{"id":1142,"date":"1998-12-01T00:00:00","date_gmt":"1998-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/films1142\/"},"modified":"1998-12-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-11-30T23:00:00","slug":"films1142","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1142","title":{"rendered":"Films"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Vus d&#8217;Europe, les cin\u00e9mas latino-am\u00e9ricains, aujourd&#8217;hui, se portent bien. San Sebastian, Toulouse, Biarritz, Amiens, ces festivals avaient au programme cette ann\u00e9e, des films d&#8217;Argentine, du Br\u00e9sil, du Mexique, du V\u00e9n\u00e9zuela, de Cuba&#8230; Une semaine de cin\u00e9ma br\u00e9silien s&#8217;est tenue r\u00e9cemment au Cin\u00e9ma des Cin\u00e9astes, \u00e0 Paris, une semaine de cin\u00e9ma argentin est en cours dans plusieurs salles du Val-de-Marne (1). Des sorties de films argentins, cubains et br\u00e9siliens sont annonc\u00e9es pour ce mois de d\u00e9cembre ou d\u00e9but 1999. Peut-on, pour autant, dire qu&#8217;en Am\u00e9rique latine, vaste continent dont beaucoup d&#8217;Etats connaissent crise \u00e9conomique et politique, le cin\u00e9ma vive bien ? Luce Vigo fait l&#8217;\u00e9tat des lieux, un journaliste br\u00e9silien, Carlos Heli, donne un \u00e9clairage sur la situation du cin\u00e9ma dans son pays et l&#8217;un de ses confr\u00e8res, Hugo Sukman, s&#8217;entretient avec Walter Salles dont le film, Central do Brasil sort en France le 2 d\u00e9cembre.  <\/p>\n<p>Le festival de San-Sebastian qui donne, depuis longtemps, la temp\u00e9rature des productions des cin\u00e9mas d&#8217;Am\u00e9rique latine, proposait, pour sa 46e \u00e9dition, plusieurs films argentins, dont le Vent en emporte autant (2) (El viento se llevo lo que) du cin\u00e9aste argentin, \u00e9tabli aux Pays-Bas, Alejandro Agresti, qui a remport\u00e9 la Concha de Oro 1998, grand prix de ce festival international de cin\u00e9ma, tandis que Central do Brasil de Walter Salles, Ours d&#8217;or au Festival de Berlin 98 et Ours d&#8217;argent \u00e0 l&#8217;actrice Fernanda Montenegro pour l&#8217;interpr\u00e9tation f\u00e9minine, y a re\u00e7u les prix du public et de la jeunesse. La pr\u00e9sence nombreuse de films argentins, souvent de premi\u00e8res oeuvres travers\u00e9es de quelques nostalgiques accents de bandoleon, semblait l&#8217;indice d&#8217;une cr\u00e9ativit\u00e9 cin\u00e9matographique nouvelle.<\/p>\n<p>Mais l&#8217;Argentin Claudio Espana, critique de th\u00e9\u00e2tre et de cin\u00e9ma au journal la Nacion, correspondant du festival de San Sebastian, est plus r\u00e9serv\u00e9: &#8221; Certes, depuis 1994, il existe dans mon pays des lois d&#8217;aide au cin\u00e9ma, et gr\u00e2ce \u00e0 un grand mouvement cr\u00e9atif dans les \u00e9coles de cin\u00e9ma vous avez pu voir, ici \u00e0 San Sebastian, plusieurs premiers films. Seront-ils jamais suivis d&#8217;un second ? J&#8217;en doute. Mais il est vrai que l&#8217;attention de quelques critiques, l&#8217;exp\u00e9rience acquise dans les festivals, peuvent aider certains de ces nouveaux r\u00e9alisateurs \u00e0 tourner un autre film, \u00e0 condition qu&#8217;ils restent dans le syst\u00e8me ind\u00e9pendant, qu&#8217;ils n&#8217;aillent pas dans celui de la grande industrie &#8220;.<\/p>\n<p>Parmi les oeuvres pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 San Sebastian, Pizza, birra, fasso de Bruno Stagnaro, \u00e9tudiant \u00e0 Montevideo et d&#8217;Adrian Gaetano, \u00e9tudiant \u00e0 Cordoba, a fait une forte impression par le regard personnel port\u00e9 sur des jeunes vivant dans les rues de Buenos Aires, interpr\u00e9t\u00e9s par des acteurs non-professionnels. Personnages familiers mais \u00e9nigmatiques dans le paysage des grandes villes argentines, ils sont, dans ce film, comme vus de l&#8217;int\u00e9rieur et renvoient \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 malade. Comme un autre premier film, Plazza de almas de Fernando Diaz, qui, dans ce premier long m\u00e9trage, a mis en sc\u00e8ne un jeune peintre de rues qui a du mal \u00e0 vivre son histoire familiale et sentimentale, et dans lequel se r\u00e9v\u00e8le une jeune com\u00e9dienne, Vera Fogwill, que l&#8217;on retrouve avec int\u00e9r\u00eat dans le film d&#8217;Agresti, El vento se llevo lo que.<\/p>\n<p>Alejandro Agresti est, lui, \u00e2g\u00e9 de 38 ans et a d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9 une douzaine de films, la plupart \u00e0 petits budgets. Ce n&#8217;est pas le cas de ce Vent en emporte autant, tourn\u00e9 en Patagonie, avec des acteurs comme Jean Rochefort et Angela Molina. C&#8217;est une autre vision de l&#8217;Argentine qu&#8217;Agresti donne dans ce film, celle de la fragmentation de l&#8217;information dont souffre le peuple argentin, en s&#8217;appuyant sur la m\u00e9taphore des bobines de films qui arrivent dans ce lieu &#8221; au bout du monde &#8220;, m\u00e9lang\u00e9es, \u00e0 l&#8217;envers, fa\u00e7onnant le langage et l&#8217;imaginaire d\u00e9cal\u00e9s de la r\u00e9alit\u00e9 des villageois cin\u00e9philes, jusqu&#8217;au jour o\u00f9 arrive la t\u00e9l\u00e9vision&#8230;<\/p>\n<p>Si r\u00e9ussi soit-il dans son registre comico-tragique touchant \u00e0 des moments graves de l&#8217;histoire de l&#8217;Argentine, le propos d&#8217;Agresti est loin d&#8217;avoir la dimension et l&#8217;impact politiques de celui de Fernando Solanas dans son dernier film la Nube, remarqu\u00e9 aux festivals de Venise et de Biarritz et bient\u00f4t, lui aussi, sur les \u00e9crans fran\u00e7ais. Sous un ciel lourd, souvent pluvieux, dans un Buenos Aires o\u00f9 les gens marchent \u00e0 reculons, un directeur de th\u00e9\u00e2tre ind\u00e9pendant, entour\u00e9 de ses acteurs, s&#8217;obstine \u00e0 dire &#8221; non !&#8221; au minist\u00e8re de la Culture qui veut d\u00e9truire son th\u00e9\u00e2tre. A ce tr\u00e8s beau film sur un combat comme perdu d&#8217;avance, ou men\u00e9 dans l&#8217;indiff\u00e9rence, Solanas donne, comme il l&#8217;a toujours fait, gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9taphore, une \u00e9paisseur politique. &#8221; Il est vrai, dit Claudio Espana, que la culture est tr\u00e8s menac\u00e9e en Argentine. Le pr\u00e9sident Menen, jusqu&#8217;ici, encourageait la cr\u00e9ation cin\u00e9matographique parce que c&#8217;\u00e9tait bon pour l&#8217;image de son gouvernement. Mais cela ne l&#8217;int\u00e9resse plus car il ne peut se repr\u00e9senter une troisi\u00e8me fois \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique &#8220;.<\/p>\n<p>Aux craintes de Claudio Espana, r\u00e9pond l&#8217;optimisme affich\u00e9 du Br\u00e9silien Jos\u00e9 Carlos Avellar. Critique de cin\u00e9ma, pr\u00e9sident de Rio filme, correspondant dans son pays du Festival de San Sebastien, Avellar enseigne aussi \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 dans la perspective de former un jeune public, un travail que Walter Salles, auteur de Central do Brasil, dit consid\u00e9rer comme essentiel, (voir ci-contre l&#8217;entretien avec Walter Salles et l&#8217;article &#8221; Renaissance du cin\u00e9ma br\u00e9silien &#8220;).<\/p>\n<p>Chili, Cuba, Mexique, Venezuela&#8230; des filmographies sinistr\u00e9es ? Le film de Solanas, la Nube, conduit \u00e0 mieux comprendre, peut-\u00eatre, ce qu&#8217;il en est de cin\u00e9matographies ayant une tradition forte et reconnue, et autrefois florissantes, aujourd&#8217;hui vivant p\u00e9niblement malgr\u00e9 des m\u00e9canismes d&#8217;aide et de soutien. Tout un potentiel de cr\u00e9ativit\u00e9 existant reste en friche, pour des raisons \u00e9conomiques, politiques. Paul Leduc au Mexique ne tourne plus; Arturo Ripstein, cin\u00e9aste respect\u00e9 dans le monde entier, a eu le plus grand mal \u00e0 r\u00e9aliser son dernier film El Evangelio de las Maravillas; Pablo Perelman, apr\u00e8s deux premiers films tr\u00e8s personnels et politiques, sur les disparus chiliens, parmi lesquels son fr\u00e8re, est depuis plusieurs ann\u00e9es en attente de tourner, mais il est vrai que le Chili n&#8217;a aucune politique dynamique en mati\u00e8re culturelle. Patricio Guzman, avec son documentaire Chili, la m\u00e9moire obstin\u00e9e, a bien \u00e9clair\u00e9 les raisons d&#8217;un tel manque.<\/p>\n<p> <strong> Trop petits pour r\u00e9sister aux march\u00e9s nord-am\u00e9ricains <\/strong><\/p>\n<p>Et puis il y a l&#8217;ICAIC (3): trente r\u00e9alisateurs, deux films tourn\u00e9s par an, alors qu&#8217;on f\u00eatait \u00e0 la Cita de Biarritz les 40 ans de l&#8217;Institut de cin\u00e9ma cubain. Manuel P\u00e9rez Estremera, ancien assistant et ami de Glauber Rocha, aujourd&#8217;hui responsable des secteurs de coproduction et de diffusion de films latino-am\u00e9ricains sur Canal Espagne, se d\u00e9sole de cette situation: &#8221; Les pays d&#8217;Am\u00e9rique latine sont trop d\u00e9pendants de gouvernements, dictatoriaux ou non, qui se succ\u00e8dent et cr\u00e9ent des situations nouvelles, comme au Mexique, ou sont trop contr\u00f4l\u00e9s, ou encore trop petits pour r\u00e9sister au march\u00e9 nord-am\u00e9ricain, aux multinationales. &#8221; Seul, semble-t-il, de ces pays, le V\u00e9n\u00e9zuela arrive \u00e0 produire une dizaine de films par an, mais le cin\u00e9aste v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien Atahualpa Lichy, en charge de la programmation du Festival de Mar del Plata, craint, aux prochaines \u00e9lections pr\u00e9sidentielles, l&#8217;arriv\u00e9e au pouvoir d&#8217;un militaire putschiste.<\/p>\n<p>Quelques raisons d&#8217;esp\u00e9rer demeurent. D&#8217;abord l&#8217;existence d&#8217;une \u00e9cole internationale de cin\u00e9ma et de t\u00e9l\u00e9vision, cr\u00e9\u00e9e en 1985 \u00e0 l&#8217;initiative de son pr\u00e9sident, l&#8217;\u00e9crivain Gabriel Garcia Marquez, et que dirige Alberto Garcia Ferrer, \u00e0 San Antonio de los Banos, \u00e0 trente-cinq kilom\u00e8tres de La Havane. L&#8217;id\u00e9e \u00e9tait d&#8217;offrir \u00e0 la jeunesse du continent latino-am\u00e9ricain, \u00e0 travers des cours et des ateliers anim\u00e9s par des professionnels, venus de tous les coins du monde (Claudio Espana, Manuel P\u00e9rez Estrema, Luc Yersin, Antoine Bonfanti, Paul Seban, notamment), la possibilit\u00e9 d&#8217;\u00eatre form\u00e9 \u00e0 tous les m\u00e9tiers du cin\u00e9ma, et ensuite guid\u00e9 dans les d\u00e9buts professionnels. Il y a aussi quelques initiatives heureuses, comme celle de la Cubaine noire, Gloria Orlando qui fait partie de l&#8217;ICAIC et dont on d\u00e9couvrit, lors de la manifestation &#8221; Racines noires &#8221; en juillet, \u00e0 Paris, les travaux vid\u00e9o tr\u00e8s personnels sur des sujets jamais abord\u00e9s dans le cin\u00e9ma cubain et qui affirment l&#8217;importance de la culture africaine. Par ailleurs, le d\u00e9sir est grand, chez les cin\u00e9astes d&#8217;Am\u00e9rique latine, d&#8217;unir leurs forces pour favoriser l&#8217;\u00e9mergence de coproductions et pour cr\u00e9er des passerelles entre les publics de ce continent. C&#8217;est le plus important, sans doute.<\/p>\n<p>1. L&#8217;Oeil vers&#8230; l&#8217;Argentine, 17es Journ\u00e9es cin\u00e9matographiques contre le racisme, pour l&#8217;amiti\u00e9 entre les peuples, 24\/11 au 08\/12.<\/p>\n<p>2. Sortie nationale, sur les \u00e9crans fran\u00e7ais, le 20\/01\/99.<\/p>\n<p>3. ACAIC: Institut cubain des arts et industries cin\u00e9matographiques.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Vus d&#8217;Europe, les cin\u00e9mas latino-am\u00e9ricains, aujourd&#8217;hui, se portent bien. San Sebastian, Toulouse, Biarritz, Amiens, ces festivals avaient au programme cette ann\u00e9e, des films d&#8217;Argentine, du Br\u00e9sil, du Mexique, du V\u00e9n\u00e9zuela, de Cuba&#8230; Une semaine de cin\u00e9ma br\u00e9silien s&#8217;est tenue r\u00e9cemment au Cin\u00e9ma des Cin\u00e9astes, \u00e0 Paris, une semaine de cin\u00e9ma argentin est en cours dans plusieurs salles du Val-de-Marne (1). Des sorties de films argentins, cubains et br\u00e9siliens sont annonc\u00e9es pour ce mois de d\u00e9cembre ou d\u00e9but 1999. Peut-on, pour autant, dire qu&#8217;en Am\u00e9rique latine, vaste continent dont beaucoup d&#8217;Etats connaissent crise \u00e9conomique et politique, le cin\u00e9ma vive bien ? 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