{"id":1119,"date":"1998-11-01T00:00:00","date_gmt":"1998-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/cinema1119\/"},"modified":"1998-11-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-10-31T23:00:00","slug":"cinema1119","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1119","title":{"rendered":"Cin\u00e9ma"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> L&#8217;Entrep\u00f4t et l&#8217;espace Saint-Michel \u00e0 Paris proposent aux spectateurs une &#8221; cardiographie du jeune cin\u00e9ma fran\u00e7ais &#8220;, tandis qu&#8217;Arte donne \u00e0 voir, chaque lundi, le talent des acteurs de ce m\u00eame cin\u00e9ma.  <\/p>\n<p>Pas moins de 35 films fran\u00e7ais seront sortis de septembre \u00e0 d\u00e9cembre. Une majorit\u00e9 de films &#8221; jeune cin\u00e9ma &#8221; m\u00eame si certains r\u00e9alisateurs n&#8217;ont plus \u00e0 se faire un nom et qu&#8217;on ne peut parler \u00e0 leur sujet de &#8221; jeunes &#8221; cin\u00e9astes quand il s&#8217;agit d&#8217;Eric Rohmer (Conte d&#8217;automne), Robert Gu\u00e9diguian (A la place du coeur), Dani\u00e8le Dubroux (l&#8217;Examen de minuit), Nicole Garcia (Place Vend\u00f4me), Olivier Assayas (Fin ao\u00fbt, d\u00e9but septembre), Andr\u00e9 T\u00e9chin\u00e9 (Alice et Martin), Jeanne Labrune (Si je t&#8217;aime&#8230; prends garde \u00e0 toi). D&#8217;autres, apr\u00e8s un premier long-m\u00e9trage remarqu\u00e9, ont \u00e0 confirmer leur statut naissant de r\u00e9alisateur, de r\u00e9alisatrice: Bruno Bontzolakis avec Chacun pour soi (il avait pr\u00e9c\u00e9demment tourn\u00e9 Familles, je vous hais), Laetitia Masson avec A vendre qui a suivi En avoir (ou pas), Bruno Podalyd\u00e8s avec Dieu seul me voit (on se souvient sans doute de son Versailles, rive gauche). D&#8217;autres, enfin, inconnus jusqu&#8217;ici comme Florent Emilio Siri dont on vient de d\u00e9couvrir Une minute de silence, ou connus dans le domaine du court-m\u00e9trage comme Erick Zonca qui d\u00e9fraya la chronique du festival de Cannes avec la Vie r\u00eav\u00e9e des anges, doublement prim\u00e9 pour ses interpr\u00e8-tes, Elodie Bouchez et Natacha R\u00e9gnier.<\/p>\n<p> <strong> Des personnages qui cr\u00e8vent l&#8217;\u00e9cran, le film centr\u00e9 sur les acteurs <\/strong><\/p>\n<p>Tentons de voir, \u00e0 propos de quelques-uns de ces films, ce qui appara\u00eet comme une constante sans pour autant r\u00e9duire comme secondaire ce qui fait l&#8217;originalit\u00e9 de chaque oeuvre. D&#8217;abord, ce prix d&#8217;interpr\u00e9tation f\u00e9minine d&#8217;Elodie Bouchez et de Natacha R\u00e9gnier: les personnages qu&#8217;elles incarnent dans la Vie r\u00eav\u00e9e des anges, deux jeunes femmes que la soci\u00e9t\u00e9 a marginalis\u00e9es et qui cohabitent un temps dans un appartement lillois dont les propri\u00e9taires ont \u00e9t\u00e9 victimes d&#8217;un grave accident, ces personnages-l\u00e0 &#8220;cr\u00e8vent&#8221; l&#8217;\u00e9cran: la direction d&#8217;acteurs d&#8217;Erick Zonca et le travail du chef op\u00e9rateur, Agn\u00e8s Godard, qui privil\u00e9gie, comme elle l&#8217;avait fait sur le film de Claire Denis, N\u00e9nette et Boni, la proximit\u00e9 avec les com\u00e9diens, centrent le film sur les acteurs. Une fois plant\u00e9 le d\u00e9cor: une grande ville de province, Lille, le climat social: temps de ch\u00f4mage o\u00f9 tous les petits boulots sont bons pour Isa (Elodie Bouchez): vente de jolies images de son cru dans les rues de Lille, tentative d&#8217;embauche dans un atelier de couture sans avoir jamais touch\u00e9 \u00e0 une machine \u00e0 coudre, rencontre avec Marie (Natacha R\u00e9gnier), le film s&#8217;attache alors \u00e0 suivre les deux jeunes femmes dans leurs aventures respectives jusqu&#8217;\u00e0 la mort de l&#8217;une et le retour de l&#8217;autre dans l&#8217;atelier de couture. Le jeu des interpr\u00e8tes, qui n&#8217;a rien de num\u00e9ros d&#8217;acteurs, il est sans doute utile de le souligner, par ses vibrations, sa justesse, donne \u00e0 la Vie des anges toute sa cr\u00e9dibilit\u00e9. Bruno Bontzolakis a choisi, lui aussi mais pour des raisons tr\u00e8s personnelles &#8211; &#8221; parce que je viens de l\u00e0 &#8221; &#8211; et politiques, de situer l&#8217;action de son film Chacun pour soi dans le Nord de la France, comme il l&#8217;avait fait pour Familles, je vous hais. Il a \u00e9galement choisi des com\u00e9diens de th\u00e9\u00e2tre avec lesquels il avait d\u00e9j\u00e0 travaill\u00e9 pour interpr\u00e9ter ses personnages, deux gar\u00e7ons issus de familles ouvri\u00e8res, Nicolas (Alexandre Carri\u00e8re), Thierry (Nicolas Ducron) qui comptent s&#8217;engager dans l&#8217;arm\u00e9e, \u00e0 la fin de leur service militaire, et ainsi \u00e9chapper au ch\u00f4mage. Mais ils ne sont pas &#8221; qualifi\u00e9s &#8220;. S&#8217;ouvre devant eux, alors qu&#8217;ils se planquent dans un camping \u00e0 proximit\u00e9 d&#8217;une plage balay\u00e9e par le vent, et qu&#8217;ils se lient avec leurs voisines de tentes, Fran\u00e7oise et Annie (Florence Masure, Dominique Baeyens) un avenir plus qu&#8217;incertain \u00e0 Douai o\u00f9 leur amiti\u00e9 de toujours va se perdre. Comme Erick Zonca, mais de mani\u00e8re plus pos\u00e9e, avec son chef-op\u00e9rateur Miguel Sanchez Martin, Bruno Bontzolakis filme au plus pr\u00e8s ses acteurs, souvent de face, cam\u00e9ra immobilis\u00e9e. &#8221; C&#8217;est vrai, dit le cin\u00e9aste que la direction d&#8217;acteurs est, pour moi, au coeur de la pratique du cin\u00e9ma, ce qui concentre mon attention et me procure le plus de plaisir. &#8221; Boulogne-sur-Mer, encore le Nord ! Sandrine Kiberlain, dans En avoir (ou pas) de Laetitia Masson, a d&#8217;autres ambitions que d&#8217;ab\u00eemer ses mains \u00e0 trier du poisson \u00e0 l&#8217;odeur tenace. D&#8217;ailleurs elle est licenci\u00e9e pour raisons \u00e9conomiques&#8230; Dans A vendre, second long-m\u00e9trage de Laetitia Masson, c&#8217;est encore Sandrine Kiberlain qui donne \u00e0 l&#8217;h\u00e9ro\u00efne France Robert, \u00e9trange jeune femme en fuite, ses traits fins, ses cheveux blonds en d\u00e9sordre, sa tr\u00e8s longue silhouette \u00e0 la gr\u00e2ce fragile. On imagine sans peine la complicit\u00e9 qui existe entre la jeune cin\u00e9aste et son interpr\u00e8te, aux c\u00f4t\u00e9s de laquelle vivent d&#8217;autres personnages, d&#8217;autres com\u00e9diens, comme Sergio Castellitto, d\u00e9tective \u00e0 l&#8217;imagination tenace, ou Mireille P\u00e9rier, qui s&#8217;impose le temps de quelques plans.<\/p>\n<p> <strong> Des sc\u00e9narios \u00e0 m\u00e9andres surprenant le spectateur <\/strong><\/p>\n<p>Une minute de silence de Florent Emilo Siri, nouveau venu dans le cin\u00e9ma fran\u00e7ais de fiction, a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 dans le bassin minier lorrain o\u00f9 une gr\u00e8ve, durement r\u00e9prim\u00e9e en d\u00e9cembre 1995, avait peu \u00e9mu l&#8217;opinion. Fils de mineur d&#8217;origine italienne, le cin\u00e9aste a demand\u00e9 \u00e0 des acteurs comme Beno\u00eet Magimel (Marek) et Bruno Putzulu (Mimmo) de se glisser dans la peau de jeunes mineurs, en prenant soin de les ancrer dans un contexte de travail, de vie quotidienne et de luttes tel qu&#8217;il existe dans sa m\u00e9moire et dans celle de ses copains anciens, mineurs. H\u00e9sitant entre la chronique et l&#8217;\u00e9v\u00e9nementiel, voulant tout aborder: les racines, les langues, la fraternit\u00e9, les f\u00eates et les sorties rituelles, les conflits syndicaux et sociaux, le film tire sa force de la beaut\u00e9 des personnages, en particulier de ceux camp\u00e9s par Magimel et Putzulu, le fils de l&#8217;Italien et le fils du Polonais \u00e9migr\u00e9s, li\u00e9s par l&#8217;amiti\u00e9 et la gal\u00e8re partag\u00e9es. Il ne faudrait pas croire que les films fran\u00e7ais se tournent majoritairement dans le Nord et l&#8217;Est de la France. Le cin\u00e9ma passe aussi par la place Vend\u00f4me \u00e0 Paris autour de laquelle Nicole Garcia a imagin\u00e9 un sc\u00e9nario solide et sombre avec l&#8217;accord de Catherine Deneuve qui lui a donn\u00e9 un \u00e9clat bouleversant. Ou par le cirque Roman\u00e8s place de Clichy, dans les Bruits de la ville, film nocturne, triste et po\u00e9tique de Sophie Comtet dont la cam\u00e9ra suscite ou suit, d\u00e8s sa sortie de la prison de la Sant\u00e9, l&#8217;errance de Pier, personnage douloureux jou\u00e9 par le vid\u00e9aste\/ acteur Pierrick Sorin. Fid\u00e8le \u00e0 lui-m\u00eame, \u00e0 ceux qui ont toujours partag\u00e9 son travail, sc\u00e9nariste, acteurs, \u00e9quipe de production et de techniciens, fid\u00e8le \u00e0 sa ville, Robert Gu\u00e9diguian n&#8217;a pas craint de se mettre en danger en transposant dans le quartier de la Joliette \u00e0 Marseille un roman de James Baldwin, Si Beale street pouvait parler. Dans A la place du coeur il quitte le ton de la chronique et l&#8217;Estaque et raconte une histoire dramatique, l&#8217;histoire d&#8217;amour d&#8217;un tr\u00e8s jeune couple sur fond de crise et de racisme, introduisant dans son r\u00e9cit des ruptures de langage: inserts de textes, voix off, s\u00e9quences tourn\u00e9es \u00e0 Sarajevo, sans rien perdre de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 combative de son regard sur la soci\u00e9t\u00e9 ni de l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;il a et qu&#8217;il pratique, du rapport de la cam\u00e9ra aux personnages, aux lieux. C&#8217;est pourquoi on aimerait, quelquefois, que la voix off, si douce soit-elle, ne raconte pas ce que l&#8217;image, dans sa sensibilit\u00e9 et sa pr\u00e9cision, dit sans ambigu\u00eft\u00e9. Border line, c&#8217;\u00e9tait le titre du troisi\u00e8me film de Dani\u00e8le Dubroux, tourn\u00e9 en 1990-1991. Celui qu&#8217;elle vient de terminer s&#8217;appelle l&#8217;Examen de minuit. Elle a choisi de filmer dans la Dr\u00f4me comme Eric Rohmer. Mais la lumi\u00e8re qui baigne Conte d&#8217;automne ne ressemble en rien \u00e0 celle qui travaille l&#8217;Examen de minuit. S&#8217;il y a un peu de folie sage dans Conte d&#8217;automne, l&#8217;Examen de minuit est une fiction folle, n\u00e9 d&#8217;un fait divers, qui permet \u00e0 des com\u00e9diens comme Julie Depardieu, Serge Riaboukine, Fran\u00e7ois Cluzet, Dani\u00e8le Dubroux elle-m\u00eame de s&#8217;\u00e9clater \u00e0 travers des personnages dont les chemins n&#8217;auraient jamais d\u00fb se croiser, s&#8217;il n&#8217;y avait eu ce sc\u00e9nario \u00e0 m\u00e9andres propre \u00e0 surprendre n&#8217;importe quel spectateur sur ses gardes.<\/p>\n<p> <strong> Le d\u00e9sir de cin\u00e9ma partag\u00e9 des deux c\u00f4t\u00e9s de la cam\u00e9ra <\/strong><\/p>\n<p>Ainsi, si l&#8217;on ne peut, comme \u00e0 d&#8217;autres moments du cin\u00e9ma fran\u00e7ais, parler d&#8217;une &#8221; \u00e9cole &#8220;, moins encore d&#8217;un mouvement semblable \u00e0 la Nouvelle Vague, on trouvera facilement entre ces films comme un air de famille. Tous, pour aussi diff\u00e9rents qu&#8217;ils soient, par le style, le d\u00e9cor, l&#8217;approche, sont autant d&#8217;\u00e9tats des lieux de notre soci\u00e9t\u00e9. Ils sont, le plus souvent, du c\u00f4t\u00e9 des moins favoris\u00e9s, que leurs personnages se battent, esp\u00e8rent, ou se r\u00e9signent. Ces personnages sont totalement engag\u00e9s dans leur histoire parce que les acteurs qui les jouent, proches des cin\u00e9astes, sont eux aussi engag\u00e9s dans le processus de cr\u00e9ation. C&#8217;est peut-\u00eatre l\u00e0 ce qui explique que, pour aussi &#8221; noir &#8221; que soit le sujet, se d\u00e9gage d&#8217;eux tous quelque chose comme une jubilation de filmer: le d\u00e9sir de cin\u00e9ma partag\u00e9 des deux c\u00f4t\u00e9s de la cam\u00e9ra.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> L&#8217;Entrep\u00f4t et l&#8217;espace Saint-Michel \u00e0 Paris proposent aux spectateurs une &#8221; cardiographie du jeune cin\u00e9ma fran\u00e7ais &#8220;, tandis qu&#8217;Arte donne \u00e0 voir, chaque lundi, le talent des acteurs de ce m\u00eame cin\u00e9ma.  <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-1119","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1119","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1119"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1119\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1119"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1119"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1119"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}