{"id":1148,"date":"1998-12-01T00:00:00","date_gmt":"1998-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/theatre1148\/"},"modified":"1998-12-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-11-30T23:00:00","slug":"theatre1148","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1148","title":{"rendered":"Th\u00e9\u00e2tre"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> A partir du livre de l&#8217;\u00e9crivain martiniquais Vincent Placoly (1946-1992), Fr\u00e8res Volcans, Anne-Marie Lazarini, au Th\u00e9\u00e2tre Artistic Ath\u00e9vains, met sur la sc\u00e8ne l&#8217;abominable de l&#8217;homme, l&#8217;esclavage. <\/p>\n<p>En France m\u00e9tropolitaine, on croit tout savoir de l&#8217;abolition de l&#8217;esclavage aux Antilles et du d\u00e9cret du 27 avril promulgu\u00e9 par Schoelcher. Sait-on qu&#8217;il y eut plus de cinquante millions d&#8217;Africains d\u00e9port\u00e9s aux Am\u00e9riques ? Conna\u00eet-on les s\u00e9vices les plus barbares perp\u00e9tr\u00e9s par les ma\u00eetres b\u00e9k\u00e9s ? Le refus des n\u00e8gres marrons, la naissance d&#8217;une culture cr\u00e9ole de r\u00e9sistance la nuit sur l&#8217;Habitation ? Et les r\u00e9voltes d&#8217;esclaves dont la plus c\u00e9l\u00e8bre fut celle qui, \u00e0 Saint-Pierre, en Martinique, aboutit \u00e0 l&#8217;abolition de l&#8217;esclavage avant l&#8217;arriv\u00e9e du d\u00e9cret officiel venu de France ? Sait-on qu&#8217;apr\u00e8s les d\u00e9cisions g\u00e9n\u00e9reuses de la jeune Seconde R\u00e9publique apr\u00e8s les journ\u00e9es r\u00e9volutionnaires de f\u00e9vrier 48, les pressions de d\u00e9put\u00e9s r\u00e9actionnaires retard\u00e8rent l&#8217;envoi du d\u00e9cret ? Sait-on qu&#8217;aujourd&#8217;hui encore le peuple antillais vit avec, au fond de lui, cette immense blessure d&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 ni\u00e9, deux si\u00e8cles durant, dans son humanit\u00e9 ?<\/p>\n<p> <strong> Ces journ\u00e9es de r\u00e9volte, de braise et de mort \u00e0 Saint-Pierre <\/strong><\/p>\n<p>Vincent Placoly, un \u00e9crivain martiniquais mort \u00e0 46 ans, en 1992, raconte dans son roman Fr\u00e8res Volcans ces journ\u00e9es de r\u00e9volte, de braise et de mort \u00e0 Saint-Pierre, journ\u00e9es qui pr\u00e9figuraient la fin d&#8217;un monde. C&#8217;est le seul roman contemporain sur le sujet. Romancier, essayiste, journaliste, homme de th\u00e9\u00e2tre et engag\u00e9 dans l&#8217;histoire de son pays, Vincent Placoly est tr\u00e8s connu et tr\u00e8s aim\u00e9 aux Antilles. C&#8217;est le premier \u00e0 avoir affirm\u00e9 en plein mouvement de la N\u00e9gritude: &#8220;Je suis un Am\u00e9ricain&#8221;, affirmant par l\u00e0 le d\u00e9sir d&#8217;ancrer la r\u00e9alit\u00e9 antillaise dans l&#8217;espace carib\u00e9en, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Cuba, de la Guyane, du Br\u00e9sil, d&#8217;Ha\u00efti. C&#8217;est \u00e0 Paris, pourtant, avec ses \u00e9tudes \u00e0 la Sorbonne, plus particuli\u00e8rement dans son amour pour la langue fran\u00e7aise, que l&#8217;artiste s&#8217;affirme. Son \u00e9criture est somptueuse, m\u00ealant la densit\u00e9 d&#8217;une pens\u00e9e complexe aux m\u00e9andres multiples, \u00e0 la po\u00e9sie d&#8217;un imaginaire cr\u00e9ole et au lyrisme d&#8217;une personnalit\u00e9 hant\u00e9e par la mort. Anne-Marie Lazarini a eu un v\u00e9ritable coup de foudre pour ce roman. Une adaptation en est jou\u00e9e aujourd&#8217;hui au Th\u00e9\u00e2tre des Ath\u00e9vains. Tout l&#8217;int\u00e9r\u00eat de ce texte, mais aussi sa difficult\u00e9, est qu&#8217;il n&#8217;est en rien manich\u00e9en: ni h\u00e9ros, ni barbares; les deux esclaves sont affranchis et les b\u00e9k\u00e9s des hommes, certes inconscients et incons\u00e9quents mais qui partagent avec les Noirs l&#8217;amour de leur pays. Vincent Placoly, pour les besoins du roman, pr\u00e9tend avoir d\u00e9couvert le manuscrit, journal intime d&#8217;un Blanc, ancien esclavagiste nourri de culture fran\u00e7aise et de philosophie des Lumi\u00e8res, un progressiste contemporain de ces \u00e9v\u00e9nements. A distance de la rue et de la foule, il pose toutes les questions sans r\u00e9ponse encore aujourd&#8217;hui: le sens de cette libert\u00e9 accord\u00e9e ? D&#8217;une fraternit\u00e9 construite sur la haine ? De l&#8217;espoir des Noirs de fonder des nations n\u00e8gres ? Il anticipe toutes les illusions et les hypocrisies et meurt \u00e0 la fin faute d&#8217;entrevoir un avenir possible.<\/p>\n<p>Sur le plateau du th\u00e9\u00e2tre des Ath\u00e9vains, une table, six com\u00e9diens et un musicien de jazz. Au sol l&#8217;esquisse blanche des deux \u00eeles sur un sol rouge (sc\u00e9nographie d\u00e9pouill\u00e9e de F. Cabanat). Tant\u00f4t les acteurs sont nos contemporains d\u00e9couvrant la langue de Placoly, \u00e0 travers le manuscrit. Le roman est alors au centre de la mise en sc\u00e8ne. Tant\u00f4t ils incarnent les personnages de quelques sc\u00e8nes. La parole circule, fluide entre r\u00e9cit et dialogue, lecture et jeu. La mise en sc\u00e8ne rend clairs les vrais rapports de force par del\u00e0 les mots. Quelques objets seulement, une cocarde tricolore, une petite lampe projet\u00e9e sur le plan de Saint-Pierre, une ligne de feu sur une musique de percussion, ou sur l&#8217;appel d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 d&#8217;une improvisation au saxophone, rendent compte visuellement de ces journ\u00e9es essentielles pour les Antilles et leurs rapports avec la France. Au-del\u00e0 de cette histoire situ\u00e9e dans le temps et dans l&#8217;espace, le spectacle constitue une belle m\u00e9taphore des rapports coloniaux et n\u00e9o-coloniaux, une r\u00e9flexion tr\u00e8s actuelle sur les traces, les s\u00e9quelles et le difficile avenir des pays nouvellement lib\u00e9r\u00e9s. Pour ce d\u00e9fi th\u00e9\u00e2tral, d&#8217;excellents com\u00e9diens (Eric Delor, Claude Guedj, Isabelle Mentr\u00e9, Louis M\u00e9rino, Raymonde Palcy) et un musicien surprenant par la pr\u00e9sence sc\u00e9nique de sa musique (Herv\u00e9 Bourde).<\/p>\n<p>Vincent Placoly, Fr\u00e8res Volcans, mise en sc\u00e8ne A-Marie Lazarini, Th\u00e9\u00e2tre des Ath\u00e9vains, jusqu&#8217;au 9 d\u00e9cembre 1998, Repris \u00e0 Douai en mars 1999 et \u00e9ventuellement \u00e0 Paris et Fort-de-France. Renseignements: 01 43 56 38 46.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> A partir du livre de l&#8217;\u00e9crivain martiniquais Vincent Placoly (1946-1992), Fr\u00e8res Volcans, Anne-Marie Lazarini, au Th\u00e9\u00e2tre Artistic Ath\u00e9vains, met sur la sc\u00e8ne l&#8217;abominable de l&#8217;homme, l&#8217;esclavage. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-1148","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1148","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1148"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1148\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1148"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1148"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1148"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}