{"id":11141,"date":"2018-08-19T07:00:00","date_gmt":"2018-08-19T05:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-le-pil-recharge-les-decrocheurs\/"},"modified":"2023-06-23T23:29:56","modified_gmt":"2023-06-23T21:29:56","slug":"article-le-pil-recharge-les-decrocheurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11141","title":{"rendered":"Le PIL recharge les d\u00e9crocheurs"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le d\u00e9crochage scolaire est un fl\u00e9au. Chaque ann\u00e9e, 100\u00a0000 jeunes sortent du syst\u00e8me scolaire sans dipl\u00f4me. Le P\u00f4le innovant lyc\u00e9en (PIL), un lyc\u00e9e du 13e arrondissement \u00e0 Paris, est l\u2019un des rares \u00e9tablissements de l\u2019\u00c9ducation nationale \u00e0 tenter de raccrocher ces jeunes. Et pourtant, il est menac\u00e9\u2026<\/p>\n<p>D\u00e8s le premier regard, le P\u00f4le innovant lyc\u00e9en (PIL) Lazare-Ponticelli d\u00e9route. De grands espaces \u00e0 peine cloisonn\u00e9s rappellent un bureau open space. Les classes offrent un champ de vision \u00e9tendu gr\u00e2ce \u00e0 leurs larges fen\u00eatres. L\u2019atelier de recyclerie et les verri\u00e8res de toit invitent au travail manuel. L\u2019espace &#8220;agora&#8221;, avec son salon et sa cuisine pour <em>chiller<\/em> en langage jeune, convient \u00e0 la d\u00e9tente. Les premiers pas dans ce lyc\u00e9e diff\u00e9rent des autres invitent d\u00e9j\u00e0 au changement de paradigme.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Je suis arriv\u00e9e au PIL en imaginant\u00a0que &#8220;d\u00e9crocheur&#8221; \u00e9tait synonyme de &#8220;cas social&#8221;. C\u2019est faux<\/em>, raconte Nad\u00e8ge le Cam, professeur d\u2019arts plastiques au PIL. <em>Des jeunes \u00e0 l\u2019environnement tr\u00e8s porteur peuvent aussi capoter pour des raisons psychologiques. Pour certains, l\u2019institution les a malmen\u00e9s. Pour d\u2019autres, une phobie scolaire et sociale s\u2019est install\u00e9e. Les raisons sont multiples.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<h2>Un lieu unique, l\u2019\u00e9l\u00e8ve au centre<\/h2>\n<p>Chaque ann\u00e9e, une centaine de lyc\u00e9ens \u00e2g\u00e9s de seize \u00e0 vingt-et-un ans garnissent les bancs de ce lyc\u00e9e situ\u00e9 dans le 13e arrondissement \u00e0 Paris. Ils sont r\u00e9partis dans cinq classes appel\u00e9es &#8220;lyc\u00e9es&#8221;, accueillant de quinze \u00e0 vingt \u00e9l\u00e8ves encadr\u00e9s par trois enseignants : le lyc\u00e9e invers\u00e9, le lyc\u00e9e de la solidarit\u00e9 internationale, le lyc\u00e9e des futurs, le lyc\u00e9e au long cours et le lyc\u00e9e sports et avenir.<\/p>\n<p>Le cas par cas est appliqu\u00e9. Issus de milieux sociaux h\u00e9t\u00e9roclites, ils partagent des accidents scolaires ou de vie qui les ont fait sortir du syst\u00e8me. Une \u00e9cole de la derni\u00e8re chance pour nombre d\u2019entre eux, et un lieu qui ressemble plus \u00e0 une fac d\u2019arts ou \u00e0 un lyc\u00e9e professionnel. C\u2019est souvent un facteur d\u00e9clencheur pour les \u00e9l\u00e8ves qui viennent passer leurs entretiens pour y entrer. <em>\u00ab\u00a0Le lieu est vital\u00a0\u00bb<\/em>, pointe Nad\u00e8ge Le Cam.<\/p>\n<p>Le PIL a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par des enseignants en 2000. \u00c9tablissement de l\u2019\u00c9ducation nationale, il a la particularit\u00e9 d\u2019\u00eatre principalement g\u00e9r\u00e9 par les treize enseignants, malgr\u00e9 la pr\u00e9sence d\u2019un proviseur. Ils sont tous volontaires et sont choisis par leurs pairs lors d\u2019entretiens. Les \u00e9l\u00e8ves, eux aussi, sont volontaires. Le cursus est non-dipl\u00f4mant. Pendant un an, ils construisent un projet de formation\u00a0pour retrouver un lyc\u00e9e g\u00e9n\u00e9ral, technologique ou professionnel, un CFA. <em>\u00ab\u00a0On consid\u00e8re les \u00e9l\u00e8ves comme des jeunes adultes<\/em>, explique Beno\u00eet Cornet, un des enseignants les plus anciens au PIL, conseiller principal d\u2019\u00e9ducation (CPE). <em>On les remet au centre du jeu, contrairement au lyc\u00e9e classique.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Les rapports entre professeurs et \u00e9l\u00e8ves sont horizontaux, fond\u00e9s sur l\u2019\u00e9change. Les notes sont mises de c\u00f4t\u00e9 au profit de l\u2019auto-\u00e9valuation. Les parents sont associ\u00e9s, notamment lors des bilans de fin de s\u00e9quence avec l\u2019\u00e9l\u00e8ve, avant les vacances scolaires. Les volets \u00e9ducatif et p\u00e9dagogique se conjuguent. <em>\u00ab\u00a0Chaque professeur enseigne plusieurs mati\u00e8res et joue \u00e9galement le r\u00f4le de tuteur\u00a0\u00bb<\/em>, souligne Juliette Chamonard, enseignante dans la classe de la solidarit\u00e9 internationale. Les cours sont adapt\u00e9s au profil des \u00e9l\u00e8ves afin de leur redonner de l\u2019app\u00e9tit pour l\u2019apprentissage\u00a0: mati\u00e8res d\u00e9cloisonn\u00e9es, cours li\u00e9s au projet (d\u00e9veloppement durable, par exemple), approche plus globale des comp\u00e9tences indispensables (culture g\u00e9n\u00e9rale). <\/p>\n<h2>Montrer ses connaissances<\/h2>\n<p>L\u2019objectif n\u2019est pas l\u2019empilement des connaissances, mais la compr\u00e9hension de ce que l\u2019on apprend \u00e0 travers des exercices pragmatiques. Parfois tr\u00e8s originaux. Nicolas, professeur dans la classe sport et avenir, donne des cours de boxe\u2026 en anglais. Ou comment se d\u00e9rider et parler la langue de Shakespeare en oubliant la g\u00eane de s\u2019exprimer en public, devant ses camarades.<\/p>\n<p>En plongeant dans le travail quotidien de la classe du lyc\u00e9e des futurs, le discours prend forme. On demande par exemple aux \u00e9l\u00e8ves de r\u00e9diger des modes d\u2019emploi li\u00e9s \u00e0 leurs comp\u00e9tences ou \u00e0 leurs stages r\u00e9alis\u00e9s en entreprise. Le but\u00a0? Montrer qu\u2019ils ont des connaissances, un savoir, et qu\u2019ils savent les raconter et les transmettre \u00e0 d\u2019autres.<\/p>\n<p>Ceux qui ont choisi cette classe sont souvent plus \u00e2g\u00e9s que la moyenne. Ils se projettent d\u00e9j\u00e0 dans leur vie d\u2019adulte et sont en recherche d\u2019activit\u00e9s manuelles. L\u2019enfermement dans une salle pour suivre des cours classiques ne leur correspond plus. Il n\u2019est donc pas rare de voir les \u00e9l\u00e8ves diss\u00e9min\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la classe. Des ordinateurs sont \u00e0 disposition dans plusieurs espaces ateliers. On y retrouve souvent Reda \u2013 qui s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 avec beaucoup de conviction contre la loi El Khomri \u2013, dont le fond d\u2019\u00e9cran d\u2019ordinateur affiche un clich\u00e9 de ses amis militants autonomes. L\u2019apr\u00e8s-midi, c\u2019est plut\u00f4t \u00e0 l\u2019atelier recyclerie informatique qu\u2019on peut le voir. Fan de jeux vid\u00e9o, il souhaite devenir informaticien.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignleft size-full wp-image-26413\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/pil_regards_112017_036-eeb.jpg\" alt=\"pil_regards_112017_036.jpg\" align=\"left\" width=\"728\" height=\"510\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/pil_regards_112017_036-eeb.jpg 728w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/pil_regards_112017_036-eeb-300x210.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 728px) 100vw, 728px\" \/><br \/>\n<em>Jenifer, vingt ans, souhaite \u00eatre styliste. \u00ab Depuis toute petite, j\u2019aime la cr\u00e9ation, les couleurs, les mati\u00e8res\u2026 Je le tiens de ma m\u00e8re qui prenait le soin de bien m\u2019habiller avec des v\u00eatements de cr\u00e9ateur, j\u2019\u00e9tais un peu sa petite poup\u00e9e. Aujourd\u2019hui, je m\u2019int\u00e9resse \u00e0 la mode \u00e9thique et au commerce \u00e9quitable. \u00bb<\/em> <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><h2>Retrouver le go\u00fbt des apprentissages<\/h2>\n<p>Comment d\u00e9croche-t-on ? Jenifer Chetrit, vingt ans, affiche un sourire franc et un app\u00e9tit pour les \u00e9changes. Apr\u00e8s deux redoublements dans sa scolarit\u00e9, et de peur de se retrouver sans affectation, elle accepte une premi\u00e8re professionnelle gestion et administration \u2013 dont elle ne voulait pas \u2013 dans son lyc\u00e9e du Val-de-Marne. Aux antipodes de son amour des arts. <em>\u00ab\u00a0En d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e scolaire, dans un cours de fran\u00e7ais, on nous a demand\u00e9 combien il y avait de nains dans Blanche-Neige et les sept nains<\/em>, se souvient-elle. <em>J\u2019ai compris \u00e0 ce moment-l\u00e0 que je n\u2019avais plus rien \u00e0 faire ici. J\u2019ai dit \u00e0 ma m\u00e8re\u00a0que je n\u2019irais plus en cours.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Elle craint la r\u00e9action de ses parents, mais sa m\u00e8re lui dit qu\u2019on ne demande pas aux gens \u00e0 quel \u00e2ge ils ont obtenu leur bac, et donc qu\u2019elle a toute la vie pour le passer. <em>\u00ab\u00a0Cela a \u00e9t\u00e9 une claque. Je ne pensais pas qu\u2019elle serait si indulgente avec moi sur le fait d\u2019arr\u00eater les cours.\u00a0\u00bb<\/em> Son p\u00e8re, m\u00e9decin, a plus de r\u00e9ticences, mais accepte son choix. Jenifer d\u00e9croche pendant un an. Elle en profite pour se recentrer sur elle-m\u00eame et s\u2019attaquer \u00e0 ses probl\u00e8mes d\u2019addiction au cannabis en passant par une aide m\u00e9dicale en h\u00f4pital de jour. <em>\u00ab\u00a0Le cannabis est un enfermement sur soi-m\u00eame, on se clo\u00eetre dans le mal-\u00eatre\u00a0\u00bb<\/em>, d\u00e9crit-elle. Elle veut alors retrouver le go\u00fbt des choses. Un \u00e9ducateur de l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale rel\u00e8ve son penchant pour les arts et lui parle du PIL. S\u00e9duite, elle est accept\u00e9e au lyc\u00e9e pour l\u2019ann\u00e9e 2016-2017.<\/p>\n<p>Elle choisit la classe du lyc\u00e9e des futurs, qui propose de reprendre pied avec l\u2019\u00e9cole au travers de projets et d\u2019activit\u00e9s manuelles. Le d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e lui sert \u00e0 reconstruire ses rep\u00e8res face \u00e0 l\u2019entit\u00e9 &#8220;\u00e9cole&#8221; en suivant les cours \u00e0 plein temps. Elle comprend tr\u00e8s vite <em>\u00ab\u00a0qu\u2019il faut \u00eatre soi-m\u00eame ici, avec les angoisses et les casseroles que l\u2019on trimballe\u00a0\u00bb<\/em>. Elle suit des enseignements classiques comme le fran\u00e7ais ou l\u2019histoire en utilisant des supports multim\u00e9dia. Les apr\u00e8s-midis sont consacr\u00e9s \u00e0 des ateliers manuels (recyclerie, m\u00e9tiers du bois, pratiques artistiques).<br \/>\nPour Jenifer, l\u2019envie de prolonger les ateliers la conduit \u00e0 effectuer un service civique. Un contrat de sept mois est sign\u00e9 avec la Petite roquette. Cette association, install\u00e9e \u00e0 Paris dans le 11e depuis 2005, fait du lien social dans un <em>\u00ab\u00a0espace permettant l\u2019\u00e9change, la d\u00e9couverte et la cr\u00e9ation\u00a0\u00bb<\/em>. <em>\u00ab\u00a0Plus mature\u00a0\u00bb<\/em> et <em>\u00ab\u00a0consciente du co\u00fbt de la vie\u00a0\u00bb<\/em> avec son salaire de 575 euros \u00e0 mi-temps, l\u2019ann\u00e9e au PIL lui sert de passerelle entre l\u2019adolescence et le d\u00e9but de la vie adulte. Elle envisage d\u00e9sormais un service europ\u00e9en pour assouvir sa soif de voyages ou une formation pour jeunes adultes dans le domaine de l\u2019art. Vingt ans, c\u2019est enfin l\u2019\u00e2ge des possibles pour Jenifer. <\/p>\n<h2>Raccrochage : le discours et la m\u00e9thode<\/h2>\n<p><em>\u00ab\u00a0Vous avez chang\u00e9 ma vie\u00a0\u00bb<\/em>. La phrase, lourde de sens, tombe comme un cadeau. C\u2019est un ancien \u00e9l\u00e8ve venu donner des nouvelles au P\u00f4le innovant lyc\u00e9en qui la glisse \u00e0 la professeure d\u2019arts plastiques Nad\u00e8ge Le Cam. Parce qu\u2019ici, comme dans une famille, une fois parti de l\u2019\u00e9tablissement scolaire, on revient de temps en temps donner de ses nouvelles. <em>\u00ab\u00a0C\u2019est flatteur, mais ce n\u2019est pas &#8220;nous&#8221;<\/em>, corrige avec humilit\u00e9 Nad\u00e8ge Le Cam. <em>Nous avons juste \u00e9t\u00e9 des accompagnants. C\u2019est l\u2019\u00e9l\u00e8ve qui a chang\u00e9 sa vie. Nous avons simplement pos\u00e9 un cadre, mis les num\u00e9ros dans le bon ordre.\u00a0\u00bb<\/em> Pas de satisfecit au PIL : la route est longue.<\/p>\n<p>Le cas par cas comme antienne. Le syst\u00e8me classique est enferr\u00e9 dans des programmes scolaires touffus et des classes surcharg\u00e9es. Il ne donne plus le temps de s\u2019arr\u00eater sur l\u2019\u00e9l\u00e8ve pour savoir ce qui marche ou pas dans les apprentissages, si des probl\u00e9matiques ext\u00e9rieures chamboulent sa vie (phobie, pr\u00e9carit\u00e9, divorce). Au PIL, l\u2019\u00e9l\u00e8ve avance \u00e0 son rythme avec son histoire, ses points forts et ses points faibles. Concr\u00e8tement\u00a0? <em>\u00ab\u00a0Un \u00e9l\u00e8ve bon en fran\u00e7ais et mauvais en math\u00e9matiques<\/em>, cite en exemple Aur\u00e9lie le Hir, enseignante en SVT, <em>on va lui laisser beaucoup plus de temps en redoublant d\u2019aide sur cette mati\u00e8re. Les \u00e9l\u00e8ves et les professeurs ont tous les contenus de mati\u00e8re en d\u00e9but de s\u00e9quence sur l\u2019ordinateur, on gagne en souplesse.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Ce fonctionnement par \u00e9tapes \u00e9pouse le discours des enseignants sur la temporalit\u00e9. Dans un monde de flexibilit\u00e9 du travail o\u00f9 occuper le m\u00eame emploi toute sa vie devient une raret\u00e9, on monte au PIL des projets avec l\u2019\u00e9l\u00e8ve sur des envies sur les cinq prochaines ann\u00e9es. Avec un droit \u00e0 l\u2019erreur. Faisant d\u00e9gonfler au passage les angoisses des \u00e9l\u00e8ves, et des parents, qui pensent jouer les quarante prochaines ann\u00e9es sur un choix d\u2019orientation scolaire.<\/p>\n<p>L\u2019autonomie dont jouit l\u2019\u00e9quipe p\u00e9dagogique est visible partout : elle am\u00e9nage les programmes, trouve des moyens originaux pour diffuser le savoir \u00e0 l\u2019aide des nouvelles technologies, cr\u00e9e les emplois du temps, s\u2019occupe de la communication et de l\u2019organisation de l\u2019\u00e9tablissement\u2026 Cette libert\u00e9 est <em>\u00ab\u00a0un luxe\u00a0absolu \u00bb<\/em>, selon Juliette Chamonard, qui se paie aussi par une pr\u00e9sence accrue des profs, d\u2019au moins vingt-cinq heures contre seize \u00e0 vingt ailleurs pour les profs. Une autonomie qui rime avec innovation et enrichissement personnel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<img decoding=\"async\" src=\"IMG\/jpg\/pil_regards_112017_001.jpg\" alt=\"pil_regards_112017_001.jpg\" align=\"left\" \/><br \/>\n<em>S\u00e9ance d\u00e9tente devant le PIL o\u00f9 les jeunes se r\u00e9unissent pour souffler ou fumer une cigarette. Les \u00e9l\u00e8ves du &#8220;lyc\u00e9e&#8221; de la solidarit\u00e9 internationale s\u2019appr\u00eatent \u00e0 partir voir une exposition au Jeu de paume. Pour ouvrir l\u2019app\u00e9tit d\u2019apprendre autrement, les enseignants multiplient les sorties et activit\u00e9s ext\u00e9rieures.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><h2>Autonomie, engagement et\u2026 isolement<\/h2>\n<p>Faut-il de l\u2019engagement pour travailler ici\u00a0? <em>\u00ab\u00a0La relation est engageante ici, c\u2019est vrai. Mais nous ne sommes pas des moines-soldats<\/em>, explique Beno\u00eet Cornet. <em>Il y a aussi des professeurs engag\u00e9s dans des \u00e9tablissements traditionnels. La certitude est que si l\u2019institution ne fait pas confiance aux enseignants, ce n\u2019est pas possible d\u2019ouvrir le champ des possibles aux \u00e9l\u00e8ves.\u00a0\u00bb<\/em> Sa volont\u00e9 et celle de ses coll\u00e8gues est de former des citoyens qui joueront un r\u00f4le social dans leur vie d\u2019adulte. L\u2019\u00e9cole est aussi un lieu d\u2019apprentissage de cette vie, ce qui a manifestement compl\u00e8tement \u00e9chapp\u00e9 au milieu \u00e9ducatif. Les enseignants vivent avec la hantise que les d\u00e9crocheurs d\u2019aujourd\u2019hui reproduisent leur col\u00e8re vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00e9cole \u00e0 leurs futurs enfants\u2026<\/p>\n<p>Pour faire face au d\u00e9crochage scolaire, plusieurs dispositifs existent. Le PIL fait partie de la F\u00e9d\u00e9ration des \u00e9tablissements scolaires publics innovants (FESPI), qui regroupe une vingtaine de structures pour d\u00e9crocheurs et des \u00e9tablissements alternatifs. \u00c0 ne pas confondre avec la cinquantaine d\u2019\u00e9coles de la seconde chance qui, elles, sont port\u00e9es sur le seul volet professionnel. Enfin, aujourd\u2019hui les lyc\u00e9es sont tenus de trouver des solutions internes pour retenir les \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n<p>Le d\u00e9crochage scolaire reste une probl\u00e9matique nationale. Chaque ann\u00e9e, entre 100\u00a0000 et 150 000 jeunes sortent du syst\u00e8me scolaire sans dipl\u00f4me. De Nicolas Sarkozy \u00e0 Najat Vallaud-Belkacem, les deux derniers quinquennats ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9s par un vif int\u00e9r\u00eat pour cette question. L\u2019ex-ministre de l\u2019\u00c9ducation nationale avait annonc\u00e9 en fin de mandat la baisse \u00e0 98.000 d\u00e9crocheurs pour l\u2019ann\u00e9e 2016. Comment\u00a0? D\u00e9tection renforc\u00e9e du d\u00e9crochage dans les \u00e9tablissements, nomination de &#8220;r\u00e9f\u00e9rent&#8221; d\u00e9crocheur, possibilit\u00e9 pour les plus de quinze ans de faire un stage en entreprise comme respiration, droit au retour \u00e0 la formation, etc.<\/p>\n<p>Au PIL, on s\u2019\u00e9tonne de cette politique du chiffre. Les moyens mis en place ne prennent toujours pas en compte les individus. Autre paradoxe, les structures innovantes d\u00e9di\u00e9es \u00e0 la cause sont couvertes d\u2019\u00e9loges, alors qu\u2019elles sont trop peu nombreuses et ne concernent \u00e0 peine quelques milliers d\u2019\u00e9l\u00e8ves dans tout l\u2019Hexagone\u2026<\/p>\n<h2>Le PIL en danger<\/h2>\n<p>Malgr\u00e9 dix-sept ans de r\u00e9ussites face au d\u00e9crochage scolaire, le PIL voit son existence menac\u00e9e. Le rectorat a d\u00e9cid\u00e9 son d\u00e9m\u00e9nagement dans les nouveaux locaux d\u2019un \u00e9tablissement du 19e arrondissement pour l\u2019ann\u00e9e 2018-2019. Sans concertation avec l\u2019\u00e9quipe enseignante. La col\u00e8re et l\u2019incompr\u00e9hension montent. <em>\u00ab On nous a annonc\u00e9 l\u2019\u00e9valuation du lyc\u00e9e en m\u00eame temps que ses conclusions : ce n\u2019est pas le PIL qui d\u00e9m\u00e9nage, c\u2019est son esprit\u00a0\u00bb<\/em>, explique un enseignant du lyc\u00e9e. Dans les faits, le projet p\u00e9dagogique innovant est boulevers\u00e9. Les larges espaces d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la recyclerie, aux ateliers et au sport vont dispara\u00eetre, tout comme les liens tiss\u00e9s pendant des ann\u00e9es avec des partenaires locaux (habitants, artistes, acteurs de la solidarit\u00e9 internationale).<\/p>\n<p>Pire, l\u2019autonomie p\u00e9dagogique des enseignants et la personnalisation des cours pour chaque \u00e9l\u00e8ve sont remises en cause. Une reprise en main du rectorat se fait sentir derri\u00e8re ce d\u00e9m\u00e9nagement. Ce dernier ne verrait pas d\u2019un bon \u0153il un deuxi\u00e8me espace p\u00e9dagogique autonome \u00e0 Paris en compagnie du Lyc\u00e9e autog\u00e9r\u00e9 de Paris (LAP).<\/p>\n<p>La bagarre est engag\u00e9e avec le renfort de toutes les personnes qui ont connu ou fr\u00e9quent\u00e9 cet \u00e9tablissement pas comme les autres. Pour continuer \u00e0 faire exister l\u2019une des rares structures de France qui prend le probl\u00e8me du d\u00e9crochage scolaire \u00e0 bras-le-corps, d\u2019autant plus pr\u00e9cieux que le gouvernement d\u2019Emmanuel Macron, sous l\u2019autorit\u00e9 du tr\u00e8s controvers\u00e9 ministre de l\u2019\u00c9ducation nationale Jean-Michel Blanquer, n\u2019a toujours fait aucune annonce \u00e0 ce sujet, et compte simplement poursuivre les mesures prises par Najat Valaud-Belkacem\u2026 <div id='gallery-1' class='gallery galleryid-11141 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/pil_regards_112017_012-1e6.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/pil_regards_112017_012-1e6-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"pil_regards_112017_012.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/pil_regards_112017_036-a62.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/pil_regards_112017_036-a62-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"pil_regards_112017_036.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le d\u00e9crochage scolaire est un fl\u00e9au. 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