{"id":11328,"date":"2018-11-25T13:56:00","date_gmt":"2018-11-25T12:56:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-pcf-les-paris-d-un-congres\/"},"modified":"2023-06-23T23:32:26","modified_gmt":"2023-06-23T21:32:26","slug":"article-pcf-les-paris-d-un-congres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11328","title":{"rendered":"PCF\u00a0: les paris d\u2019un Congr\u00e8s"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Annonc\u00e9 comme exceptionnel, le 38e Congr\u00e8s du PCF aura m\u00e9rit\u00e9 ce qualificatif. Parce que, pour la premi\u00e8re fois, le num\u00e9ro un sortant a \u00e9t\u00e9 d\u00e9savou\u00e9. Et parce que le PC joue incontestablement sa survie.<\/p>\n<p>Sans surprise, Pierre Laurent a laiss\u00e9 la place au d\u00e9put\u00e9 Fabien Roussel, qui dirigea jusqu\u2019en 2017 la f\u00e9d\u00e9ration communiste du Nord, l\u2019une des plus importantes par ses effectifs. Voil\u00e0 bien longtemps que le turn-over \u00e0 la t\u00eate du parti n\u2019a pas r\u00e9sult\u00e9 d\u2019une concurrence politique ouverte. Depuis les ann\u00e9es\u00a01930 [[Maurice Thorez est secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de fait en juillet 1930, mais le titre, bien qu\u2019employ\u00e9 en interne, ne devient officiel qu\u2019en janvier 1936.]], l\u2019habitude avait \u00e9t\u00e9 prise de laisser au secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral sortant le soin de proposer son successeur. En 1969, seule la maladie du num\u00e9ro un de l\u2019\u00e9poque, Waldeck Rochet, avait suspendu cette pratique, laissant au bureau politique la charge de choisir collectivement son rempla\u00e7ant, en l\u2019occurrence Georges Marchais.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/politique\/article\/congres-du-pcf-on-en-prend-d-autres-et-on-recommence\">Congr\u00e8s du PCF : on en prend d\u2019autres et on recommence ?<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><h2>Le parti n\u2019est plus ce qu\u2019il \u00e9tait<\/h2>\n<p>Fabien Roussel devient le &#8220;num\u00e9ro un&#8221; d\u2019un parti incontestablement affaibli, dont le d\u00e9clin \u00e9lectoral quasi continu depuis 1978 s\u2019est accompagn\u00e9 d\u2019une s\u00e9rieuse perte de substance militante. \u00c0 la fin des ann\u00e9es\u00a01970, les donn\u00e9es non publiques de la direction fixaient \u00e0 570\u202f000 le nombre des cartes plac\u00e9es aupr\u00e8s des militants.<\/p>\n<p>Officiellement, le PC actuel se r\u00e9clame d\u2019un chiffre de 120\u202f000 cartes, ce qui laisserait supposer une quasi-stabilit\u00e9 des effectifs depuis dix ans. Or, les documents internes \u2014 et notamment les r\u00e9sultats des consultations militantes \u2014 indiquent que le nombre de cotisants est pass\u00e9 d\u2019un peu moins de 80\u202f000 en 2008 \u00e0 49\u202f000 aujourd\u2019hui, soit une perte de 4 cotisants sur 10 en dix ans. La densit\u00e9 militante est moindre qu\u2019autrefois. Elle reste toutefois assez cons\u00e9quente pour susciter l\u2019envie, dans un paysage partisan depuis toujours modeste en effectifs et aujourd\u2019hui particuli\u00e8rement sinistr\u00e9.<\/p>\n<p>Le tableau est encore assombri par une autre dimension, g\u00e9n\u00e9ralement ignor\u00e9e. Le communisme politique en France ne s\u2019est pas r\u00e9duit \u00e0 un parti. Comme ce fut le cas pour les puissantes social-d\u00e9mocraties d\u2019Europe du Nord, le PCF s\u2019est trouv\u00e9 au centre d\u2019une galaxie in\u00e9dite qui raccordait \u00e0 l\u2019action partisane des syndicats, des associations, des structures de presse et d\u2019\u00e9dition et un communisme municipal \u00e0 la fois dense et original. Or cette galaxie s\u2019est d\u00e9faite peu \u00e0 peu au fil des ann\u00e9es, \u00e0 partir des ann\u00e9es\u00a01970. La CGT a pris ses distances [[En 2007, 7\u00a0% seulement des sympathisants de la CGT auraient vot\u00e9 en faveur de Marie-George Buffet, contre 42\u00a0% pour S\u00e9gol\u00e8ne Royal (sondage CSA du 22 avril 2007)]], le r\u00e9seau associatif anim\u00e9 par des communistes s\u2019est affaibli et l\u2019espace municipal du PC ne cesse de se r\u00e9tracter. Les municipalit\u00e9s \u00e0 direction communiste regroupent un peu moins de 2,5 millions d\u2019habitants, contre plus de 8,5 millions \u00e0 l\u2019apog\u00e9e de l\u2019influence municipale, en 1977.<\/p>\n<p>Une majorit\u00e9 se dessine dans l\u2019organisation pour dire que l\u2019effacement \u00e9lectoral continu du PCF est d\u00fb d\u2019abord \u00e0 son absence r\u00e9p\u00e9t\u00e9e lors de l\u2019\u00e9lection d\u00e9cisive de la Ve R\u00e9publique, la pr\u00e9sidentielle. Dans les faits, cette conviction est discutable\u00a0: le choix de soutenir Fran\u00e7ois Mitterrand en 1965 n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 le PC de r\u00e9aliser en 1967 son meilleur score l\u00e9gislatif de toute la Ve R\u00e9publique\u202f; en sens inverse, la pr\u00e9sence du PC aux scrutins pr\u00e9sidentiels de 1981, 2002 ou 2007 n\u2019a en rien interrompu le d\u00e9clin.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, ce qui compte est la conviction, dans une large part du corps militant, que l\u2019effacement du parti r\u00e9sulte d\u2019une visibilit\u00e9 insuffisante. D\u00e8s lors, les choix du Congr\u00e8s, d\u00e9sormais port\u00e9s par la nouvelle \u00e9quipe dirigeante, reposent sur un pari\u00a0: en r\u00e9affirmant l\u2019identit\u00e9 propre du Parti communiste, en installant une pr\u00e9sence plus autonome et plus visible, les communistes retrouveront le chemin des cat\u00e9gories populaires et relanceront la dynamique vertueuse interrompue \u00e0 la charni\u00e8re des ann\u00e9es\u00a01970-1980.<\/p>\n<p>Il est vrai que le PCF a pour lui une solide tradition populaire, affaiblie mais non effac\u00e9e. Il a des militants, dont une part importante appartient aux cat\u00e9gories les plus modestes [[Il est vrai que l\u2019encadrement du parti, lui, est beaucoup moins populaire qu\u2019il ne l\u2019a \u00e9t\u00e9.]]. Il lui reste des bases territoriales, amoindries mais qui continuent de susciter l\u2019envie, celle des adversaires d\u00e9clar\u00e9s comme celle des alli\u00e9s potentiels. Dans une phase de d\u00e9composition, d\u2019instabilit\u00e9 et de crise politique aigu\u00eb, toute ambition politique repose sur des paris. Celui du PCF actuel est-il r\u00e9aliste\u202f? Sa faisabilit\u00e9 se mesurera \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 quelques d\u00e9fis.<\/p>\n<h2>La visibilit\u00e9 ou l\u2019utilit\u00e9\u202f?<\/h2>\n<p>En politique, la visibilit\u00e9 n\u2019est pas tout. D\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre, une force politique n\u2019est reconnue que si une frange suffisante de population trouve de l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 cette reconnaissance. Le PC s\u2019est longtemps servi des ouvriers pour se l\u00e9gitimer (il se d\u00e9finissait comme &#8220;le parti de la classe ouvri\u00e8re&#8221;) et, en retour, les ouvriers se sont servis de lui pour assurer leur repr\u00e9sentation dans le monde des institutions publiques. Pendant plusieurs d\u00e9cennies, le PCF a \u00e9t\u00e9 ainsi fonctionnellement utile\u00a0: parce qu\u2019il &#8220;repr\u00e9sentait&#8221; le monde ouvrier jusqu\u2019alors d\u00e9laiss\u00e9, parce qu\u2019il nourrissait la vieille utopie de la &#8220;Sociale&#8221;, en usant du mythe sovi\u00e9tique (le mythe, bien s\u00fbr, pas la r\u00e9alit\u00e9\u2026) et parce qu\u2019il donnait sens au raccord historique entre le mouvement ouvrier et gauche politique, en proposant des formules de rassemblement adapt\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u00a0: Front populaire, R\u00e9sistance, union de la gauche. Fonction sociale, fonction prospective et fonction proprement politique\u2026 Cette conjonction \u00e9tait la cl\u00e9 de son utilit\u00e9 et donc de son pouvoir d\u2019attraction.<\/p>\n<p>Or ces fonctions se sont \u00e9rod\u00e9es avec le temps, dans une r\u00e9alit\u00e9 sociale et politique boulevers\u00e9e, sans que le PCF ait tir\u00e9 les cons\u00e9quences de ces bouleversements. Le peuple n\u2019a plus de groupe central, l\u2019unit\u00e9 relative que lui procurait la concentration industrielle et urbaine s\u2019est effac\u00e9e, l\u2019\u00c9tat a abandonn\u00e9 ses fonctions redistributrices et protectrices, les \u00e9checs concrets des exp\u00e9riences r\u00e9volutionnaires ont affaibli l\u2019id\u00e9e \u00e9mancipatrice elle-m\u00eame, l\u2019esp\u00e9rance a laiss\u00e9 la place \u00e0 l\u2019amertume et au ressentiment. Face \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rative d\u2019une reconstruction collective, de port\u00e9e historique, le PC laisse entendre que sa continuation et sa relance sont en elles-m\u00eames des r\u00e9ponses aux d\u00e9fis. Alors qu\u2019il s\u2019agit de red\u00e9finir les fonctions permettant politiquement aux couches populaires de se constituer en mouvement et de s\u2019affirmer comme sujet politique majeur, le PC se contente de dire\u00a0: je suis l\u00e0. Ce n\u2019est pas faire injure aux militants communistes que de rester perplexe. Quand l\u2019urgence est \u00e0 reconstruire, de la cave au grenier, la fid\u00e9lit\u00e9 n\u00e9cessaire aux id\u00e9es et aux valeurs ne peut se r\u00e9duire \u00e0 la continuation ou \u00e0 la r\u00e9affirmation. Elle n\u00e9cessite une initiative d\u2019une tout autre ampleur.<\/p>\n<p>Pendant quelques d\u00e9cennies, aucune force \u00e0 la gauche du PS n\u2019a profit\u00e9 des d\u00e9boires de l\u2019organisation communiste, si ce n\u2019est la mouvance issue du trotskisme, un court moment, \u00e0 la charni\u00e8re des XXe et XXIe si\u00e8cles. Or rien ne dit aujourd\u2019hui que l\u2019espace politique b\u00e9ant lib\u00e9r\u00e9 par l\u2019effondrement du socialisme fran\u00e7ais le sera durablement. De plus, en 2017, la France insoumise s\u2019est install\u00e9e dans des terres autrefois favorables \u00e0 une implantation communiste qui, dans la &#8220;banlieue rouge&#8221;, n\u2019\u00e9tait jamais loin des rivages de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie. &#8220;Continuer&#8221; dans ces conditions\u00a0: pari \u00e0 haut risque\u2026<\/p>\n<p>De plus, il n\u2019y a pas que le probl\u00e8me de l\u2019utilit\u00e9 partisane en g\u00e9n\u00e9ral\u202f: un second d\u00e9fi concerne l\u2019univers communiste lui-m\u00eame. Fabien Roussel, comme Pierre Laurent avant lui, affirme vouloir rassembler les communistes. Si l\u2019on entend par cette formule les membres du PCF stricto sensu, l\u2019objectif ne va d\u00e9j\u00e0 pas de soi. Le parti n\u2019a plus en effet l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 qui fut la sienne jadis. L\u2019organisation a connu elle aussi le choc qui r\u00e9sulte de la mont\u00e9e des exigences d\u2019autonomie individuelle. Mais, du coup, c\u2019est la conception m\u00eame du collectif qui doit se repenser, si l\u2019on ne veut pas rester englu\u00e9 dans les d\u00e9boires des &#8220;communautarismes&#8221;, anciens ou nouveaux. Le probl\u00e8me est que la culture du collectif continue de consid\u00e9rer avec d\u00e9fiance une diversit\u00e9 toujours suspect\u00e9e de mettre en cause &#8220;l\u2019unit\u00e9&#8221; du parti. Le &#8220;commun&#8221;, quoi qu\u2019en dise le discours officiel, a toujours du mal \u00e0 se d\u00e9gager des images d\u2019une unit\u00e9 trop souvent confondue avec l\u2019affirmation de l\u2019unique.<\/p>\n<p>Les r\u00e8gles statutaires de l\u2019organisation continuent de faire de la stigmatisation des &#8220;tendances&#8221; un principe actif, canalisant \u00e9troitement le d\u00e9p\u00f4t de textes alternatifs et pr\u00e9f\u00e9rant r\u00e9server aux majorit\u00e9s constitu\u00e9es le soin de doser la pr\u00e9sence des &#8220;dissidents&#8221; dans les directions \u00e9lues. On peut donc douter de la capacit\u00e9 rassembleuse d\u2019une culture qui persiste \u00e0 nourrir le long processus de d\u00e9saffection interne. Et que dire, si l\u2019on \u00e9largit le probl\u00e8me \u00e0 l\u2019ensemble de ceux qui peuvent se dire communistes en dehors du parti\u202f? R\u00e9guli\u00e8rement, les directions en appellent au retour de ces brebis \u00e9gar\u00e9es, dont on a dit parfois qu\u2019elles constituaient &#8220;le plus grand parti de France&#8221;. L\u2019appel au grand retour sera-t-il entendu cette fois\u202f? Rien n\u2019est moins s\u00fbr. <\/p>\n<h2>Un parti dans l\u2019air du temps\u202f?<\/h2>\n<p>On n\u2019attrape pas les mouches avec du vinaigre, dit la sagesse populaire. Il en est des anciens adh\u00e9rents comme des \u00e9lecteurs\u00a0: ils ne pourraient se sentir attir\u00e9s que si renaissait le pouvoir d\u2019attraction d\u2019une structure partisane. Or le d\u00e9sir de relance s\u2019exprime dans un moment de crise profonde de l\u2019engagement dans des partis. La &#8220;forme-parti&#8221; traditionnelle p\u00e2tit en effet d\u2019un double dysfonctionnement\u00a0: on a du mal \u00e0 d\u00e9l\u00e9guer \u00e0 des partis le soin d\u2019\u00e9laborer des orientations politiques globales et on r\u00e9pugne \u00e0 s\u2019engager, de fa\u00e7on durable, dans des structures historiquement marqu\u00e9es par la centralit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat que les partis avaient vocation \u00e0 conqu\u00e9rir. La verticalit\u00e9 hi\u00e9rarchique des partis attire moins, aujourd\u2019hui, que la spontan\u00e9it\u00e9 des mouvements \u00e9ph\u00e9m\u00e8res ou que l\u2019incarnation charismatique des leaders.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas que le temps soit venu du &#8220;mouvementisme&#8221; ou des \u00e9bauches partielles de d\u00e9mocratie plus directe (sur le mod\u00e8le du mouvement des places ou sur celui des &#8220;primaires&#8221;). Pour l\u2019instant, aucune forme d\u2019organisation politique p\u00e9renne ne s\u2019est impos\u00e9e nulle part. Les tentatives de renouvellement laissent partout perplexes, soit parce qu\u2019elles reposent sur des mod\u00e8les d\u2019orientation ambivalents (le contr\u00f4le de l\u2019expression militante par des &#8220;r\u00e9seaux&#8221; pr\u00e9tendument spontan\u00e9s), soit parce qu\u2019elles s\u2019appuient sur des th\u00e9orisations incertaines (le &#8220;mouvement gazeux&#8221; dot\u00e9 d\u2019une &#8220;cl\u00e9 de vo\u00fbte&#8221; cher \u00e0 Jean-Luc M\u00e9lenchon). Mais, quand tout est bouscul\u00e9, le parti pris de l\u2019innovation radicale vaut mieux que la prudence des permanences revendiqu\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00c0 ce jour, le choix communiste de &#8220;continuer le PCF&#8221; privil\u00e9gie le maintien du mod\u00e8le fondateur, comme si dominait, dans l\u2019univers communiste, la conviction que le balancier, un jour o\u00f9 l\u2019autre, repartira du bon c\u00f4t\u00e9. Dans les deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, les tentatives internes de changements hom\u00e9opathiques, cens\u00e9s plus &#8220;participants&#8221;, n\u2019ont pas manqu\u00e9. Elles n\u2019ont pas d\u00e9bouch\u00e9 sur des r\u00e9sultats tangibles et sur une relance de l\u2019agr\u00e9gation militante. Aujourd\u2019hui, une fois de plus, la promesse de renouveau est r\u00e9affirm\u00e9e, sans que l\u2019on per\u00e7oive bien quels en sont les contours et les ressorts, dans une forme partisane maintenue pour l\u2019essentiel.<\/p>\n<p>Terminons par une interrogation plus strat\u00e9gique. Depuis 1936, la culture communiste repose sur le couple de l\u2019affirmation identitaire et de l\u2019union de la gauche. Incontestablement, le sch\u00e9ma a eu sa coh\u00e9rence. D\u2019une part, &#8220;l\u2019\u2019identit\u00e9&#8221; communiste assurait le double ancrage du parti dans le monde ouvrier et dans la tradition r\u00e9volutionnaire. D\u2019autre part, l\u2019union de la gauche permettait de donner une traduction politique \u00e0 l\u2019alliance de classes n\u00e9cessaire (classes populaires et couches moyennes, puis monde ouvrier et salariat) et de viser \u00e0 des majorit\u00e9s, en faisant converger les courants plus &#8220;r\u00e9volutionnaires&#8221; et les sensibilit\u00e9s plus &#8220;r\u00e9formistes&#8221; dans un projet transformateur partag\u00e9.<\/p>\n<p>Or cette coh\u00e9rence se heurte \u00e0 l\u2019\u00e9clatement sociologique du bloc transformateur (diversification du monde ouvrier et \u00e9clatement su salariat) et \u00e0 la fin du duopole communistes-socialistes. \u00c0 l\u2019arriv\u00e9e, l\u2019union de la gauche traditionnelle n\u2019a plus la force propulsive qui a \u00e9t\u00e9 la sienne. Le probl\u00e8me est que son obsolescence ne s\u2019est pas accompagn\u00e9e de l\u2019affirmation d\u2019une alternative claire et partag\u00e9e. Le &#8220;p\u00f4le de radicalit\u00e9&#8221; a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cus\u00e9 par le PC dans les ann\u00e9es 1990-2000\u00a0; la convergence des &#8220;r\u00e9volutionnaires&#8221; ch\u00e8re au NPA a fait long feu\u00a0; le &#8220;courant antilib\u00e9ral&#8221; n\u2019a pas r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec de la s\u00e9quence 2005-2007 et le cartel r\u00e9alis\u00e9 par le Front de gauche n\u2019a fonctionn\u00e9 que sur une courte p\u00e9riode. Aujourd\u2019hui, la France insoumise propose son rassemblement du &#8220;peuple&#8221; comme alternative \u00e0 l\u2019union de la gauche, mais ses contours et sa possibilit\u00e9 laissent perplexe dans une phase d\u2019incertitude nourrie par la mont\u00e9e des extr\u00eames droites europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>Le PCF a-t-il dans ses cartons une d\u00e9marche alternative souple et coh\u00e9rente, en dehors de sa propre influence\u00a0? Abandonnera-t-il le pragmatisme d\u2019une oscillation entre l\u2019affirmation identitaire et des combinaisons \u00e9lectorales\u00a0? La lecture des \u00e9bauches de consensus majoritaire fait douter de cet abandon. Or l\u2019ind\u00e9cision strat\u00e9gique ou les pratiques du coup par coup n\u2019ont d\u00e9bouch\u00e9 sur aucune relance jusqu\u2019\u00e0 ce jour. Comment pourrait-il en \u00eatre autrement demain\u00a0?<\/p>\n<h2>Les limites d\u2019un pari<\/h2>\n<p>L\u2019ind\u00e9cision ne serait pas si grave, si nous ne trouvions pas dans une phase politique redoutable. M\u00eame si la France n\u2019est pas l\u2019Italie, on peut craindre une possible \u00e9volution \u00e0 l\u2019italienne\u00a0: une gauche exsangue dans toutes ses composantes et, sur cette base, un espace laiss\u00e9 libre aux id\u00e9ologies du ressentiment et \u00e0 la perc\u00e9e des extr\u00eames droites. Dans ce contexte, il est \u00e0 redouter que ni la tentation d\u2019un &#8220;populisme de gauche&#8221;, ni l\u2019affirmation identitaire du PC ne soient en mesure de conjurer cette hypoth\u00e8se noire.<\/p>\n<p>Dans la culture communiste, il n\u2019y a pas de communisme possible sans &#8220;parti communiste&#8221;. Or ce &#8220;parti&#8221; n\u2019a pas toujours eu la forme du parti politique moderne, qui ne s\u2019est impos\u00e9e que dans le dernier tiers du XIXe si\u00e8cle. La politique, d\u2019ailleurs, n\u2019a pas toujours eu besoin du parti politique tel que nous avons pris tardivement l\u2019habitude de le voir fonctionner. Pourquoi la forme d\u2019une \u00e9poque serait-elle la mani\u00e8re ind\u00e9passable de structurer l\u2019action politique collective\u00a0? Ce n\u2019est pas trahir l\u2019id\u00e9e communiste que de faire un autre pari, qui consiste \u00e0 dire que le communisme n\u2019a plus besoin, pour vivre, d\u2019un &#8220;parti communiste&#8221;, au sens que le XXe si\u00e8cle a donn\u00e9 \u00e0 cette notion. Il peut y avoir des &#8220;communistes&#8221;, sans que leur action suppose un parti communiste distinct. C\u2019est d\u2019autant moins vrai que l\u2019on peut s\u2019interroger sur la pertinence aujourd\u2019hui des structures partisanes reposant sur un mod\u00e8le de militantisme &#8220;total&#8221;, o\u00f9 la continuit\u00e9 du d\u00e9vouement prime sur tout, o\u00f9 la fronti\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur et de l\u2019ext\u00e9rieur prend la valeur d\u2019un absolu.<\/p>\n<p>Ce qui manque \u00e0 l\u2019id\u00e9al \u00e9mancipateur, ce n\u2019est ni un &#8220;parti&#8221; ni m\u00eame un de ces &#8220;mouvements&#8221; dont on ne sait pas tr\u00e8s bien s\u2019ils rel\u00e8vent du patchwork ou de la coh\u00e9rence centralis\u00e9e. En fait, la politique moderne de l\u2019\u00e9mancipation manque d\u2019une articulation nouvelle entre des champs que l\u2019histoire a distingu\u00e9s, \u00e9conomique, social, politique, culturel. Penser surmonter, de fa\u00e7on volontariste, une s\u00e9paration qui p\u00e9nalise l\u2019action sociale et enlise la dynamique d\u00e9mocratique manque sans nul doute de r\u00e9alisme. En revanche, travailler \u00e0 de l\u2019articulation, combiner l\u2019autonomie des domaines et des organisations et la recherche de convergences souples entre organisations politiques, syndicats, associations, monde intellectuel\u00a0: tels sont les passages oblig\u00e9s de toute refondation d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Plut\u00f4t que le choix &#8220;continuateur&#8221;, il eut \u00e9t\u00e9 pr\u00e9f\u00e9rable que s\u2019affirme l\u2019engagement des communistes dans la construction de cette force politique pluraliste, coh\u00e9rente sans \u00eatre un bloc, faisant de sa diversit\u00e9 une force sans c\u00e9der \u00e0 l\u2019exaltation de la diff\u00e9rence. Nous sommes dans un moment o\u00f9 les extr\u00eames droites menacent notre continent et pourrissent notre univers d\u00e9mocratique, jusque dans le d\u00e9tail. Pour l\u2019instant, les dispositifs organisationnels \u00e0 gauche n\u2019ont pas l\u2019attractivit\u00e9 n\u00e9cessaire pour contredire les facilit\u00e9s du bouc \u00e9missaire et la trouble fascination pour l\u2019autorit\u00e9 fond\u00e9e sur l\u2019exclusion.<\/p>\n<p>Seule une construction collective, partag\u00e9e, ouverte \u00e0 toutes les sensibilit\u00e9s de l\u2019\u00e9mancipation sera capable de proposer un univers mental radicalement contraire \u00e0 celui de ces extr\u00eames droites. Tout ce qui donne l\u2019impression que la continuit\u00e9 prime sur l\u2019esprit de rupture, ou tout ce qui nourrit l\u2019impression que la rupture se fonde sur le ressentiment plus que sur l\u2019esp\u00e9rance, tout cela laisse le champ libre au d\u00e9sastre d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Construire une alternative d\u00e9mocratique, donner force politique \u00e0 l\u2019esprit de rupture en faisant l\u2019impasse sur ceux qui portent aujourd\u2019hui encore la riche tradition du communisme serait une folie. Tourner le dos aux militants communistes est une faute. Mais en ne choisissant pas la voie d\u2019une refondation d\u00e9mocratique partag\u00e9e, en privil\u00e9giant le choix de la continuation, un si\u00e8cle apr\u00e8s la naissance de leur parti, les militants du PCF n\u2019ont pas aliment\u00e9 la possibilit\u00e9 de relancer collectivement une gauche bien \u00e0 gauche. Juxtaposer les forces ne suffit plus\u2026 Ils n\u2019ont pas donn\u00e9 un \u00e9lan imm\u00e9diat \u00e0 la seule d\u00e9marche qui pourrait donner un coup d\u2019arr\u00eat radical aux d\u00e9rives continentales pr\u00e9occupantes.<\/p>\n<p>Il faut bien s\u00fbr prendre acte de ce choix. Il restera que la vie politique et ses urgences pousseront chacun \u00e0 bouger, pour promouvoir le meilleur et non pour se d\u00e9soler du pire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/roger-martelli\"><strong>Roger Martelli<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-11328 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/6954609212_ac94f0d91d_o-3f1.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/6954609212_ac94f0d91d_o-3f1-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"6954609212_ac94f0d91d_o.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Annonc\u00e9 comme exceptionnel, le 38e Congr\u00e8s du PCF aura m\u00e9rit\u00e9 ce qualificatif. 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