{"id":1144,"date":"1998-12-01T00:00:00","date_gmt":"1998-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/films1144\/"},"modified":"1998-12-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-11-30T23:00:00","slug":"films1144","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1144","title":{"rendered":"Films"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Walter Salles <\/p>\n<p>Le sertao br\u00e9silien, cette partie semi-aride du Nordeste du pays, est aussi importante pour le cin\u00e9ma br\u00e9silien de Glauber Rocha (le Dieu noir et le diable blond, Antonio das Mortes), et de Nelson Pereira dos Santos (Vidas secas) que le d\u00e9sert de l&#8217;Ouest am\u00e9ricain pour John Ford. Walter Salles ne pouvait qu&#8217;utiliser le sertao comme plateau de tournage. C&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;il a mis en sc\u00e8ne le Br\u00e9sil r\u00e9el, personnage principal de Central do Brasil, Br\u00e9sil r\u00e9el, en opposition avec le Br\u00e9sil du Real (1), celui des statistiques officielles. Pour parler de ce Br\u00e9sil-l\u00e0, Walter Salles a invent\u00e9 l&#8217;histoire d&#8217;une improbable rencontre entre un enfant (Vinicius de Oliveira) qui vient de perdre sa m\u00e8re, tu\u00e9e par une voiture en face de la principale, et d\u00e9cadente, gare de Rio de Janeiro, la &#8221; Central do Brasil &#8220;, qui relie le centre de la ville aux banlieues pauvres, avec une vieille professeur retrait\u00e9e qui tente de compl\u00e9ter sa maigre pension en \u00e9crivant des lettres pour les illettr\u00e9s qui passent par la &#8221; Central &#8220;. N&#8217;ayant plus rien \u00e0 perdre, ni l&#8217;un ni l&#8217;autre, il partent ensemble en bus pour le Nordeste, \u00e0 la recherche du p\u00e8re de l&#8217;enfant. Alors qu&#8217;ils vont \u00e0 la d\u00e9couverte du Br\u00e9sil profond, cach\u00e9 dans le sertao, ils se &#8221; resensibilisent &#8221; l&#8217;un l&#8217;autre.<\/p>\n<p> <strong> Comme dans les films du &#8221; Cinema novo &#8221; (2) br\u00e9silien, Central do Brasil part d&#8217;une r\u00e9alit\u00e9 humaine forte. Comment la traitez-vous sans tomber dans le paternalisme ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Walter Salles : <\/strong> Comme ont coutume de dire des cin\u00e9astes comme Abbas Kiarostami et Takeshi Kitano, il y a dans un film certaines choses qui sont de l&#8217;ordre de l&#8217;inexplicable et nous ne parvenons \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir qu&#8217;a posteriori. Comme le film fut longuement r\u00e9p\u00e9t\u00e9 avant d&#8217;\u00eatre tourn\u00e9, il a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t possible de tracer une trajectoire: nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 la conclusion que le film devait \u00eatre humaniste, mais sans larmoiement. La question principale de Central do Brasil est la d\u00e9couverte de la sensibilit\u00e9 et la resensibilisation de Dora, la vieille professeur, interpr\u00e9t\u00e9e par Fernanda Montenegro, et cela exigeait que le film soit d\u00e9pourvu de tout aspect m\u00e9lodramatique.<\/p>\n<p> <strong> Au-del\u00e0 de cette recherche, il y a aussi une relation \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 sociale br\u00e9silienne. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> W. S. : <\/strong> D\u00e8s le d\u00e9part, il y avait une volont\u00e9 d&#8217;arriver au plus pr\u00e8s de ce que Antonio Nobrega, musicien qui \u00e9tudie et interpr\u00e8te la musique du Nordeste, appelle le &#8220;Br\u00e9sil r\u00e9el&#8221;, en opposition au &#8220;Br\u00e9sil du Real&#8221;. Cette inversion de point de vue, repr\u00e9sent\u00e9e dans le film par la recherche du p\u00e8re, est quasiment la recherche d&#8217;un pays sans doute plus simple, moins glorieux que le pays annonc\u00e9 par les hommes politiques, mais o\u00f9, sans doute, il existerait plus de compassion et plus d&#8217;humanit\u00e9.<\/p>\n<p> <strong> Quelle est votre rapport avec le &#8221; Cinema novo &#8221; ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> W. S. : <\/strong> Le &#8221; Cinema novo &#8221; et son h\u00e9ritage sont en r\u00e9alit\u00e9 les meilleurs portraits du Br\u00e9sil au long des ann\u00e9es 60 et 70. Du Dieu noir et le diable blond et Vidas secas, tous les deux de 1964, jusqu&#8217;\u00e0 Bye, Bye Brasil, de 1979, ces films se sont fait le reflet de ce que nous sommes. Je ne veux d&#8217;aucune mani\u00e8re comparer Central do Brasil \u00e0 ces films-l\u00e0 qui ont pour moi une valeur mythologique. J&#8217;ai seulement le d\u00e9sir de parler du pays r\u00e9el, que ce soit sous une forme tr\u00e8s all\u00e9gorique, comme Glauber Rocha, ou \u00e0 travers une vision humaniste et r\u00e9aliste qui est celle de Nelson Pereira dos Santos. Cet h\u00e9ritage pr\u00e9cieux continuera d&#8217;alimenter le cin\u00e9ma br\u00e9silien pendant de nombreuses ann\u00e9es. Il n&#8217;y a aucun film br\u00e9silien qui ne dialogue ou ne d\u00e9sire dialoguer avec le &#8221; Cinema novo &#8220;.<\/p>\n<p> <strong> Au contraire de vos autres films, Central do Brasil n&#8217;est pas \u00e9labor\u00e9 \u00e0 partir de r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l&#8217;histoire du cin\u00e9ma. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> W. S. : <\/strong> Terra estrangeira (3), par exemple, fut r\u00e9alis\u00e9 au moment o\u00f9 le cin\u00e9ma br\u00e9silien reprenait vigueur. D&#8217;une certaine mani\u00e8re, il se servait de diff\u00e9rents genres cin\u00e9matographiques et leur rendait hommage. Le d\u00e9but du film est un tribut au n\u00e9or\u00e9alisme, ensuite aux premiers films de Wim Wenders et aux road movies en g\u00e9n\u00e9ral, et jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;utilisation du noir et blanc qui peut \u00eatre un hommage au &#8221; Cinema novo &#8220;. J&#8217;ai voulu mettre la cam\u00e9ra au service de l&#8217;histoire, sans pr\u00e9occupations formelles pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9es. Mon unique souci formel \u00e9tait de filmer en cin\u00e9mascope avec lequel il faut couper le moins possible et donc avoir des plans de tournage plus longs et d\u00e9taill\u00e9s.<\/p>\n<p> <strong> Le cin\u00e9ma br\u00e9silien, aujourd&#8217;hui, est domin\u00e9 par l&#8217;id\u00e9e de conqu\u00eate des march\u00e9s. Quelle est votre r\u00e9flexion \u00e0 ce sujet ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> W. S. : <\/strong> La grande question du cin\u00e9ma est la sinc\u00e9rit\u00e9 du propos du r\u00e9alisateur. D\u00e8s le moment o\u00f9 se d\u00e9veloppe une logique de march\u00e9, des limites s&#8217;imposent qui ne doivent ni ne peuvent exister. Sinc\u00e9rit\u00e9 du propos, le reste en est la cons\u00e9quence.<\/p>\n<p>Propos recueillis \u00e0 Rio de Janeiro par Hugo Sukman.<\/p>\n<p>Traduction du portugais par Robert Storm. Un site Internet est consacr\u00e9 \u00e0 Central do Brasil, en anglais et en portugais: http:\/\/www.centraldobrasil.com.br<\/p>\n<p>* journaliste aux pages culture du journal O Globo de Rio.<\/p>\n<p>** R\u00e9alisateur, auteur de Central do Brasil.<\/p>\n<p>1. [NDLR] Monnaie br\u00e9silienne, lanc\u00e9e en 1994 par l&#8217;actuel Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique du Br\u00e9sil, Fernando Henrique Cardoso, lorsqu&#8217;il \u00e9tait ministre des Finances. Le &#8220;Plan Real&#8221; mit fin \u00e0 une hyper inflation qui atteignait plus de 2 000% l&#8217;an.<\/p>\n<p>2. [NDLR] Le &#8220;Cinema Novo&#8221; appara\u00eet \u00e0 partir de 1958, issu d&#8217;une g\u00e9n\u00e9ration qui fr\u00e9quente les cin\u00e9s- clubs et milite dans les mouvements \u00e9tudiants. Il constitue l&#8217;un des principaux mouvements de d\u00e9colonisation de la culture br\u00e9silienne et l&#8217;affirmation culturelle du cin\u00e9ma br\u00e9silien qui sera reconnu internationalement. Les principaux r\u00e9alisateurs sont Nelson Pereira dos Santos qui r\u00e9alise Vidas secas en 1963, Glauber Rocha avec Deus e o diabo na terra do sol, en 1964 (sorti en France sous le titre le Dieu noir et le diable blond), Rui Guerra, Os fuzis, 1964, mais aussi Leon Hirzmann, Carlos Diegues, Joaquim Pedro de Andrade ou Walter Lima Jr., Walter Lima, Arnaldo Jabor. Le &#8220;Cinema Novo&#8221; s&#8217;opposera, d\u00e8s 1964, \u00e0 la dictature militaire. A partir de 1968, lorsque les militaires durciront leur r\u00e9gime, le cin\u00e9ma br\u00e9silien entre dans une phase de r\u00e9cession artistique et de productions commerciales qui durera jusqu&#8217;\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970, m\u00eame si certains cin\u00e9astes tentent, comme Leon Hirszmann notamment, de s&#8217;y opposer.<\/p>\n<p>3. R\u00e9alis\u00e9 en 1995. Ce film a \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9 sur Arte et pr\u00e9sent\u00e9 au Latina, cin\u00e9ma appartenant \u00e0 l&#8217;Union latine et dont la programmation est essentiellement r\u00e9serv\u00e9e aux pays qui y sont affili\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Walter Salles <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-1144","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1144","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1144"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1144\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1144"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1144"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1144"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}