{"id":11146,"date":"2018-08-23T17:47:02","date_gmt":"2018-08-23T15:47:02","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-et-au-milieu-coule-la-seine-saint-denis\/"},"modified":"2018-08-23T17:47:02","modified_gmt":"2018-08-23T15:47:02","slug":"article-et-au-milieu-coule-la-seine-saint-denis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11146","title":{"rendered":"Et au milieu coule la Seine-Saint-Denis"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Politiques de la ville, responsabilit\u00e9s de l\u2019\u00c9tat et des collectivit\u00e9s, communisme municipal, Grand Paris\u2026 nos invit\u00e9s ouvrent le d\u00e9bat et les portes de leur d\u00e9partement devenu l\u2019embl\u00e8me des banlieues fran\u00e7aises : le &#8220;9-3&#8221;.<\/p>\n<p><em>Dimanche 19 ao\u00fbt dernier \u00e0 Aubervilliers, un b\u00e2timent prend feu : sept bless\u00e9s graves, dont cinq enfants. La maire PCF Meriem Derkaoui demande plus de moyens \u00e0 l&#8217;\u00c9tat pour lutter contre les marchands de sommeil.<\/em><\/p>\n<p><strong> <em>Entretien avec Meriem Derkaoui et Simon Ronai, g\u00e9ographe et consultant en am\u00e9nagement du territoire au sein du bureau d&#8217;\u00e9tudes Orgeco, qu&#8217;il dirige. Article extrait du <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/acces-payant\/trimestriel\/47-ete-2018\/article\/trimestriel-ete-2018\">num\u00e9ro d&#8217;\u00e9t\u00e9 de Regards.<\/a><\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Regards. Comment vous repr\u00e9sentez-vous la Seine-Saint-Denis\u00a0? <\/strong> <\/p>\n<p><strong>Meriem Derkaoui.<\/strong> C\u2019est d\u2019abord un d\u00e9partement qui a une histoire, une identit\u00e9. D\u2019autant plus pour quelqu\u2019un comme moi qui vient d\u2019ailleurs. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 accueilli \u00e0 Saint-Denis. Je venais d\u2019Alger. J\u2019\u00e9tais inqui\u00e8te et en m\u00eame temps heureuse. En revanche, j\u2019ai tout de suite \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e par la pauvret\u00e9. Aujourd\u2019hui, il me semble que c\u2019est pire. Il y a une forme de d\u00e9gradation qui est encore plus visible.<\/p>\n<p><strong>Simon Ronai.<\/strong> Pour moi, la Seine-Saint-Denis, c\u2019est un r\u00e9sum\u00e9 de toutes les contradictions de notre soci\u00e9t\u00e9. La richesse et la pauvret\u00e9. Le d\u00e9veloppement et le d\u00e9clin. L\u2019immigration et l\u2019ouverture. Et puis il y a ce contraste incroyable entre Paris et les banlieues. Il y a quelque chose de myst\u00e9rieux : comment est-il possible d\u2019avoir simultan\u00e9ment un tel d\u00e9veloppement \u00e9conomique et autant de mis\u00e8re\u00a0? C\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe parfaitement symbolique de la m\u00e9tropolisation sans r\u00e9gulation.<\/p>\n<p><strong>Meriem Derkaoui.<\/strong> C\u2019est tr\u00e8s juste et c\u2019est d\u2019autant plus frustrant, notamment pour les jeunes. Ils voient s\u2019installer dans nos communes de gigantesques si\u00e8ges sociaux. Les bureaux poussent de partout et les grues s\u2019imposent dans le paysage urbain. Nous sommes devenus attractifs et c\u2019est tant mieux. Chanel s\u2019installe avec 420 salari\u00e9s. Veolia pareil\u00a0: ils sont plus de 2000. Le probl\u00e8me, c\u2019est que ces entreprises ne proposent aucun d\u00e9bouch\u00e9 aux habitants. Le sentiment d\u2019injustice est grand. On a l\u2019impression de faire de la place, on pousse les murs dans nos quartiers pour accueillir ce que Paris ne peut plus accueillir. Le d\u00e9veloppement qui se fait dans nos villes, je pense aux transports notamment, n\u2019est pas tant pour les habitants que pour les Parisiens qui vont venir travailler. Je ne demande qu\u2019une chose \u00e0 ces entreprises que nous accueillons bien volontiers\u00a0: il faut proposer des formations et des emplois pour nos habitants. Parce que nos villes regorgent de talents.<\/p>\n<p><em> <strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR >> <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/politique\/article\/sur-l-immigration-la-gauche-n-a-plus-les-mots\">Sur l\u2019immigration, la gauche n\u2019a plus les mots<\/a><\/strong> <\/em><\/p>\n<p><strong>Regards. Ce que vous dites, tout le monde le d\u00e9non\u00e7ait en 2005, lors des \u00e9meutes dans les banlieues. Rien n\u2019a chang\u00e9\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Meriem Derkaoui.<\/strong> Rien n\u2019a chang\u00e9. Un jeune sur deux cherche du travail dans les quartiers populaires. La col\u00e8re couve. Les jeunes sont tellement nombreux \u00e0 chercher du boulot qu\u2019ils baissent les bras. Ils ont m\u00eame th\u00e9oris\u00e9 l\u2019id\u00e9e selon laquelle ils seraient en concurrence entre eux. Ils le d\u00e9plorent et abandonnent. Ces jeunes portent un patronyme, ils viennent du &#8220;9-3&#8221;, ils sont discrimin\u00e9s partout. <\/p>\n<p><strong>Simon Ronai<\/strong>. Quand on a commenc\u00e9 la politique de la ville, il y avait l\u2019illusion qu\u2019en cr\u00e9ant de nouveaux espaces, en cr\u00e9ant des immeubles, cela permettrait de faire venir d\u2019autres populations et d\u2019interrompre le ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019entre-soi social qui \u00e9tait entam\u00e9. Le constat est fait aujourd\u2019hui que cette partie du projet est un \u00e9chec. Depuis longtemps, beaucoup de ces territoires \u00e9taient des territoires industriels accueillant une population d\u2019ouvriers, pauvres. Leur identit\u00e9 populaire ne date pas d\u2019aujourd\u2019hui, mais ce qui rend la situation intol\u00e9rable, c\u2019est que les in\u00e9galit\u00e9s se sont accrues et la sp\u00e9cialisation communautaire s\u2019est renforc\u00e9e.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab On vit dans l\u2019une des r\u00e9gions les plus riches du monde et la Seine-Saint-Denis est progressivement devenue une immense poche de pauvret\u00e9. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Regards. Comment se manifestent ces in\u00e9galit\u00e9s\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Simon Ronai.<\/strong> Le rapport parlementaire consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9valuation de l\u2019action de l\u2019\u00c9tat en Seine-Saint-Denis documente le cumul de toutes les in\u00e9galit\u00e9s\u00a0: sociales, fiscales, scolaires, transports, qualit\u00e9 des espaces publics, sant\u00e9, s\u00e9curit\u00e9, etc. Si l\u2019\u00c9tat est responsable, la gouvernance politique de la m\u00e9tropole et des communes est elle aussi interpell\u00e9e. On vit dans l\u2019une des r\u00e9gions les plus riches du monde et la Seine-Saint-Denis est progressivement devenue une immense poche de pauvret\u00e9. Ce d\u00e9partement est parmi les plus riches de France, mais c\u2019est aussi l\u2019avant-dernier d\u00e9partement sur quatre-vingt-quinze en termes de ressources moyennes des habitants. Un tel \u00e9cart montre que les responsables politiques ont tol\u00e9r\u00e9 cette situation, o\u00f9 plut\u00f4t qu\u2019ils l\u2019ont fabriqu\u00e9e faute de r\u00e9gulation, de solidarit\u00e9 et de vision partag\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Meriem Derkaoui.<\/strong> L\u2019\u00c9tat est responsable de cette situation. C\u2019est lui qui a une vue d\u2019ensemble. Il est plus difficile d\u2019ouvrir un bureau de poste \u00e0 Aubervilliers qu\u2019\u00e0 Versailles. L\u2019\u00c9tat est quand m\u00eame le garant de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des territoires et de l\u2019acc\u00e8s aux services publics. D\u2019autant que d\u2019un point de vue d\u00e9mographique, la Seine-Saint-Denis \u00e9tant une terre d\u2019accueil, l\u2019\u00c9tat aurait d\u00fb mener une vraie r\u00e9flexion, afin de mieux anticiper la probl\u00e9matique du logement.<\/p>\n<p><strong>Simon Ronai.<\/strong> Vous avez raison sur la question des services publics, mais l\u2019\u00c9tat a fait un gros boulot sur les infrastructures. Il faut aussi rappeler que cette situation est le r\u00e9sultat de l\u2019histoire politique et sociale de ce d\u00e9partement. On peut questionner la politique urbaine qui a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e dans ces villes depuis longtemps, et notamment la question du logement social et la culture du bastion. La politique des tr\u00e8s bas loyers qui fait que les offices n\u2019ont pas pu entretenir et d\u00e9velopper leur patrimoine, le long refus de l\u2019accession \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9, le d\u00e9ni des questions s\u00e9curitaires\u2026. De tout cela, l\u2019\u00c9tat n\u2019est pas seul responsable. Il y a eu un tropisme communiste, une volont\u00e9 de fermeture du d\u00e9partement\u00a0qui a voulu tout faire tout seul et \u00e0 sa fa\u00e7on. Les diverses tentatives de novation ont \u00e9t\u00e9 cass\u00e9es pour des histoires de luttes intestines entre communistes et entre territoires.<\/p>\n<p><strong>Regards. Vous dites aussi qu\u2019il y a eu de grandes p\u00e9riodes d\u2019ignorances r\u00e9ciproques entre Paris et la banlieue, qui ont largement contribu\u00e9 \u00e0 renforcer les in\u00e9galit\u00e9s\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>Simon Ronai.<\/strong> La cr\u00e9ation de la Seine-Saint-Denis en 1965 correspondait \u00e0 une volont\u00e9 un peu folle d\u2019utopie politique\u00a0: construire un mod\u00e8le communiste exemplaire, en se coupant de Paris, qui n\u2019avait pas de maire jusqu\u2019en 1977. Quand Jacques Chirac a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu \u00e0 Paris, la Seine-Saint-Denis et la banlieue ne l\u2019int\u00e9ressaient pas et, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, la banlieue n\u2019\u00e9tait pas non plus int\u00e9ress\u00e9e par Paris. Une partie de la paup\u00e9risation du d\u00e9partement est donc li\u00e9e \u00e0 une histoire longue, histoire industrielle surtout, mais aussi aux choix des politiques d\u2019am\u00e9nagement qui ont \u00e9t\u00e9 faits localement. Au d\u00e9but, ils \u00e9taient sans doute g\u00e9n\u00e9reux, mais \u00e0 partir des ann\u00e9es 80, la r\u00e9sistance aux transformations n\u2019\u00e9tait plus possible. <\/p>\n<p><strong>Regards. Quel regard vous portez sur le r\u00f4le des communistes dans ce d\u00e9partement\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Meriem Derkaoui.<\/strong> Les communistes ont longtemps consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019ils \u00e9taient les seuls d\u00e9fenseurs des habitants. Aujourd\u2019hui, il faut avoir un regard lucide sur ce qui a \u00e9t\u00e9 fait. C\u2019\u00e9tait la vieille politique du Parti communiste, celle de l\u2019avant-garde. On a p\u00e9ch\u00e9 de ne pas mobiliser davantage les habitants. Il fallait les associer \u00e0 la d\u00e9cision. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, un excellent paysagiste, s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas membre du PCF, n\u2019avait pas droit au chapitre. L\u2019entre-soi et le sectarisme ont fait beaucoup de mal.<\/p>\n<p><strong>Simon Ronai.<\/strong>  Le &#8220;communisme municipal&#8221; correspond \u00e0 une \u00e9poque d\u2019h\u00e9g\u00e9monie culturelle des communistes, souvent majoritaires dans leurs mairies et dans les r\u00e9seaux associatifs. Aujourd\u2019hui, il s\u2019agit de coalitions de gauche fragilis\u00e9es au sein desquelles tout se n\u00e9gocie. Je ne crois pas que l\u2019on peut parler d\u2019\u00e9chec, parce que tout ce qui a \u00e9t\u00e9 fait n\u2019\u00e9tait pas mauvais et a port\u00e9 de nombreux acquis progressistes. Depuis, la soci\u00e9t\u00e9, l\u2019\u00e9conomie, les villes ont chang\u00e9. Ce qui est profond\u00e9ment atteint, c\u2019est l\u2019id\u00e9e de l\u2019autonomie communale et de la commune comme plateforme unique de gestion des contradictions. Le d\u00e9veloppement m\u00e9tropolitain g\u00e9n\u00e8re croissance et exclusion, et cette contradiction, les communes seules ne savent pas et ne peuvent pas la g\u00e9rer. Le concept de communisme municipal, qui a eu son heure de gloire en voulant faire &#8220;contre-soci\u00e9t\u00e9&#8221;, est maintenant totalement d\u00e9pass\u00e9. <\/p>\n<p><strong>Meriem Derkaoui.<\/strong> C\u2019est vrai que le contexte a chang\u00e9. Et s\u2019il devait y avoir aujourd\u2019hui encore un communisme municipal, c\u2019est dans notre d\u00e9termination \u00e0 faire exister du commun, \u00e0 favoriser les services publics. Nous devons assurer aux habitants le droit de vivre dans de bonnes conditions\u00a0: avec des \u00e9quipements sportifs,\u00a0des maisons de sant\u00e9, des \u00e9tablissements scolaires de qualit\u00e9. Dans la perspective d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9galitaire, que les enfants soient riches ou pas, l\u2019objectif est que chacun puisse b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019espaces publics collectifs.<\/p>\n<p><strong>Simon Ronai. <\/strong> Ce mod\u00e8le-l\u00e0 marchait quand il y avait des entreprises, de l\u2019emploi, des ressources fiscales. Les maires communistes prenaient l\u2019argent des patrons et le redistribuaient localement pour le bien des gens. Aujourd\u2019hui, l\u2019\u00e9conomie ne fonctionne plus comme cela et il n\u2019y a plus de correspondance entre les salari\u00e9s qui travaillent dans les entreprises de la commune et les gens qui y habitent. Il a fallu beaucoup de temps pour que les maires admettent cette transformation et prennent en compte l\u2019ampleur des mobilit\u00e9s et des interd\u00e9pendances. On a dit beaucoup de mal de l\u2019\u00c9tat, mais il faut aussi interroger l\u2019attitude des \u00e9lus locaux de Seine-Saint-Denis. Ainsi, le Val-de-Marne a su, d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 90, \u00e9laborer un sch\u00e9ma de mobilit\u00e9s pour le d\u00e9veloppement des transports et inventer Orbival. Ce vrai travail de fond politique et technique explique que les travaux du Grand Paris Express d\u00e9marrent dans le Val-de-Marne. \u00c0 l\u2019inverse, la Seine-Saint-Denis n\u2019avait aucun projet quand Christian Blanc a pr\u00e9sent\u00e9 celui de grand m\u00e9tro. Les \u00e9lus n\u2019\u00e9taient d\u2019accord sur rien, n\u2019avaient rien pr\u00e9par\u00e9 et n\u2019avaient pas de projet f\u00e9d\u00e9rateur. On parle du &#8220;9-3&#8221; comme si c\u2019\u00e9tait une entit\u00e9 unique. En r\u00e9alit\u00e9, il y rec\u00e8le de multiples divisions au son sein. \u00a0Le combat politique entre le PS et le PCF, les guerres intestines des courants et sous-courants du PCF, les rivalit\u00e9s territoriales entre Bobigny, Plaine Commune, Roissy, Montreuil\u2026 Les acteurs politiques sont d\u2019accord ensemble contre le reste de la M\u00e9tropole, mais s\u2019agissant du d\u00e9partement, ils peinent \u00e0 construire un projet global.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Nous sommes dans une m\u00eame R\u00e9publique, nous sommes un m\u00eame peuple, et pourtant les Fran\u00e7ais ne vivent pas de la m\u00eame mani\u00e8re d\u2019un territoire \u00e0 l\u2019autre. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Regards. Il a raison, Emmanuel Macron, il faut changer la &#8220;philosophie&#8221; de la politique de la ville\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Simon Ronai.<\/strong> Il faudrait d\u00e9j\u00e0 comprendre ce qu\u2019est la philosophie de Macron. Tout le monde partage le constat\u00a0: l\u2019\u00e9chec relatif de ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9 la politique de la ville, au sens o\u00f9 elle a privil\u00e9gi\u00e9 les am\u00e9nagements urbains et laiss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9 la question sociale. Si la question sociale \u00e9tait r\u00e9ellement prioris\u00e9e par Emmanuel Macron, son propos ne me choquerait pas. Ce qui est choquant, c\u2019est qu\u2019on a l\u2019impression de perdre sur les deux tableaux : on diminue les cr\u00e9dits du logement social et on ne sait pas ce que seront les moyens suppl\u00e9mentaires sur les autres aspects (\u00e0 l\u2019exception notable du d\u00e9doublement des classes). Patrick Braouezec dit qu\u2019il faut faire le pari du temps long, et que <em>\u00ab\u00a0Plaine Commune est un territoire o\u00f9 les gens se reconstituent\u00a0\u00bb<\/em>. Cette r\u00e9alit\u00e9 vaut pour toute la Seine-Saint-Denis, qui est la porte d\u2019entr\u00e9e des \u00e9trangers en France. On y arrive de partout, on trouve un premier logement, un premier boulot. Et dans ce flux permanent, les gens qui s\u2019en sortent s\u2019en vont vivre ailleurs. C\u2019est d\u00e9cevant pour ces communes, mais c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui justifie que l\u2019on consacre davantage de moyens et d\u2019aides sociales \u00e0 ces territoires. <\/p>\n<p><strong>Meriem Derkaoui.<\/strong> C\u2019est vrai. Il y a un effet de sas d\u2019accueil. Le pr\u00e9fet le reconnait lui-m\u00eame, d\u2019ailleurs. Nous accueillons des gens qui, pour un quart d\u2019entre eux, ne vont pas rester. L\u2019un des enjeux est de maintenir ces nouveaux arrivants, de favoriser la mixit\u00e9 sociale qui est une richesse pour nos villes. Mais pour revenir sur le discours d\u2019Emmanuel Macron, je confesse que je n\u2019en attendais pas grand-chose. \u00c0 mon sens, il n\u2019a pas d\u00e9nonc\u00e9 quelque chose d\u2019essentiel qui figurait pourtant dans le plan Borloo\u00a0: l\u2019id\u00e9e de l\u2019apartheid et de la rel\u00e9gation sociale. En tant que pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, il aurait d\u00fb dire qu\u2019il avait conscience que des populations sont en souffrance, rel\u00e9gu\u00e9es. Nous sommes dans une m\u00eame R\u00e9publique, nous sommes un m\u00eame peuple, et pourtant les Fran\u00e7ais ne vivent pas de la m\u00eame mani\u00e8re d\u2019un territoire \u00e0 l\u2019autre. Le dire est important. M\u00eame sur les mesures positives comme le d\u00e9doublement des classes en milieu scolaire, nous attendions des annonces importantes, notamment en mati\u00e8re de g\u00e9n\u00e9ralisation du dispositif dans nos \u00e9coles et surtout de financement. Nous n\u2019en savons toujours rien.<\/p>\n<p><strong>Regards. C\u2019est toujours en mati\u00e8re d\u2019\u00e9ducation que le b\u00e2t blesse\u00a0?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>Meriem Derkaoui.<\/strong> Oui, et je note que Parcoursup est une mesure qui va toucher frontalement les lyc\u00e9ens de la Seine-Saint-Denis. La loi est n\u00e9faste pour eux. Plusieurs dizaines de milliers de lyc\u00e9ens vont se retrouver sur le carreau \u00e0 la rentr\u00e9e scolaire de septembre\u2026<\/p>\n<p><em> <strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR >> <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/politique\/article\/louis-boyard-unl-on-est-la-generation-crash-test-de-parcoursup\">Louis Boyard (UNL) : \u00ab On est la g\u00e9n\u00e9ration crash-test de Parcoursup \u00bb<\/a><\/strong> <\/em><\/p>\n<p><strong>Simon Ronai.<\/strong> La question scolaire risque d\u2019\u00eatre particuli\u00e8rement discriminante pour les jeunes et aussi dans la perspective d\u2019accueil de populations nouvelles o\u00f9 d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019emploi. De m\u00eame dans les crit\u00e8res de Parcoursup, il y a le contr\u00f4le continu, le nom du lyc\u00e9e et sans doute les universit\u00e9s peuvent-elles avoir tendance \u00e0 discriminer sur la base de l\u2019origine g\u00e9ographique.<\/p>\n<p><strong>Regards. Quel est l\u2019enjeu pour la Seine-Saint-Denis dans les ann\u00e9es \u00e0 venir\u00a0? Comment vous imaginez ce d\u00e9partement dans quelques dizaines d\u2019ann\u00e9es\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Simon Ronai.<\/strong> La place du d\u00e9partement dans l\u2019espace m\u00e9tropolitain est en d\u00e9bat. On ne sait pas comment il va se conclure, mais on peut anticiper que toutes les villes seront encore plus int\u00e9gr\u00e9es dans la m\u00e9tropole qu\u2019elles ne le sont aujourd\u2019hui. Aubervilliers, par exemple, est devenu un territoire tr\u00e8s attrayant pour les entreprises et les logements du fait de la proximit\u00e9 de Paris, de sa future desserte, du prix du foncier. Ces opportunit\u00e9s vont-elles transformer positivement la ville sans risque d\u2019exclusion\u00a0? On est all\u00e9 tellement loin dans la discrimination, dans l\u2019image et la stigmatisation de ces villes qu\u2019il est difficile de projeter les mutations. Je crois que la m\u00e9tropole pourrait changer la vie des gens puisqu\u2019elle existe en fait. Mais il n\u2019y a pas d\u2019instance politique de r\u00e9gulation et de gouvernement de cette m\u00e9tropole.  Le d\u00e9bat dure depuis vingt ans sans parvenir \u00e0 se donner une structure de gouvernement d\u00e9mocratique visant \u00e0 ordonner, am\u00e9nager, r\u00e9guler et r\u00e9sorber les in\u00e9galit\u00e9s. Cela implique une redistribution des pouvoirs et surtout une redistribution des ressources, est-ce que ce sera possible d\u2019ici cinquante ans\u00a0? Je n\u2019en sais rien, mais si rien ne change, je pense que des \u00e9meutes et des petits 2005, il y en aura beaucoup. On ne peut pas imaginer que les jeunes de Seine-Saint-Denis acceptent durablement d\u2019\u00eatre dans une situation aussi in\u00e9galitaire, ce dont ils sont de plus en plus conscients. Les in\u00e9galit\u00e9s s\u2019accroissant, si aucune mesure de r\u00e9gulation n\u2019est mise en place, \u00e7a ne peut finir que par des violences.  <\/p>\n<p><strong>Meriem Derkaoui.<\/strong> Je pense que tout ce qui a tendance \u00e0 \u00e9loigner les citoyens des centres de d\u00e9cision \u2013 ce qui est le cas aujourd\u2019hui de la m\u00e9tropole \u2013 n\u2019est pas une bonne chose. Les Albertivillariens r\u00eavent d\u2019une commune qui a de l\u2019avenir, o\u00f9 ils sont respect\u00e9s et o\u00f9 l\u2019on y vit correctement. Aujourd\u2019hui, les gens se sentent abandonn\u00e9s. Les citoyens ont besoin de proximit\u00e9. Et \u00e7a n\u2019est pas la m\u00e9tropole qui va r\u00e9soudre les probl\u00e8mes. La commune doit rester le centre, la base de vie o\u00f9 les gens peuvent se rencontrer, se croiser, d\u00e9battre. C\u2019est le lieu de la d\u00e9mocratie. Sur le d\u00e9partement, si celui de la Seine-Saint-Denis devait dispara\u00eetre, je m\u2019interroge\u00a0: qui va reprendre ses comp\u00e9tences\u00a0? \u00c7a n\u2019est pas la m\u00e9tropole. On nous dit, \u00e0 chaque fois, qu\u2019on supprime des \u00e9chelons pour faire des \u00e9conomies et ma\u00eetriser les d\u00e9penses publiques. Comme le dit le maire de Montreuil, il faut garder des \u00e9lus \u00ab\u00a0\u00e0 port\u00e9e d\u2019engueulades\u00a0\u00bb. Parce que nous sommes des interlocuteurs privil\u00e9gi\u00e9s. Quel que soit l\u2019\u00e9chelon, c\u2019est \u00e0 nous que l\u2019on demande des comptes. Mais je veux dire une chose qui me semble particuli\u00e8rement grave pour la d\u00e9mocratie\u00a0: les \u00e9lus locaux sont confront\u00e9s \u00e0 des pressions des milieux \u00e9conomiques et des promoteurs. Et l\u2019un des enjeux pour nous est aussi d\u2019\u00eatre en capacit\u00e9 de s\u2019affranchir de ces pressions si l\u2019on veut garder la ma\u00eetrise publique de nos villes et de leur d\u00e9veloppement. \u00c7a n\u2019est, h\u00e9las, pas \u00e0 la port\u00e9e de tous. J\u2019ajoute enfin que nous rencontrons un autre probl\u00e8me\u00a0: nous soutenons toujours notre \u00ab\u00a0voisine-capitale\u00a0\u00bb quand elle est en bagarre sur les voies sur berge, la pi\u00e9tonisation, parce que nous sommes solidaires sur ces questions d\u2019\u00e9cologie et de lutte contre la pollution. Mais cette solidarit\u00e9 marche \u00e0 sens unique. Paris ne nous respecte pas et cela doit cesser.  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Politiques de la ville, responsabilit\u00e9s de l\u2019\u00c9tat et des collectivit\u00e9s, communisme municipal, Grand Paris\u2026 nos invit\u00e9s ouvrent le d\u00e9bat et les portes de leur d\u00e9partement devenu l\u2019embl\u00e8me des banlieues fran\u00e7aises : le &#8220;9-3&#8221;.<\/p>\n","protected":false},"author":1039,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[293,362,471],"class_list":["post-11146","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actu","tag-entretien","tag-logement","tag-ville"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11146","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1039"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11146"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11146\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11146"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11146"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11146"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}