{"id":11293,"date":"2018-11-05T14:21:00","date_gmt":"2018-11-05T13:21:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-nous-ne-commemorerons-pas-la-victoire-de-1918\/"},"modified":"2018-11-05T14:21:00","modified_gmt":"2018-11-05T13:21:00","slug":"article-nous-ne-commemorerons-pas-la-victoire-de-1918","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11293","title":{"rendered":"Nous ne comm\u00e9morerons pas la &#8220;victoire&#8221; de 1918"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">En cette semaine de comm\u00e9moration de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, retrouvez l&#8217;analyse de l&#8217;historien et directeur de la publication de <em>Regards<\/em>, Roger Martelli.<\/p>\n<p>Nous ne comm\u00e9morerons pas la \u201cvictoire&#8221; de 1918. Nous ne le ferons pas pour faire plaisir \u00e0 Angela Merkel. Mais il n\u2019est pas question d\u2019exalter ce qui fut une h\u00e9catombe inou\u00efe et qui inaugura un XXe si\u00e8cle brutal, accouchant de tous les monstres, dont nous n\u2019avons pas fini, h\u00e9las, de conjurer la m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Quand la guerre s\u2019ach\u00e8ve, la question de ses causes ne se pose pas. Ce que l\u2019on veut, ce sont des coupables. Malheur donc au vaincu ! Impos\u00e9 par les vainqueurs et sign\u00e9 le 28 juin 1919, le trait\u00e9 de Versailles est cat\u00e9gorique : l\u2019Allemagne est responsable, l\u2019Allemagne paiera. Les historiens, bien s\u00fbr, sont revenus sur ce constat sommaire. La &#8220;politique mondiale&#8221; de l\u2019empereur allemand Guillaume II (1888-1918) pouvait certes \u00eatre montr\u00e9e du doigt, pour son ambition expansive et son agressivit\u00e9. Mais entre le 28 juin et le 3 ao\u00fbt 1914, entre l\u2019assassinat de l\u2019archiduc autrichien et la g\u00e9n\u00e9ralisation du conflit, l\u2019ardeur belliqueuse s\u2019est trouv\u00e9e d\u2019abord du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Autriche-Hongrie, de la Russie et de la Serbie, davantage que du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Allemagne. Quant \u00e0 la France et au Royaume-Uni, ils p\u00each\u00e8rent \u00e0 tout le moins par leur ambigu\u00eft\u00e9 et leur irr\u00e9solution face aux protagonistes principaux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/idees\/article\/14-18-les-enjeux-d-une-commemoration\">14-18 : les enjeux d\u2019une comm\u00e9moration<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Personne ne savait les risques d\u2019un embrasement ? Plaisanterie ! Des socialistes expliquent depuis longtemps que l\u2019expansion coloniale et les tensions territoriales europ\u00e9ennes annoncent le pire et que <em>\u00ab le capitalisme porte en lui la guerre, comme la nu\u00e9e porte l\u2019orage \u00bb<\/em> (Jean Jaur\u00e8s). Friedrich Engels \u00e9voque en 1887 la possibilit\u00e9 d\u2019une<em> \u00ab guerre mondiale d\u2019une ampleur et d\u2019une intensit\u00e9 insoup\u00e7onn\u00e9es \u00bb<\/em>. Quant \u00e0 August Bebel, un des &#8220;papes&#8221; de la social-d\u00e9mocratie allemande, il d\u00e9clare en 1905 que l\u2019Europe va \u00eatre <em>\u00ab happ\u00e9e par une vaste campagne militaire \u00e0 laquelle prendraient part 16 \u00e0 18 millions d\u2019hommes [\u2026] \u00e9quip\u00e9s des armes les plus meurtri\u00e8res \u00bb<\/em>, ce qui, ajoute-t-il, d\u00e9bouchera sur un <em>\u00ab \u00e9clatement \u00bb.<\/em> Belle lucidit\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Or ces hommes n\u2019\u00e9taient pas des devins hallucin\u00e9s. Il n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire de recourir \u00e0 la voyance, ou \u00e0 la sophistication extr\u00eame de la pens\u00e9e, pour deviner que la guerre \u00e0 venir serait atroce. On avait d\u00e9j\u00e0 mesur\u00e9 la port\u00e9e ravageuse des \u00e9quipements modernes pendant la guerre de S\u00e9cession am\u00e9ricaine, pendant la <em>Semaine sanglante<\/em> qui a mis fin \u00e0 la Commune de Paris, ou \u00e0 l\u2019occasion des massacres des guerres de colonisation. On savait donc tr\u00e8s bien que la puissance meurtri\u00e8re de l\u2019industrie \u00e9tait consid\u00e9rable. Inutile, bien s\u00fbr, de s\u2019imaginer des dirigeants d\u2019un cynisme absolu, complotant pour faire en conscience le choix d\u2019une boucherie. Mais il y a, dans l\u2019air du temps, quelque chose qui conduit ces responsables \u00e0 estimer que le bilan pr\u00e9visible d\u2019une guerre ne serait pas assez lourd pour que l\u2019on cherche \u00e0 la conjurer \u00e0 tout prix. Quel est donc cet arri\u00e8re-plan g\u00e9n\u00e9ral ? Au fil du temps, les interpr\u00e9tations se sont focalis\u00e9es sur trois s\u00e9ries de causes structurelles. <\/p>\n<h2>La faute \u00e0 l\u2019Allemagne ? Allons donc !<\/h2>\n<p>La premi\u00e8re piste, la plus r\u00e9pandue, met l\u2019accent sur les rivalit\u00e9s imp\u00e9riales qui dominent la fin du XIXe si\u00e8cle et le d\u00e9but du XXe. Entre 1880 et 1914, l\u2019Europe parach\u00e8ve l\u2019expansion ext\u00e9rieure qu\u2019elle a amorc\u00e9e \u00e0 la fin du XVe si\u00e8cle et qui installe son empire colonial sur quatre continents. L\u2019Angleterre et la France, stimul\u00e9es par leur r\u00e9ussite industrielle pr\u00e9coce, se sont taill\u00e9 la part du lion. Mais l\u2019Allemagne, qui a r\u00e9ussi spectaculairement la seconde phase de la r\u00e9volution industrielle, veut \u00e0 son tour b\u00e9n\u00e9ficier de la manne coloniale. Des dominants anciens qui font face \u00e0 un apprenti dominant : la confrontation des imp\u00e9rialismes \u2013 le mot na\u00eet en Angleterre en 1902 \u2013 s\u2019av\u00e8re vite explosive. Elle se cherche dans les quelques ann\u00e9es qui pr\u00e9c\u00e8dent 1914 ; la p\u00e9rip\u00e9tie de Sarajevo, le 28 juin, joue en cela le simple r\u00f4le de d\u00e9clencheur final. On peut bien s\u00fbr \u2013 c\u2019est la deuxi\u00e8me interpr\u00e9tation \u2013 insister sur le m\u00e9canisme des alliances militaires.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9quilibre voulu en 1815 par les monarques vainqueurs de la France r\u00e9volutionnaire et imp\u00e9riale s\u2019effrite dans le dernier tiers du si\u00e8cle. \u00c0 partir de 1880, deux syst\u00e8mes d\u2019assistance s\u2019installent sur le continent europ\u00e9en : la France, le Royaume-Uni et la Russie constituent la <em>Triple Entente<\/em>, l\u2019Allemagne, l\u2019Autriche-Hongrie et l\u2019Italie forment la <em>Triple Alliance<\/em>. La logique militaire nourrit la parano\u00efa des \u00c9tats \u2013 chacun se sent menac\u00e9 par le concurrent le plus proche \u2013 et suscite la course aux armements. Entre 1850 et 1913, les d\u00e9penses d\u2019armement ont quintupl\u00e9 en Europe. Or la parano\u00efa peut pousser \u00e0 la prudence\u2026 ou \u00e0 la pr\u00e9cipitation. Dans bien des \u00e9tats-majors s\u2019installe la conviction qu\u2019il convient d\u2019attaquer l\u2019adversaire, avant qu\u2019il ne soit pr\u00eat \u00e0 le faire. C\u2019est la h\u00e2te qui l\u2019emporte, en Autriche, en Allemagne et en Russie. <\/p>\n<p>Impossible enfin d\u2019oublier \u2013 troisi\u00e8me interpr\u00e9tation \u2013 que le XIXe si\u00e8cle est celui de la mont\u00e9e des nationalismes exclusifs, cocardiers et bellig\u00e8nes. Tout nationalisme n\u2019est pas guerrier par nature. Le nationalisme des populations opprim\u00e9es, dans les grands empires multinationaux (Autriche-Hongrie, Empire ottoman, Russie), n\u2019est pas celui, virulent, qui cro\u00eet dans les grandes puissances install\u00e9es. Le nationalisme temp\u00e9r\u00e9 et bon enfant du brave soldat Chveik n\u2019est pas le chauvinisme virulent de l\u2019\u00e9crivain nationaliste Paul D\u00e9roul\u00e8de ou de l\u2019Action fran\u00e7aise monarchiste. Quant \u00e0 la violence elle-m\u00eame, elle peut \u00eatre le signe fugace et circonscrit du d\u00e9sespoir ou l\u2019effet brut et inqui\u00e9tant d\u2019une volont\u00e9 de puissance. Il reste que, si les nationalismes ne se confondent pas, l\u2019exaltation nationale se g\u00e9n\u00e9ralise sur tout le continent europ\u00e9en. Au bout du compte, elle prend le pas sur le lib\u00e9ralisme politique et sur le socialisme. Rien ne peut refroidir les emportements belliqueux, au moment o\u00f9 il s\u2019agit de d\u00e9cider de la guerre et de la paix, dans les quelques jours qui s\u00e9parent l\u2019ultimatum autrichien \u00e0 la Serbie (23 juillet) et l\u2019embrasement g\u00e9n\u00e9ral du d\u00e9but ao\u00fbt.<\/p>\n<h2>Pas de fatalit\u00e9, mais\u2026<\/h2>\n<p>Les causes profondes du conflit de manquent pas. Il ne faut pourtant pas s\u2019imaginer que la guerre, en ao\u00fbt 1914, \u00e9tait une fatalit\u00e9. Le heurt des imp\u00e9rialismes ? \u00c0 plusieurs reprises, jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1880, Fran\u00e7ais et Anglais \u2013 qui se ha\u00efrent pendant des si\u00e8cles \u2013 ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 deux doigts de s\u2019affronter sur le terrain colonial. Ils ne l\u2019ont pas fait pour autant. L\u2019esprit guerrier l\u2019emporte en 1914, alors qu\u2019il s\u2019est calm\u00e9 quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t, par exemple au moment de la querelle franco-allemande du Maroc (1911), quand l\u2019excitation des esprits \u00e9tait \u00e0 son comble \u00e0 l\u2019Ouest et quand les Balkans s\u2019embrasaient (1912-1913).<\/p>\n<p>La m\u00e9canique infernale des alliances ? Elles se r\u00e9v\u00e8lent, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, bien plus fragiles qu\u2019on ne le croit. L\u2019Italie des ann\u00e9es 1910 prend de plus en plus de distances avec ses alli\u00e9s allemands et autrichiens (de fait, elle entrera plus tard en guerre, et au c\u00f4t\u00e9 des franco-britanniques). Et tout laisse entendre que la lune de miel entre la France et la Russie est d\u00e9j\u00e0 oubli\u00e9e en 1914. Mourir pour Vienne, pour Belgrade ou pour Moscou\u2026 En a-t-on \u00e0 ce point envie \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 de 1914 ? Rien n\u2019est moins s\u00fbr.<\/p>\n<p>Quant au nationalisme, il a ses limites. Dans sa forme extr\u00eame, il concerne une minorit\u00e9, active mais relativement marginale. En France, elle est m\u00eame politiquement sur le d\u00e9clin. En dehors des exalt\u00e9s, le nationalisme plus ou moins affirm\u00e9 n\u2019est qu\u2019un instrument de pouvoir, ou une id\u00e9e bien vague qui n\u2019implique pas n\u00e9cessairement l\u2019envie de tuer. Les historiens ayant \u00e9tudi\u00e9 le moment de l\u2019entr\u00e9e en guerre ont depuis longtemps montr\u00e9 que l\u2019enthousiasme populaire n\u2019est pour l\u2019essentiel que de fa\u00e7ade. Les images des d\u00e9fil\u00e9s joyeux, <em>la fleur au fusil<\/em>, sont mont\u00e9es en \u00e9pingle, mais ne disent pas la tristesse majoritaire des d\u00e9parts. Pour l\u2019essentiel, en France comme en Allemagne, la population se r\u00e9signe \u00e0 la guerre et ne la souhaite pas.<\/p>\n<p>Quand les socialistes europ\u00e9ens s\u2019engagent dans la grande lutte pour emp\u00eacher la guerre, ils ont bien raison de dire qu\u2019elle peut \u00eatre conjur\u00e9e. Mais pour qu\u2019elle le soit effectivement plusieurs conditions auraient d\u00fb \u00eatre r\u00e9unies, qui ne l\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 malheureusement.<\/p>\n<h2>Une violence sourde<\/h2>\n<p>Il aurait d\u2019abord fallu que l\u2019opinion europ\u00e9enne ait conscience que le XIXe si\u00e8cle avait \u00e9t\u00e9 moins pacifique qu\u2019il ne le semblait sur le Vieux continent. Sans doute les grands \u00c9tats europ\u00e9ens ont-ils cess\u00e9 de s\u2019affronter, comme ils en avaient l\u2019habitude. Mais la paix entre les nations d\u2019Europe a \u00e9t\u00e9 contrebalanc\u00e9e par de graves troubles internes, sociaux ou nationalitaires. Et la violence a d\u00e9ferl\u00e9 sur le reste du monde, guerre de S\u00e9cession am\u00e9ricaine (2% de la population tu\u00e9e), r\u00e9voltes sanglantes d\u2019Asie (r\u00e9volte des Cipayes en Inde, r\u00e9volte des Boxers en Chine), guerres coloniales. En 1899, apr\u00e8s la r\u00e9volte chinoise des Boxers et la guerre des Boers en Afrique australe, le grand \u00e9crivain et penseur indien Rabindranath Tagore \u00e9crit, terrifi\u00e9 : <em>\u00ab Le soleil du si\u00e8cle est en train de se coucher dans des nuages de sang. Aujourd\u2019hui, dans ce festival de haine, le chant atroce de la mort r\u00e9sonne dans le fracas des armes. \u00bb<\/em> La violence est bien l\u00e0, visible \u00e0 qui ne veut pas se boucher les yeux. \u00c0 l\u2019\u00e9t\u00e9 de 1914, elle ne concerne certes que les p\u00e9riph\u00e9ries plus ou moins lointaines de la <em>modernit\u00e9<\/em>. Mais ses fracas sont audibles.<\/p>\n<p>Il ne faut pas oublier d\u2019autre part que l\u2019optimisme des Lumi\u00e8res bourgeoises a laiss\u00e9 la place \u00e0 la grande peur des r\u00e9volutions populaires. Les tumultes des r\u00e9volutions europ\u00e9ennes de 1848-1849 ont parachev\u00e9 le processus. Loin des hardiesses lib\u00e9rales de la charni\u00e8re de deux si\u00e8cles, la grande translation vers l\u2019industrie \u2013 la grande affaire du XIXe si\u00e8cle \u2013 se fait dans un cadre conservateur et bourgeois \u00e0 l\u2019ouest du continent et dans des structures encore fortement f\u00e9odalis\u00e9es \u00e0 l\u2019est et au centre. \u00c0 l\u2019exception des \u00c9tats-Unis, on a l\u2019impression que, \u00e0 peu pr\u00e8s partout, la nouvelle modernit\u00e9 conforte les hi\u00e9rarchies anciennes, au lieu de les subvertir. M\u00eame l\u2019Angleterre, le pays \u00e0 la pointe de l\u2019industrialisation et de l\u2019urbanisation, se pr\u00e9sente \u00e0 nous sous l\u2019aspect d\u2019un <em>capitalisme de gentlemen<\/em>, o\u00f9 le suffrage universel demeure restreint et o\u00f9 il faut attendre 1911 pour revenir sur tr\u00e8s aristocratique veto de la Chambre des Lords. Le si\u00e8cle aurait d\u00fb voir le triomphe du lib\u00e9ralisme, \u00e9conomique et politique. En r\u00e9alit\u00e9, il s\u2019affirme plut\u00f4t, selon la formule provocante de l\u2019historien am\u00e9ricain Arno Mayer, comme celui de <em>\u00ab la persistance de l\u2019Ancien R\u00e9gime \u00bb<\/em>. Or cet Ancien r\u00e9gime continue de reposer sur des castes nobiliaires de grands propri\u00e9taires et de guerriers. L\u2019hypoth\u00e8se extr\u00eame d\u2019Arno Mayer ne manque pas alors de souffle : la guerre n\u2019est pas d\u00e9clench\u00e9e par les classes montantes des affaires et de l\u2019industrie, mais par des classes d\u00e9clinantes et cependant toujours au pouvoir, qui pensent que les valeurs belliqueuses leur assureront d\u00e9finitivement une place qu\u2019elles savent menac\u00e9e.<\/p>\n<p>Elles le peuvent d\u2019autant plus que, si elles r\u00e9sistent becs et ongles, ces castes savent utiliser \u00e0 leur profit les ressources de la modernit\u00e9. Le XIXe si\u00e8cle a \u00e9t\u00e9 celui du triomphe du capital ; il a vu aussi l\u2019apog\u00e9e de la technique et de l\u2019\u00c9tat-nation. La premi\u00e8re phase de la transition d\u00e9mographique a amorc\u00e9 la croissance vertigineuse du nombre des hommes, tandis que les r\u00e9volutions industrielles ont acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 celle des biens mat\u00e9riels, dans l\u2019agriculture comme dans l\u2019industrie. Par-l\u00e0, les \u00c9tats r\u00e9gentent davantage d\u2019hommes et de ressources qu\u2019ils n\u2019ont pu le faire dans le pass\u00e9. Leurs moyens de contr\u00f4le et leur autorit\u00e9 se sont \u00e9largis, dans les convulsions du cycle des r\u00e9volutions et des contre-r\u00e9volutions. Ils s\u2019appuient d\u00e9sormais sur des cohortes cons\u00e9quentes de professionnels pour lesquels le sens de l\u2019\u00c9tat, de ses normes et de ses hi\u00e9rarchies, prend peu ou prou le pas sur les ob\u00e9diences dynastiques du pass\u00e9. <\/p>\n<h2>Une course europ\u00e9enne<\/h2>\n<p>De plus, l\u2019industrialisation des techniques militaires et la course au gigantisme de l\u2019armement, terrestre ou maritime, ont limit\u00e9 l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019arsenal priv\u00e9 et renforc\u00e9 d\u2019autant le monopole \u00e9tatique de la violence l\u00e9gale. Les pouvoirs disposent ainsi, l\u00e0 encore, de moyens de destruction sans commune mesure avec ceux que permettaient les ateliers du pass\u00e9, des moyens qui s\u2019appliquent indiff\u00e9remment \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur (en Inde, en Afrique du Nord), et \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur (Commune de Paris). La conqu\u00eate coloniale \u00e9largit le champ de la violence publique ; les deux r\u00e9volutions industrielles exacerbent sa capacit\u00e9 destructrice. L\u2019\u00c9tat-L\u00e9viathan du XXe si\u00e8cle n\u2019est pas encore l\u00e0, mais apr\u00e8s 1850 la Prusse de Bismarck, le Second Empire fran\u00e7ais ou l\u2019\u00c9tat colonial britannique en Inde portent la puissance et la capacit\u00e9 de contrainte des \u00c9tats \u00e0 un niveau de sophistication et d\u2019efficacit\u00e9 sans \u00e9quivalent. C\u2019est cette puissance d\u00e9multipli\u00e9e qui va rendre possibles les guerres totales, d\u2019une intensit\u00e9 in\u00e9gal\u00e9e, sans tr\u00eave ni r\u00e9pit pour les arm\u00e9es engag\u00e9es.<\/p>\n<p>Le tout se d\u00e9veloppe dans un contexte mental boulevers\u00e9. Le XVIIIe si\u00e8cle laissait entrevoir le r\u00e8gne du lib\u00e9ralisme, \u00e9conomique et politique. Or le <em>laisser-faire<\/em> du lib\u00e9ralisme \u00e9conomique a but\u00e9 sur la crise \u00e9conomique de 1873-1896 qui a relanc\u00e9 un certain protectionnisme. Quant au lib\u00e9ralisme politique, il est presque partout en berne depuis le milieu du XIXe si\u00e8cle. La peur des &#8220;classes dangereuses&#8221; et des flamb\u00e9es r\u00e9volutionnaires a pouss\u00e9 l\u2019ensemble des dominants, anciens ou nouveaux, vers un conservatisme soucieux d\u2019ordre et de hi\u00e9rarchie. \u00c0 la charni\u00e8re des XIXe et XXe si\u00e8cles, les tenants du lib\u00e9ralisme politique sont partout mis \u00e0 l\u2019\u00e9cart, \u00e0 l\u2019Ouest comme \u00e0 l\u2019Est. La Troisi\u00e8me r\u00e9publique fran\u00e7aise fonctionne comme une relative exception, avec son h\u00e9g\u00e9monie des notables radicaux.<\/p>\n<p>Le lib\u00e9ralisme en souffrance, que reste-t-il comme grand rep\u00e8re mobilisateur ? Le socialisme europ\u00e9en ne manque certes pas d\u2019atouts. Il s\u2019appuie sur une pl\u00e9iade d\u2019intellectuels brillants et sur un prol\u00e9tariat de plus en plus expansif et concentr\u00e9, dans l\u2019usine comme dans la ville. Mais si ce mouvement attire de fa\u00e7on significative le c\u0153ur du monde du travail, si sa sociabilit\u00e9 s\u2019av\u00e8re tr\u00e8s dynamique dans tout l\u2019Ouest europ\u00e9en, il n\u2019est pas assez attractif pour compenser le d\u00e9clin continu des vieilles sociabilit\u00e9s d\u2019autrefois. Le nouveau monde des classes est en m\u00eame temps le monde des masses, qui affirme la pr\u00e9\u00e9minence de l\u2019individu (le postulat de toute d\u00e9mocratie) mais qui le fragilise, dans un environnement mobile et de plus en plus concurrentiel, celui de la premi\u00e8re grande <em>mondialisation<\/em>.<\/p>\n<p>Or ni le rationalisme des Lumi\u00e8res, ni le lib\u00e9ralisme des notables, ni m\u00eame l\u2019esp\u00e9rance socialiste ne peuvent ais\u00e9ment se substituer aux symboliques monarchistes ou religieuses, qui soudaient mentalement le corps social, de haut en bas. C\u2019est le nationalisme qui sert de rel\u00e8ve, \u00e0 la fois affective et intellectuelle, pour ce besoin de faire corps. \u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle, il prend une forme de plus en plus simpliste, volontiers raciale et virulente. La <em>Belle \u00c9poque<\/em> est davantage celle de l\u2019angoisse que celle de l\u2019optimisme. On peut c\u00e9l\u00e9brer les bienfaits de la <em>F\u00e9e \u00c9lectricit\u00e9<\/em> : dominent en fait, un peu partout, les critiques de la modernit\u00e9 que porte un Fr\u00e9d\u00e9ric Nietzsche ou les extrapolations raciales des \u00e9pigones m\u00e9diocres du <em>darwinisme social<\/em>. La peur est sans fronti\u00e8res et elle transcende les appartenances de classe. Telle est sa force, si grande que bien peu, \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1914, osent se dresser contre son exacerbation belliqueuse.<\/p>\n<p>Les nationalistes r\u00eavent du conflit, les conservateurs en attendent des fruits, les lib\u00e9raux, monarchistes ou r\u00e9publicains ne veulent pas appara\u00eetre comme des faibles. Quant aux socialistes, ils s\u2019exclament qu\u2019ils ne veulent pas de la guerre, sans trop savoir ce qu\u2019ils vont faire contre elle et jusqu\u2019o\u00f9 ?<\/p>\n<h2>L\u2019Europe malade de sa puissance<\/h2>\n<p>Qu\u2019est-ce que l\u2019Europe en 1914 ? Un continent en forte expansion d\u00e9mographique (un quart de la population mondiale), qui exporte ses hommes, ses marchandises et ses capitaux aux quatre coins du monde. Un continent qui a \u00e9cart\u00e9 la guerre de ses espaces centraux, mais qui l\u2019a rejet\u00e9e vers le reste du monde. Un continent en apparence s\u00fbr de lui, assur\u00e9 de la sup\u00e9riorit\u00e9 de sa <em>civilisation<\/em> quand ce n\u2019est pas de sa <em>race<\/em>. Un continent, toutefois, qui redoute sa d\u00e9cadence, qui se r\u00e9fugie de moins en moins dans les certitudes rassurantes de la religion, mais qui ne croit pas pleinement aux vertus de la raison scientifique. Un continent qui a perdu bien de ses antiques communaut\u00e9s ou qui est en train de les perdre, que ce soient les communaut\u00e9s populaires ou les ordres aristocratiques ou bourgeois. Un continent qui d\u00e9couvre la force de la <em>masse<\/em>, mais qui n\u2019a pas pouss\u00e9 jusqu\u2019au bout la logique de la d\u00e9mocratie. En bref, un continent qui s\u2019enrichit globalement, qui domine, mais qui doute de son avenir.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, les historiens ont bien montr\u00e9 que la passion guerri\u00e8re ne touche pas en profondeur des cat\u00e9gories populaires qui, consciemment ou non, savent qu\u2019elles en paieront les premi\u00e8res le prix. Mais ceux qui ne veulent pas de la guerre, ne savent pas non plus comment la conjurer. Monarchies et R\u00e9publiques pr\u00eachent, avec la m\u00eame ardeur, un patriotisme qui exalte la quasi-saintet\u00e9 de celui qui meurt pour sa patrie. Face \u00e0 cette passion entretenue, le pacifisme th\u00e9orique n\u2019a pas de force entra\u00eenante, sauf dans la minorit\u00e9 que constitue un socialisme presqu\u2019exclusivement ouvrier. Pas de force, en tout cas, capable de contrebalancer efficacement l\u2019exaltation nationaliste. Quand la <em>masse<\/em> est h\u00e9sitante, ce sont les d\u00e9termin\u00e9s qui donnent le ton. Et en 1914, la balance de ces d\u00e9termin\u00e9s p\u00e8se d\u2019abord en faveur de l\u2019in\u00e9luctabilit\u00e9 d\u2019un conflit.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de juin 1914, la balle est du c\u00f4t\u00e9 des diplomates et des militaires. Leur syst\u00e8me est profond\u00e9ment \u00e9litiste, opaque, y compris pour les gouvernements qui les guident th\u00e9oriquement. Dans ce monde clos, chacun s\u2019observe, se m\u00e9fie de l\u2019autre, s\u2019attache d\u2019abord \u00e0 se prot\u00e9ger, par la d\u00e9fensive ou par l\u2019offensive. Avec cette m\u00e9thode, l\u2019initiative conciliatrice est quasiment impossible. Il n\u2019y a pas alors de table de n\u00e9gociation institutionnalis\u00e9e. Quand un des protagonistes propose d\u2019en r\u00e9unir une (par exemple l\u2019Angleterre \u00e0 la fin juillet), tous les autres flairent le pi\u00e8ge et pratiquent l\u2019esquive.<\/p>\n<h2>Quid du parti de la paix ?<\/h2>\n<p>\u00c0 ce jeu d\u2019une d\u00e9mocratie bien timide, le parti de la paix ne peut r\u00e9sister au-del\u00e0 d\u2019un certain seuil. Les plus d\u00e9termin\u00e9s, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, sont les socialistes, dont Jean Jaur\u00e8s est en France la figure de proue. En apparence, leur discours est sans faille : menace de gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale et de r\u00e9volution imminente. Voil\u00e0 plusieurs ann\u00e9es que les socialistes s\u2019accordent sur les discours. Mais ils ne savent pas r\u00e9pondre ensemble \u00e0 la seule question pratique qui compte : que feront les socialistes si la guerre est effectivement d\u00e9clench\u00e9e ? Les dirigeants au pouvoir des grands pays europ\u00e9ens s\u2019en inqui\u00e8tent certes ; beaucoup pr\u00e9voient des mesures de r\u00e9pression pr\u00e9ventives, pour circonscrire tout mouvement de refus. L\u2019inqui\u00e9tude n\u2019est toutefois pas si forte. Pas assez pour pousser les gouvernements \u00e0 la prudence. Intuitivement, ils savent que le r\u00e9flexe patriotique de d\u00e9fense nationale sera toujours le plus fort. Et ils n\u2019ont pas tort. La mort de Jaur\u00e8s sonne la fin du dernier espoir de sursaut ouvrier. Il ne reste plus qu\u2019\u00e0 attendre la conclusion logique : l\u2019<em>Union sacr\u00e9e<\/em>. Elle viendra quelques jours plus tard, pr\u00e9cipitant la d\u00e9faite la plus cruelle du mouvement ouvrier europ\u00e9en.<\/p>\n<p>Au bout du compte, l\u2019Europe va payer tr\u00e8s cher les comptes d\u2019une modernisation rapide des cadres mat\u00e9riels, qui ne peut pas s\u2019accompagner d\u2019une expansion analogue de la pratique d\u00e9mocratique. Quatre ans de guerre <em>totale<\/em> vont installer les m\u00e9canismes d\u2019une violence l\u00e9gale, d\u00e9j\u00e0 en germe dans les m\u00e9andres du XIXe si\u00e8cle, mais d\u00e9multipli\u00e9e \u00e0 l\u2019infini. Il en sortira une <em>brutalisation<\/em> massive des soci\u00e9t\u00e9s et les troubles r\u00e9currents d\u2019une<em> guerre de trente ans<\/em> (1914-1945), suivie par une longue <em>guerre froide<\/em> (1947-1991). Le co\u00fbt humain sera terrible. Le <em>court XXe si\u00e8cle<\/em> (1914-1991) en sera marqu\u00e9 de part en part.<\/p>\n<p>La conclusion logique de la Grande Guerre fut la s\u00e9quence des trait\u00e9s, qui redessin\u00e8rent la carte des \u00c9tats, sans que les peuples soient consult\u00e9s. Les effets furent sans appel : r\u00e9pression brutale des vagues r\u00e9volutionnaires, ressentiments allemand et italien, d\u00e9stabilisation de l\u2019Europe centrale et orientale, crispations nationalitaires, isolement de la Russie sovi\u00e9tique et expansion du stalinisme, mont\u00e9e des fascismes, capitulation des d\u00e9mocraties. Il n\u2019y a d\u00e9cid\u00e9ment pas de quoi \u00eatre fier d\u2019un tel g\u00e2chis.<\/p>\n<h2>Sortir d\u00e9finitivement du XXe si\u00e8cle<\/h2>\n<p>D\u00e9cid\u00e9ment non : nous n\u2019allons pas comm\u00e9morer une &#8220;victoire&#8221; qui s\u2019av\u00e9ra \u00eatre un d\u00e9sastre. Mais nous nous devons d\u2019engager une r\u00e9flexion citoyenne pour conjurer radicalement la possibilit\u00e9 de nouveaux cataclysmes.<\/p>\n<p>Alors que la fin de la guerre froide devait marquer l\u2019ouverture d\u2019un <em>nouvel ordre international<\/em>, elle a ouvert la voie \u00e0 un d\u00e9sordre plus grand que jamais. La mondialisation financi\u00e8re a creus\u00e9 le gouffre des in\u00e9galit\u00e9s, accentu\u00e9 les ranc\u0153urs, nourri tous les ressentiments. L\u2019Organisation des Nations Unies, le grand espoir de l\u2019apr\u00e8s-guerre, a vu son r\u00f4le s\u2019effriter peu \u00e0 peu, devant la concurrence accrue des puissances. Il n\u2019y a jamais eu autant de conflits et de murs, depuis que le bloc sovi\u00e9tique s\u2019est effondr\u00e9. La course aux armements s\u2019est amplifi\u00e9e, les conflits internes ont pris le pas sur les guerres externe. L\u2019<em>\u00e9tat de guerre<\/em> est devenu une notion end\u00e9mique et un principe universel de gouvernement, justifi\u00e9 d\u00e9sormais par le <em>conflit des civilisations<\/em>.<\/p>\n<p>Le capital financier a ruin\u00e9 le bel id\u00e9al de la <em>mondialit\u00e9<\/em> par les errances de la mondialisation. Il a nourri l\u2019id\u00e9e que la m\u00e9fiance devait primer sur l\u2019\u00e9change, que le repli sur soi valait mieux que le partage, que l\u2019autorit\u00e9 des hommes <em>forts<\/em> \u00e9tait plus efficace que la patience d\u00e9mocratique. La d\u00e9mocratie est rong\u00e9e d\u2019abord par les limites de la <em>gouvernance<\/em> technocratique, dont on sous-estime les effets meurtriers en parlant pudiquement de propension \u00e0 <em>l\u2019illib\u00e9ralisme<\/em> et au <em>populisme<\/em>.<\/p>\n<p>Comment ne pas voir que le cours contemporain de nos soci\u00e9t\u00e9s conduit au d\u00e9sastre ? Et comment ne pas comprendre que c\u2019est en continuant la conjonction de la concurrence, de la gouvernance et de l\u2019obsession identitaire que l\u2019on nourrit la possibilit\u00e9 du pire ? Comment ne pas voir que ce n\u2019est pas en attisant le ressentiment contre les boucs \u00e9missaires que l\u2019on am\u00e9liorera le sort des plus modestes ? Mais croit-on pour autant qu\u2019il suffit d\u2019attiser la haine contre les adversaires indistincts, les <em>\u00e9lites<\/em> ou la <em>caste<\/em>, pour que les cat\u00e9gories populaires d\u00e9laiss\u00e9es se dressent enfin contre les logiques sociales qui les oppriment ?<\/p>\n<p>En 1914, il n\u2019y avait pas de fatalit\u00e9 \u00e0 la guerre, mais des tendances bien lourdes poussaient \u00e0 son d\u00e9clenchement. Aujourd\u2019hui, des \u00e9volutions pr\u00e9occupantes nous pr\u00e9cipitent vers un monde d\u2019agressivit\u00e9 et de fermeture, mais les conditions existent pour qu\u2019elles ne soient irr\u00e9versibles. Les forces ne manquent pas, pour dire non et pour r\u00eaver d\u2019un autre monde possible. Ce qui leur fait d\u00e9faut, pour l\u2019instant, est la conviction que, rassembl\u00e9es, elles comptent plus que la somme des puissances.<\/p>\n<p>Si le centenaire de la fin de la Premi\u00e8re Guerre mondiale est utile, c\u2019est \u00e0 permettre \u00e0 ces forces vives de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019\u00e9carter concr\u00e8tement la d\u00e9route de l\u2019esprit humain. Laissons donc les \u00e9lans cocardiers sur les rayons poussi\u00e9reux du pass\u00e9. Ne c\u00e9l\u00e9brons surtout pas, mais r\u00e9fl\u00e9chissons et agissons, contre les guerres d\u2019aujourd\u2019hui, contre le cataclysme possible de demain. Mais pour conjurer la guerre, quoi de plus fort que le r\u00eave r\u00e9aliste d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9galit\u00e9, de partage et de paix ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En cette semaine de comm\u00e9moration de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, retrouvez l&#8217;analyse de l&#8217;historien et directeur de la publication de <em>Regards<\/em>, Roger Martelli.<\/p>\n","protected":false},"author":328,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[346],"class_list":["post-11293","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-societe","tag-histoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11293","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/328"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11293"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11293\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11293"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11293"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11293"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}