{"id":1122,"date":"1998-11-01T00:00:00","date_gmt":"1998-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/poesie1122\/"},"modified":"1998-11-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-10-31T23:00:00","slug":"poesie1122","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1122","title":{"rendered":"Po\u00e9sie"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Henri Deluy sert la po\u00e9sie. Directeur de la revue Action po\u00e9tique et de la Biennale internationale des po\u00e8tes en Val-de-Marne, il est aussi traducteur. Et po\u00e8te. <\/p>\n<p>Il en est de la po\u00e9sie comme aujourd&#8217;hui du roman: p\u00e9riodiquement, des voix la tiennent en suspicion, en annoncent la ruine et la disparition. Platon consid\u00e9rait d\u00e9j\u00e0 les po\u00e8tes comme des menteurs et renvoyait la fiction po\u00e9tique au rang de l&#8217;opinion incertaine. Nietzsche trouvait que les &#8221; po\u00e8tes mentent trop &#8220;. Adorno pr\u00e9disait qu&#8217;apr\u00e8s Auschwitz, il n&#8217;y aurait plus de po\u00e9sie possible. M\u00eame si ce n&#8217;est pas leur but premier, ces proclamations relancent la po\u00e9sie, l&#8217;emp\u00eachent de ronronner. Comme le dit la &#8221; quatri\u00e8me &#8221; du r\u00e9cent recueil d&#8217;Henri Deluy, Da Capo &#8211; po\u00e8mes, &#8221; La po\u00e9sie persiste, d\u00e9fiant le cours du temps et lui opposant &#8211; dans la transparence fugace et tangible du vers &#8211; sa loi, son trouble, son myst\u00e8re. Toujours recommen\u00e7ant &#8220;. Dans ces conditions, les authentiques po\u00e8tes et leurs ex\u00e9g\u00e8tes se font militants. Sans oublier ces \u00e9diteurs que, par exemple, l&#8217;on vit comme chaque ann\u00e9e \u00e0 la mi-juin au &#8221; March\u00e9 de la po\u00e9sie &#8220;, place Saint-Sulpice \u00e0 Paris. Les uns comme les autres pour l&#8217;illustrer et la d\u00e9fendre (1). S&#8217;il est ici un po\u00e8te militant pour la po\u00e9sie, c&#8217;est bien Henri Deluy. On le sait pr\u00e9sidant depuis les ann\u00e9es cinquante aux destin\u00e9es de la revue Action po\u00e9tique, ou dirigeant depuis 1990 la &#8221; Biennale internationale des po\u00e8tes en Val-de-Marne &#8220;. Au vu des anthologies (2) parues \u00e0 l&#8217;issue de cette derni\u00e8re manifestation, on constate qu&#8217;en moins de dix ans il aura fait venir pr\u00e8s de chez nous et \u00e0 Marseille les grands noms de la po\u00e9sie fran\u00e7aise et internationale, et permis que nous y rencontrions la po\u00e9sie vivante dans sa multiplicit\u00e9. Multiple donc riche, mouvement\u00e9e, comme celle d&#8217;Henri Deluy, qui joue avec le temps historique, une g\u00e9ographie personnelle avant d&#8217;\u00eatre plan\u00e9taire, les lieux simples et qui donc nous sont communs, des personnages politiques ha\u00efs ou des po\u00e8tes aim\u00e9s.<\/p>\n<p> <strong> Embrass\u00e9 par des lettres d&#8217;amour, paysage chronologique au gr\u00e9 d&#8217;un &#8221; moi &#8221; voyageur  <\/strong><\/p>\n<p>A la mani\u00e8re de rimes embrass\u00e9es, le recueil s&#8217;ouvre par huit courtes lettres d&#8217;H\u00e9lo\u00efse \u00e0 Ab\u00e9lard et se ferme par une derni\u00e8re lettre, toutes d&#8217;amour et de d\u00e9sir. Vingt ann\u00e9es fictives s\u00e9parent les premi\u00e8res de la derni\u00e8re. Entre les deux, s&#8217;organise un paysage chronologique marqu\u00e9 d&#8217;abord par quelques dates rep\u00e8res dans la vie du po\u00e8te avant le t\u00e9lescopage des ann\u00e9es quatre-vingt-dix, qui manifestent l&#8217;ancrage du po\u00e8te dans le pr\u00e9sent. En exergue \u00e0 la partie contemporaine, qui d\u00e9bute en 1931 &#8211; ann\u00e9e de naissance du po\u00e8te &#8211; Henri Deluy reprend la phrase de Lacan, &#8221; il n&#8217;est personne qui ne soit personnellement concern\u00e9 par la v\u00e9rit\u00e9 &#8220;, r\u00e9servant d&#8217;abord au po\u00e8te le r\u00f4le que Platon r\u00e9servait au philosophe dans son mythe de la r\u00e9miniscence: se souvenir, c&#8217;est savoir. Il fait ensuite remonter \u00e0 la conscience les sc\u00e8nes, les lieux de son propre pass\u00e9 enfoui. Surgissent une g\u00e9ographie toute proche avec des lieux (marseillais) de l&#8217;enfance, un paysage \u00e0 la flore identifiable, des couleurs qui peu \u00e0 peu tournent \u00e0 l&#8217;abstrait pour \u00e9voquer des erreurs, des chim\u00e8res, des m\u00e9comptes; mani\u00e8re de sugg\u00e9rer le parcours d&#8217;un homme, de l&#8217;enfance &#8211; que son environnement simple charme et \u00e9tonne &#8211; aux illusions bris\u00e9es de l&#8217;homme m\u00fbr. Staline incarne, avec son culte mensonger, ces illusions perdues, la v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9couverte: &#8221; &#8230; l&#8217;homme que nous aimions\/Le plus, au monde&#8230;. &#8221; \u00e9tait bleu et, &#8221; Quand le ciel \u00e9tait gris\/Staline \u00e9tait bleu &#8220;. Pour Pinochet, pas d&#8217;illusions perdues, le sinistre dictateur \u00e0 la &#8221; face\/De rat &#8221; n&#8217;aura cess\u00e9 d&#8217;\u00eatre le destinataire d&#8217;un chapelet d'&#8221; injures &#8220;. Mais une po\u00e9sie qui ne serait que haine resterait l&#8217;expression d&#8217;une r\u00e9volte, une variante de pr\u00eache. La po\u00e9sie doit \u00eatre aussi amour, et Henri Deluy ne nous en prive pas et fait succ\u00e9der &#8211; on pense irr\u00e9sistiblement \u00e0 la construction des Fleurs du mal, o\u00f9 Baudelaire explorait ses exp\u00e9riences pour r\u00e9pondre \u00e0 son &#8221; spleen &#8221; &#8211; les th\u00e8mes po\u00e9tiques visit\u00e9s par le po\u00e8te au cours des ans: les voyages, l&#8217;\u00e9rotisme&#8230; la cuisine.<\/p>\n<p> <strong> Entre cr\u00e9ation et traduction, un art po\u00e9tique en toute libert\u00e9  <\/strong><\/p>\n<p>On ne peut \u00e9crire de po\u00e9sie forte, non plus qu&#8217;en \u00eatre un des principaux m\u00e9diateurs, sans art po\u00e9tique. La bibliographie d&#8217;Henri Deluy t\u00e9moigne de la double dimension, cr\u00e9ation-traduction, l&#8217;une se nourrissant de l&#8217;autre. Son art po\u00e9tique sourd \u00e7a et l\u00e0 au gr\u00e9 de ses publications, de sa pratique. A ma connaissance, ce serait \u00e0 nous de regrouper ses phrases r\u00e9flexives, en gardant en m\u00e9moire que tout art po\u00e9tique ne peut qu&#8217;\u00e9pingler une fugacit\u00e9. Le lecteur de Da Capo, curieux de th\u00e9orie, rassemblera ici quelques principes \u00e9pars qu&#8217;il ajoutera \u00e0 d&#8217;autres glan\u00e9s ailleurs: &#8221; Le po\u00e8me tentait\/De ressembler\/A de la prose &#8220;. Jusqu&#8217;o\u00f9 la po\u00e9sie est-elle possible ? A l&#8217;\u00e9vocation d&#8217;enfants du tiers monde, Henri Deluy t\u00e9moigne d&#8217;une certaine impuissance du po\u00e8te: &#8221; Avec \u00e7a, tu peux toujours essayer\/De trouver la forme d&#8217;un po\u00e8me\/Qui te r\u00e9v\u00e8le ce qu&#8217;est la po\u00e9sie. &#8221; Quant aux po\u00e8mes traduits, Henri Deluy leur r\u00e9serve la m\u00eame place qu&#8217;aux siens propres: l&#8217;enfant d&#8217;un autre est devenu, par le biais de la traduction, un de ses enfants; ce faisant, le po\u00e8te op\u00e8re une sorte de substitution, o\u00f9 il est momentan\u00e9ment Ossip Mandelstam ou Auzias March. Deux pages et demie de bibliographie n&#8217;en font pas myst\u00e8re, qui m\u00ealent sans distinction aucune les oeuvres de pure cr\u00e9ation et les oeuvres traduites: \u00e0 l&#8217;Amour charnel (3) peuvent succ\u00e9der les Po\u00e8mes de Fernando Pessoa (4) ou d&#8217;Autres po\u00e8mes d&#8217;Anna Akhmatova (5). Dans le long d\u00e9bat sur la traduction de la po\u00e9sie, Henri Deluy intervient ainsi clairement en faveur du po\u00e8te traducteur (6). Au po\u00e8te d&#8217;\u00eatre po\u00e8te, et au traducteur de l&#8217;\u00eatre aussi ! Cette position peut para\u00eetre extr\u00eame, elle d\u00e9truit en fait une hi\u00e9rarchisation tenace o\u00f9 la traduction est souvent consid\u00e9r\u00e9e (et pratiqu\u00e9e) comme une laborieuse m\u00e9canique (d\u00e9montage et remontage linguistique) succ\u00e9dant \u00e0 une prestigieuse cr\u00e9ation. Pour Henri Deluy, traduire c&#8217;est d&#8217;abord &#8221; accepter de devenir,\/Au moins un peu, et en plus,\/Etranger dans sa propre langue &#8220;, et donc faire un voyage &#8221; sans perdre de vue\/La petite valise originelle &#8220;, pour ensuite \u00eatre&#8230; un voleur: &#8221; Le traducteur vole du raisin \u00e0 Jos\u00e9\/L\u00e9zama Lima; il vole des hu\u00eetres\/A Virgilio Pinero; de la farine\/A Nicolas Guillen; des blettes \u00e0\/Jos\u00e9 Kozer &#8220;. Pronon\u00e7ant une conf\u00e9rence sur l&#8217;Avenir de la po\u00e9sie (7), Henri Michaux disait: &#8221; Le po\u00e8te montre son humanit\u00e9 par des fa\u00e7ons \u00e0 lui, qui sont souvent de l&#8217;inhumanit\u00e9 (celle-ci apparente et momentan\u00e9e). M\u00eame antisocial, ou asocial, il peut \u00eatre social. &#8221; Mensonge ? Vol ? La po\u00e9sie est bien une v\u00e9rit\u00e9. n F. M.<\/p>\n<p> <strong> Henri Deluy, Da Capo &#8211; po\u00e8mes Flammarion, 250 p., 120 F <\/strong><\/p>\n<p>1. A titre d&#8217;exemples, on peut \u00e9voquer ici la parution r\u00e9cente d&#8217;ouvrages de r\u00e9flexions sur la po\u00e9sie: Jean-Michel Maulpoix, la Po\u00e9sie comme l&#8217;amour &#8211; Essai sur la relation lyrique, Mercure de France, 166 p., 89 F; Martine Broda, l&#8217;Amour du nom &#8211; Essai sur le lyrisme et la lyrique amoureuse, Jos\u00e9 Corti, 262 p., 110 F; John E. Jackson, la Po\u00e9sie et son autre &#8211; Essai sur la modernit\u00e9, Jos\u00e9 Corti, 181 p., 120 F; et J\u00e9r\u00f4me Th\u00e9lot, la Po\u00e9sie pr\u00e9caire, PUF, 150 p., 98 F.<\/p>\n<p>2. Citons les deux derni\u00e8res: Une anthologie de circonstance, Fourbis, 1994; et Une anthologie imm\u00e9diate, Fourbis, 1997.<\/p>\n<p>3. Flammarion, 1994<\/p>\n<p>4. Fourbis, 1997<\/p>\n<p>5. Stock, 1998<\/p>\n<p>6. En sch\u00e9matisant, peut-on traduire de la po\u00e9sie sans une pratique personnelle de la po\u00e9sie ? Mais cet acte a ses dangers: le po\u00e8te Paul Celan par exemple, traducteur en allemand de nombreux po\u00e8tes fran\u00e7ais, anglais, russes, et occasionnellement italiens, h\u00e9breux et portugais (Pessoa !) se vit parfois accus\u00e9 d&#8217;offrir au lecteur du &#8221; Celan &#8221; !<\/p>\n<p>7. Henri Michaux, ?uvres compl\u00e8tes, vol. I, Gallimard, la Pl\u00e9iade, 1430 p., 440 F.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Henri Deluy sert la po\u00e9sie. Directeur de la revue Action po\u00e9tique et de la Biennale internationale des po\u00e8tes en Val-de-Marne, il est aussi traducteur. 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