{"id":11143,"date":"2018-08-17T17:04:32","date_gmt":"2018-08-17T15:04:32","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-de-la-radicalite-en-litterature\/"},"modified":"2023-06-23T23:29:57","modified_gmt":"2023-06-23T21:29:57","slug":"article-de-la-radicalite-en-litterature","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11143","title":{"rendered":"De la radicalit\u00e9 en litt\u00e9rature"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Parce que la radicalit\u00e9 n&#8217;est pas seulement politique. Chronique du romancier et critique litt\u00e9raire Arnaud Viviant.<\/p>\n<p><em>Article extrait du <a href=\"http:\/\/www.boutique-aboweb.com\/regards\/www\/product\/index\/id\/4\">num\u00e9ro d&#8217;hiver 2018<\/a> de Regards.<\/em><\/p>\n<p>En fin d\u2019ouvrage, la liste des \u0153uvres (plus d\u2019une centaine\u00a0!) de Jean-Bernard Pouy est un r\u00e9gal. On y trouve le mythique <em>Spinoza encule Hegel<\/em>, mais aussi ses d\u00e9clinaisons (<em>\u00c0 sec\u00a0! Spinoza encule Hegel<\/em>, le retour en 1998, avant <em>Spinoza encule Hegel\u00a0: avec une poign\u00e9e de sable<\/em>, en 2006). Le fameux <em>La Petite \u00e9cuy\u00e8re a caft\u00e9<\/em> qui, dans mon souvenir, inaugure la collection Le Poulpe que dirigea Pouy, avec ses titres qui semblaient directement sortis de l\u2019\u00e9mission <em>Les Papous dans la t\u00eate<\/em> sur France Culture, \u00e0 laquelle l\u2019auteur participe r\u00e9guli\u00e8rement. Comme, par exemple, ce <em>Cinq bi\u00e8res, deux rhums<\/em> en 2009, valant presque <em>Mes soixante hu\u00eetres<\/em>, publi\u00e9 un an auparavant. Ou <em>Le Petit bluff de l\u2019alcootest<\/em> en hommage au <em>Petit blues de la c\u00f4te ouest<\/em> de Jean-Patrick Manchette, le pape du n\u00e9o-polar dont Pouy aura \u00e9t\u00e9, trente ans durant, l\u2019un des principaux archev\u00eaques. <\/p>\n<h2>Philip Roth de calibre 22<\/h2>\n<p>Il y a quelques ann\u00e9es, il publiait <em>Tout doit dispara\u00eetre<\/em>, ob\u00e8se catafalque ou sorte de Pl\u00e9iade en solde r\u00e9unissant six de ses principaux romans publi\u00e9s \u00e0 la S\u00e9rie noire, tout en affirmant, tel un Philip Roth de calibre 22, ou un Simenon plus proche de Simonin, qu\u2019il arr\u00eatait d\u2019\u00e9crire, qu\u2019il prenait sa retraite. Tatata\u00a0! Le revoici en librairie avec <em>Ma ZAD<\/em>, hommage \u00e0 Daniel de Roulet, cet \u00e9crivain suisse qui avoua en 2006, dans son livre <em>Un dimanche \u00e0 la montagne<\/em>, avoir incendi\u00e9 le chalet du magnat de la presse allemande Axel Springer. Une op\u00e9ration qui, jusqu\u2019alors, \u00e9tait attribu\u00e9e \u00e0 la RAF, la Fraction arm\u00e9e rouge\u2026<\/p>\n<p><em> <strong><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/culture\/article\/vacances-vive-la-sociale\">LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR >> Vacances : vive la Sociale !<\/a><\/strong> <\/em><\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019heure o\u00f9 j\u2019\u00e9cris cet article, le gouvernement n\u2019a pas encore rendu sa d\u00e9cision concernant Notre-Dame-des-Landes. Mais dans son roman, Pouy a d\u00e9j\u00e0 tranch\u00e9. Il \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0J\u2019ai appris que le tribunal administratif ne permettait pas la pr\u00e9sentation d\u2019une deuxi\u00e8me enqu\u00eate publique. Et pr\u00e9conisait qu\u2019un autre emplacement devait \u00eatre mis \u00e0 l\u2019\u00e9tude, moins cher, moins complexe. Le ministre de l\u2019\u00c9cologie qui, de son c\u00f4t\u00e9, annon\u00e7ait aussi la d\u00e9cision, pr\u00e9voyait, en revanche, que les environs feraient partie d\u2019une zone \u00e9colo-bio-festive (sic) et p\u00e9dagogique (of course)\u2026 La duplicit\u00e9 du Pouvoir\u2026 On d\u00e9pla\u00e7ait le probl\u00e8me (\u2026) Ce que l\u2019\u00c9tat ne voulait pas comprendre, c\u2019est qu\u2019on avait, ici, pris go\u00fbt \u00e0 la lutte et au bonheur d\u2019\u00eatre ensemble, au bonheur de faire ensemble. C\u2019\u00e9tait pli\u00e9 que les zadistes d\u2019ici allaient se d\u00e9placer ailleurs. Un certain sens de l\u2019Histoire.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<h2>Un chien nomm\u00e9 Blanqui<\/h2>\n<p>De la radicalit\u00e9, il y en a aussi dans le nouveau roman de Mazarine Pingeot, <em>Magda<\/em>, qui s\u2019inspire (<em>\u00ab\u00a0toute ressemblance avec des personnes r\u00e9elles ne peut \u00eatre que fortuite\u00a0\u00bb<\/em>) de l\u2019affaire Tarnac (dont le proc\u00e8s a encore \u00e9t\u00e9 repouss\u00e9). On se demandait ce que la fille de Fran\u00e7ois Mitterrand pouvait raconter \u00e0 ce sujet, on y est all\u00e9 voir pour le fun. L\u2019intrigue est cousue de fil blanc, au bout de cinquante pages on avait compris le fin mot de l\u2019histoire. \u00c9videmment, le double romanesque de Julien Coupat est maltrait\u00e9\u00a0: <em>\u00ab\u00a0verbeux et imbu de sa personne\u00a0\u00bb<\/em>. Et les autonomes dans leur d\u00e9sir de <em>\u00ab\u00a0communisme primitif\u00a0\u00bb<\/em>, pas mieux. Selon Mazarine, ils seraient <em>\u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019heure qu\u2019il est moins libertaires en mati\u00e8re de sexualit\u00e9. On est prude chez les r\u00e9volutionnaires. Et l\u2019humour y circule difficilement. L\u2019absolu est \u00e0 ce prix.\u00a0\u00bb<\/em> Elle ne doit pas beaucoup lire Lundi matin.<\/p>\n<p>Mais de l\u2019humour, l\u2019\u00e9crivain en a. Dans son roman, le chien s\u2019appelle Blanqui et l\u2019enfant autiste Ezechiel. Demeure pourtant, au fond du livre, quelque chose de puissant\u00a0: un amour pour ce que Marguerite Duras appelait <em>La Vie mat\u00e9rielle<\/em>\u00a0: c\u2019est-\u00e0-dire des recettes de cuisine, un go\u00fbt pour la nature et le r\u00e9el dans ce que l\u2019un et l\u2019autre ont de fondamental et d\u2019ins\u00e9cable, tout au contraire de l\u2019id\u00e9ologie et de ses mille et une variantes.  <\/p>\n<h2>Une histoire de toto<\/h2>\n<p>Chez Yves Pag\u00e8s, la radicalit\u00e9 est \u00e0 la fois litt\u00e9raire et politique. Son nouveau roman, <em>Encore heureux<\/em>, est le portrait en creux d\u2019un &#8220;toto&#8221;, d\u2019un &#8220;autonome&#8221; des ann\u00e9es 80, Bruno Lescot. Fils de parents soixante-huitards, dr\u00f4le et d\u00e9jant\u00e9, artiste dans son genre, sp\u00e9cialis\u00e9 dans le graffiti et le &#8220;petit crobard&#8221;, le rock alternatif aussi, irresponsable et \u00e9mouvant, il va de fil en aiguille devenir vingt-cinq ans durant une des personnes les plus recherch\u00e9es par la police fran\u00e7aise. On pourrait presque parler d\u2019un roman foucaldien (&#8220;surveiller et punir&#8221;) puisque cette biographie imaginaire est essentiellement compos\u00e9e de rapports administratifs, de coupures de presse, de comptes rendus de proc\u00e8s, autrement dit d\u2019une parole &#8220;sociale&#8221; normative sur un individu qui ne cherche, depuis son enfance qui lui colle aux basques, qu\u2019\u00e0 \u00e9chapper au contr\u00f4le et \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Pag\u00e8s s\u2019amuse beaucoup dans les langages imit\u00e9s. Il est tr\u00e8s fort pour reproduire la parole de l\u2019Autre, celui qui est pay\u00e9 pour construire de la pens\u00e9e limit\u00e9e, ceintur\u00e9e, autoris\u00e9e. Par qui\u00a0? Telle est la question qui hante ce livre. Qui domine qui\u00a0? Tout l\u2019aspect comique et ren\u00e9gat du livre de Pag\u00e8s se tient l\u00e0. Qui d\u00e9tient le pouvoir\u00a0? Et surtout qui en jouit\u00a0? L\u2019auteur convoque tous les types de discours qui tentent vaille que vaille d\u2019encadrer et d\u2019entraver cette libert\u00e9 bravache de Bruno Lescot. Lequel va devenir au fur et \u00e0 mesure, dans notre esprit et notre c\u0153ur de lecteur, ce qu\u2019on appelait dans la litt\u00e9rature d\u2019autrefois un h\u00e9ros.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, jusqu\u2019\u00e0 la fin du roman, Bruno r\u00e9ussira \u00e0 s\u2019\u00e9vader, pour notre grand plus bonheur. On est avec lui comme on l\u2019a \u00e9t\u00e9 progressivement, page apr\u00e8s page, avec le Comte de Monte-Cristo. Accabl\u00e9s, comme il se doit, de l\u2019injustice qui lui est faite. Ce livre est une fiction. Il se passe dans les ann\u00e9es 80. N\u2019emp\u00eache, comment ne pas avoir en le lisant une grande pens\u00e9e pour un cas r\u00e9el\u00a0: celui d\u2019Antonin Bernanos ? Ainsi qu\u2019on le dit habituellement dans la presse bourgeoise\u00a0: un tr\u00e8s grand livre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/arnaud-viviant\"><strong>Arnaud Viviant<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-11143 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/b-6-43b.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/b-6-43b-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"b-6.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parce que la radicalit\u00e9 n&#8217;est pas seulement politique. 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