{"id":1121,"date":"1998-11-01T00:00:00","date_gmt":"1998-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/poesie1121\/"},"modified":"1998-11-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-10-31T23:00:00","slug":"poesie1121","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1121","title":{"rendered":"Po\u00e9sie"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Les revues et les groupes ont jou\u00e9, et jouent encore en France, un r\u00f4le incontest\u00e9. Ils nourrissent un imaginaire et contribuent au maintien et \u00e0 l&#8217;extension de la langue dont, le plus souvent, ils exp\u00e9rimentent des formes par vocation inusit\u00e9es. Action po\u00e9tique n&#8217;a pas d\u00e9rog\u00e9 \u00e0 cette r\u00e8gle implicite. <\/p>\n<p>Inutile de remonter aux calendes pour illustrer et souligner l&#8217;importance des revues litt\u00e9raires et po\u00e9tiques dans notre espace qu&#8217;elles ont quelquefois exc\u00e9d\u00e9. Depuis le dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle, les revues fran\u00e7aises ont exerc\u00e9 une influence loin d&#8217;\u00eatre n\u00e9gligeable et n&#8217;ont cess\u00e9, en quelque sorte, de se d\u00e9ployer. Si le dix-neuvi\u00e8me avec ses diverses \u00e9coles, du Romantisme aux premi\u00e8res avant-gardes, a multipli\u00e9 les publications, c&#8217;est, toutefois, le vingti\u00e8me qui emporte la palme. Les p\u00e9riodiques litt\u00e9raires et po\u00e9tiques ont plus que d\u00e9cupl\u00e9 sous l&#8217;impulsion d&#8217;auteurs de premier ou second plan si, d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, on consid\u00e8re Paul Fort, l&#8217;homme qui se balade, et, de l&#8217;autre, Tzara, Andr\u00e9 Breton, Aragon ou Philippe Soupault, pour rendre ainsi hommage \u00e0 des initiateurs.<\/p>\n<p> <strong> R\u00e9v\u00e9ler de jeunes po\u00e8tes, honorer des pr\u00e9curseurs imm\u00e9diats, d\u00e9poussi\u00e9rer des auteurs disparus&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>Quoi qu&#8217;on pr\u00e9tende, la R\u00e9volution surr\u00e9aliste et le Surr\u00e9alisme au service de la R\u00e9volution p\u00e8seront encore longtemps sur les esprits, y compris les plus rev\u00eaches ou les plus r\u00e9tifs \u00e0 ses entreprises. Les bilans, actifs et passifs compris, de ces pr\u00e9curseurs occupent un arri\u00e8re-plan de la sc\u00e8ne sur laquelle ils se sont mus sans jamais gagner les coulisses o\u00f9 d&#8217;aucuns souhaitaient les rel\u00e9guer. Au-del\u00e0 de leurs pr\u00e9tentions, ils ont fait syst\u00e8me&#8230; Qu&#8217;en est-il d&#8217;Action po\u00e9tique dirig\u00e9e par Henri Deluy ? Pascal Boulanger, po\u00e8te de qualit\u00e9 avant tout, et ici transform\u00e9 pour la circonstance en biographe et historien dont le lecteur ne peut que louer la pr\u00e9cision et l&#8217;\u00e9l\u00e9gance, s&#8217;est employ\u00e9 \u00e0 restituer la double historicit\u00e9 \u00e0 laquelle r\u00e9pond une oeuvre, f\u00fbt-elle collective. Je veux ainsi souligner qu&#8217;une revue est un mariage de noms, une association de styles, fond\u00e9s sur le temps, c&#8217;est-\u00e0-dire, en termes moins abscons, qu&#8217;une oeuvre ne se d\u00e9prend pas d&#8217;une histoire qui lui est propre, celle dict\u00e9e par l&#8217;esth\u00e9tique, pas plus qu&#8217;elle ne se d\u00e9pare du contexte temporel qui la contraint et d&#8217;o\u00f9 elle \u00e9merge. Cela ne signifie nullement qu&#8217;elle n&#8217;acqui\u00e8re pas son autonomie, qu&#8217;elle ne se soustrait pas \u00e0 des pr\u00e9jug\u00e9s dominants ou, d&#8217;autre part, qu&#8217;elle n&#8217;assume pas, comme il sied de dire \u00e0 pr\u00e9sent, son \u00e9poque en lui conf\u00e9rant un langage appropri\u00e9. Le tout est de savoir quelles ont \u00e9t\u00e9 ses orientations et de rep\u00e9rer ses d\u00e9sirs. Et Pascal Boulanger y est parvenu avec une clart\u00e9 louable. Son pr\u00e9ambule introduit \u00e0 une anthologie qui retrace, sous un aspect pratique, le r\u00e9cit qu&#8217;Action po\u00e9tique s&#8217;est construit, \u00e0 la faveur d&#8217;un hasard, celui des rencontres, de n\u00e9cessit\u00e9s (celles qui consistent \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 des courants contraires), et une volont\u00e9, remani\u00e9e, qui assied l&#8217;originalit\u00e9 d&#8217;une production et identifie un groupe qui a m\u00eal\u00e9 la tradition \u00e0 la contemporan\u00e9it\u00e9, histoire d&#8217;\u00e9tablir des liens entre l&#8217;une et l&#8217;autre, et de rep\u00e9rer et puiser dans la premi\u00e8re les indices et les raisons d&#8217;une modernit\u00e9. L&#8217;anthologie l&#8217;atteste (1). On y v\u00e9rifie le m\u00e9lange offert par les morts et les vivants, et o\u00f9 les morts se survivent gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;inscription des vivants qui les entourent. Vue d&#8217;une certaine perspective, Action po\u00e9tique, primitivement insurg\u00e9e contre un modernisme acad\u00e9mique qui s&#8217;ab\u00eemait dans des jeux aux buts effondr\u00e9s, a combl\u00e9 une dialectique du d\u00e9passement au sens h\u00e9g\u00e9lien. Ses d\u00e9couvertes, nombreuses et av\u00e9r\u00e9es, n&#8217;ont pas refoul\u00e9 ce que nous nommerons, pour aller au plus press\u00e9, les &#8221; classiques &#8220;. Henri Deluy et ses comit\u00e9s de r\u00e9daction ont innov\u00e9 sans renoncer aux voies fray\u00e9es par les &#8221; anciens &#8220;. Ils ont jet\u00e9 les ponts d&#8217;une po\u00e9sie actuelle sans c\u00e9der aux modes, m\u00eame si, en quelques occasions, ils les ont \u00e9pous\u00e9es afin de parfaire leur entreprise et ne pas n\u00e9gliger des opportunit\u00e9s. Leur exigence les a conduits \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler de jeunes po\u00e8tes, \u00e0 honorer des pr\u00e9curseurs imm\u00e9diats, ainsi qu&#8217;\u00e0 d\u00e9poussi\u00e9rer voire exhumer des auteurs disparus ou m\u00e9pris\u00e9s, faute d&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement lus dans leur &#8221; int\u00e9grit\u00e9 &#8221; ou leur nudit\u00e9. Action po\u00e9tique les a alors d\u00e9barrass\u00e9s de leurs habits empes\u00e9s dont des l\u00e9gendes approximatives et des apprentissages scolaires les avaient affubl\u00e9s en amenuisant, par avance, leurs effets. Je pense, en l&#8217;occurrence et parmi une foule d&#8217;autres, \u00e0 La Fontaine&#8230; Mais la revue ne s&#8217;est pas satisfait de l&#8217;espace francophone qui lui \u00e9tait naturellement d\u00e9volu. Elle s&#8217;est d\u00e9p\u00each\u00e9e de traduire et, l\u00e0 encore, on succombe sous le nombre de po\u00e8tes surgis des quatre coins cardinaux, rose \u00e9pur\u00e9e des vents, avec lesquels elle nous a familiaris\u00e9s. Elle a de la sorte accompli son ambition cosmopolite ou, si on pr\u00e9f\u00e8re, internationale, celle d&#8217;une po\u00e9sie des fratries, o\u00f9 l&#8217;inattendu et l&#8217;inou\u00ef franchissent les fronti\u00e8res pour former un instrument vou\u00e9 \u00e0 la symphonie. Action po\u00e9tique, caract\u00e9ristique non n\u00e9gligeable, orchestre et on doit se louer qu&#8217;il en soit ainsi dans une \u00e9poque qui exprime des fa\u00e7ons les plus diverses ses r\u00e9ticences et sa frilosit\u00e9 vis-\u00e0-vis de l&#8217;\u00e9tranget\u00e9, une \u00e9tranget\u00e9, pour se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 Blanchot, que la revue pr\u00e9serve et traduit, comme un spectacle sur une sc\u00e8ne. Tout y est accessible et recul\u00e9 afin de ne pas sombrer dans des solutions \u00e9l\u00e9mentaires et restituer les complexit\u00e9s. La langue se soumet et r\u00e9siste. Elle trahit ses origines. Elle nous convainc de sa distance et cette distance souvent conserv\u00e9e s\u00e9duit par le myst\u00e8re &#8221; relativement &#8221; \u00e9lucid\u00e9 qu&#8217;elle implique.<\/p>\n<p> <strong> Commentaires et notes de lecture \u00e0 teneur parfois th\u00e9orique, une revue qui refl\u00e8te et r\u00e9fl\u00e9chit  <\/strong><\/p>\n<p>On aura tendance \u00e0 penser qu&#8217;Action po\u00e9tique observe un point de vue historiciste et que tout y est bon pourvu que ce tout ait exist\u00e9, ou existe sous d&#8217;autres confins. Ce serait faire fi d&#8217;un choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 qui comprend \u00e9galement des rebuffades, des mises \u00e0 l&#8217;\u00e9cart, des pol\u00e9miques. Ce serait faire fi d&#8217;\u00e9volutions, de progr\u00e8s, si jamais le progr\u00e8s est de la partie en une telle mati\u00e8re, voire de r\u00e9volutions. Action po\u00e9tique, \u00e0 l&#8217;instar de corps en vie, a compliqu\u00e9 son existence, \u00e0 savoir l&#8217;a enrichie. Ses amours n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9nu\u00e9es de caprices, ou de fantaisies, \u00e0 tout prendre agr\u00e9ables. Et, autre \u00e9l\u00e9ment, c&#8217;est une revue qui non seulement refl\u00e8te mais r\u00e9fl\u00e9chit. La po\u00e9sie ne se d\u00e9prend pas d&#8217;un commentaire \u00e0 teneur parfois th\u00e9orique, et les notes de lecture qui figurent \u00e0 la fin des livraisons t\u00e9moignent d&#8217;un int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. On n&#8217;y nage pas dans les eaux glac\u00e9es d&#8217;un calcul \u00e9go\u00efste o\u00f9 pr\u00e9vaudraient, uniques, les produits maisons. Un seul reproche, t\u00e9nu et cuistre, \u00e0 l&#8217;adresse de Pascal Boulanger que j&#8217;appr\u00e9cie, je le r\u00e9p\u00e8te. Francis Ponge a appartenu au groupe surr\u00e9aliste, qu&#8217;il en f\u00fbt ou non un membre singulier. Cette ultime remarque, tr\u00e8s secondaire, n&#8217;alt\u00e8re pas son \u00e9tonnant travail pas plus que la consid\u00e9ration port\u00e9e \u00e0 une revue dont la p\u00e9rennit\u00e9 se justifie \u00e9tant donn\u00e9 les objectifs fix\u00e9s et concr\u00e9tis\u00e9s, une quintessence des mots au sens jamais \u00e9teint et, dans cet article, je n&#8217;aurais pas l&#8217;outrecuidance de citer la cohorte fournie des acteurs du groupe et de la revue&#8230;<\/p>\n<p>* Ecrivain, auteur notamment de Chroniques du stade, communaut\u00e9s en chantier, paru en juin aux \u00e9ditions de la Dispute.<\/p>\n<p>1. Pascal Boulanger, Une &#8221; action po\u00e9tique &#8221; de 1950 \u00e0 aujourd&#8217;hui. L&#8217;Anthologie Action po\u00e9tique. Ed; Flammarion, 1998, 608 p., 195 F.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Les revues et les groupes ont jou\u00e9, et jouent encore en France, un r\u00f4le incontest\u00e9. Ils nourrissent un imaginaire et contribuent au maintien et \u00e0 l&#8217;extension de la langue dont, le plus souvent, ils exp\u00e9rimentent des formes par vocation inusit\u00e9es. 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