg\" alt=\"t2.jpg\" align=\"left\" width=\"999\" height=\"234\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/t2-f2c.jpg 999w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/t2-f2c-300x70.jpg 300w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/t2-f2c-768x180.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 999px) 100vw, 999px\" \/><\/a>\n\n\n<p>&nbsp;\n\n<p>\n\nLe rapport des forces entre la gauche et la droite est peu modifi\u00e9, toujours \u00e0 l\u2019avantage de la droite. Pour l\u2019instant, la gauche est loin de son score pourtant m\u00e9diocre de mai 2014 : autour de 30% dans les derni\u00e8res vagues de sondage, contre 34% aux europ\u00e9ennes pr\u00e9c\u00e9dentes. Elle est de plus fortement \u00e9parpill\u00e9e, plus encore qu\u2019en 2014.\n\nLa s\u00e9quence \u00e9lectorale de 2017 avait chang\u00e9 la donne, avec l\u2019effondrement du PS, malgr\u00e9 le ralliement des \u00e9cologistes \u00e0 la candidature de Beno\u00eet Hamon. En avril 2017, Jean-Luc M\u00e9lenchon avait concentr\u00e9 sur son nom 70% du total des voix de gauche. Mais cet \u00e9lectorat n\u2019\u00e9tait pas un \u00e9lectorat strictement France insoumise, ni m\u00eame un \u00e9lectorat Front de gauche, comme en 2012. Les l\u00e9gislatives suivantes avaient d\u2019ailleurs donn\u00e9 une image plus juste du rapport des forces r\u00e9el : avec ses 11%, la France insoumise avait alors regroup\u00e9 pr\u00e8s de 40% du total des voix de gauche, et le total FI-PC flirtait avec les 50%. Dans les deux cas, la gauche de gauche avait en tout cas r\u00e9tabli en sa faveur l\u2019\u00e9quilibre qui avait marqu\u00e9 la domination de plus en plus \u00e9crasante du PS apr\u00e8s 1981.\n\nO\u00f9 en est-on en cette fin d\u2019avril ? Au total, la gauche semble aller un tout petit peu mieux qu\u2019en 2017. Mais la part de la FI s\u2019est tass\u00e9e, se situant entre 25% et 30% des voix port\u00e9es sur la gauche. Le d\u00e9crochage s\u2019est fait en continu, entre d\u00e9cembre 2017 et septembre 2018. Au d\u00e9part, la moyenne des sondages pla\u00e7ait la FI un peu au-dessus de son score de juin 2017 (un maximum de 14% et une moyenne de 12,3%). \u00c0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 2018, la moyenne \u00e9tait tomb\u00e9e \u00e0 10% environ, pour baisser encore entre janvier et mars. De fa\u00e7on concomitante, la part de la FI dans la gauche a perdu de sa centralit\u00e9 de d\u00e9part : de 40% en moyenne avant la fin 2018, elle est pass\u00e9e \u00e0 un quart en f\u00e9vrier 2019.\n\nLes derni\u00e8res vagues d\u2019enqu\u00eate sugg\u00e8rent une situation incertaine, d\u2019autant plus que le paysage n\u2019est pas encore compl\u00e8tement fix\u00e9, les instituts continuant de tester l\u2019hypoth\u00e8se de la pr\u00e9sence d\u2019une liste \u00ab Gilets jaunes \u00bb, dont on mesure mal l\u2019impact concret sur les diff\u00e9rents \u00e9lectorats. Fin avril, les estimations donnent donc une fourchette de 7 \u00e0 9,5% pour la FI (avec une moyenne, en hausse, de 8,5%) et de 7 \u00e0 9% pour les Verts (avec une moyenne de 7,9%). En dehors des deux protagonistes qui se disputent la premi\u00e8re place \u00e0 gauche, seule la liste PS-Glucksmann se situe au-dessus de la barre des 5% (avec une moyenne de 6%).\n\nLa moyenne des cinq derniers sondages (voir tableau ci-dessus) dessine un tableau \u00e0 gauche encore bien flou. Si l\u2019on s\u2019en tient au positionnement classique sur l\u2019axe gauche-droite, la \u00ab gauche de gauche \u00bb (extr\u00eame gauche, FI et PCF) regroupe \u00e0 peu pr\u00e8s 12% sur les 30% que repr\u00e9sente le total gauche. Le bloc PS-G\u00e9n\u00e9ration-s regroupe 9,5% et EE-LV un peu plus de 8%. Mais si la \u00ab gauche de gauche \u00bb reste en t\u00eate, elle ne b\u00e9n\u00e9ficie plus de l\u2019existence du Front de gauche qui f\u00e9d\u00e9rait l\u2019essentiel de ses forces. Dans l\u2019imm\u00e9diat, le total FI-PCF, avec une moyenne proche de 11% n\u2019a pas atteint le total de 2017 (13,8%) qui est le v\u00e9ritable point de comparaison pour interpr\u00e9ter le r\u00e9sultat europ\u00e9en \u00e0 venir.\n\n\n<h2>O\u00f9 en est donc la gauche ?<\/h2>\n\nIl est difficile de dire que la gauche va bien, en g\u00e9n\u00e9ral et dans le d\u00e9tail. Beno\u00eet Hamon escomptait que sa campagne de 2017 et son d\u00e9part du PS lui ouvriraient un espace de recomposition \u00e0 gauche, lui permettraient de r\u00e9cup\u00e9rer une part de l\u2019\u00e9lectorat socialiste persistant (7,9% en juin 2017) et m\u00eame une part de l\u2019\u00e9lectorat tent\u00e9 par M\u00e9lenchon et par la FI. En fait, quel que soit la qualit\u00e9 de son propos, il ne semble pas avoir r\u00e9ussi \u00e0 se sortir de l\u2019\u00e9tau qui avait entra\u00een\u00e9 son \u00e9chec d\u2019avril 2017, toujours coinc\u00e9 entre la FI et une mouvance socialiste h\u00e9sitant elle-m\u00eame entre la mod\u00e9ration sociale-d\u00e9mocrate \u00e0 l\u2019europ\u00e9enne et un retour \u00e0 gauche prononc\u00e9. Apr\u00e8s une timide consolidation en f\u00e9vrier, les r\u00e9centes vagues de sondage replacent G\u00e9n\u00e9ration-s sensiblement au-dessous des 5% salvateurs.\n\nLe PCF a d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019il lui fallait se redonner un poids politique suffisant, pour affirmer une \u00ab identit\u00e9 communiste \u00bb que les alliances pass\u00e9es lui paraissaient avoir alt\u00e9r\u00e9e. En faisant le choix d\u2019une liste PC autonome conduite par Ian Brossat, les communistes entendent jouer de trois registres en m\u00eame temps : manifester leur existence distincte, jouer la carte du renouvellement et maintenir l\u2019image de r\u00e9alisme, qu\u2019incarne le tr\u00e8s m\u00e9diatique adjoint de la maire de Paris. Incontestablement, Brossat a bien tir\u00e9 son \u00e9pingle du jeu dans la phase de pr\u00e9-campagne et la liste PC a plut\u00f4t confort\u00e9 sa pr\u00e9sence (de 1,7% en moyenne avant l\u2019automne 2018 \u00e0 2,4% en avril). Mais les communistes souffrent encore d\u2019un double handicap : celui de la cr\u00e9dibilit\u00e9 d\u2019un parti que les l\u00e9gislatives ont r\u00e9duit officiellement \u00e0 2,7% des suffrages exprim\u00e9s ; la difficult\u00e9 \u00e0 faire entendre une voix franchement diff\u00e9rente \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une gauche en mouvement, qui est toujours bien loin de la refondation globale attendue.\n\nLe Parti socialiste d\u2019Olivier Faure a fait quant \u00e0 lui un double pari. Il consid\u00e8re que les sociaux-d\u00e9mocrates restent la force principale de gauche dans une Europe tr\u00e8s droitis\u00e9e et il esp\u00e8re que l\u2019inflexion \u00e0 gauche imprim\u00e9e apr\u00e8s le d\u00e9sastre de 2017 finira par porter ses fruits en relan\u00e7ant le socialisme, comme en Espagne ou au Portugal. Par ailleurs le choix d\u2019une t\u00eate de liste non socialiste et d\u2019une liste politiquement mixte s\u2019est voulu le signe que la centralit\u00e9 socialiste ne se pensait plus, comme apr\u00e8s 1981, sous la forme d\u2019une h\u00e9g\u00e9monie sans partage du Parti socialiste lui-m\u00eame. Pour l\u2019instant, la liste propos\u00e9e a plut\u00f4t confort\u00e9 ses positions apr\u00e8s janvier, sans parvenir au score pourtant bien modeste de 2017. A priori, le tassement dans les sondages de la FI, jusqu\u2019en f\u00e9vrier, et les d\u00e9boires du macronisme nourrissaient l\u2019espoir d\u2019y parvenir. Rien ne dit que l\u2019in\u00e9dit Rapha\u00ebl Glucksmann parviendra \u00e0 le concr\u00e9tiser au bout du compte.\n\nQuant aux Verts, absents de la pr\u00e9sidentielle de 2017 et condamn\u00e9s \u00e0 un petit 4% aux l\u00e9gislatives, ils ont tabl\u00e9 sur les ressorts g\u00e9n\u00e9ralement plus favorables du scrutin europ\u00e9en, sur la mont\u00e9e en puissance de l\u2019enjeu climatique et sur la bonne tenue des \u00e9cologistes dans de nombreux pays europ\u00e9ens (Belgique, Luxembourg, Bavi\u00e8re, etc.). Les sondages sugg\u00e8rent la possibilit\u00e9 d\u2019un certain renforcement du groupe des Verts au Parlement europ\u00e9en, ce qui en ferait des partenaires incontournables pour une social-d\u00e9mocratie globalement affaiblie. Mais ce pari a pouss\u00e9 Yannick Jadot et sa liste plut\u00f4t dans la voie d\u2019une \u00e9cologie \u00ab r\u00e9aliste \u00bb, sur le mod\u00e8le des \u00ab Gr\u00fcnen \u00bb allemands, ce qui pousse vers le \u00ab ni droite ni gauche \u00bb. Les Verts, dans une gauche domin\u00e9e par la FI, pouvaient jouer le jeu d\u2019une force de gauche neuve et capable de jouer un r\u00f4le actif dans l\u2019enceinte parlementaire europ\u00e9enne. En refusant ce positionnement et face au t\u00eate-\u00e0-t\u00eate du macronisme et de l\u2019extr\u00eame droite, ils risquent de ne rien gagner au centre et de d\u00e9courager la gauche. Un possible \u00ab perdant-perdant \u00bb, quand tout pouvait laisser esp\u00e9rer aux Verts un \u00ab gagnant-gagnant \u00bb\u2026\n\n\n\n<p>&nbsp;\n\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/politique\/article\/europeennes-eelv-est-il-toujours-un-parti-de-gauche\">Europ\u00e9ennes : EELV en marche vers le centre<\/a><\/em>\n\n\n<p>&nbsp;\n\n<p>\n\n<h2>Et la France insoumise ?<\/h2>\n\nSi l\u2019on tient compte du positionnement ambigu des Verts, la France insoumise reste la premi\u00e8re force au sein d\u2019une gauche toujours encalmin\u00e9e. Elle est bien s\u00fbr loin des premi\u00e8res estimations de la premi\u00e8re moiti\u00e9 de l\u2019ann\u00e9e 2018 et reste au-dessous du seuil les l\u00e9gislatives de juin 2017 \u2013 le v\u00e9ritable point de comparaison pour elle. Elle a durement encaiss\u00e9 le choc qu\u2019a constitu\u00e9 l\u2019\u00e9pisode des perquisitions. En outre, son attitude particuli\u00e8rement rude \u00e0 l\u2019\u00e9gard de que ses responsables appelaient la \u00ab g\u00f4che \u00bb, les \u00ab tambouilles \u00bb ou la \u00ab soupe aux logos \u00bb a d\u00e9tourn\u00e9 une large part de ceux qui avaient vu, en Jean-Luc M\u00e9lenchon, une voie possible pour une gauche \u00ab post-sociale-lib\u00e9rale \u00bb.\n\nLes dirigeants de la FI comptaient sur le \u00ab d\u00e9gagisme \u00bb et sur la crise profonde de la gauche historique pour esquisser une voie plus proche du populisme sud-am\u00e9ricain que de la convergence populaire des gauches propre \u00e0 la tradition fran\u00e7aise pr\u00e9-mitterrandienne. L\u2019\u00e9mergence inattendue des gilets jaunes leur est apparue comme une occasion unique de prendre la main, de discr\u00e9diter un peu plus la gauche traditionnelle et de venir braconner sur les terres occup\u00e9es politiquement par le Front national devenu Rassemblement national.\n\nOr ce pari ne s\u2019est pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9 payant, \u00e0 ce jour du moins. Parce que les gilets jaunes expriment davantage un d\u00e9sarroi populaire et une r\u00e9action contre un espace politique d\u00e9pass\u00e9 et discr\u00e9dit\u00e9, qu\u2019un mouvement autour de valeurs claires et d\u2019un projet partag\u00e9 de soci\u00e9t\u00e9 alternative. De ce fait, alors que la mobilisation en cours depuis d\u00e9cembre frappe les observateurs par sa puissance, sa complexit\u00e9, son \u00e9cart par rapport aux attitudes et structurations existantes, les enqu\u00eates sugg\u00e8rent que ce n\u2019est pas la FI qui en tirerait le b\u00e9n\u00e9fice global. Le mouvement des ronds-points et des manifestations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es est loin d\u2019\u00eatre corset\u00e9 par l\u2019extr\u00eame droite, mais la sympathie \u00e0 l\u2019\u00e9gard du mouvement (ceux qui se \u00ab sentent \u00bb gilets jaunes \u00bb ou les \u00ab soutiennent \u00bb sans en faire partie) semble porter plus volontiers vers les droites extr\u00eames que vers les gauches, fussent-elles les plus \u00e0 gauche.\n\nLe tableau ci-dessous est construit \u00e0 partir du \u00ab rolling \u00bb quotidien de l\u2019IFOP. Il reprend les d\u00e9tails de quelques sondages et une moyenne g\u00e9n\u00e9rale des deux mois de mars et d\u2019avril.\n\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/IMG\/pdf\/3.pdf\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignleft size-full wp-image-27555\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/t3-cfa.jpg\" alt=\"t3.jpg\" align=\"left\" width=\"626\" height=\"792\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/t3-cfa.jpg 626w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/t3-cfa-237x300.jpg 237w\" sizes=\"auto, (max-width: 626px) 100vw, 626px\" \/><\/a>\n\n\n<p>&nbsp;\n\n<p>\n\nLe RN continue d\u2019attirer une large part des cat\u00e9gories populaires, du moins celles qui ont l\u2019intention de voter (le premier parti populaire reste celui des abstentionnistes) et une part significative de ceux qui se sentent gilets jaunes.\n\nEn revanche, l\u2019intention de vote en faveur de la FI a \u00e9t\u00e9 fragilis\u00e9e d\u2019abord par une capacit\u00e9 moindre \u00e0 mobiliser l\u2019\u00e9lectorat de la pr\u00e9sidentielle, y compris celui qui affirme sa proximit\u00e9 avec la France insoumise. Cette fragilit\u00e9 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 compens\u00e9e par un gain dans les autres familles politiques, ni \u00e0 gauche ni \u00e0 droite. La FI a perdu de ses soutiens \u00e0 gauche et n\u2019a rien gagn\u00e9 ailleurs, ni sur l\u2019\u00e9lectorat populaire du FN ni sur ceux qui se \u00ab sentent \u00bb gilets jaunes. Cette moindre attraction \u00e0 gauche a des effets globaux : elle limite en particulier la capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019adresser aux cat\u00e9gories populaires. Celles-ci se d\u00e9tournent g\u00e9n\u00e9ralement de la gauche, se sentent trahies par elle, mais ne suivent pas pour autant ceux qui viennent de la gauche et veulent fortement marquer leur distance avec elle.\n\nCe qui faisait la force de la gauche s\u2019est longtemps trouv\u00e9, non pas dans le ressentiment populaire, mais dans le lien qui s\u2019\u00e9tablissait entre des attentes sociales et l\u2019espoir, \u00e0 la fois raisonn\u00e9 et sensible, dans une soci\u00e9t\u00e9 de dignit\u00e9 populaire. Ce qui attire encore fortement vers l\u2019extr\u00eame droite une partie non n\u00e9gligeable des cat\u00e9gories populaires \u2013 et parmi elle des gilets jaunes d\u00e9clar\u00e9s &#8211; n\u2019est pas la col\u00e8re en elle-m\u00eame, mais le sentiment, souvent confus mais ancr\u00e9, que le Rassemblement national propose une alternative r\u00e9aliste parce qu\u2019elle travaille sur le mythe de la protection par la cl\u00f4ture. C\u2019est le projet de l\u2019extr\u00eame droite, exprim\u00e9 ou sous-jacent, qui attire le peuple d\u00e9laiss\u00e9. C\u2019est la carence de projet \u2013 et un projet ne se r\u00e9duit pas \u00e0 un programme \u2013 qui emp\u00eache la gauche de retrouver des couleurs et de r\u00e9activer une fibre populaire analogue \u00e0 celle qui fit les beaux jours du PCF.\n\nLa FI a raison de dire que les formules anciennes, que les ritournelles sur le rassemblement de la gauche ne font pas l\u2019affaire. Mais tourner le dos \u00e0 la gauche, r\u00e9pugner \u00e0 se r\u00e9clamer d\u2019elle n\u2019est pas plus une solution. Sans doute est-ce le sentiment de cette lacune et les rapports difficiles avec le \u00ab peuple de gauche \u00bb qui a pouss\u00e9 Jean-Luc M\u00e9lenchon \u00e0 lancer son id\u00e9e de \u00ab f\u00e9d\u00e9ration populaire \u00bb. Or prendre au s\u00e9rieux cet appel \u2013 quoique l\u2019on pense par ailleurs de la formule elle-m\u00eame \u2013 suppose que soient lev\u00e9es bien des ambigu\u00eft\u00e9s. Par exemple, JLM argue de la centralit\u00e9 de la FI. On pouvait parler de centralit\u00e9 \u00e0 gauche du vote M\u00e9lenchon d\u2019avril 2017, d\u00e9j\u00e0 un peu moins de la centralit\u00e9 du vote FI de juin. Mais a fortiori il est impossible de parler de centralit\u00e9 aujourd\u2019hui, de qui que ce soit. Il est exact que la gauche ne saurait d\u00e9sormais converger que dans une pratique de rupture avec le d\u00e9sordre lib\u00e9ral-capitaliste existant. Il est toutefois aussi vrai qu\u2019elle ne convergera que dans une diversit\u00e9 assum\u00e9e, qui exclut toute h\u00e9g\u00e9monie ou privil\u00e8ge de quiconque. On n\u2019en reviendra ni \u00e0 ce qu\u2019\u00e9tait une gauche domin\u00e9e par le PCF d\u2019hier, ni \u00e0 ce qu\u2019\u00e9tait une gauche domin\u00e9e par un PS mitterrandis\u00e9.\n\n\n<blockquote>Les dissensions de la gauche ne sont pas qu\u2019affaire de mauvaise volont\u00e9 et de querelles d\u2019egos. La gauche aura besoin de beaucoup de d\u00e9bats sereins et sans contournement pour aller de l\u2019avant. Elle ne le fera pas d\u2019ici le 26 mai.<\/blockquote>\n\n\nPar ailleurs, le terme de \u00ab f\u00e9d\u00e9ration \u00bb ne doit pas \u00eatre porteur de confusion. Viser \u00e0 un rassemblement politique majoritaire demande d\u2019avancer vers deux objectifs, \u00e9galement n\u00e9cessaires mais distincts : faire converger toutes les sensibilit\u00e9s de la gauche sur des projets \u00e9mancipateurs concrets, \u00e0 toutes les \u00e9chelles de territoire ; mettre en place une force, pluraliste et coh\u00e9rente, qui se situe ouvertement dans la tradition des ruptures populaires qui ont accompagn\u00e9 la gauche fran\u00e7aise de souche r\u00e9volutionnaire. Confondre les deux exigences est source d\u2019impuissance. C\u2019est en effet oublier qu\u2019il n\u2019y a pas une gauche unique et que nul ne peut avoir la pr\u00e9tention d\u2019\u00eatre, \u00e0 lui seul, \u00e0 la fois \u00ab la gauche \u00bb et \u00ab le peuple \u00bb.\n\nEn attendant, tout d\u00e9sir de rassembler au lieu d\u2019exclure est bon \u00e0 prendre. Le choix de Manon Aubry \u00e9tait sans nul doute une mani\u00e8re de ne pas fermer toutes les portes, comme l\u2019\u00e9tait \u00e0 sa mani\u00e8re le choix de Rapha\u00ebl Glucksmann par le PS. Mais un acte ou des actes isol\u00e9s ne font pas une politique. Tout comme la d\u00e9nonciation de la \u00ab caste \u00bb et, a fortiori, tous les appels \u00e0 la \u00ab haine \u00bb des \u00e9lites ne font pas un projet d\u2019\u00e9mancipation et risquent m\u00eame de le contredire.\n\nC\u2019est l\u2019absence de ce projet, en France comme en Europe, qui ne permet pas \u00e0 la gauche d\u2019\u00eatre \u00e0 la hauteur et qui fait que les cat\u00e9gories populaires ne se sentent pas motiv\u00e9es par le scrutin europ\u00e9en. Contrecarrer le pessimisme, redonner au peuple le sens de sa dignit\u00e9 et de son combat exclut tout raccourci. On ne peut faire l\u2019\u00e9conomie d\u2019une d\u00e9monstration patiente, celle qui consiste \u00e0 prouver que, sur quelque territoire que l\u2019on vive, national, infranational ou supranational, il n\u2019y a pas d\u2019issue en dehors d\u2019un rassemblement majoritaire pour combattre les choix dominants, exp\u00e9rimenter des voies nouvelles et emp\u00eacher, partout, que les choix populaires soient remis en question. On ne \u00ab sort \u00bb pas d\u2019un cadre inad\u00e9quat, au risque de se trouver enferm\u00e9 dans un autre plus contraignant encore : on cr\u00e9e les conditions, au mieux pour changer le cadre, au pire pour \u00e9viter qu\u2019il ne soit un carcan et emp\u00eache d\u2019avancer.\n\nIl est certes dommage que des forces ne se soient pas rassembl\u00e9es \u00e0 gauche, pour faire vivre ensemble une telle fa\u00e7on de faire. Mais il est vrai que les dissensions de la gauche ne sont pas qu\u2019affaire de mauvaise volont\u00e9 et de querelles d\u2019egos. La gauche aura besoin de beaucoup de d\u00e9bats sereins et sans contournement pour aller de l\u2019avant. Elle ne le fera pas d\u2019ici le 26 mai. En attendant, si de la concurrence \u00e0 gauche une force \u00e9merge davantage qu\u2019une autre, il reste \u00e0 esp\u00e9rer qu\u2019elle le fera dans cet esprit d\u2019ouverture et de refondation, et pas dans un esprit de cl\u00f4ture et de d\u00e9nigrement.\n\n\n\n<p>&nbsp;\n\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/roger-martelli\"><strong>Roger Martelli<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-11601 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/befunky-collage-126-2f3-scaled.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/befunky-collage-126-2f3-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"befunky-collage-126.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/t2-38c.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/t2-38c-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"t2.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/t3-05a.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/t3-05a-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"t3.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Documents joints<\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/1-ffe.pdf\">Donn\u00e9es de r\u00e9f\u00e9rence<\/a><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/2-b84.pdf\">Sondages entre d\u00e9cembre 2017 et avril 2019<\/a><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/3-852.pdf\">Intentions de vote LFI et RN (IFOP)<\/a><\/div>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous voil\u00e0 un mois du scrutin des europ\u00e9ennes, le premier depuis la grande s\u00e9quence \u00e9lectorale de 2017. 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