{"id":11142,"date":"2018-08-21T11:25:00","date_gmt":"2018-08-21T09:25:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-art-metoo\/"},"modified":"2023-06-23T23:29:56","modified_gmt":"2023-06-23T21:29:56","slug":"article-art-metoo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11142","title":{"rendered":"Art #MeToo"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Des mouvements r\u00e9actionnaires aux milieux progressistes, la peur de voir s\u2019installer une nouvelle forme de censure des arts grandit, chacun accusant l&#8217;autre. Un combat o\u00f9 les f\u00e9ministes se voient attribuer le mauvais r\u00f4le, un an apr\u00e8s #MeToo.<\/p>\n<p><em>Article extrait du dernier <a href=\"http:\/\/www.boutique-aboweb.com\/regards\/www\/product\/index\/id\/4\">trimestriel de printemps de Regards<\/a>.<\/em><\/p>\n<p>Ce jour de janvier\u00a02018, les visiteurs de la Manchester Art Gallery se pressent autour d\u2019une affichette \u00e9pingl\u00e9e au mur, \u00e0 la place de <em>Hylas et les Nymphes<\/em>, c\u00e9l\u00e8bre tableau de John William Waterhouse peint en 1896, qui montre de ravissantes jeunes filles dans une rivi\u00e8re, seins nus et peau diaphane, attirant \u00e0 elles un beau jeune homme. Surprise, le texte informe que le tableau a \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9 en r\u00e9serve <em>\u00ab pour inviter \u00e0 la discussion sur la fa\u00e7on dont nous exposons et interpr\u00e9tons les \u0153uvres d\u2019art\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0! Le d\u00e9bat est pos\u00e9 : <em>\u00ab Cette salle<\/em> [nomm\u00e9e &#8220;En qu\u00eate de beaut\u00e9&#8221;] <em>pr\u00e9sente le corps des femmes soit comme &#8220;forme passive d\u00e9corative&#8221; soit comme &#8220;femme fatale&#8221;. Remettons en cause ce fantasme victorien ! Le mus\u00e9e existe dans un monde o\u00f9 s\u2019interp\u00e9n\u00e8trent les questions de genre, de race, de sexualit\u00e9 et de classe qui nous affectent tous. Comment les \u0153uvres d\u2019art peuvent-elles nous parler d\u2019une fa\u00e7on plus contemporaine et pertinente ?&#8230; \u00bb<\/em><\/p>\n<p><em> <strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR >> <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/idees\/article\/agressions-sexistes-elles-ne-veulent-plus-faire-l-autruche\">Agressions sexistes : elles ne veulent plus faire l\u2019autruche<\/a><\/strong> <\/em><\/p>\n<h2>Peur de la censure<\/h2>\n<p>Pour qui voudrait r\u00e9agir, des post-it sont \u00e0 disposition, ainsi que le hashtag #MAGSoniaBoyce sur Twitter puisque, comme l\u2019explicite l\u2019affiche, il s\u2019agit d\u2019une performance qui annonce une r\u00e9trospective consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019artiste contemporaine engag\u00e9e, f\u00e9ministe et noire, Sonia Boyce. Question r\u00e9actions, le mus\u00e9e de Manchester sera servi puisque, apr\u00e8s un article dubitatif du journal <em>The Guardian<\/em> joint \u00e0 une tribune au vitriol de son critique d\u2019art, l\u2019affaire, \u00e0 coups de copier-coller dans la presse, d\u00e9passa rapidement les fronti\u00e8res. Clare Gannaway, conservatrice supervisant le projet, y explique que #MeToo, mouvement mondial de d\u00e9nonciation des agressions sexuelles dont sont victimes les femmes, l\u2019a convaincue de soutenir l\u2019initiative. Elle avoue regarder autrement cette salle de mus\u00e9e peupl\u00e9e d\u2019un imaginaire exclusivement masculin, suscitant d\u00e9sormais chez elle <em>\u00ab\u00a0un sentiment d\u2019embarras \u00bb<\/em>, elle r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 une nouvelle pr\u00e9sentation.<\/p>\n<p>Il serait faux de soutenir que cette performance suscita l\u2019enthousiasme. Rares furent les voix qui s\u2019\u00e9lev\u00e8rent pour d\u00e9fendre le geste. Le mus\u00e9e se vit accus\u00e9 de censure, de sombrer dans le politiquement correct et de faire preuve de puritanisme. Une jeune femme, qui affirmait \u00eatre venue sp\u00e9cialement pour admirer le chef-d\u2019\u0153uvre, lan\u00e7a une p\u00e9tition pour r\u00e9clamer son retour, craignant qu\u2019il ne soit plus jamais expos\u00e9. Ce qui n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9\u2026 La toile fut raccroch\u00e9e au bout d\u2019une semaine. La Manchester Art Gallery surjoua peut-\u00eatre la joie d\u2019avoir d\u00e9clench\u00e9 une telle vague, annon\u00e7ant vouloir poursuivre le d\u00e9bat \u00e0 travers une s\u00e9rie d\u2019\u00e9v\u00e9nements publics. Et \u00e0 raison, car les enjeux sont fondamentaux.<\/p>\n<p>Que v\u00e9hicule un mus\u00e9e par ses choix d\u2019accrochage et de m\u00e9diation ? Reflet de son \u00e9poque, l\u2019\u0153uvre d\u2019art forge aussi nos imaginaires et notre vision du monde. Faut-il \u00eatre aveugle pour ne pas voir qu\u2019un tableau est plus qu\u2019un tableau\u00a0? Poser la question est-il un crime ? Provocation ou maladresse, ce qui interroge dans cette histoire, c\u2019est l\u2019ampleur prise par la pol\u00e9mique. Et sa disproportion. Sans doute venait-elle alimenter une peur largement fantasm\u00e9e, celle de voir s\u2019installer une nouvelle forme de censure des arts qui ne serait plus l\u2019apanage de mouvements r\u00e9actionnaires, mais aussi le fait de milieux progressistes \u2013 au premier rang desquels les f\u00e9ministes se voient attribuer le mauvais r\u00f4le. <\/p>\n<h2>Alliance des outrag\u00e9s<\/h2>\n<p>En quelques semaines, les faits divers s\u2019encha\u00een\u00e8rent dans les m\u00e9dias, propuls\u00e9s sur les r\u00e9seaux sociaux comme autant de preuves d\u2019une pr\u00e9tendue d\u00e9rive, quand bien m\u00eame constituaient-ils des \u00e9piph\u00e9nom\u00e8nes, d\u00e9form\u00e9s au prisme d\u2019Internet. Avec une alliance \u00e9tonnante des outrag\u00e9s. Du magazine r\u00e9actionnaire <em>Valeurs actuelles<\/em> fustigeant <em>\u00ab le tribunal des bien-pensants \u00bb<\/em> \u00e0 Catherine Deneuve \u00e9voquant dans <em>Lib\u00e9ration<\/em>, au lendemain de sa signature d\u2019une tribune anti #MeToo, le <em>\u00ab danger des nettoyages dans les arts \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p><em> <strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR >> <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/culture\/article\/de-la-radicalite-en-litterature\">De la radicalit\u00e9 en litt\u00e9rature<\/a><\/strong> <\/em><\/p>\n<p>En septembre\u00a02017, un film sur Gauguin est accus\u00e9 de taire le tr\u00e8s jeune \u00e2ge des vahin\u00e9s s\u00e9duites par le peintre. Une v\u00e9rit\u00e9 insupportable aux amateurs d\u2019art quand s\u2019ouvre un mois plus tard la r\u00e9trospective que lui consacre le Grand Palais. Faire part de son malaise devant certaines toiles, par ailleurs magnifiques, \u00e9quivaut \u00e0 vouloir les faire dispara\u00eetre. Une r\u00e9alit\u00e9, cependant, le mois suivant \u00e0 New York quand, en pleine affaire Weinstein, il est dit qu\u2019une visiteuse du Metropolitan Museum of Art (Met) exige le retrait d\u2019un tableau de Balthus montrant une fillette dans une pose ultra-suggestive. En lisant la p\u00e9tition de la plaignante, le ton s\u2019av\u00e8re pourtant plus nuanc\u00e9, la jeune femme r\u00e9clamant surtout une contextualisation de l\u2019\u0153uvre, comme il avait \u00e9t\u00e9 fait, rappelle-t-elle, lors d\u2019une exposition Balthus en 2013\u2026 au Met.<\/p>\n<p>Au m\u00eame moment, les r\u00e9seaux sociaux ricanent d\u2019une m\u00e8re de famille britannique qui demande \u00e0 l\u2019\u00e9cole de son fils de six ans d\u2019interdire le conte de la Belle au bois dormant, en raison du baiser final non consenti par l\u2019h\u00e9ro\u00efne (un viol, faut-il le rappeler, dans l\u2019histoire originale qui inspira Perrault). L\u00e0 encore, en s\u2019int\u00e9ressant de pr\u00e8s \u00e0 l\u2019info, on apprend que la jeune m\u00e8re consid\u00e8re que l\u2019histoire m\u00e9rite d\u2019\u00eatre racont\u00e9e, mais \u00e0 des enfants plus \u00e2g\u00e9s et comme outil de r\u00e9flexion. En janvier, le magazine <em>Les Inrocks<\/em> s\u2019alarme : <em>\u00ab Jusqu\u2019o\u00f9 ira la censure ? \u00bb<\/em>, en ouverture d\u2019un article sur l\u2019histoire d\u2019un professeur d\u2019art am\u00e9ricain licenci\u00e9 pour avoir montr\u00e9 des nus artistiques tels que certains Modigliani \u00e0 ses jeunes \u00e9l\u00e8ves, d\u00e9clenchant la col\u00e8re des parents. Buzz garanti. L\u2019article omet juste de pr\u00e9ciser que l\u2019Utah, r\u00e9gion de l\u2019affaire, est le fief des Mormons. Pas vraiment f\u00e9ministes.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-11142 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/sans-titre-1-2-2e7.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/sans-titre-1-2-2e7-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"sans-titre-1-2.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des mouvements r\u00e9actionnaires aux milieux progressistes, la peur de voir s\u2019installer une nouvelle forme de censure des arts grandit, chacun accusant l&#8217;autre. 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