{"id":1116,"date":"1998-11-01T00:00:00","date_gmt":"1998-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/entretien-avec-colum-mccann1116\/"},"modified":"1998-11-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-10-31T23:00:00","slug":"entretien-avec-colum-mccann1116","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1116","title":{"rendered":"Entretien avec Colum McCann"},"content":{"rendered":"<p>Colum McCann, l&#8217;un des meilleurs romanciers de la nouvelle litt\u00e9rature irlandaise, pr\u00e9sentait \u00e0 Paris son dernier roman paru, les Saisons de la nuit, ainsi que le premier, le Chant du coyote, r\u00e9\u00e9dit\u00e9. N\u00e9 \u00e0 Dublin en 1965, il vit \u00e0 New York mais se d\u00e9fend d&#8217;\u00eatre un exil\u00e9. <\/strong><\/p>\n<p>R\u00e9sumer le Chant du coyote (tout d&#8217;abord publi\u00e9 chez Marval, en 1996, dans l&#8217;indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale) \u00e0 un roman de plus sur les rapports p\u00e8re-fils serait r\u00e9ducteur. Ce livre original et \u00e9mouvant r\u00e9v\u00e9lait une nouvelle voix dans la d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s prolixe litt\u00e9rature irlandaise. L&#8217;action se passe entre l&#8217;Irlande et le Mexique, des ann\u00e9es 30 \u00e0 nos jours. McCann surprend \u00e0 chaque page. A 33 ans seulement, il poss\u00e8de le savoir-faire d&#8217;un vieux briscard, sans pour autant utiliser les ficelles du genre roman dit r\u00e9aliste et social. Puisque c&#8217;est de cela dont s&#8217;agit. Les Saisons de la nuit est plus abouti. &#8221; Je n&#8217;ai pas souvenir qu&#8217;un auteur de sa g\u00e9n\u00e9ration m&#8217;ait aussi profond\u00e9ment remu\u00e9 &#8220;, reconna\u00eet Jim Harrison. Au d\u00e9but du si\u00e8cle, le Noir am\u00e9ricain Nathan Walker quitte les marais de sa G\u00e9orgie natale pour gagner sa vie \u00e0 New York. Il travaille au creusement des tunnels, dans l&#8217;air sous pression, pour la construction du m\u00e9tro. Il fait partie des &#8221; taupes &#8221; (avec un Italien et un Irlandais) qui affrontent la mort le matin et se saoulent \u00e0 la bi\u00e8re le soir, pour oublier qu&#8217;ils ont failli y passer. Une grande solidarit\u00e9 unit ces ouvriers, sans distinction de race ou d&#8217;origine ethnique. Jusqu&#8217;au jour o\u00f9 un accident spectaculaire les fait jaillir de l&#8217;East River (v\u00e9ridique)&#8230; sauf un. L&#8217;amiti\u00e9 entre le Noir et l&#8217;Irlandais (exil\u00e9s forc\u00e9s) fera \u00e0 la fois le bonheur et le malheur de leur prog\u00e9niture&#8230; Extraits d&#8217;une rencontre avec Colum McCann, dont le style (de vie et d&#8217;\u00e9criture) a moins d&#8217;affinit\u00e9 avec Joyce et Beckett qu&#8217;avec Jim Harrison (1), dont le nouveau roman, la Route du retour, vient de sortir (voir encadr\u00e9).<\/p>\n<p>&#8221; L&#8217;action se passe dans un tunnel, une sorte de chambre noire. Ce n&#8217;est pas conscient. C&#8217;est comme pour la p\u00eache \u00e0 la mouche (in le Chant du coyote. NDLR), je ne p\u00eache pas du tout. Cela ne m&#8217;int\u00e9resse pas. Par contre, ce qui m&#8217;int\u00e9resse dans la photo, c&#8217;est que cela g\u00e8le la r\u00e9alit\u00e9, le temps. Quand j&#8217;\u00e9cris, je pars d&#8217;une image, et je pense \u00e0 la phrase de fin. <\/p>\n<p>&#8221; C&#8217;est l&#8217;un de mes \u00e9crivains pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s, avec Yeats, Edna O&#8217;Brian, John McGahern, Cormac McCarthy, Bruce Chatwin&#8230; Les mythes celtiques sont proches des mythes indiens qu&#8217;il \u00e9voque dans Dalva et la Route du retour, son dernier roman. &#8221; &#8221; Il n&#8217;y a que des exil\u00e9s \u00e0 New York&#8230; Ceux de mon livre, sont des SDF. Ils se sont exil\u00e9s volontairement. Dans le Chant du coyote, c&#8217;est le p\u00e8re qui s&#8217;exile de sa famille&#8230; Moi, je ne me consid\u00e8re pas comme un exil\u00e9. Je suis de passage. <\/p>\n<p>&#8221; Je suis d&#8217;une g\u00e9n\u00e9ration de gens qui vont et viennent, des nomades. Les \u00e9crivains de mon \u00e2ge ne sont pas comme Yeats et Joyce, qui devaient partir et qui \u00e9crivaient pour r\u00e9sister. Quand il n&#8217;y a plus rien d&#8217;autre, reste le langage. Les Anglais ont interdit notre musique, notre culture ga\u00e9lique&#8230; Il y a 50 ans, on aurait organis\u00e9 une veill\u00e9e pour mon d\u00e9part en Irlande. Aujourd&#8217;hui, ma m\u00e8re me dit: &#8221; t&#8217;es encore l\u00e0, toi ! &#8221; Il serait dommage que l&#8217;Irlande perde cette facult\u00e9 de r\u00e9sistance, \u00e0 travers sa langue. En Irlande du Sud, la litt\u00e9rature est moins forte, tout vient du Nord. Le c\u00f4t\u00e9 sombre des choses: la bonne litt\u00e9rature vient de la difficult\u00e9. Je suis descendu dans les tunnels parce j&#8217;\u00e9tais attir\u00e9 par le c\u00f4t\u00e9 sombre des choses. Je ne suis pas n\u00e9 dans un milieu pauvre, mais dans une famille de classe moyenne. Je n&#8217;\u00e9cris pas pour d\u00e9livrer un message politique, id\u00e9ologique. Ce qui m&#8217;int\u00e9resse, c&#8217;est le c\u00f4t\u00e9 sombre du coeur de l&#8217;homme. Il ne faut pas faire de sentimentalisme avec les gens pauvres, les gens qui souffrent. J&#8217;\u00e9cris pour mieux comprendre le monde. En ce sens, je tends plus vers Jim Harrison que vers John Updike&#8230; La litt\u00e9rature doit se frotter au monde. <\/p>\n<p>&#8221; C&#8217;est facile d&#8217;\u00eatre Am\u00e9ricain. Alors qu&#8217;\u00eatre Irlandais ou Fran\u00e7ais, cela suppose en g\u00e9n\u00e9ral une culture sp\u00e9cifique. J&#8217;ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7u qu&#8217;il n&#8217;y ait pas plus de r\u00e9actions \u00e0 propos des &#8221; homeless &#8220;, sur mon livre, en Am\u00e9rique. Et aussi qu&#8217;il n&#8217;y ait pas davantage de questions sur le fait qu&#8217;un Irlandais blanc \u00e9crive sur des Noirs am\u00e9ricains&#8230; Je suis conscient d&#8217;\u00e9crire des livres sur les petites gens, le milieu ouvrier, mais je ne suis pas un militant, je ne suis pas non plus un sociologue. Je n&#8217;ai pas l&#8217;ambition d&#8217;\u00e9crire des livres politiques. Tout est politique. <\/p>\n<p>&#8221; J&#8217;ai mis dix ans \u00e0 pouvoir \u00e9crire un livre correct. Kerouac m&#8217;a donn\u00e9 envie de voyager. J&#8217;ai bourlingu\u00e9 \u00e0 v\u00e9lo pendant deux ans, en Am\u00e9rique et au Canada. J&#8217;ai v\u00e9cu, emmagasin\u00e9 de l&#8217;exp\u00e9rience. J&#8217;ai plus appris en deux ans qu&#8217;en vingt ans. Je vivais dehors. J&#8217;\u00e9tais libre. On ne peut pas faire \u00e7a toute sa vie. Maintenant, j&#8217;ai une femme, une fille et une maison&#8230; Mais je continue \u00e0 voyager, au Japon, en Italie&#8230; <\/p>\n<p>&#8220;Dans le Chant du coyote, j&#8217;ai mis mon h\u00e9ros du c\u00f4t\u00e9 des franquistes, durant la guerre d&#8217;Espagne&#8230; mais il ne comprend pas ce qui lui arrive. Peut-\u00eatre qu&#8217;on apprendrait plus sur soi-m\u00eame en se pla\u00e7ant en face. Le maire de New York, Giuliani, veut faire de sa ville un Disneyland. Il vire les SDF, mais o\u00f9 vont-ils ?&#8230; Il ne propose pas de vraies solutions. C&#8217;est le grand nettoyage. C&#8217;est spectaculaire, mais il ne r\u00e9sout rien. &#8221; &#8221; C&#8217;est un mythe celtique irlandais. Il s&#8217;agit du saumon de la connaissance. Si on le mange, on ing\u00e8re la connaissance. Un jour, un po\u00e8te approche de la rivi\u00e8re. Il doit aller chercher la connaissance, aller vers elle. Sur la rive, un jeune guerrier propose d&#8217;aider le po\u00e8te \u00e0 attraper le saumon. Il l&#8217;attrape, le met sur une broche, allume un feu. Mais le jeune guerrier se br\u00fble le pouce avec le poisson cuit, il se l\u00e8che le pouce&#8230; et il acquiert la connaissance. <\/p>\n<p>&#8221; Le mien \u00e9tait goal professionnel, jusqu&#8217;au jour o\u00f9 il est devenu journaliste puis&#8230; fleuriste. Sp\u00e9cialis\u00e9 dans les roses&#8230; Au d\u00e9but, \u00e7a ne l&#8217;int\u00e9resse pas et il a gagn\u00e9 des concours. Il m&#8217;a appris que c&#8217;est bon de mettre du sucre dans les fleurs. <\/p>\n<p>&#8221; L&#8217;un des personnages de mon dernier livre retrouve la vie en devenant conteur, en se rem\u00e9morant le pass\u00e9. Treefrog ne se pardonne pas d&#8217;avoir caus\u00e9 la mort de son grand-p\u00e8re, Walker. Le langage, c&#8217;est la vie. <\/p>\n<p> <strong> Colum McCann, Le Chant du coyote, traduit par Ren\u00e9e K\u00e9risit. Editions 10-18, 282 p., 44 F et les Saisons de la nuit, traduit par Marie-Claude Peugeot. Editions Belfond, 326 p., 119 F. <\/strong><\/p>\n<p>PROPOS RECUEILLIS PAR GUILLAUME CHEREL (AVEC MARIE-CLAUDE PEUGEOT)<\/p>\n<p>1. A lire un passionnant entretien de l&#8217;\u00e9crivain Jim Harrison avec son traducteur, Brice Matthieussent, dans le no 1 de la nouvelle version de Gulliver, la revue de Michel Le Bris, publi\u00e9e chez Librio (95 p., 10 F).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Colum McCann, l&#8217;un des meilleurs romanciers de la nouvelle litt\u00e9rature irlandaise, pr\u00e9sentait \u00e0 Paris son dernier roman paru, les Saisons de la nuit, ainsi que le premier, le Chant du coyote, r\u00e9\u00e9dit\u00e9. N\u00e9 \u00e0 Dublin en 1965, il vit \u00e0 New York mais se d\u00e9fend d&#8217;\u00eatre un exil\u00e9. 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