{"id":1115,"date":"1998-11-01T00:00:00","date_gmt":"1998-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/special-salon-du-livre-de-jeunesse1115\/"},"modified":"1998-11-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-10-31T23:00:00","slug":"special-salon-du-livre-de-jeunesse1115","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1115","title":{"rendered":"Sp\u00e9cial Salon du Livre de Jeunesse"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Le Salon du livre de jeunesse en Seine Saint-Denis organise un colloque &#8221; Cr\u00e9er le tumulte &#8211; Les adolescents et la litt\u00e9rature: renouveler le d\u00e9sir &#8220;. Mich\u00e8le Petit a pr\u00e9sent\u00e9 en pr\u00e9figuration une \u00e9tude men\u00e9e aupr\u00e8s du public adolescent (1), dont nous publions de larges extraits accompagn\u00e9s des r\u00e9actions de plusieurs personnalit\u00e9s pour lesquelles le d\u00e9bat d&#8217;id\u00e9es autour de la lecture s&#8217;inscrit dans une longue continuit\u00e9. <\/p>\n<p> <strong> Deux ou trois choses que je sais des jeunes, de la lecture litt\u00e9raire et des biblioth\u00e8ques&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;importance de la lecture ne s&#8217;estime pas seulement \u00e0 partir de chiffres, du nombre d&#8217;ouvrages lus ou emprunt\u00e9s dans une ann\u00e9e ou du temps pass\u00e9 \u00e0 lire &#8211; et l\u00e0 je me r\u00e9f\u00e8re \u00e0 mes propres recherches. Nombre de jeunes ont vu leur vie chang\u00e9e par le fait de venir en biblioth\u00e8que et de lire sans \u00eatre pour autant de grands lecteurs. A les \u00e9couter, on se rend compte que ce sont souvent quelques pages, des fragments glan\u00e9s ici ou l\u00e0, qui ont rendu le monde plus intelligible, ou autrement intelligible. Et c&#8217;est m\u00eame parfois une seule phrase, emport\u00e9e dans un cahier ou dans sa m\u00e9moire, ou m\u00eame oubli\u00e9e, qui les a incit\u00e9s \u00e0 recomposer leurs fa\u00e7ons de se repr\u00e9senter les choses, leurs fa\u00e7ons de se penser. Une seule phrase qui a d\u00e9plac\u00e9 leur point de vue, cass\u00e9 des st\u00e9r\u00e9otypes auxquels ils avaient adh\u00e9r\u00e9 jusque-l\u00e0. Tout un aspect qualitatif de la lecture passe \u00e0 la trappe avec cette habitude d&#8217;appr\u00e9cier cette activit\u00e9 uniquement \u00e0 partir d&#8217;indicateurs chiffr\u00e9s. On peut \u00eatre un &#8221; faible lecteur &#8221; en termes statistiques, et avoir connu toute l&#8217;\u00e9tendue de l&#8217;exp\u00e9rience de la lecture &#8211; j&#8217;entends par l\u00e0 avoir acc\u00e9d\u00e9 aux diff\u00e9rents registres de la lecture et avoir rencontr\u00e9, en particulier, dans un texte \u00e9crit, des mots qui vous ont alt\u00e9r\u00e9, des mots qui vous ont travaill\u00e9, quelquefois bien longtemps apr\u00e8s qu&#8217;on les a lus. Si nombre de jeunes consacrent plus de temps \u00e0 d&#8217;autres activit\u00e9s qu&#8217;\u00e0 la lecture de livres, il est un domaine o\u00f9, pour eux, le livre l&#8217;emporte sur l&#8217;audiovisuel: l\u00e0 o\u00f9 il ouvre au r\u00eave, l\u00e0 o\u00f9 il permet d&#8217;\u00e9laborer un monde \u00e0 soi, l\u00e0 o\u00f9 il permet de se construire. Je me r\u00e9f\u00e8re ici aux travaux de Fran\u00e7ois de Singly (2) comme \u00e0 mes propres travaux. C&#8217;est une dimension sur laquelle beaucoup insistent, notamment en milieu populaire o\u00f9 l&#8217;on voudrait souvent les tirer du c\u00f4t\u00e9 des seules lectures &#8221; utiles &#8220;. Or, pour les gar\u00e7ons et les filles que l&#8217;on a rencontr\u00e9s, qui sont issus de familles pour la plupart illettr\u00e9es, mais tr\u00e8s d\u00e9sireux de faire leur chemin, la lecture est au moins autant un viatique pour \u00e9laborer sa subjectivit\u00e9 qu&#8217;un moyen d&#8217;acc\u00e9der au savoir. Je vous renvoie sur ce sujet \u00e0 De la biblioth\u00e8que au droit de Cit\u00e9 (3). On y voit en particulier que les livres s&#8217;offrent \u00e0 ces gar\u00e7ons, et plus encore \u00e0 ces filles, quand tout semble ferm\u00e9: leurs blessures et leurs espoirs secrets, d&#8217;autres ont su les dire, dans des mots qui les d\u00e9livrent, qui font venir au jour celui ou celle qu&#8217;ils ne savaient pas encore qu&#8217;ils \u00e9taient. La biblioth\u00e8que, pour eux, c&#8217;est ainsi le lieu de l&#8217;ouverture de l&#8217;imaginaire, qui peut \u00eatre si \u00e9troit quand on a juste quelques rues pour horizon. C&#8217;est aussi le lieu de l&#8217;\u00e9largissement du r\u00e9pertoire des identifications &#8211; tandis que ceux qui sont dans la rue n&#8217;ont pour mod\u00e8les que des h\u00e9ros de s\u00e9rie B, le dealer en BMW et l&#8217;islamiste. C&#8217;est encore le lieu o\u00f9, notamment par le biais de ces identifications, ils \u00e9laborent leur esprit critique, autrement qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9cole. Et c&#8217;est le lieu de la symbolisation, de la mise en forme de leur propre exp\u00e9rience, gr\u00e2ce \u00e0 des mots \u00e9crits par d&#8217;autres qui leur en apprennent long sur eux-m\u00eames et sur le monde qui les entoure. Des mots qui donnent lieu, dans les interstices de la lecture, \u00e0 tout un travail psychique, et qui leur permettent d&#8217;\u00e9laborer une marge de manoeuvre et de r\u00e9sister un peu plus aux voies toutes trac\u00e9es qui m\u00e8nent droit dans le mur.<\/p>\n<p> <strong> Le poids des mots et de leur absence dans la vie des humains <\/strong><\/p>\n<p>A les \u00e9couter, on se souvient que ce qui d\u00e9termine la vie des humains, c&#8217;est beaucoup le poids des mots, ou le poids de leur absence. [&#8230;]Les textes litt\u00e9raires, d&#8217;aujourd&#8217;hui ou d&#8217;hier, ont ici une place particuli\u00e8re. Non pas du fait de je ne sais quelle grandeur \u00e9crasante, mais \u00e0 l&#8217;inverse, du fait de l&#8217;extr\u00eame d\u00e9nuement des questionnements de celui ou de celle qui les \u00e9crit. C&#8217;est l\u00e0 o\u00f9 il touche au plus profond de l&#8217;exp\u00e9rience humaine qu&#8217;un \u00e9crivain peut toucher chacun. Et c&#8217;est l\u00e0 o\u00f9 peuvent le rencontrer de jeunes lecteurs qui disent combien certains romans, certains po\u00e8mes, mais aussi quelquefois des t\u00e9moignages, des r\u00e9cits de vie, des films ou des chansons, les ont aid\u00e9s \u00e0 vivre, \u00e0 se penser, \u00e0 bouger un peu leur destin. La litt\u00e9rature, l\u00e0 o\u00f9 elle contribue \u00e0 la construction de soi, ce n&#8217;est pas une institution, un mausol\u00e9e \u00e0 visiter, un patrimoine. C&#8217;est une exp\u00e9rience singuli\u00e8re. [&#8230;]Les livres, et en particulier les livres de fiction, nous ouvrent \u00e0 un autre lieu. Ils nous introduisent \u00e9galement \u00e0 une autre fa\u00e7on d&#8217;habiter le temps, \u00e0 un temps pour soi, o\u00f9 l&#8217;on n&#8217;est plus tenu de se conformer \u00e0 celui des autres. Un temps o\u00f9 la r\u00eaverie peut se donner libre cours. Alors faut-il rappeler que, sans r\u00eaverie, il n&#8217;est pas de pens\u00e9e ? Faut-il rappeler aussi que la r\u00eaverie a longtemps eu mauvaise presse et que le patronat, l&#8217;Eglise, les \u00e9lites ouvri\u00e8res, tout le monde s&#8217;est accord\u00e9 pour \u00e9loigner les pauvres de ce genre de risque, en les renvoyant \u00e0 des loisirs collectifs d\u00fbment encadr\u00e9s, \u00e0 des fins d&#8217;\u00e9dification ? L&#8217;intime, le souci de soi, l&#8217;int\u00e9riorit\u00e9, ce n&#8217;\u00e9tait pas pour eux (4). Mais, aujourd&#8217;hui encore, on confond souvent \u00e9laboration d&#8217;un monde \u00e0 soi et individualisme. Les r\u00eaveurs ou les lecteurs passent pour asociaux, voire antisociaux. Et on ne cesse de les rappeler \u00e0 l&#8217;ordre commun. Combien de familles o\u00f9 l&#8217;on est tr\u00e8s agac\u00e9 de trouver les enfants un livre \u00e0 la main, quand bien m\u00eame on leur a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 qu'&#8221; il fallait lire &#8220;. Combien de bandes o\u00f9 l&#8217;on tombe \u00e0 bras raccourcis sur celui qui lit, vu comme un fayot, un p\u00e9d\u00e9, un tra\u00eetre. L&#8217;\u00e9cole, quant \u00e0 elle, n&#8217;est pas forc\u00e9ment propice \u00e0 cette dimension de la lecture relative \u00e0 l&#8217;\u00e9laboration de la subjectivit\u00e9. Il y a d\u00e9j\u00e0 le primat, dans notre syst\u00e8me d&#8217;enseignement, d&#8217;un mod\u00e8le de la lecture comme &#8221; d\u00e9codage &#8221; ou &#8221; d\u00e9cryptage &#8221; du texte, qui refoule peut-\u00eatre l&#8217;\u00e9motion et le travail psychique qui l&#8217;accompagne. Il y a aussi, peu ou prou, \u00e0 l&#8217;\u00e9cole, cette id\u00e9e que la bonne lecture, c&#8217;est la lecture accompagn\u00e9e, comment\u00e9e, partag\u00e9e. Et, sans doute, une contradiction irr\u00e9m\u00e9diable entre les exercices faits en classe, dans cet espace transparent, sous le regard des autres, et la dimension clandestine, rebelle, \u00e9minemment intime de cette lecture pour soi. Des trouvailles les plus bouleversantes que l&#8217;on fait dans des livres, l&#8217;\u00e9cole ne saura rien et elle n&#8217;a pas \u00e0 chercher \u00e0 savoir. En revanche, il appartient aux enseignants d&#8217;introduire les \u00e9l\u00e8ves \u00e0 une plus grande familiarit\u00e9, \u00e0 une plus grande aisance dans l&#8217;approche des textes \u00e9crits. De leur faire sentir leur diversit\u00e9, de leur donner l&#8217;id\u00e9e que, parmi tous ces \u00e9crits-l\u00e0, d&#8217;aujourd&#8217;hui ou d&#8217;hier, d&#8217;ici ou d&#8217;ailleurs, il y en aura certainement qui sauront leur parler, \u00e0 eux, en particulier. Et de passer la main, plus souvent, aux biblioth\u00e8ques, qui font sa part au secret et sont propices aux trouvailles singuli\u00e8res. Quant aux biblioth\u00e9caires, il me semble qu&#8217;ils doivent toujours avoir en t\u00eate un double aspect: d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, l&#8217;importance des partages, des conversations autour des livres, de l&#8217;autre, l&#8217;importance du secret, de la dimension transgressive de la lecture. Si lire peut ouvrir \u00e0 l&#8217;autre, ce n&#8217;est pas seulement par les formes de sociabilit\u00e9 et les discussions qui se tissent autour des livres. C&#8217;est aussi parce qu&#8217;\u00e0 \u00e9prouver tout \u00e0 la fois, dans un texte, sa v\u00e9rit\u00e9 la plus intime et son humanit\u00e9 partag\u00e9e, le rapport aux autres en est chang\u00e9. D&#8217;ailleurs, et c&#8217;est encore une chose que je retrouve dans les observations de Singly comme dans les travaux que j&#8217;ai conduits, les jeunes qui lisent de la fiction sont ceux qui ont le plus de curiosit\u00e9 pour le monde r\u00e9el, l&#8217;actualit\u00e9, les sujets de soci\u00e9t\u00e9. Loin de les couper des autres, ce geste solitaire, sauvage, leur fait d\u00e9couvrir combien ils peuvent en \u00eatre proches, il les fait sortir d&#8217;eux-m\u00eames. La d\u00e9couverte de soi, et de l&#8217;autre en soi, va bien souvent de pair avec une ouverture sur l&#8217;autre.<\/p>\n<p> <strong> Ce geste qui m\u00e8ne \u00e0 la d\u00e9couverte de soi et de l&#8217;autre en soi <\/strong><\/p>\n<p>[&#8230;]La lecture n&#8217;a jamais rendu vertueux &#8211; on sait combien l&#8217;histoire est riche de pervers lettr\u00e9s. Mais elle peut contribuer \u00e0 l&#8217;\u00e9laboration d&#8217;une identit\u00e9 qui ne se fonde pas sur le seul antagonisme entre &#8221; eux &#8221; et &#8221; nous &#8220;. A l&#8217;\u00e9laboration d&#8217;une identit\u00e9 plurielle, plus souple, labile, ouverte au jeu, au d\u00e9placement. Elle peut \u00e9galement rendre un peu rebelle, sugg\u00e9rer que l&#8217;on peut prendre place dans la langue, plut\u00f4t que de toujours s&#8217;en remettre \u00e0 d&#8217;autres. La litt\u00e9rature, en particulier, donne l&#8217;id\u00e9e que l&#8217;on peut inventer sa propre fa\u00e7on de dire, prendre la parole et prendre la plume. Comme le dit Fethi Benslama, &#8221; avec la litt\u00e9rature, nous passons d&#8217;une humanit\u00e9 faite par le texte \u00e0 une humanit\u00e9 qui fait le texte &#8221; (5). En ce sens, je dis souvent que la lecture peut \u00eatre une sorte de chemin de traverse qui m\u00e8ne d&#8217;une intimit\u00e9 frondeuse \u00e0 la citoyennet\u00e9. Elle peut, mais l\u00e0 encore ne soyons pas na\u00effs, cela ne marche pas \u00e0 tous les coups: il est des gens qui liront toute leur vie comme on suce son pouce. S&#8217;il est une lecture qui aide \u00e0 symboliser, \u00e0 bouger de sa place, \u00e0 s&#8217;ouvrir au monde, il en est une autre qui ne m\u00e8ne qu&#8217;aux d\u00e9lices de la r\u00e9gression. Et s&#8217;il est des textes qui nous travaillent, il en est quantit\u00e9 qui, au mieux, ne font que nous distraire. [&#8230;]Les d\u00e9terminismes sociaux ne sont pas absolus: un tiers des enfants de cadres lisent moins d&#8217;un livre par mois; et un tiers des enfants d&#8217;ouvriers lisent au moins un livre par mois. Il est, par exemple, des familles immigr\u00e9es analphab\u00e8tes qui ont une repr\u00e9sentation tr\u00e8s valoris\u00e9e de la culture lettr\u00e9e et qui incitent vivement leurs enfants \u00e0 s&#8217;y risquer. Il est aussi des adolescents qui deviennent lecteurs &#8221; contre &#8221; leurs proches, trouvant dans cette activit\u00e9 un point d&#8217;appui d\u00e9cisif pour \u00e9laborer leur singularit\u00e9.<\/p>\n<p> <strong> Sortir des assignations sociales, r\u00e9sister \u00e0 l&#8217;exclusion <\/strong><\/p>\n<p>Ce n&#8217;est d&#8217;ailleurs pas une nouveaut\u00e9. Des \u00e9crivains ayant grandi dans un milieu pauvre, comme Camus, Jack London ou Calaferte, ont dit de quelle fa\u00e7on la d\u00e9couverte des livres avait boulevers\u00e9 leur vie. La sortie des assignations sociales par la lecture, c&#8217;est au fond une vieille histoire. Mais, aujourd&#8217;hui, ce n&#8217;est pas seulement pour des personnalit\u00e9s &#8221; hors du commun &#8221; que la lecture peut jouer ce r\u00f4le. L\u00e0 o\u00f9 les biblioth\u00e9caires ont pens\u00e9 de longue date leur action aupr\u00e8s de ceux qui sont issus de milieux peu nantis, c&#8217;est une fraction importante de la population qui tente de r\u00e9sister \u00e0 l&#8217;exclusion par la fr\u00e9quentation des biblioth\u00e8ques et par la lecture. Des rencontres aident ces transfuges \u00e0 infl\u00e9chir le destin. Car devenir lecteur, c&#8217;est, pour une grande part, une histoire de familles et de milieu social, mais c&#8217;est aussi une histoire de rencontres. Celui qui a ouvert la route, ce peut \u00eatre un membre de la famille, un peu diff\u00e9rent; ou un ami pour qui le livre est plus familier; ou une personne crois\u00e9e dans la vie associative. Ce peut \u00eatre aussi au coll\u00e8ge ou au lyc\u00e9e: car, si beaucoup de jeunes se plaignent de ces lieux o\u00f9 l&#8217;on diss\u00e8que des textes poussi\u00e9reux o\u00f9 il leur est difficile de se retrouver, au d\u00e9tour d&#8217;une phrase ils \u00e9voquent quelquefois un enseignant qui a su transmettre sa passion, leur donner le d\u00e9sir de lire, de d\u00e9couvrir. De s&#8217;aventurer m\u00eame dans des \u00e9crits difficiles. Ou c&#8217;est un biblioth\u00e9caire qui a jou\u00e9 ce r\u00f4le, et l\u00e0 encore dans un rapport personnalis\u00e9, singulier. Ce peut \u00eatre d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge, et c&#8217;est une chance. Mais il n&#8217;est jamais trop tard. [&#8230;]On ne saurait trop insister sur cette caract\u00e9ristique du livre, la diversit\u00e9, et sur l&#8217;importance de cette diversit\u00e9 pour pouvoir \u00e9laborer sa propre histoire et ne pas s&#8217;engouffrer dans des identit\u00e9s plaqu\u00e9es. Et il faut aussi rappeler que tout ne se vaut pas, que lire de la litt\u00e9rature &#8211; qu&#8217;il s&#8217;agisse de fiction, de po\u00e9sie, d&#8217;essais dont la forme est tr\u00e8s travaill\u00e9e&#8230; -, n&#8217;est pas du m\u00eame ordre que lire un magazine de moto ou un manuel d&#8217;informatique &#8211; m\u00eame si, bien s\u00fbr, il faut savoir se saisir d&#8217;une multiplicit\u00e9 de supports de lecture. Et que lire Kafka ou Pierre-Jean Jouve, n&#8217;est pas non plus la m\u00eame chose que lire G\u00e9rard de Villiers. J&#8217;ai honte de faire des consid\u00e9rations aussi triviales, mais un certain discours populiste a fait des ravages. Le peintre Pierre Soulages dit: &#8221; C&#8217;est ce que je trouve qui m&#8217;apprend ce que je cherche. &#8221; L&#8217;imaginaire n&#8217;est pas donn\u00e9 une fois pour toutes, \u00e0 la naissance, mais s&#8217;agrandit au fil des rencontres, des alt\u00e9rations. Quand on a toujours v\u00e9cu dans un m\u00eame univers \u00e0 l&#8217;horizon \u00e9troit, il est difficile d&#8217;imaginer autre chose, ou difficile d&#8217;imaginer que l&#8217;on pourrait \u00eatre en droit de pr\u00e9tendre \u00e0 autre chose. C&#8217;est l\u00e0 o\u00f9 une politique d&#8217;offre prend tout son sens. Il ne s&#8217;agit \u00e9videmment pas d&#8217;ass\u00e9ner aux autres des listes de bonnes oeuvres, assur\u00e9 que l&#8217;on serait de ce qui est bon pour eux. Mais de faire en sorte que le jeu soit ouvert, de multiplier les occasions de faire des trouvailles. D&#8217;inventer des passerelles, des ruses, qui permettent \u00e0 celui qui fr\u00e9quente une biblioth\u00e8que de ne pas rester coinc\u00e9, des ann\u00e9es durant, dans un m\u00eame rayon ou une m\u00eame collection [&#8230;].<\/p>\n<p>* Anthropologue, laboratoire LADYSS (Dynamiques sociales et recomposition des espaces), CNRS\/Universit\u00e9 Paris I.<\/p>\n<p>1. Recherche r\u00e9alis\u00e9e dans le cadre d&#8217;un contrat avec la Direction du livre et de la lecture du minist\u00e8re de la Culture et la Biblioth\u00e8que publique d&#8217;information du Centre Georges-Pompidou. Ses r\u00e9sultats ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans l&#8217;ouvrage De la biblioth\u00e8que au droit de cit\u00e9. Parcours de jeunes, Mich\u00e8le Petit, Chantal Balley, Raymonde Ladefroux, avec la collaboration d&#8217;Isabelle Rossignol, Paris, Biblioth\u00e8que publique d&#8217;information\/Centre Georges Pompidou, 1997.<\/p>\n<p>2. Fran\u00e7ois de Singly, les Jeunes et la lecture, minist\u00e8re de l&#8217;Education nationale et de la Culture, Dossiers Educations et formations, 24, janvier 1993. Voir aussi Martine Chaudron et Fran\u00e7is de Singly (dir.), Identit\u00e9, lecture, \u00e9criture, Paris, BPI\/Centre Georges-Pompidou, 1993.<\/p>\n<p>3. Cf. Dela biblioth\u00e8que au droit de cit\u00e9. Parcours de jeunes.<\/p>\n<p>4. Cf. Alain Corbin (dir.), l&#8217;Av\u00e8nement des loisirs, 1850-1960, Paris, Aubier, 1995.<\/p>\n<p>5. Cf. Pour Rushdie, Cent intellectuels arabes et musulmans pour la libert\u00e9 d&#8217;expression, Paris, la D\u00e9couverte\/Carrefour des litt\u00e9ratures\/Colibri, 1993, p. 90<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Le Salon du livre de jeunesse en Seine Saint-Denis organise un colloque &#8221; Cr\u00e9er le tumulte &#8211; Les adolescents et la litt\u00e9rature: renouveler le d\u00e9sir &#8220;. Mich\u00e8le Petit a pr\u00e9sent\u00e9 en pr\u00e9figuration une \u00e9tude men\u00e9e aupr\u00e8s du public adolescent (1), dont nous publions de larges extraits accompagn\u00e9s des r\u00e9actions de plusieurs personnalit\u00e9s pour lesquelles le d\u00e9bat d&#8217;id\u00e9es autour de la lecture s&#8217;inscrit dans une longue continuit\u00e9. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-1115","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1115","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1115"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1115\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1115"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1115"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1115"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}