{"id":11138,"date":"2018-08-06T11:51:00","date_gmt":"2018-08-06T09:51:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-refugies-migrants-derriere-les-mots-des-politiques-de-tri\/"},"modified":"2018-08-06T11:51:00","modified_gmt":"2018-08-06T09:51:00","slug":"article-refugies-migrants-derriere-les-mots-des-politiques-de-tri","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11138","title":{"rendered":"R\u00e9fugi\u00e9s, migrants\u00a0: derri\u00e8re les mots, des politiques de tri"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Quels que soient les termes employ\u00e9s pour d\u00e9signer les candidats \u00e0 l&#8217;asile, la s\u00e9mantique est toujours rest\u00e9e sous l&#8217;influence de la politique pour d\u00e9finir les conditions de leur accueil et, surtout, de leur s\u00e9lection.<\/p>\n<p><em>Article extrait du dernier <a href=\"http:\/\/www.boutique-aboweb.com\/regards\/www\/product\/index\/id\/4\">trimestriel de printemps de Regards<\/a>.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Nous accueillons tous ceux qui fuient les guerres et pers\u00e9cutions, mais nous distinguons les r\u00e9fugi\u00e9s de ceux dont la migration ob\u00e9it \u00e0 d\u2019autres ressorts, notamment \u00e9conomiques\u00a0\u00bb<\/em>, se justifiait l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re dans la presse le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, G\u00e9rard Collomb. C\u2019est donc cette distinction qui explique que le gouvernement cr\u00e9e des places dans les centres d&#8217;h\u00e9bergement &#8220;pour les r\u00e9fugi\u00e9s&#8221;, mais envoie les forces de l\u2018ordre lac\u00e9rer les tentes et les duvets des migrants pr\u00e8s de la porte de la Chapelle \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Une hi\u00e9rarchie d\u2019autant plus discutable qu\u2019elle est arbitraire. <em>\u00ab\u00a0Pourquoi risquer de mourir de faim serait-il moins grave que risquer de mourir en prison\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em>, lance Karen Akoka, sociologue \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 de Paris-Ouest Nanterre, qui a \u00e9tudi\u00e9 la mani\u00e8re dont la figure du r\u00e9fugi\u00e9 s\u2019est construite, transform\u00e9e et rigidifi\u00e9e au gr\u00e9 des priorit\u00e9s politiques. <em>\u00ab\u00a0Quand la r\u00e9volution bolchevique inqui\u00e8te la France dans les ann\u00e9es 1920, \u201cr\u00e9fugi\u00e9\u201d est synonyme de \u201cRusse\u201d. Un Italien ou un Espagnol \u00e9chappant au fascisme n\u2019a en revanche aucune chance d\u2019\u00eatre reconnu comme r\u00e9fugi\u00e9. \u00c0 la fin de la seconde guerre mondiale, les r\u00e9sidents allemands expuls\u00e9s des pays d\u2019Europe de l\u2019Est sont exclus du statut. Avec les d\u00e9buts de la guerre froide, ce n\u2019est plus la figure du fasciste ou de l\u2019Allemand nazi qui pose probl\u00e8me, mais celui du communiste.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<h2>L&#8217;agenda politique de la guerre froide<\/h2>\n<p>\u00c0 la Convention de Gen\u00e8ve de 1951, la d\u00e9finition de r\u00e9fugi\u00e9 fait l\u2019objet d\u2019\u00e2pres n\u00e9gociations. Les \u00e9tats socialistes mettent l\u2019accent sur les droits collectifs et les violences socio-\u00e9conomiques, mais ce sont les puissances occidentales qui finiront par imposer leur conception lib\u00e9rale du r\u00e9fugi\u00e9 &#8220;l\u00e9gitime&#8221;. R\u00e9sultat, le terme s\u2019applique \u00e0 toute personne <em>\u00ab\u00a0craignant d\u2019\u00eatre pers\u00e9cut\u00e9e du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalit\u00e9, de son appartenance \u00e0 un certain groupe social ou de ses opinions politiques\u00a0\u00bb<\/em>, et ne prend pas en compte les in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Mais, en pratique, les conditions d\u2019attribution par l&#8217;Office fran\u00e7ais de protection des r\u00e9fugi\u00e9s et apatrides (Ofpra), cr\u00e9\u00e9 en 1952, \u00e9volueront encore en fonction de l\u2019agenda politique. Ainsi, durant une premi\u00e8re \u00e9poque qui va jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1970, l\u2019objectif premier de la France sera de discr\u00e9diter les r\u00e9gimes communistes, surtout ceux qui ont eu le mauvais go\u00fbt de gagner les r\u00e9centes guerres d\u2019ind\u00e9pendance. Par cons\u00e9quent, il suffit d\u2019\u00eatre russe, hongrois, tch\u00e9coslovaque \u2013 et un peu plus tard de venir d\u2019Asie du Sud-Est, du Cambodge, du Laos ou du Vietnam \u2013 pour d\u00e9crocher le statut de r\u00e9fugi\u00e9. Nul besoin de montrer qu\u2019on a \u00e9t\u00e9 individuellement pers\u00e9cut\u00e9 ni de nier la dimension \u00e9conomique de l\u2019exil, d\u2019autant que le besoin en main-d\u2019\u0153uvre est fort. 90\u00a0% des demandes sont ainsi accord\u00e9es par l\u2019Ofpra, dont la mission principale est l\u2019aide \u00e0 l\u2019int\u00e9gration.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1980, tandis que le bloc sovi\u00e9tique s\u2019effondre et que la crise \u00e9conomique s\u2019installe, le &#8220;probl\u00e8me\u201d n\u2019est plus le communisme ni les besoins de main-d\u2019\u0153uvre, mais le ch\u00f4mage et l\u2019immigration\u00a0\u00bb<\/em>, poursuit Karen Akoka. Au moment o\u00f9 les demandes augmentent, le terme de &#8220;r\u00e9fugi\u00e9&#8221; est remplac\u00e9 par celui de &#8220;demandeur d\u2019asile&#8221;, de moins en moins s\u00fbr de recevoir une r\u00e9ponse favorable. Le nombre de rejets d\u00e9passe celui des accords en 1985. Car <em>\u00ab\u00a0on ne peut pas accueillir toute la mis\u00e8re du monde\u00a0\u00bb<\/em>, se r\u00e9signe Michel Rocard.<\/p>\n<h2>Un accueil de plus en plus conditionn\u00e9<\/h2>\n<p>D\u00e8s lors, la mission de l\u2019Ofpra n\u2019est plus d\u2019int\u00e9grer les nouveaux venus mais de d\u00e9tecter le &#8220;faux demandeur d\u2019asile&#8221;, alors que les crit\u00e8res deviennent de plus en plus difficiles \u00e0 remplir. <em>\u00ab\u00a0Par exemple, les Kurdes de Turquie, autrefois reconnus comme r\u00e9fugi\u00e9s sur la seule base de leur appartenance ethnique, doivent d\u00e9sormais montrer non seulement qu\u2019ils sont individuellement pers\u00e9cut\u00e9s, mais qu\u2019ils n\u2019ont pas pris part \u00e0 la lutte arm\u00e9e du PKK\u00a0\u00bb<\/em>, souligne la chercheuse. Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, le taux de reconnaissance du statut stagne \u00e0 15 %.<\/p>\n<p>Si le communisme n\u2019est plus la menace \u00e0 contrer, les crit\u00e8res id\u00e9ologiques d\u2019attribution n\u2019ont pas disparu. C\u2019est ce que sugg\u00e8re l\u2019ouverture du statut aux victimes de l\u2019excision ou du mariage forc\u00e9, des violences associ\u00e9es dans les esprits \u00e0 l\u2019islam radical, cible num\u00e9ro un de la guerre contre le terrorisme.<\/p>\n<p>Reste que m\u00eame ces nouveaux\u00a0&#8220;r\u00e9fugi\u00e9s l\u00e9gitimes&#8221; sont accueillis bien moins chaleureusement que ne l\u2019\u00e9taient les anticommunistes. <em>\u00ab\u00a0Loin d\u2019\u00eatre achemin\u00e9s jusqu\u2019en Europe comme l\u2019\u00e9taient les \u201cEx-Indochinois\u201d, les Syriens doivent franchir de nombreux obstacles\u00a0\u00bb<\/em>, fait remarquer Karen Akoka. Pour la chercheuse, l\u2019accord de 2016 permettant de renvoyer en Turquie tous les migrants, y compris Syriens, arriv\u00e9s en Gr\u00e8ce apr\u00e8s le 20\u00a0mars 2016, repr\u00e9sente la plus inqui\u00e9tante rupture historique.\u00a0<em>\u00ab Il ne s\u2019agit plus de diff\u00e9rencier entre bons r\u00e9fugi\u00e9s et mauvais migrants, mais de renvoyer les candidats \u00e0 l\u2019asile en amont de ce tri. Il ne suffit plus ni d\u2019atteindre l\u2019Europe pour avoir le droit d\u2019y demander l\u2019asile, ni d\u2019y \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un r\u00e9fugi\u00e9 pour avoir le droit d\u2019y rester.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quels que soient les termes employ\u00e9s pour d\u00e9signer les candidats \u00e0 l&#8217;asile, la s\u00e9mantique est toujours rest\u00e9e sous l&#8217;influence de la politique pour d\u00e9finir les conditions de leur accueil et, surtout, de leur s\u00e9lection.<\/p>\n","protected":false},"author":1098,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[375],"class_list":["post-11138","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actu","tag-immigration"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11138","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1098"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11138"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11138\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11138"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11138"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11138"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}