{"id":11551,"date":"2019-07-19T08:49:00","date_gmt":"2019-07-19T06:49:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-violences-policieres-un-mort-par-mois-en-silence\/"},"modified":"2023-06-23T23:38:19","modified_gmt":"2023-06-23T21:38:19","slug":"article-violences-policieres-un-mort-par-mois-en-silence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11551","title":{"rendered":"Violences polici\u00e8res\u00a0: un mort par mois, en silence"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Quatre ans qu&#8217;Adama Traor\u00e9 est mort. Quatre ans que ses proches demandent la justice, la v\u00e9rit\u00e9. Sur fond de racisme inavou\u00e9, les violences polici\u00e8res restent largement impunies. Dans notre trimestriel du printemps 2017, nous avions publi\u00e9 l&#8217;article qui suit. D&#8217;une terrible actualit\u00e9.<\/p>\n<p>5 novembre 2016, Paris. Plusieurs centaines de personnes marchent, au d\u00e9part de la place du Ch\u00e2telet, laissant ainsi le Palais de Justice dans leur dos pour aller vers la place de la R\u00e9publique. Tout un symbole. Des Noirs, des Arabes, des Blancs. Deux mondes cohabitent pour la m\u00e9moire d\u2019Adama Traor\u00e9. Les uns protestent contre un racisme assassin, une justice sourde et muette. Les autres, antifascistes, t\u00e9moignent de leur opposition face \u00e0 un <em>\u00ab \u00c9tat policier \u00bb<\/em>. Ils n\u2019ont pas les m\u00eames codes, mais ce jour-l\u00e0, un m\u00eame \u00e9lan les pousse. Boulevard Saint-Martin, le cort\u00e8ge s\u2019arr\u00eate. De longues minutes \u00e0 \u00e9grener au porte-voix les tr\u00e8s nombreux noms de ceux qui sont morts sous les coups de la police. Entre chaque nom, la foule scande : <em>\u00ab\u00a0On n\u2019oublie pas, on ne pardonne pas\u00a0\u00bb<\/em>. L\u2019\u00e9cho laisse place au silence. Zyed, Bouna, Malik Oussekine, R\u00e9mi Fraisse, Adama Traor\u00e9, mais aussi des dizaines d\u2019inconnus. La liste n\u2019en finit plus. Et pour cause, en France, on estime les victimes des \u00ab gardiens de la paix \u00bb entre huit et quinze morts par an.<\/p>\n<h2>Donn\u00e9es cach\u00e9es<\/h2>\n<p>Si l\u2019on ne dispose que des donn\u00e9es de quelques m\u00e9dias, associations ou collectifs, de Basta ! \u00e0 l\u2019Action des chr\u00e9tiens pour l\u2019abolition de la torture (ACAT) en passant par Urgence notre police assassine, c\u2019est que le minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur refuse de fournir des chiffres officiels. Pour Aline Daill\u00e8re, responsable des programmes France \u00e0 l\u2019ACAT, la situation est tr\u00e8s claire\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Si l\u2019Int\u00e9rieur ne publie pas ces chiffres, c\u2019est par manque de volont\u00e9 politique. Ces chiffres existent, mais on nous dit qu\u2019on ne les a pas, ce qui para\u00eet invraisemblable\u00a0\u00bb<\/em>. Le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la CGT-Police Alexandre Langlois[[Depuis la r\u00e9daction de cet article, Alexandre Langlois a pris la t\u00eate du syndicat policier Vigi. Le 3 juillet 2019, <a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/actualite-france\/un-syndicaliste-policier-suspendu-pour-ses-critiques-outrancieres-contre-l-institution-20190705\">il a \u00e9t\u00e9 suspendu pour <em>\u00ab critiques outranci\u00e8res \u00bb<\/em> contre l\u2019institution<\/a>.]] confirme\u00a0: <em>\u00ab\u00a0L\u2019Int\u00e9rieur ne communique sur rien. On n\u2019arrive m\u00eame pas \u00e0 savoir le nombre de suicides dans la police\u00a0\u00bb<\/em>. Alors, ce qu\u2019Aline Daill\u00e8re craint par-dessus tout, c\u2019est que sans donn\u00e9es officielles, <em>\u00ab\u00a0les gens n\u2019y croient pas. Et comme les m\u00e9dias n\u2019en parlent pas, \u00e7a n\u2019existe pas\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/societe\/article\/disparition-de-steve-maia-canico-mort-de-zined-redouane-la-police-deteste-tout\">Disparition de Steve Maia Cani\u00e7o, mort de Zineb Redouane : la police d\u00e9teste tout le monde ?<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les proches des victimes demandent tous \u00ab\u00a0justice et v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb. Et cela commence par la v\u00e9rit\u00e9, soit un rapport de forces entre citoyens lambda et ceux qui portent l\u2019uniforme. <em>\u00ab\u00a0Il y a un processus syst\u00e9matique \u00e0 chaque fois que quelqu\u2019un meurt entre les mains de la police<\/em>, explique Amal Bentounsi, fondatrice du\u00a0collectif\u00a0Urgence notre police assassine. <em>D\u00e8s le d\u00e9part, il y a criminalisation de la victime, mensonges, version polici\u00e8re relay\u00e9e \u00e0 outrance par les m\u00e9dias. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Ainsi, dans les jours qui ont suivi sa mort, Adama Traor\u00e9 \u00e9tait \u2013 selon les autorit\u00e9s \u2013 un drogu\u00e9 et un alcoolique souffrant d\u2019une infection pulmonaire. Mais aussi, et surtout, un d\u00e9linquant. La m\u00e9thode est bien connue\u00a0: elle invite l\u2019opinion publique \u00e0 se d\u00e9solidariser de la victime, en faisant \u00e9merger <em>\u00ab\u00a0le sentiment que ces personnes le m\u00e9ritaient. Ce qui nourrit une forme d\u2019apathie dans l\u2019opinion. Donc, il n\u2019y a pas de protestation\u00a0\u00bb<\/em>, analyse Rokhaya Diallo.<\/p>\n<h2>Outrage et r\u00e9bellion<\/h2>\n<p>La mort caus\u00e9e, la victime criminalis\u00e9e, les forces de l\u2019ordre doivent faire face aux familles, endeuill\u00e9es et r\u00e9volt\u00e9es. Vient alors une deuxi\u00e8me phase\u00a0: la <em>\u00ab\u00a0r\u00e9affirmation d\u2019autorit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>, pour reprendre l\u2019expression d\u2019Alexandre Langlois. Les violences polici\u00e8res n\u2019ont pas n\u2019importe quel lieu pour th\u00e9\u00e2tre. Elles ont cours principalement en banlieue des grandes villes. Alors, quand les habitants des quartiers populaires d\u00e9noncent ces bavures, lesquelles <em>\u00ab\u00a0n\u2019existent pas pour la police\u00a0\u00bb<\/em>, affirme Aline Daill\u00e8re, survient une deuxi\u00e8me salve de violence.<\/p>\n<p>Ce fut le cas \u00e0 Beaumont-sur-Oise. Apr\u00e8s la mort d\u2019Adama Traor\u00e9, r\u00e9unis devant la mairie pour assister au conseil municipal du 17 novembre 2016, les proches ont \u00e9t\u00e9 accueillis par les forces de l\u2019ordre qui finiront par gazer les manifestants. Plus tard dans la soir\u00e9e, <em>\u00ab\u00a0il y a eu quatre cents gendarmes d\u00e9ploy\u00e9s \u00e0 Beaumont, des checkpoints \u00e0 tous les ronds-points, des rondes o\u00f9 ils \u00e9clairaient les fa\u00e7ades des immeubles avec des projecteurs\u00a0\u00bb<\/em>, raconte Guillaume Vadot, attach\u00e9 temporaire d\u2019enseignement et de recherche \u00e0 la Sorbonne \u2013 par ailleurs militant au NPA. Par la suite, Youssouf et Bagui, deux des fr\u00e8res d\u2019Adama, seront sanctionn\u00e9s \u00e0 de la prison ferme pour outrage et r\u00e9bellion, en plus de 7\u00a0390 euros de dommages et int\u00e9r\u00eats. Quant \u00e0 Bagui, il sera condamn\u00e9 \u00e0 deux ans d\u2019interdiction de s\u00e9jour \u00e0 Beaumont, justifi\u00e9 par la Cour pour <em>\u00ab\u00a0r\u00e9tablir, par son caract\u00e8re exemplaire, l\u2019autorit\u00e9 des forces de l\u2019ordre\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/article\/assa-traore-l-etat-a-peur-de-notre-combat\">Assa Traor\u00e9 : \u00ab L\u2019\u00c9tat a peur de notre combat \u00bb<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La r\u00e9pression post-violences polici\u00e8res, <em>\u00ab\u00a0\u00e7a se passe tout le temps\u00a0\u00bb<\/em>, confie Aline Daill\u00e8re, rapportant que <em>\u00ab\u00a0les familles de victimes d\u00e9noncent souvent les repr\u00e9sailles, qu\u2019elles soient judiciaires, mais aussi au quotidien, avec des voitures de police qui passent, qui suivent les proches, etc. Ce sont des formes de menaces, d\u2019intimidations. Les familles disent qu\u2019on voudrait les &#8220;faire plier&#8221;\u00a0\u00bb<\/em>. <\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0Justice nulle part\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>Malgr\u00e9 tout, il arrive que des membres forces de l\u2019ordre impliqu\u00e9s dans des faits de violences polici\u00e8res se retrouvent au tribunal. Combien de policiers et gendarmes condamn\u00e9s apr\u00e8s avoir tu\u00e9 quelqu\u2019un\u00a0? Dans son rapport publi\u00e9 d\u00e9but 2016, sur 89 cas de violences polici\u00e8res \u00e9tudi\u00e9s entre 2005 et 2015, l\u2019ACAT faisait \u00e9tat de \u00ab\u00a026 d\u00e9c\u00e8s pour lesquels on a deux affaires avec des condamnations\u00a0\u00bb. Des condamnations qui ne d\u00e9passent pas les vingt-quatre mois de prison avec sursis, ce qu\u2019Aline Daill\u00e8re qualifie d\u2019<em>\u00ab exceptionnellement \u00e9lev\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>. Pour les autres, ce sont <em>\u00ab\u00a0des non-lieux, des relaxes,\u00a0des affaires qui tra\u00eenent \u00bb<\/em>, se d\u00e9sole Amal Bentounsi.<\/p>\n<p>Peut-on alors parler d\u2019impunit\u00e9\u00a0? Pour le sociologue sp\u00e9cialiste des questions de d\u00e9linquance Laurent Mucchielli, <em>\u00ab\u00a0la justice est en difficult\u00e9\u00a0: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, elle a envie de r\u00e9affirmer son autorit\u00e9, d\u2019un l\u2019autre, la police et la gendarmerie sont ses partenaires au quotidien\u00a0\u00bb<\/em>. Au Tribunal de grande instance de Bobigny, un magistrat se confie\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Il y a une proximit\u00e9 professionnelle entre le parquet et la police qui peut engendrer une forme de protection des policiers. Pour les m\u00e9nager, le parquet choisit de ne pas les poursuivre \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Que dire alors de l\u2019IGPN, la \u00ab police des polices \u00bb\u00a0? <em>\u00ab\u00a0On ne peut pas \u00eatre jug\u00e9 par ses pairs\u00a0\u00bb<\/em>, lance Madjid Messaoudene, conseiller municipal \u00e0 Saint-Denis en charge de la lutte contre les discriminations,\u00a0qui aimerait voir <em>\u00ab\u00a0la m\u00eame s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la part de la justice quand des policiers sont attaqu\u00e9s, comme \u00e0 Viry-Chatillon, et quand des policiers \u00e9borgnent des manifestants\u00a0\u00bb<\/em>. Mais pour Alexandre Langlois, <em>\u00ab\u00a0il y a une impunit\u00e9 \u00e0 partir d\u2019un certain niveau hi\u00e9rarchique. \u00c0 partir de commissaire, on peut faire ce qu\u2019on veut\u00a0\u00bb<\/em>. S\u2019il admet que <em>\u00ab\u00a0ne pas sanctionner les policiers est contre-productif\u00a0\u00bb<\/em>, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la CGT-Police n\u2019est pas dupe\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Les condamnations de l\u2019IGPN se font selon les besoins en communication. A-t-on besoin de soutenir la police ou de charger un policier quoi qu\u2019il arrive\u00a0? \u00bb<\/em><\/p>\n<h2>(Il)l\u00e9gitime d\u00e9fense<\/h2>\n<p>Sous couvert d\u2019anonymat, le magistrat de Bobigny explique qu\u2019il est <em>\u00ab\u00a0rare qu\u2019un policier soit poursuivi pour &#8220;meurtre&#8221;, mais plut\u00f4t pour &#8220;violences ayant entra\u00een\u00e9 la mort sans intention de la donner&#8221;\u00a0\u00bb<\/em>. Selon lui, les seules conditions pour qu\u2019un policier soit condamn\u00e9 \u00e0 de la prison ferme, ce sont <em>\u00ab\u00a0des preuves solides, comme une vid\u00e9o, ou des \u00e9l\u00e9ments graves, une d\u00e9chirure anale ou la mort, par exemple\u00a0\u00bb<\/em>. Mais il rappelle qu\u2019en g\u00e9n\u00e9ral, l\u2019enqu\u00eate porte sur la l\u00e9gitimit\u00e9 des violences polici\u00e8res\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Une violence l\u00e9gitime peut d\u00e9raper et conduire \u00e0 la mort. Mais ce premier temps de violence l\u00e9gitime alt\u00e8re l\u2019intensit\u00e9 des poursuites et la d\u00e9cision judiciaire\u00a0\u00bb<\/em>. Un contexte que le parquet prend en compte, m\u00eame s\u2019il n\u2019est <em>\u00ab\u00a0pas justifi\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Car les policiers b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un joker\u00a0: la l\u00e9gitime d\u00e9fense. Une loi pour l\u2019assouplir a \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement adopt\u00e9e par le Parlement \u00e0 la fin du mois de f\u00e9vrier. Mais faut-il y voir-l\u00e0 un \u00ab permis de tuer \u00bb\u00a0? Pas du point de vue d\u2019Alexandre Langlois, mais il est tout de m\u00eame inquiet\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Le texte de base sur la l\u00e9gitime d\u00e9fense est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s dangereux, autant pour la police que pour la population. Quand on arrive devant le juge, dans 90% des cas, on ne sait pas si on a fait une faute. La r\u00e9forme ajoute encore plus de flou. On ne sait toujours pas exactement quand est-ce qu\u2019on peut sortir une arme. Mais maintenant, le policier peut penser qu\u2019il a bien agi, alors que le texte de base n\u2019a pas chang\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<h2>Pratiques discriminatoires\u2026<\/h2>\n<p>Les contr\u00f4les d\u2019identit\u00e9 conduisent souvent \u00e0 des violences. Les rapports sur les contr\u00f4les au faci\u00e8s sont nombreux, dont celui, paru en janvier 2017, du D\u00e9fenseur des droits. Il montre que les jeunes hommes <em>\u00ab\u00a0per\u00e7us comme noirs ou arabes\u00a0\u00bb<\/em> ont <em>\u00ab\u00a0une probabilit\u00e9 vingt fois plus \u00e9lev\u00e9e que les autres d\u2019\u00eatre contr\u00f4l\u00e9s\u00a0\u00bb<\/em> par la police. <em>\u00ab\u00a0C\u2019est d\u2019autant plus vrai dans les cas de d\u00e9c\u00e8s. Sur les 26 d\u00e9c\u00e8s \u00e9tudi\u00e9s, on a 22 personnes non-blanches\u00a0\u00bb<\/em>, assure Aline Daill\u00e8re. M\u00eame constat de la part d\u2019Urgence notre police assassine : entre 2005 et 2015, le collectif a comptabilis\u00e9 103 jeunes personnes noires ou arabes tu\u00e9es par la police. <em>\u00ab\u00a0Dans 95% des cas, les victimes sont noires ou arabes. 99% si l\u2019on compte les Rroms, les gitans, etc.\u00a0\u00bb<\/em>, commente Amal Bentounsi, arguant que R\u00e9mi Fraisse n\u2019\u00e9tait que l\u2019exception qui confirme la r\u00e8gle. Et l\u2019historien sp\u00e9cialiste du pass\u00e9 colonial et de l\u2019immigration en France Pascal Blanchard de rappeler que\u00a0jusqu\u2019aux ann\u00e9es 90, 95% des victimes \u00e9taient des Maghr\u00e9bins. Il pr\u00e9cise\u00a0: <em>\u00ab\u00a0C\u2019est une longue tradition qui remonte aux ann\u00e9es 50.\u00a0&#8220;Tuer un Arabe&#8221; n\u2019est pas qu\u2019un acte de police, c\u2019est aussi quelque chose qui s\u2019inscrit dans la culture et dans la pratique\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Une situation difficile \u00e0 saisir, ou m\u00eame \u00e0 croire <em>\u00ab\u00a0si l\u2019on ne vit pas soi-m\u00eame les violences polici\u00e8res, les contr\u00f4les au faci\u00e8s\u00a0\u00bb<\/em>, souligne Rokhaya Diallo. En septembre 2016, Guillaume Vadot s\u2019est violemment fait contr\u00f4ler par la police \u00e0 la gare de Saint-Denis. Nacira Gu\u00e9nif, sociologue et enseignante \u00e0 Paris 8, le qualifiera de <em>\u00ab\u00a0dommage collat\u00e9ral\u00a0\u00bb<\/em>. En effet, son seul tort fut de filmer la police en train de contr\u00f4ler des Noirs \u00e0 la sortie de la gare. Cela lui vaudra des coups, des insultes, des menaces de viol, de mort, et une d\u00e9charge de Taser.<\/p>\n<p>Jacques de Maillard, professeur de science politique \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Versailles Saint-Quentin, qualifie ces pratiques de <em>\u00ab\u00a0discriminatoires\u00a0\u00bb<\/em>. <em>\u00ab Il y a une disproportion des minorit\u00e9s visibles lors des contr\u00f4les, qui r\u00e9sulte souvent d\u2019une forme de syllogisme qui consiste \u00e0 dire\u00a0: &#8220;On a des chances de succ\u00e8s plus importantes&#8221;. Ce raisonnement, en soi, n\u2019est pas raciste,\u00a0mais il conduit \u00e0 des pratiques discriminatoires\u00a0\u00bb<\/em>. Pour Laurent Mucchielli, <em>\u00ab\u00a0les pratiques donnent l\u2019impression de confirmer les pr\u00e9jug\u00e9s et les policiers se justifient en disant\u00a0: &#8220;Vu que ce sont toujours les m\u00eames en garde-\u00e0-vue, c\u2019est bien eux qu\u2019il faut contr\u00f4ler&#8221;\u00a0\u00bb<\/em>. Lui aussi atteste que <em>\u00ab\u00a0ce cercle vicieux n\u2019a rien \u00e0 voir avec un racisme id\u00e9ologique chez les policiers, mais avec des pratiques professionnelles \u00bb<\/em>. Des pratiques qu\u2019Alexandre Langlois impute \u00e0 la <em>\u00ab\u00a0politique du chiffre\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<h2>\u2026 d\u2019une police r\u00e9publicaine ?<\/h2>\n<p>Mais si l\u2019on place ces pratiques dans la perspective des diverses \u00e9tudes du CEVIPOF, dont la plus r\u00e9cente montre que <em>\u00ab\u00a0chez les policiers [&#8230;] les intentions de vote en faveur de Marine Le Pen d\u00e9passent les 56%\u00a0\u00bb<\/em>, il y a de quoi interroger, <em>a minima<\/em>, le rapport des forces de l\u2019ordre \u00e0 la figure de l\u2019\u00e9tranger. Aux dires de Madjid Messaoudene, <em>\u00ab\u00a0la police cesse d\u2019\u00eatre r\u00e9publicaine \u00e0 partir du moment o\u00f9 elle vote Front national\u00a0\u00bb<\/em>. Et l\u2019id\u00e9e d\u2019avoir des sympathisants frontistes arm\u00e9s dans les quartiers populaires ne rassure personne. Mais tout ceci est-il nouveau\u00a0?<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, pour Pascal Blanchard, il faut y voir une certaine continuit\u00e9 de l\u2019histoire du contr\u00f4le policier des minorit\u00e9s\u00a0en France et, au-del\u00e0, de ce qui se passait dans les colonies : <em>\u00ab\u00a0\u00c0 partir de 1926, il y a des services de contr\u00f4le des Maghr\u00e9bins sur Paris\u00a0: les &#8220;services de la rue Lecomte&#8221;. Ils avaient pour mission de surveiller les travailleurs maghr\u00e9bins, les syndicalistes ou les militants dans des lieux aussi divers que les usines, les garnis et h\u00f4tels, la grande mosqu\u00e9e, puis plus tard autour de l\u2019h\u00f4pital franco-musulman de Bobigny. Cette structure s\u2019est ensuite transform\u00e9e en Brigade nord-africaine avec les m\u00eames objectifs : la surveillance des Maghr\u00e9bins, avant d\u2019\u00eatre supprim\u00e9e et de rena\u00eetre avec la BAV \u00bb<\/em>. Cette Brigade des agressions et violences, rappelle l\u2019historien, <em>\u00ab\u00a0est cr\u00e9\u00e9e par Maurice Papon en juillet 1953. La BAV n\u2019a \u00e9t\u00e9 d\u00e9construite que dans les ann\u00e9es 70\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Tous les chercheurs d\u00e9plorent l\u2019absence de travail r\u00e9flexif des forces de l\u2019ordre sur leurs pratiques, sur leur imaginaire. La France serait-elle dans le d\u00e9ni\u00a0? D\u2019apr\u00e8s Rokhaya Diallo, <em>\u00ab\u00a0remettre en cause la police, c\u2019est remettre en cause la R\u00e9publique. Et en France, en plus d\u2019\u00eatre dans une sacralisation de la R\u00e9publique, la question raciale est totalement absente \u00bb<\/em>. Un vaste probl\u00e8me qui entrem\u00eale pratiques polici\u00e8res, fonctionnement de la justice et histoire coloniale, qu\u2019aucun politique n\u2019a encore os\u00e9 remettre en cause. Ne reste qu\u2019une solution pour Assa Traor\u00e9, s\u0153ur d\u2019Adama\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Il faut se battre, car c\u2019est fini le temps de l\u2019esclavage\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/loic-le-clerc\"><strong>Lo\u00efc Le Clerc<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-11551 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/violences-9ba.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/violences-9ba-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"violences.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quatre ans qu&#8217;Adama Traor\u00e9 est mort. Quatre ans que ses proches demandent la justice, la v\u00e9rit\u00e9. Sur fond de racisme inavou\u00e9, les violences polici\u00e8res restent largement impunies. Dans notre trimestriel du printemps 2017, nous avions publi\u00e9 l&#8217;article qui suit. D&#8217;une terrible actualit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":1203,"featured_media":27420,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[501,329,381],"class_list":["post-11551","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actu","tag-affaire-adama-traore","tag-forces-de-lordre","tag-violences"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11551","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1203"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11551"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11551\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/27420"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11551"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11551"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11551"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}