{"id":1147,"date":"1998-12-01T00:00:00","date_gmt":"1998-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/entretien-avec-bertrand-blier1147\/"},"modified":"1998-12-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-11-30T23:00:00","slug":"entretien-avec-bertrand-blier1147","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1147","title":{"rendered":"Entretien avec Bertrand Blier"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Vingt-cinq ans apr\u00e8s les Valseuses (qui fut un livre avant d&#8217;\u00eatre un film), le cin\u00e9aste signe un sulfureux roman noir. Existe en blanc raconte l&#8217;histoire d&#8217;un serial-killer obs\u00e9d\u00e9 par les soutiens-gorge. Rencontre avec Bertrand, fils de Bernard Blier, cousin spirituel d&#8217;Audiard. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Alors que l&#8217;on s&#8217;attend \u00e0 un livre sur les femmes, il est souvent question du p\u00e8re. Etait-ce volontaire ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Bertrand Blier : <\/strong> Non, ce n&#8217;\u00e9tait pas dans mon projet. Je m&#8217;en suis rendu compte, une fois le livre termin\u00e9, en corrigeant les \u00e9preuves. Il y a une interpellation du p\u00e8re \u00e9tonnante, c&#8217;est vrai. Il n&#8217;y a rien d&#8217;autobiographique, normalement&#8230; mais quand m\u00eame. Je me pose des questions au sujet de mon p\u00e8re depuis longtemps. Sur l&#8217;homme. Pas sur l&#8217;acteur&#8230; On s&#8217;interroge tous sur nos racines: qui sont ces gens qui nous ont fait ? Un p\u00e8re ou une m\u00e8re, c&#8217;est jamais parfait. Alors, on se dit: n&#8217;y aurait-il pas eu un probl\u00e8me \u00e0 tel ou tel propos. \u00c7a c&#8217;est bien pass\u00e9 avec mon p\u00e8re. Nous avons eu des rapports tr\u00e8s forts, tr\u00e8s positifs.<\/p>\n<p> <strong> Aurait-il aim\u00e9 Existe en blanc, \u00e0 votre avis ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> B. B : <\/strong> Ah \u00e7a, je sais pas ! Il aimait bien ce que je faisais. Parfois, il tirait un peu la tronche&#8230; C&#8217;\u00e9tait un homme d&#8217;une \u00e9poque o\u00f9 on ne parlait pas de ces choses-l\u00e0. Il avait ador\u00e9 le bouquin des Valseuses.<\/p>\n<p> <strong> J&#8217;ai toujours \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9 par les soutiens-gorge&#8230; &#8221; dit votre narrateur. Votre livre n&#8217;est-il pas bas\u00e9 sur des souvenirs d&#8217;enfance ?&#8230; <\/strong><\/p>\n<p> <strong> B. B : <\/strong> Bien s\u00fbr. Comme beaucoup de petits gar\u00e7ons, j&#8217;\u00e9tais tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9 par les magasins de lingerie f\u00e9minine. Petit, il y avait une boutique sp\u00e9cialis\u00e9e, sur le chemin de l&#8217;\u00e9cole, avec des gaines&#8230; Et j&#8217;ai retrouv\u00e9, dans un livre, une photo extraordinaire qui me rappelle ce souvenir.<\/p>\n<p> <strong> Vous \u00e9crivez depuis longtemps, puisque vous avez publi\u00e9 les Valseuses en 1972. Pourquoi n&#8217;avoir pas continu\u00e9 ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> B. B : <\/strong> J&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de trente ans. J&#8217;\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 cin\u00e9aste puisque j&#8217;avais r\u00e9alis\u00e9 deux films (Hitler, conna\u00eet pas, 1963 et Si j&#8217;\u00e9tais un espion, 1965), mais j&#8217;ai connu une longue p\u00e9riode de ch\u00f4mage. Alors je me suis mis \u00e0 \u00e9crire. J&#8217;ai \u00e9crit des sc\u00e9narios, puis les Valseuses. C&#8217;\u00e9tait de l&#8217;art brut. J&#8217;ai d\u00e9couvert peu \u00e0 peu le plaisir d&#8217;\u00e9crire. Mon ambition \u00e9tait d&#8217;arriver \u00e0 \u00e9crire une S\u00e9rie Noire. Je suis all\u00e9 voir le directeur de l&#8217;\u00e9poque, Robert Soula. Il m&#8217;a donn\u00e9 le feu vert, plus quelques conseils. J&#8217;ai commenc\u00e9&#8230; et je croyais que \u00e7a allait me prendre deux mois. Puis les personnages se sont mis \u00e0 vivre tout seuls. Le livre a fait 450 pages. Du coup, il n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en S\u00e9rie Noire, mais chez Robert Laffont, et j&#8217;ai re\u00e7u un petit mot sympa de Marcel Duhamel&#8230;<\/p>\n<p> <strong> Justement, pourquoi n&#8217;avoir pas persist\u00e9 en litt\u00e9rature ? ! <\/strong><\/p>\n<p> <strong> B. B : <\/strong> Mon ambition r\u00e9elle \u00e9tait de r\u00e9aliser des films. Mais je me suis dis que je pourrais me remettre \u00e0 \u00e9crire. Je me voyais vieux &#8211; d&#8217;ailleurs, je commence \u00e0 me voir comme \u00e7a&#8230; -, peinard \u00e0 la campagne, en train d&#8217;\u00e9crire. Quoi de plus beau ? Puis, j&#8217;ai fait ma carri\u00e8re de metteur en sc\u00e8ne, plut\u00f4t satisfaisante. J&#8217;ai r\u00e9alis\u00e9 les films que je voulais, plus ou moins. Et, depuis peu, il y a eu une autre vocation hallucinante: le th\u00e9\u00e2tre !<\/p>\n<p> <strong> Comment \u00e9crivez-vous ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> B. B : <\/strong> Des boules dans les oreilles pour ne pas entendre mon enfant, ou les oiseaux. M\u00eame le bruit des oiseaux m&#8217;emmerde quand j&#8217;\u00e9cris ! Je me lance avec rien. Une id\u00e9e, une phrase. Sans plan. Trois, quatre heures pas jour. Et le reste du temps, j&#8217;y pense. Je travaille \u00e9norm\u00e9ment les premi\u00e8res pages. Puis c&#8217;est parti, sur trente, quarante pages. Je m&#8217;arr\u00eate pour r\u00e9fl\u00e9chir. J&#8217;ai \u00e9crit une pi\u00e8ce et un roman en deux ans, c&#8217;est pas mal. Je n&#8217;avais plus envie de tourner. Je lisais. J&#8217;aime relire des classiques: Tolsto\u00ef, Dickens. David Copperfield est comme mon personnage, Baudouin Treuttel, il se rem\u00e9more difficilement son pass\u00e9 pr\u00e9natal&#8230; Les livres d&#8217;aujourd&#8217;hui m&#8217;ennuient la plupart du temps. A part Michel Houellebecq (les Particules \u00e9l\u00e9mentaires, NDLR). Comme dit Fabrice Luchini: c&#8217;est un obs\u00e9d\u00e9 du gourdin&#8230; (rires) Il est limite quand il dit que Pr\u00e9vert est un con, ou qu&#8217;il est contre l&#8217;avortement, mais c&#8217;est un \u00e9crivain.<\/p>\n<p> <strong> Votre inspiration tourne g\u00e9n\u00e9ralement autour de la ceinture: c&#8217;est l\u00e0 que vous frappez en premier&#8230; Qu&#8217;est-ce qui vous inspire ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> B. B : <\/strong> Les rapports hommes-femmes. Les rapports domin\u00e9s-dominants. Je crois que c&#8217;est la cl\u00e9. Je pense qu&#8217;on est des animaux, faut pas se raconter d&#8217;histoires&#8230; Mais moi, en tant qu&#8217;h\u00e9t\u00e9rosexuel, je pense que, si on ne faisait pas des choses pour les femmes, on ne ferait rien. Ce sont les sentiments entre hommes et femmes qui m&#8217;int\u00e9ressent. En politique, pareil&#8230; C&#8217;est le pouvoir, la s\u00e9duction. C&#8217;est pourquoi Clouzot me plaisait tant. Je l&#8217;ai connu au montage du Myst\u00e8re Picasso. Quelle intelligence !&#8230; Il jouait aux \u00e9checs avec mon p\u00e8re. Il \u00e9tait sadique, c&#8217;est vrai. Il demandait \u00e0 mon p\u00e8re: est-ce que tu crois que Fran\u00e7ois P\u00e9rier serait bien pour jouer dans les Espions ? Mon p\u00e8re, qui \u00e9tait le meilleur ami de P\u00e9rier, \u00e9tait oblig\u00e9 de dire: mais bien s\u00fbr, il serait formidable. Et il rentrait \u00e0 la maison en me disant: &#8221; Ce con ! pourquoi il me prend pas moi ?&#8230; &#8221; (rires).<\/p>\n<p> <strong> D\u00e8s les Valseuses, \u00e9manation des \u00e9v\u00e9nements de Mai-68, vous exprimiez votre col\u00e8re, votre r\u00e9volte. Avez-vous chang\u00e9 ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> B. B : <\/strong> J&#8217;esp\u00e8re \u00eatre rest\u00e9 comme \u00e7a. Au fond de moi, il y a toujours un rebelle qui sommeille, un homme de mauvaise humeur. J&#8217;aime bien les gens de mauvaise humeur. &#8221; Comment \u00e7a va ? Pas bien&#8230; &#8221; Sauf quand ma pi\u00e8ce marche bien ou mon livre&#8230; mais \u00e7a dure un quart d&#8217;heure. L&#8217;\u00e2ge venant, je ne veux pas virer \u00e0 droite. Il faut faire attention aux honneurs, au pouvoir (la pr\u00e9sidence de l&#8217;Avance sur recettes, par exemple). Je refuse tout, du coup je passe pour un mec d\u00e9sagr\u00e9able. J&#8217;essaie de faire ce que je sais faire: \u00e9crire, tourner, diriger des acteurs. Je suis rest\u00e9 le gars que j&#8217;\u00e9tais \u00e0 trente ans. J&#8217;essaie en tout cas.<\/p>\n<p> <strong> Pensez-vous adapter Existe en blanc au cin\u00e9ma ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> B. B : <\/strong> Possible&#8230; Il y a quelques sc\u00e8nes crues. Il suffit de les faire raconter. Le probl\u00e8me, c&#8217;est que \u00e7a donnera un film dangereux. Un nouveau Buffet froid, peut-\u00eatre. Mais ne serait-il pas temps, pour moi, de faire des films moins dangereux, plus ludiques. Plus faciles d&#8217;acc\u00e8s pour la majorit\u00e9 des gens. C&#8217;est ce que fait tr\u00e8s bien Woody Allen. Il est un peu moderne, mais pas trop&#8230; Ou comme On conna\u00eet la chanson de Resnais. Un film tr\u00e8s gai, formidable.<\/p>\n<p>Bertrand Blier, Existe en blanc, Robert Laffont, 252 p., 129 F<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vingt-cinq ans apr\u00e8s les Valseuses (qui fut un livre avant d&#8217;\u00eatre un film), le cin\u00e9aste signe un sulfureux roman noir. Existe en blanc raconte l&#8217;histoire d&#8217;un serial-killer obs\u00e9d\u00e9 par les soutiens-gorge. 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