{"id":11431,"date":"2019-01-26T10:15:00","date_gmt":"2019-01-26T09:15:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-dans-les-pays-arabes-la-bd-veut-sortir-de-sa-bulle\/"},"modified":"2023-06-23T23:35:24","modified_gmt":"2023-06-23T21:35:24","slug":"article-dans-les-pays-arabes-la-bd-veut-sortir-de-sa-bulle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11431","title":{"rendered":"Dans les pays arabes, la BD veut sortir de sa bulle"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Dans les pays arabophones, des artistes mettent la bande dessin\u00e9e au service de la libert\u00e9 d\u2019expression. \u00c9voquant la guerre, la vie quotidienne, la famille ou la m\u00e9moire, ils font vivre une contre-culture qui prolonge l\u2019\u00e9lan des r\u00e9volutions.<\/p>\n<p>Au Caire, sur le campus universitaire de Tahrir, \u00e0 deux pas de la c\u00e9l\u00e8bre place, se d\u00e9roule chaque automne, le festival Cairo Comix consacr\u00e9 \u00e0 la bande dessin\u00e9e ind\u00e9pendante. L\u00e0, se retrouvent pendant trois jours des artistes et des lecteurs des pays arabes. L\u2019automne dernier, le b\u00e9d\u00e9iste tunisien Seif Eddine Nechi, cofondateur du collectif <em>Lab619<\/em> qui \u00e9dite la revue du m\u00eame nom, y donnait une conf\u00e9rence, comme le jeune Libyen Abdullah Abdia de la revue <em>Habka<\/em>, fond\u00e9e en 2015 \u00e0 Benghazi et qui compte d\u00e9j\u00e0 six num\u00e9ros sur papier, ainsi que Rawand Issa et Karen Keyrouz, b\u00e9d\u00e9istes libanaises du tout jeune collectif <em>Zeez<\/em>.<\/p>\n<p>Cairo Comix est depuis quatre ans le c\u0153ur battant d\u2019un mouvement artistique qui a \u00e9merg\u00e9 dans le m\u00eame \u00e9lan que les Printemps arabes. Depuis 2011, une quarantaine d\u2019albums ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s (souvent \u00e0 compte d\u2019auteurs) et une quinzaine de collectifs de b\u00e9d\u00e9istes se sont form\u00e9s dans une dizaine de pays, du Maroc \u00e0 l\u2019Irak. Ces artistes autoproduisent des fanzines, publient en ligne ou chez les rares \u00e9diteurs int\u00e9ress\u00e9s et d\u00e9frichent un territoire neuf dans les soci\u00e9t\u00e9s arabes : la bande dessin\u00e9e ind\u00e9pendante destin\u00e9e aux adultes. Les styles, vari\u00e9s, puisent dans le comics am\u00e9ricain de Marvel, le manga, l\u2019\u00e9cole &#8220;franco-belge&#8221; (Tintin, Ast\u00e9rix&#8230;), le roman graphique exp\u00e9rimental. Certains adoptent une narration classique tandis que d\u2019autres d\u00e9construisent la case ou s\u2019approprient la veine satirique. La Cit\u00e9 internationale de la bande dessin\u00e9e et de l\u2019image, \u00e0 Angoul\u00eame, consacre une exposition \u00e0 cette &#8220;Nouvelle g\u00e9n\u00e9ration&#8221; de la bande dessin\u00e9e arabe.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-27149\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/lespassants-dfb.png\" alt=\"lespassants.png\" align=\"align=left\" width=\"500\" height=\"703\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/lespassants-dfb.png 500w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/lespassants-dfb-213x300.png 213w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><br \/>\n<small>Les Passants, album de Brahim Ra\u00efs (Maroc), \u00e9ditions Alberti (Maroc).<\/small><\/p>\n<h2>De la g\u00e9opolitique \u00e0 l\u2019intimit\u00e9<\/h2>\n<p>Ces hommes et ces femmes \u00e2g\u00e9s de vingt-cinq \u00e0 quarante ans ont souvent particip\u00e9 aux manifestations pour la d\u00e9mocratie entre 2011 et 2012, r\u00e9clamant &#8220;du pain, la libert\u00e9 et la dignit\u00e9&#8221;, subissant la r\u00e9pression. Dans leurs bandes dessin\u00e9es, ils observent, t\u00e9moignent, se racontent, balayant des th\u00e8mes tr\u00e8s larges, de l\u2019histoire politique \u00e0 la sph\u00e8re de l\u2019intime. Ils exercent avant tout leur droit \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression. Commissaire de l\u2019exposition d\u2019Angoul\u00eame, la Libanaise Lina Gaibeh, universitaire sp\u00e9cialiste de la bande dessin\u00e9e, explique\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Ces artistes veulent montrer l\u2019actualit\u00e9, leur quotidien, leur vie amoureuse. Ils veulent montrer qu\u2019ils sont simplement des humains.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Les jeunes Irakiens du collectif Mesaha veulent <em>\u00ab\u00a0comprendre et explorer la r\u00e9alit\u00e9 contemporaine et son d\u00e9sordre \u00e0 travers des dessins satiriques ni trop polis ni trop diplomates\u00a0\u00bb<\/em>, comme ils l\u2019\u00e9crivent dans le catalogue <em>La Bande dessin\u00e9e arabe aujourd\u2019hui<\/em>. Ils traitent du probl\u00e8me des crimes d\u2019honneur, de l\u2019embrigadement dans l\u2019\u00c9tat Islamique, de la guerre avec les \u00c9tats-Unis. L\u2019auteur-dessinateur marocain Brahim Ra\u00efs se positionne, lui, contre la guerre dans son album <em>Les Passants<\/em> (2011), et dans <em>L\u2019Assaut de Bou-Gafer<\/em> (2017), il scrute l\u2019histoire d\u2019une bataille coloniale en 1933. Quant \u00e0 l\u2019Alg\u00e9roise Nawel Louerrad, elle explore de mani\u00e8re picturale la m\u00e9moire, l\u2019identit\u00e9 et l\u2019histoire de son pays depuis l\u2019Ind\u00e9pendance (<em>Les V\u00eapres alg\u00e9riennes<\/em>, 2012). Le Syrien Hamid Suleiman, maintenant r\u00e9fugi\u00e9 en Europe, a sign\u00e9 de son c\u00f4t\u00e9, dans un noir et blanc tr\u00e8s contrast\u00e9, la chronique am\u00e8re d\u2019un h\u00f4pital clandestin sur fond de trahisons et de mont\u00e9e en puissance des islamistes (<em>Freedom Hospital<\/em>, 2016).<\/p>\n<p>Au milieu de la guerre civile syrienne, entre 2012 et 2016, des artistes ont os\u00e9 publier en ligne des planches et des histoires courtes sur les horreurs de la r\u00e9pression du r\u00e9gime de Bachar El-Assad et du conflit arm\u00e9, pour r\u00e9clamer justice. Afin de pr\u00e9server leur s\u00e9curit\u00e9, ils signaient de mani\u00e8re anonyme sous l\u2019\u00e9tiquette <em>Comics4Syria<\/em>. Salam Alhassan, d\u00e9sormais r\u00e9fugi\u00e9 en Allemagne, fut l\u2019un d\u2019eux. Contact\u00e9 par t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 Berlin, il raconte :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Nous \u00e9tions des dessinateurs et des caricaturistes fous de bande dessin\u00e9e, et nous mettions notre espoir dans la r\u00e9volution. Nous voulions faire conna\u00eetre cet art et en m\u00eame temps protester contre la guerre, donner \u00e0 voir la v\u00e9rit\u00e9. Avec une simple page, nous avons tent\u00e9 de t\u00e9moigner de ce qui se passait, ou de faire une satire du r\u00e9gime. L\u2019humour permet de parler de sujets tr\u00e8s durs. Cela a plu aux gens\u00a0: Comics4Syria a eu des milliers d\u2019abonn\u00e9s. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-27150\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/samandal-b2c.png\" alt=\"samandal.png\" align=\"align=left\" width=\"492\" height=\"700\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/samandal-b2c.png 492w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/samandal-b2c-211x300.png 211w\" sizes=\"auto, (max-width: 492px) 100vw, 492px\" \/><br \/>\n<small>Couverture de la revue Samandal, publi\u00e9e au Liban depuis 2007, en arabe, anglais et fran\u00e7ais.<br \/>\n<\/small><\/p>\n<h2>Des femmes en premi\u00e8re ligne<\/h2>\n<p>La majorit\u00e9 de ces auteurs \u00e9crivent en arabe local dit vernaculaire. Un choix significatif, selon Georges Khoury, pionnier de la bande dessin\u00e9e exp\u00e9rimentale au Liban et observateur attentif du renouveau actuel. <em>\u00ab\u00a0Le monde arabe a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par l\u2019id\u00e9ologie panarabiste totalitaire<\/em>, rappelle-t-il. <em>Avec des publications en arabe classique. Aujourd\u2019hui, les singularit\u00e9s nationales \u00e9mergent. Ces jeunes refl\u00e8tent cette tendance dans leur bande dessin\u00e9e. Ainsi, en \u00c9gypte, leur BD parle l\u2019arabe \u00e9gyptien, avec un contenu \u00e9gyptien et un humour propre. Par ailleurs, certains osent aller plus loin que nous ne l\u2019avons fait dans les ann\u00e9es 1980 avec les tabous religieux et sexuels. C\u2019est parfois un peu provocateur, mais peut-\u00eatre que nous avons besoin de provocation\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> <\/p>\n<p>Les artistes \u00e9gyptiens qui publient dans <em>TokTok<\/em> (quatorze num\u00e9ros) et dans <em>Garage<\/em> (deux num\u00e9ros) se penchent sur la vie tr\u00e9pidante des rues de la capitale, les quartiers populaires, l\u2019absurdit\u00e9 de la bureaucratie. Le fanzine marocain Skefkef parle \u00e9galement de la vie de tous les jours \u00e0 Casablanca, mais aussi d\u2019exp\u00e9riences autobiographiques, et revisite la mythologie traditionnelle. Ramadan Harcore, webzine marocain, a \u00e9pingl\u00e9 entre 2012 et 2014 la tension r\u00e9gnant pendant le ramadan au travers des p\u00e9rip\u00e9ties de Miloud et Sa\u00efd, deux <em>\u00ab\u00a0pieds-nickel\u00e9s\u00a0\u00bb<\/em>. Les Tunisiens de <em>Lab619<\/em> (sept num\u00e9ros) s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la lutte contre le terrorisme, la religion, la soci\u00e9t\u00e9 de consommation, l\u2019homosexualit\u00e9 m\u00eame. Dans son hors-s\u00e9rie sur les migrations, les auteurs ont t\u00e9moign\u00e9 de la situation difficile des r\u00e9fugi\u00e9s sub-sahariens en Tunisie. <\/p>\n<p>Avec leur album, certains artistes prennent le d\u00e9tour du fantastique pour amener une critique politique, comme le Libanais Jorj Abu Mhaja dans une fable sombre et kafka\u00efenne superbement dessin\u00e9e au lavis (<em>Ville avoisinant la terre<\/em>, 2011). La b\u00e9d\u00e9iste \u00e9gyptienne Deena Mohamed imagine, elle, un monde proche du n\u00f4tre o\u00f9 les souhaits s\u2019ach\u00e8tent et se vendent sur le march\u00e9 dans l\u2019album <em>Shubeik Lubeik<\/em> (2017). Tr\u00e8s actives, dans les collectifs ou en solo, les femmes b\u00e9d\u00e9istes racontent la r\u00e9volution, comme le harc\u00e8lement sexuel dans l\u2019espace public, les violences domestiques, la maladie aussi. <em>\u00ab\u00a0Les femmes qui osent parler de leur intimit\u00e9<\/em>, \u00e9crit Lina Gaibeh, <em>sont les m\u00eames qui descendent manifester dans la rue et qui participent activement au mouvement de transformation du monde arabe\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-27151\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/pointzero-333.png\" alt=\"pointzero.png\" align=\"align=left\" width=\"491\" height=\"672\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/pointzero-333.png 491w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/pointzero-333-219x300.png 219w\" sizes=\"auto, (max-width: 491px) 100vw, 491px\" \/><br \/>\n<small>Point Z\u00e9ro, histoire courte de Kamal Zakour (Alg\u00e9rie) pour le dessin et Abir Gasmi (Tunisie) pour le sc\u00e9nario.<\/small><\/p>\n<h2>Un lectorat encore r\u00e9duit<\/h2>\n<p>Le lectorat de ces revues et de ces albums est jeune, urbain et plut\u00f4t \u00e9duqu\u00e9, mais encore restreint. Dans ces pays, la bande dessin\u00e9e reste synonyme de loisirs pour la jeunesse. M\u00eame en \u00c9gypte, au Liban et dans le Maghreb, o\u00f9 les lecteurs go\u00fbtent la caricature et le dessin de presse, la bande dessin\u00e9e n\u2019est gu\u00e8re prise au s\u00e9rieux. En Alg\u00e9rie, o\u00f9 se tient le Festival international de bande dessin\u00e9e d\u2019Alger, il reste beaucoup \u00e0 construire. L\u2019\u00e9lan donn\u00e9 par le succ\u00e8s, dans les ann\u00e9es 1990, de journaux satiriques tels <em>El Manchar<\/em> (\u00e0 ne pas confondre avec le webzine du m\u00eame nom) inspir\u00e9 de l\u2019esprit <em>Charlie Hebdo<\/em>, a \u00e9t\u00e9 bris\u00e9 par la &#8220;d\u00e9cennie noire&#8221; qui a vu l\u2019assassinat par les islamistes de plusieurs dessinateurs (Dorbane, Brahim Guerroui, Sa\u00efd Mekbe). Aujourd\u2019hui, Salim Zerrouki continue l\u2019humour au vitriol avec son album <em>100% Bled<\/em> ou <em>Comment se d\u00e9barrasser de nous pour un monde meilleur<\/em>, qui tourne en d\u00e9rision les travers de la soci\u00e9t\u00e9 maghr\u00e9bine. <\/p>\n<p>Au Maroc, qui poss\u00e8de un cursus de formation \u00e0 la bande dessin\u00e9e et un festival, \u00e0 T\u00e9touan, une premi\u00e8re BD pour adultes avait vu le jour en 2001. Abdelaziz Mouride y faisait le r\u00e9cit, sur un ton d\u2019ironie cinglante, des tortures vues et subies en prison o\u00f9 ce militant d\u2019extr\u00eame gauche avait \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9 dans les ann\u00e9es 1970 (<em>On affame bien les rats<\/em>, traduit et publi\u00e9 par Paris M\u00e9diterran\u00e9e, 2010). Une BD poignante qui a <em>\u00ab\u00a0modifi\u00e9 l\u2019id\u00e9e que les Marocains se faisaient de la bande dessin\u00e9e\u00a0\u00bb<\/em>, selon Brahim Ra\u00efm, joint par mail.<\/p>\n<p>Le premier album \u00e9gyptien pour adultes est apparu il y a dix ans\u00a0: <em>Metro<\/em> de Magyd el Shafee, aujourd\u2019hui un pilier du festival Cairo Comix. On y suit le parcours d\u2019un jeune informaticien, parmi la pauvret\u00e9 et la corruption sous le r\u00e9gime de Hosni Moubarak. Le livre fut interdit, l\u2019auteur et son \u00e9diteur condamn\u00e9s pour &#8220;atteinte \u00e0 l\u2019ordre public&#8221;, emprisonn\u00e9s et contraints de payer une lourde amende.<\/p>\n<p>Le Liban fait figure de foyer ardent pour la bande dessin\u00e9e arabe. D\u00e8s 1980, le &#8220;pays du C\u00e8dre&#8221; a vu na\u00eetre Carnaval de Georges Khoury (sans doute le premier album de BD en langue arabe pour adultes) \u2013 puis le premier collectif d\u2019auteurs de BD, JAD Workshop. Depuis 2007, le collectif Samandal est l\u2019h\u00e9ritier de ce mouvement. En dix ans et une vingtaine de num\u00e9ros, sa revue plut\u00f4t exp\u00e9rimentale a accueilli les planches de 166 auteurs de BD, en majeure partie de pays arabes. Les auteurs-illustrateurs Barrack Rima et Zeina Abirached ont, quant \u00e0 eux, ouvert la voie \u00e0 des romans graphiques sur la soci\u00e9t\u00e9 libanaise, r\u00e9guli\u00e8rement traduits et diffus\u00e9s en France.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-27152\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/utopie-286.png\" alt=\"utopie.png\" align=\"align=left\" width=\"495\" height=\"642\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/utopie-286.png 495w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/utopie-286-231x300.png 231w\" sizes=\"auto, (max-width: 495px) 100vw, 495px\" \/><br \/>\n<small>La recherche de l\u2019utopie, histoire courte de Lena Merhej (Liban)<\/small><\/p>\n<h2>Fragilit\u00e9 \u00e9conomique<\/h2>\n<p>M\u00eame au Liban, publier reste une bataille. Cairo Comix est d\u2019ailleurs un espace o\u00f9 les artistes d\u00e9battent des probl\u00e8mes de publication, de diffusion et de censure. Cette derni\u00e8re est nette dans certains pays comme le Maroc, o\u00f9 il demeure risqu\u00e9 de critiquer le gouvernement ou la famille royale, ou en \u00c9gypte o\u00f9 elle s\u2019accentue avec la politique du g\u00e9n\u00e9ral Abdel Fattah Al-Sissi. Au Liban, le collectif Samandal a eu la surprise d\u2019\u00eatre attaqu\u00e9 par des institutions religieuses. Condamn\u00e9 en 2015 pour &#8220;incitation au conflit confessionnel&#8221; \u00e0 une amende d\u2019environ 20.000 dollars, il aurait mis la cl\u00e9 sous la porte sans un mouvement de solidarit\u00e9 internationale.<\/p>\n<p>Les difficult\u00e9s \u00e9conomiques p\u00e8sent lourd sur cette effervescence cr\u00e9ative. Une industrie du livre et des r\u00e9seaux de distribution faibles ou quasi-inexistants, un cloisonnement entre les pays, un trop petit nombre d\u2019\u00e9diteurs : tout cela emp\u00eache pour le moment une quelconque professionnalisation. Les auteurs gagnent leur vie dans la communication, l\u2019animation 3D, les jeux vid\u00e9o ou l\u2019enseignement. L\u2019exp\u00e9rience du Collectif 12 Tours en Alg\u00e9rie, qui a tenu un blog entre 2010 et 2011, avant de s\u2019arr\u00eater faute de contributeurs motiv\u00e9s, montre la fragilit\u00e9 de ces initiatives. <\/p>\n<p>Les soutiens viennent des structures europ\u00e9ennes (Institut fran\u00e7ais, Fondation allemande Rosa-Luxembourg, Cit\u00e9 internationale de la bande dessin\u00e9e&#8230;) et de fondations comme celle du m\u00e9c\u00e8ne libanais Mu \u2018taz Al Sawwaf qui attribue chaque ann\u00e9e des prix aux auteurs de dessins de presse, de dessin d\u2019humour et de BD du monde arabe.<\/p>\n<p>Anim\u00e9s par la foi dans leur art, ces militants ont r\u00e9ussi \u00e0 tisser des liens solides par-dessus les fronti\u00e8res. \u00c0 cr\u00e9er m\u00eame les conditions d\u2019une &#8220;fraternit\u00e9&#8221;, palpable au festival du Caire, selon l\u2019artiste libanaise Lena Merhej, cofondatrice de Samandal. Pour cette derni\u00e8re, la bande dessin\u00e9e a le pouvoir de <em>\u00ab\u00a0toucher des publics tr\u00e8s diff\u00e9rents dont certains qui ne sont pas int\u00e9ress\u00e9s par la politique\u00a0\u00bb<\/em>, et de <em>\u00ab\u00a0changer les choses, en abordant des sujets dont les gens ne peuvent pas parler\u00a0\u00bb<\/em>. Ces artistes animent des ateliers de bande dessin\u00e9e pour la jeunesse en Lybie, en Irak, en \u00c9gypte et ailleurs, jettent des passerelles vers le graffiti et la musique comme le font les membres de Skefkef \u00e0 Casablanca ou Cairo Comix au Caire. Ils ouvrent ainsi un espace de parole libre et d\u2019\u00e9changes. Un territoire pr\u00e9cieux pour la libert\u00e9 d\u2019expression qui demande encore \u00e0 \u00eatre pleinement conquise.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-27153\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/cocktail-345.png\" alt=\"cocktail.png\" align=\"align=left\" width=\"490\" height=\"715\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/cocktail-345.png 490w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/cocktail-345-206x300.png 206w\" sizes=\"auto, (max-width: 490px) 100vw, 490px\" \/><br \/>\n<small>Cocktail, histoire courte de Salam Al Hassan (Syrie)<\/small><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-11431 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/spread-2-953.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" 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class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/cocktail-d10.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/cocktail-d10-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"cocktail.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans les pays arabophones, des artistes mettent la bande dessin\u00e9e au service de la libert\u00e9 d\u2019expression. \u00c9voquant la guerre, la vie quotidienne, la famille ou la m\u00e9moire, ils font vivre une contre-culture qui prolonge l\u2019\u00e9lan des r\u00e9volutions.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":27149,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[382],"class_list":["post-11431","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-culture","tag-bd"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11431","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11431"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11431\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/27149"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11431"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11431"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11431"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}