{"id":11191,"date":"2018-09-18T12:18:00","date_gmt":"2018-09-18T10:18:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-gerard-collomb-le-train-en-marche\/"},"modified":"2023-06-23T23:30:41","modified_gmt":"2023-06-23T21:30:41","slug":"article-gerard-collomb-le-train-en-marche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11191","title":{"rendered":"G\u00e9rard Collomb, le train en marche"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Ce mardi 18 septembre, G\u00e9rard Collomb annonce \u00e0 <em>L&#8217;Express<\/em> son intention de redevenir maire de Lyon. Le ministre de l&#8217;Int\u00e9rieur, \u00e2g\u00e9 de 72 ans, pourrait quitter le gouvernement apr\u00e8s les europ\u00e9ennes de 2019. Portrait d&#8217;un socialiste tr\u00e8s mod\u00e9r\u00e9, d&#8217;un opini\u00e2tre qui a fait le pari d\u2019un macronisme dont il est un pr\u00e9curseur, mais qui le fait para\u00eetre d\u00e9pass\u00e9.<\/p>\n<p><em>Portrait extrait du <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/acces-payant\/trimestriel\/no19-automne-2017\/article\/regards-automne-2017\">num\u00e9ro d&#8217;automne 2017 de Regards.<\/a><\/em><\/p>\n<p>La politique est un concept bien trop courageux pour que la rar\u00e9faction de ses manifestations et l\u2019appauvrissement de sa substantifique moelle ne nous \u00e9tonnent plus gu\u00e8re \u2013 parmi ses repr\u00e9sentants officiels, entendons-nous bien. Car il est act\u00e9 qu\u2019il est, de nos jours, devenu un sport international, que ce soit au Venezuela, en Allemagne ou en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, de troquer ses id\u00e9aux contre la conqu\u00eate ou la conservation du pouvoir et les habits qui vont avec.<\/p>\n<p>Et, une fois n\u2019est pas coutume, en France, dans ce sport-l\u00e0, on a de vrais champions, \u00e0 l\u2019instar de G\u00e9rard Collomb qui, dans le genre, tient plut\u00f4t bien la corde. Avec son style de vieux depuis qu\u2019il est jeune, sa propension au marathon plut\u00f4t qu\u2019au cent m\u00e8tres, son c\u00f4t\u00e9 boxe version Ray Leonard (battu par Roberto Duran aux points \u00e0 Montr\u00e9al en 1980 qui prend sa revanche au Superdome cinq mois apr\u00e8s), le tout sans jamais vraiment \u00eatre maillot jaune mais plut\u00f4t maillot \u00e0 pois, G\u00e9rard Collomb est le prototype m\u00eame du politique dont l\u2019unique motivation est l\u2019assouvissement de sa soif de prestige politique \u2013 et de pouvoir, oui, de pouvoir.<\/p>\n<p>Lorsque l\u2019on regarde sa carri\u00e8re (\u00e0 ce niveau-l\u00e0, on ne peut pas trop l\u2019appeler autrement), on en vient m\u00eame \u00e0 penser qu\u2019avec le Parti socialiste, il s\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre tromp\u00e9 d\u2019\u00e9curie au d\u00e9part, ah mais finalement non, et puis si, ou alors non, on ne comprend plus rien. En bref, la vie politique de G\u00e9rard Collomb, ce n\u2019est pas tant un sport que le fil rouge de feu Intervilles\u00a0: pendant que d\u2019autres se coltinent la vachette, les rouleaux sur la piscine ou le concours de lancer de tartes, lui nous fait bien rire \u00e0 escalader, depuis plus de trente ans, un mur en mousse de cinquante m\u00e8tres \u2013 on ne le regarde pas tout le temps parce que c\u2019est quand m\u00eame assez chiant \u00e0 la longue mais \u00e0 la fin, c\u2019est G\u00e9g\u00e9 (comme l\u2019appellent ses intimes) qui se retrouve en haut de la pyramide.<\/p>\n<h2>Gauche de circonstances<\/h2>\n<p>Mais reprenons depuis le d\u00e9but\u2026 Au d\u00e9part, comme le racontent ses hagiographes officiels, G\u00e9rard n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9destin\u00e9 \u00e0 faire la carri\u00e8re qu\u2019il a embrass\u00e9e\u00a0: fils d\u2019une femme de m\u00e9nage et d\u2019un contrema\u00eetre c\u00e9g\u00e9tiste en usine, il est le second d\u2019une famille populaire de Bourgogne o\u00f9 la question des \u00e9tudes et d\u2019un travail int\u00e9ressant semblent secondaires en regard de l\u2019imp\u00e9riosit\u00e9 d\u2019avoir femme, enfants et petite haie de thuyas bien taill\u00e9s. Alors quand, sur les conseils de ses professeurs avis\u00e9s, il d\u00e9cide d\u2019aller faire une hypokh\u00e2gne au prestigieux lyc\u00e9e du Parc dans la Lyon voisine, c\u2019est un peu comme s\u2019il partait \u00e0 l\u2019autre bout du monde. Son \u00e9chec \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de l\u2019\u00c9cole normale sup\u00e9rieure (ENS), selon ses laudateurs, en est \u00e0 peine un\u00a0: il entre \u00e0 la facult\u00e9 de droit de Lyon et c\u2019est l\u00e0 que tout commence \u2013 parce qu\u2019on est en 1968 et que, dans les facult\u00e9s des grandes villes, m\u00eame un chat qui pisse dans le couloir entre deux amphis, il fera de la politique.<\/p>\n<p><em> <strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR >> <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/article\/gerard-collomb-ou-la-politique-de-l-autruche\">G\u00e9rard Collomb ou la politique de l\u2019autruche<\/a><\/strong> <\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0D\u00e9j\u00e0 mod\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>, se souviennent avec une \u00e9motion non feinte ses camarades de promo de l\u2019\u00e9poque, G\u00e9rard va passer bri\u00e8vement par l\u2019Union nationale des \u00e9tudiants de France (UNEF) avant de rejoindre la Convention des institutions r\u00e9publicaines de Fran\u00e7ois Mitterrand \u2013 CIR qui sera, apr\u00e8s le congr\u00e8s d\u2019\u00c9pinay de 1971, dissoute dans le PS. Mais il ne faut pas voir l\u00e0 une quelconque prise de parti id\u00e9ologique ou un semblant de consistance pouvant constituer un d\u00e9but de colonne vert\u00e9brale politique. Non, il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019un hasard de l\u2019histoire et des acteurs qui, bon gr\u00e9, mal gr\u00e9, la font\u00a0: G\u00e9rard Collomb \u00e9tait dans une fac de gauche au moment d\u2019\u00e9v\u00e9nements qui allaient marquer toute une partie du champ politique, c\u2019est donc \u00e0 gauche qu\u2019il s\u2019est retrouv\u00e9 \u2013 mais il est fort \u00e0 parier que s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tudiant \u00e0 Assas en 2013 au moment du Mariage pour tous, il se serait s\u00fbrement tourn\u00e9 vers la droite.<\/p>\n<p>Alors certes, \u00e7a ne commence pas comme un pan\u00e9gyrique, cette histoire de Collomb\u2026 Mais il est vrai que, vu de la gauche, le parcours comme les convictions de l\u2019ancien maire de Lyon sont assez compliqu\u00e9s \u00e0 aborder avec bienveillance. Et pourtant, il ne manque pas de qualit\u00e9s, \u00e0 commencer par son incroyable opini\u00e2tret\u00e9. Parce qu\u2019il s\u2019en est pris, des baffes, G\u00e9rard. Et d\u2019abord \u00e0 Lyon sur laquelle il a jet\u00e9 son d\u00e9volu et o\u00f9 son ascension a \u00e9t\u00e9 p\u00e9rilleuse et entach\u00e9e de mauvaises pioches-retours \u00e0 la case d\u00e9part. Il fut m\u00eame un temps o\u00f9 on l\u2019a appel\u00e9 le &#8220;pestif\u00e9r\u00e9 de la f\u00e9d\u00e9ration du Rh\u00f4ne&#8221;. Pourquoi\u00a0? La r\u00e9ponse est assez simple\u00a0: l\u2019\u00e9vidence de ses ambitions personnelles qui se heurtent de plein fouet \u00e0 celles des autres pr\u00e9tendants. Car, si l\u2019on en croit les dires de ses proches, G\u00e9rard Collomb a commenc\u00e9 de fomenter, et de fa\u00e7on explicite, son objectif de prendre la mairie de Lyon d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1970. Alors \u00e9videmment, \u00e7a cr\u00e9e des flop\u00e9es d\u2019ennemis\u2026 D\u2019autant que G\u00e9rard a le chic, dans un premier temps, pour se maquer avec ceux qui perdent.<\/p>\n<h2>Strat\u00e9gie de la pyramide<\/h2>\n<p>Dans le triumvirat qui a accompagn\u00e9 les premiers pas dudit Collomb et dont les ombres hantent encore son action aujourd\u2019hui, il y a, par l\u2019ordre d\u2019a\u00eenesse\u00a0: Claude Bernardin, avocat et figure embl\u00e9matique de l\u2019opposition socialiste \u00e0 Lyon qui a adoub\u00e9 G\u00e9rard Collomb avant de dispara\u00eetre de la vie politique de fa\u00e7on anticip\u00e9e en 1983 pour des raisons de sant\u00e9 ; Franck S\u00e9rusclat, s\u00e9nateur-maire de Saint-Fons, dans la banlieue de Lyon, qui a c\u00e9d\u00e9 son si\u00e8ge au Palais du Luxembourg \u00e0 G\u00e9rard Collomb en 1999 ; et Lucien Durand, conseiller g\u00e9n\u00e9ral du Rh\u00f4ne pendant vingt-cinq ans. \u00c0 eux trois, ils ont arrim\u00e9 le wagon Collomb au TER de la politique locale et au TGV de la politique nationale. Le premier lui a offert sa connaissance des dossiers, le second son architecture id\u00e9ologique (et son si\u00e8ge au S\u00e9nat) et le troisi\u00e8me sa culture du terrain.<\/p>\n<p>Ces trois hommes sont des barons locaux, bien implant\u00e9s et qui seront n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019assise lyonnaise de Collomb. Mais au niveau national, cela a \u00e9t\u00e9 un peu plus compliqu\u00e9\u00a0parce que celui qu\u2019a d\u2019abord choisi G\u00e9rard, c\u2019est Pierre Mauroy. Et Pierre Mauroy, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970, ce n\u2019est pas sur Fran\u00e7ois Mitterrand qu\u2019il mise, mais sur Michel Rocard. Du coup, pendant longtemps, Fran\u00e7ois n\u2019aime pas G\u00e9rard\u2026 inimiti\u00e9 qui va durer, mais qui n\u2019emp\u00eache pas G\u00e9rard Collomb d\u2019\u00eatre \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 en 1981. Ce qui semble important, \u00e0 ce stade, c\u2019est que Collomb \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 de ceux qui pr\u00f4naient l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et un soi-disant retour aux r\u00e9alit\u00e9s, et qu\u2019il suivait, de facto, ceux qui allaient orchestrer le virage de la rigueur de 1983. Mais, \u00e0 dire vrai, G\u00e9rard Collomb ne se distingue pas particuli\u00e8rement par des positionnements politiques originaux ou des visions singuli\u00e8res\u00a0; non, ce qui marque son parcours politique, ce sont avant tout les hommes derri\u00e8re lesquels il se range, ceux qu\u2019il choisit pour l\u2019entourer, et les postes qu\u2019il arrive \u00e0 obtenir. G\u00e9rard Collomb, c\u2019est la politique en r\u00e9seaux, en mode pyramide\u00a0: bien assise sur sa base mais qui pointe clairement vers le haut.<\/p>\n<p>Paradoxalement, c\u2019est son assise locale qui lui a le plus manqu\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 un \u00e2ge finalement assez avanc\u00e9\u00a0: apr\u00e8s 1981, d\u00e9put\u00e9 et principal conseiller municipal d\u2019opposition \u00e0 Lyon, le pourtant franc-ma\u00e7on G\u00e9rard Collomb subit une assez s\u00e9v\u00e8re d\u00e9faite aux \u00e9lections municipales qui suivent, initiant, dans le creux des ann\u00e9es 1980, une assez longue travers\u00e9e du d\u00e9sert, faite de doutes et de remises en question. Mais heureusement pour lui, Pierre Mauroy le sauve de ce marasme en le nommant patron, en 1989, de la Fondation Jean-Jaur\u00e8s, moyen facile de se construire un r\u00e9seau international et surtout de se donner une cr\u00e9dibilit\u00e9 intellectuelle et morale. Mais il n\u2019en demeure pas moins honni par celui qui va rester pr\u00e9sident de la R\u00e9publique jusqu\u2019en 1995&#8230; D\u2019autant que, et \u00e7a a le don d\u2019irriter au plus haut point G\u00e9rard Collomb, beaucoup parmi les cadres dirigeants du PS, dont Fran\u00e7ois Mitterrand, se d\u00e9sint\u00e9ressent totalement de la ville de Lyon, pensant, mais l\u2019avenir leur donnera tort, que c\u2019est une ville imprenable pour la gauche. C\u2019est d\u2019ailleurs la raison pour laquelle Charles Hernu, d\u00e9put\u00e9-maire socialiste de Villeurbanne, propose \u00e0 G\u00e9rard Collomb d\u2019abandonner Lyon pour sa ville, beaucoup plus facile pour un candidat PS. Mais Hernu meurt pr\u00e9matur\u00e9ment avant d\u2019avoir pu adouber officiellement G\u00e9rard\u2026 <\/p>\n<h2>Le Lyon chemin<\/h2>\n<p>Malgr\u00e9 cet \u00e9v\u00e9nement qui ressemble \u00e0 une presque trahison de Lyon, ses proches maintiennent la th\u00e8se de son ambition pr\u00e9coce d\u2019en prendre la mairie. Il s\u2019agit, \u00e0 n\u2019en pas douter, d\u2019une sorte de d\u00e9but de mythification, de r\u00e9invention, un peu \u00e0 la mani\u00e8re des empereurs byzantins qui s\u2019inventaient des ascendances divines, de ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9 la gen\u00e8se de son parcours, avec une claire volont\u00e9 d\u2019inscription t\u00e9l\u00e9ologique des premi\u00e8res \u00e9tapes de sa vie \u00e0 l\u2019aune de ce qu\u2019il est devenu. On pr\u00eate notamment \u00e0 l\u2019actuel ministre de l\u2019Int\u00e9rieur des aphorismes programmatiques d\u00e8s les ann\u00e9es 1970 de ce que sera le futur quartier Confluences ou les berges de Lyon. Mais, surtout, on lui fait formuler explicitement sa volont\u00e9 d\u2019\u00eatre maire de la ville d\u00e8s, quasiment, ses ann\u00e9es de facult\u00e9\u00a0: ici avec un regard d\u00e9termin\u00e9 face au Rh\u00f4ne, l\u00e0 au sortir d\u2019un match de l\u2019Olympique lyonnais \u00e0 Gerland. Alors, c\u2019est joli le roman d\u2019une vie, mais il faut prendre avec des pincettes ce que l\u2019entourage d\u2019une personnalit\u00e9 comme G\u00e9rard Collomb raconte. Parce que ce qu\u2019il est, avant tout, c\u2019est un baron local \u2013 et qu\u2019il traine n\u00e9cessairement derri\u00e8re lui son floril\u00e8ge d\u2019\u00e9checs, de promesses non tenues et, bien \u00e9videmment, de casseroles.<\/p>\n<p>C\u2019est en 1995 que G\u00e9rard Collomb met le premier vrai pied \u00e0 l\u2019\u00e9trier de la mairie de Lyon\u00a0en emportant celle du 9e arrondissement de la ville. Certes le PS national se prend une sacr\u00e9e claque et l\u2019\u00e9lection de Raymond Barre aurait pu \u00eatre catastrophique pour lui. Mais c\u2019est exactement le contraire qui se produit\u00a0: Barre, qui a des comptes \u00e0 r\u00e9gler avec le RPR, d\u00e9cide, d\u00e8s le d\u00e9but de son mandat, de nouer une alliance objective avec Collomb. Loin d\u2019\u00eatre compl\u00e8tement \u00e9loign\u00e9s id\u00e9ologiquement, ils s\u2019attachent \u00e0 faire du 9e un quartier mod\u00e8le en favorisant son d\u00e9veloppement \u00e9conomique, mais aussi en modifiant profond\u00e9ment son urbanisme. Pour cela, il s\u2019appuie sur les \u00e9tudes, et m\u00eame sur les id\u00e9es de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs. Car c\u2019est cela sa plus grande force\u00a0: ne pas penser ou imaginer \u00e0 partir de rien, mais plut\u00f4t mettre en place et montrer qu\u2019il a bien fait.<\/p>\n<p>Alors quand arrivent 2001 et ses \u00e9lections municipales, G\u00e9rard Collomb a d\u00e9j\u00e0 un solide bilan \u00e0 d\u00e9fendre dans son arrondissement, et c\u2019est ainsi qu\u2019au terme d\u2019une bataille o\u00f9 la droite s\u2019est entred\u00e9chir\u00e9e (Charles Millon, UDF, qui avait fait quelques ann\u00e9es auparavant alliance avec l\u2019extr\u00eame droite pour remporter la r\u00e9gion, et Jean-Michel Dubernard, RPR), il remporte le second tour. Assez rapidement, il s\u2019attache \u00e0 mettre en place une strat\u00e9gie qui va s\u2019av\u00e9rer gagnante pour conforter son assise \u00e0 Lyon, mais aussi pour faire de sa ville un laboratoire de la politique qu\u2019il r\u00eave de mettre en place au niveau national. Pour cela, il s\u2019entoure des grands et des petits industriels, de commer\u00e7ants et des associations locales, il facilite l\u2019implantation de start-ups et veille \u00e0 bien prendre le virage de la r\u00e9volution num\u00e9rique. Il s\u2019attache aussi \u00e0 r\u00e9soudre les probl\u00e8mes que certains quartiers posaient, notamment quant \u00e0 leur salubrit\u00e9 et leur s\u00e9curit\u00e9. Du point de vue de la culture, il veut refaire de Lyon un carrefour national voire international des arts et il double son budget d\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 la mairie\u00a0: le geste est fort et c\u2019est tant mieux pour les op\u00e9rateurs culturels locaux. Mais sans vouloir absolument voir le diable dans une p\u00e2querette, il est certain qu\u2019une telle strat\u00e9gie est avant tout pens\u00e9e pour permettre \u00e0 sa ville de rayonner \u00e0 la hauteur de ses ambitions. <\/p>\n<h2>S\u00e9curitaire et lib\u00e9ral<\/h2>\n<p>Et pour satisfaire ses ambitions, G\u00e9rard Collomb a besoin du Grand Lyon, parce que c\u2019est l\u00e0 \u2013 et seulement l\u00e0 \u2013 qu\u2019il trouvera les moyens financiers pour mener \u00e0 bien sa politique. Il y arrive quelques jours seulement apr\u00e8s sa victoire aux municipales en r\u00e9cup\u00e9rant les voix notamment des maires des petites communes et des \u00e9lus UDF. Mais tout ne va pas comme il le souhaiterait en d\u00e9but de mandat\u00a0: il est sous le feu des critiques, souffrant notamment de la comparaison avec la r\u00e9ussite imm\u00e9diate de Bertrand Delano\u00eb. Alors certes, comme il le dit lui-m\u00eame, Paris est une ville finie o\u00f9 il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 faire de l\u2019\u00e9v\u00e8nementiel (id est Paris-Plage et Nuit blanche) pour que tout le monde soit content, tandis qu\u2019il y a encore tout \u00e0 faire \u00e0 Lyon. Mais il est rude de voir Lib\u00e9ration titrer en 2002\u00a0: \u201c\u00c0 Lyon, Collomb, c\u2019est pas l\u2019Am\u00e9rique\u201d.<\/p>\n<p>D\u2019autant qu\u2019au-del\u00e0 de la tournure aust\u00e8re que le maire semble vouloir donner \u00e0 son mandat, il s\u2019investit dans des sujets qui ne sont pas \u00e0 proprement parler des sujets de gauche, \u00e0 commencer par la s\u00e9curit\u00e9\u00a0: la police municipale est renforc\u00e9e, un syst\u00e8me de vid\u00e9osurveillance est projet\u00e9, la vente d\u2019alcool est interdite dans certains quartiers\u2026 Rebelote lorsqu\u2019il s\u2019acoquine avec les promoteurs immobiliers et les chefs d\u2019entreprise, leur assurant qu\u2019ils seraient les priorit\u00e9s de son mandat. Car si Collomb est un s\u00e9curitaire, c\u2019est aussi et surtout un lib\u00e9ral. Rien, donc, de tr\u00e8s socialiste l\u00e0-dedans\u2026 Mais l\u00e0 o\u00f9 il est fort, le G\u00e9rard, c\u2019est qu\u2019il sait passer deux heures au troquet o\u00f9 se r\u00e9unit l\u2019amicale des boulistes tous les dimanches. Et \u00e7a, pour beaucoup, \u00e7a suffit \u00e0 justifier sa carte au PS. D\u2019autant qu\u2019il a aussi dot\u00e9 la ville de v\u00e9los en libre service \u2013 si \u00e7a ce n\u2019est pas de gauche, alors je ne m\u2019y connais pas. Et \u00e7a marche, puisqu\u2019il est r\u00e9\u00e9lu en 2008 d\u00e8s le premier tour, ne laissant \u00e0 Dominique Perben que 30 % des voix.<\/p>\n<p>Mais G\u00e9rard veut aussi briller au niveau national. Et c\u2019est notamment au moment des pr\u00e9sidentielles qu\u2019on le voit le plus s\u2019agiter\u00a0: \u00e9curie Dominique Strauss-Kahn puis \u00e9curie S\u00e9gol\u00e8ne Royal en 2007, il est de ceux qui s\u2019impliquent pleinement dans les batailles, utilisant toute son influence locale et nationale. Itou en 2012 pour faire gagner Fran\u00e7ois Hollande, m\u00eame si certains sous-entendent qu\u2019il aurait pu lui-m\u00eame \u00eatre candidat, surtout apr\u00e8s la publication de son livre Et si la France s\u2019\u00e9veillait\u2026 Mais il n\u2019en est finalement rien, G\u00e9rard Collomb restera encore quelques ann\u00e9es un personnage national secondaire (ah oui, parce que contrairement \u00e0 ce que beaucoup \u2013 dont lui-m\u00eame \u2013 pensaient, ce n\u2019est pas encore en 2012 qu\u2019il deviendra ministre). Et l\u2019on serait presque tent\u00e9 de dire \u201cheureusement\u201d car lorsqu\u2019on regarde d\u2019un peu plus pr\u00e8s ses prises de positions publiques depuis, c\u2019est pas joli joli\u00a0: d\u2019abord G\u00e9rard est oppos\u00e9 \u00e0 la r\u00e8gle de non-cumul des mandats\u2026 Bon, tu m\u2019\u00e9tonnes, il est \u00e0 la fois maire de la troisi\u00e8me ville de France et s\u00e9nateur, et il ne veut pas partager le pouvoir. En 2016, le S\u00e9nat plafonne ses indemnit\u00e9s \u00e0 4 000 euros du fait de son absent\u00e9isme chronique et il d\u00e9crit \u00e7a comme un vrai cauchemar. Ouais, on imagine le cauchemar. De la politique \u00e0 l\u2019ancienne, donc. D\u2019autant qu\u2019on peut rajouter sa position sur le mariage pour tous,\u00a0sur lequel il d\u00e9clare en 2012 au micro d\u2019Europe 1 qu\u2019il <em>\u00ab\u00a0laissera le soin \u00e0 ses adjoints de c\u00e9l\u00e9brer ces mariages\u00a0\u00bb<\/em>. Super. Plus la photo o\u00f9-il-dit-qu\u2019il-n\u2019a-pas-fait-expr\u00e8s, mais sur laquelle il pose tout sourire avec une famille arborant fi\u00e8rement le pull hideux de La Manif pour tous. Genre il n\u2019avait pas vu. <\/p>\n<h2>Laboratoire du macronisme<\/h2>\n<p>G\u00e9rard Collomb n\u2019est donc pas de gauche \u2013 au PS certes mais, comme beaucoup trop en fait, un peu par hasard. Et \u00e7a tombe bien pour lui parce que fait bient\u00f4t irruption sur la sc\u00e8ne politique un type politiquement aussi flou que lui\u00a0: Emmanuel Macron. Qu\u2019il va suivre tr\u00e8s t\u00f4t, d\u00e8s juillet 2016. En plus, \u00e7a tombe doublement bien parce que beaucoup de commentateurs voient dans le Lyon de G\u00e9rard Collomb un laboratoire du macronisme\u00a0: la social-d\u00e9mocratie X l\u2019entreprise. Et pourtant, une fois \u00e9lu, c\u2019est \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 que Macron le colle. Mais \u00e7a tombe bien, G\u00e9rard adore \u00e7a et il a tout plein de mauvaises id\u00e9es. Ses premi\u00e8res d\u00e9clarations sont catastrophiques quant \u00e0 sa vision de la crise migratoire que traverse notre soci\u00e9t\u00e9\u00a0: volont\u00e9 de mettre en \u0153uvre une politique r\u00e9pressive envers les migrants, de les <em>\u00ab\u00a0trier\u00a0\u00bb<\/em> (sic \u2013 or sick I don\u2019t know), d\u2019appliquer au pied de la lettre la proc\u00e9dure de Dublin (qui permet \u00e0 la France notamment de renvoyer les migrants arr\u00eat\u00e9s sur son territoire dans le pays d\u2019entr\u00e9e dans l\u2019Union europ\u00e9enne)\u2026 On est tr\u00e8s loin du discours ouvert et humaniste du candidat Macron pendant la campagne. \u00c0 tel point qu\u2019on est en droit de se demander s\u2019il ne s\u2019agirait pas d\u2019un jeu de good cop \/ bad cop entre le pr\u00e9sident et son ministre de l\u2019Int\u00e9rieur afin de faire passer le premier pour un saint, alors que c\u2019est la politique du second que l\u2019on applique. M\u00eame le tr\u00e8s conservateur Jacques Toubon, d\u00e9fenseur des droits en qu\u00eate d\u2019une nouvelle sant\u00e9 \u00e9thique, a tir\u00e9 la sonnette d\u2019alarme. Mais quand on voit que son directeur de cabinet n\u2019est autre que St\u00e9phane Fratacci, ancien pr\u00e9fet du Doubs lors de l\u2019affaire L\u00e9onarda, mais surtout ancien secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du minist\u00e8re de l\u2019Immigration, de l\u2019Int\u00e9gration, de l\u2019Identit\u00e9 nationale et du D\u00e9veloppement solidaire sous la pr\u00e9sidence de Nicolas Sarkozy, on se dit qu\u2019il n\u2019y a pas de fum\u00e9e sans feu.<\/p>\n<p>Ce que l\u2019on souhaite donc \u00e0 G\u00e9rard Collomb en cette premi\u00e8re rentr\u00e9e de l\u2019ex\u00e9cutif, c\u2019est de r\u00e9ussir le moins possible. Parce qu\u2019il ne faut pas oublier que son poste, \u00e0 la t\u00eate de nos forces de police et en tant que pi\u00e8ce centrale du dispositif gouvernemental (on lui pr\u00eate, comme \u00e0 Brigitte Macron, une possibilit\u00e9 de d\u00e9cision sur de nombreux dossiers, parfois m\u00eame \u00e0 l\u2019encontre des v\u0153ux du pr\u00e9sident, notamment au moment de la campagne), est particuli\u00e8rement dangereux. Ainsi, quand, \u00e0 la suite de violences polici\u00e8res sur des migrants \u00e0 Calais constat\u00e9es par les associations sur place, il a pour r\u00e9ponse, en juin dernier, de leur conseiller d\u2019aller <em>\u00ab\u00a0d\u00e9ployer leur savoir-faire ailleurs\u00a0\u00bb<\/em>, qu\u2019il affirme que <em>\u00ab\u00a0les forces de l\u2019ordre agissent en r\u00e9alit\u00e9 avec beaucoup d\u2019humanit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>, et quand on apprend qu\u2019il vient de commander pour 22 millions d\u2019euros de gaz lacrymog\u00e8ne, on se dit qu\u2019il est fort \u00e0 craindre que de nouvelles bavures polici\u00e8res viennent entacher le quinquennat \u00e0 venir. Sauf si le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique arrive, comme avec Fran\u00e7ois Bayrou, \u00e0 se d\u00e9barrasser du p\u00e9p\u00e9 grincheux. Car, \u00e0 soixante-dix ans et avec ses id\u00e9es r\u00e9actionnaires, G\u00e9rard Collomb est loin d\u2019\u00eatre l\u2019arch\u00e9type du jeune lib\u00e9ral promu par Macron.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-11191 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/3-2-339.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/3-2-339-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"3-2.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce mardi 18 septembre, G\u00e9rard Collomb annonce \u00e0 <em>L&#8217;Express<\/em> son intention de redevenir maire de Lyon. Le ministre de l&#8217;Int\u00e9rieur, \u00e2g\u00e9 de 72 ans, pourrait quitter le gouvernement apr\u00e8s les europ\u00e9ennes de 2019. Portrait d&#8217;un socialiste tr\u00e8s mod\u00e9r\u00e9, d&#8217;un opini\u00e2tre qui a fait le pari d\u2019un macronisme dont il est un pr\u00e9curseur, mais qui le fait para\u00eetre d\u00e9pass\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":1204,"featured_media":26519,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[335,505,314],"class_list":["post-11191","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actu","tag-gerard-collomb","tag-macronie","tag-portrait"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11191","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1204"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11191"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11191\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/26519"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11191"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11191"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11191"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}