{"id":11134,"date":"2018-09-27T09:06:00","date_gmt":"2018-09-27T07:06:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-lalizolle-terroir-d-accueil\/"},"modified":"2023-06-23T23:29:56","modified_gmt":"2023-06-23T21:29:56","slug":"article-lalizolle-terroir-d-accueil","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11134","title":{"rendered":"Lalizolle, terroir d\u2019accueil"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">\u00c0 l&#8217;heure o\u00f9 Emmanuel Macron insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 de <em>\u00ab nous prot\u00e9ger contre les flux migratoires irr\u00e9guliers \u00bb<\/em>, plusieurs maires se disent pr\u00eats \u00e0 accueillir des r\u00e9fugi\u00e9s afghans. Ces derniers fuient le r\u00e9gime des talibans, lesquels viennent de prendre le contr\u00f4le de Kaboul. Il y a quelques ann\u00e9es, <em>Regards<\/em> s&#8217;\u00e9tait rendu \u00e0 Lalizolle, en plein coeur de l&#8217;Auvergne, o\u00f9 le maire avait d\u00e9cid\u00e9 d&#8217;accueillir des familles de r\u00e9fugi\u00e9s. Reportage.<\/p>\n<p>Gilles Trapenard, soixante-huit ans, a commenc\u00e9 son premier mandat en 2014, \u00e0 Lalizolle, quatre cents habitants, commune de l\u2019Allier (Auvergne) situ\u00e9e \u00e0 trois quarts d\u2019heure de Vichy. Il se dit lui-m\u00eame <em>\u00ab\u00a0sans \u00e9tiquette, plut\u00f4t de droite, quoique\u2026\u00a0\u00bb<\/em>. Dans son bureau est affich\u00e9 un appel aux urnes de son grand-p\u00e8re, conseiller g\u00e9n\u00e9ral <em>\u00ab\u00a0r\u00e9publicain-socialiste\u00a0\u00bb<\/em>. <em>\u00ab\u00a0Je ne suis pas un politicien, je ne recherche que le bien de mon canton, sans autre arri\u00e8re-pens\u00e9e\u00a0\u00bb<\/em>, peut-on y lire. Mais si la politique semble une affaire de famille, c\u2019est bien Gilles Trapenard seul qui a d\u00e9cid\u00e9, en d\u00e9cembre 2017, d\u2019accueillir plusieurs familles de r\u00e9fugi\u00e9s dans son village.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/monde\/article\/tribune-kaboul-la-debacle-de-l-occident\">TRIBUNE. Kaboul : la d\u00e9b\u00e2cle de l\u2019Occident ?<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 cette \u00e9poque, il veut faire d\u2019une pierre deux coups. Son \u00e9cole \u00e9tant menac\u00e9e de fermeture, il a cette id\u00e9e\u00a0: faire venir des r\u00e9fugi\u00e9s. Sauver des vies, sauver son village. Il contacte directement l\u2019op\u00e9rateur Vilta\u00efs, financ\u00e9 par un fonds europ\u00e9en, le FAMI, qui d\u00e9pend du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur et qui travaille \u00e0 la venue de r\u00e9fugi\u00e9s dans le d\u00e9partement. Gilles Trapenard souligne que la pr\u00e9fecture, elle, <em>\u00ab\u00a0\u00e9tait contre la venue de ces r\u00e9fugi\u00e9s\u00a0\u00bb<\/em>. L\u2019Allier est le d\u00e9partement qui accueille le plus de r\u00e9fugi\u00e9s en France, proportionnellement \u00e0 son nombre d\u2019habitants \u2013 \u00cele-de-France mise \u00e0 part. <\/p>\n<p>En quelques jours \u00e0 peine, l\u2019op\u00e9ration est boucl\u00e9e\u00a0: Lalizolle sera une terre d\u2019accueil pour quatre familles. Vingt-et-une personnes originaires du Mali, de Centrafrique et de C\u00f4te-d\u2019Ivoire. Elles seront r\u00e9parties dans trois logements appartenant \u00e0 la municipalit\u00e9. Pour les plus jeunes, pas m\u00eame \u00e2g\u00e9s de dix ans, la vie se r\u00e9sume \u00e0 l\u2019exil et aux camps de r\u00e9fugi\u00e9s. Les p\u00e8res ne sont pas tous l\u00e0, parfois morts, tu\u00e9s dans des guerres civiles, fratricides. Impossible d\u2019imaginer l\u2019horreur qu\u2019ont v\u00e9cue ces familles avant d\u2019arriver en France. La guerre, la faim, la mort.<\/p>\n<h2>Sans pr\u00e9venir personne<\/h2>\n<p>C\u2019est le HCR (Haut commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s) qui les a identifi\u00e9s \u00e0 Niamey, capitale du Niger, les consid\u00e9rant comme des personnes vuln\u00e9rables. En relation avec l\u2019Office fran\u00e7ais de protection des r\u00e9fugi\u00e9s et apatrides (Ofpra), ils ont alors la possibilit\u00e9 de venir en France en tant que r\u00e9fugi\u00e9s politiques. Une proc\u00e9dure longue, au cas par cas. Le HCR estime \u00e0 plus de 90\u00a0000 le nombre de personnes pouvant pr\u00e9tendre \u00e0 ce programme au Tchad et au Niger. Ils ne seront que 3\u00a0000 \u00e0 venir en France en 2018 et 2019. <em>\u00ab\u00a0Eux, ils ont touch\u00e9 le loto quand on leur a dit qu\u2019ils venaient en France\u00a0\u00bb<\/em>, lance Gilles Trapenard.<\/p>\n<p>Gilles Trapenard a beau \u00eatre fier de sa d\u00e9cision, il n\u2019a pr\u00e9venu personne de son plan. Ni la presse, ni ses administr\u00e9s, pas m\u00eame ses \u00e9lus. Et quand il en a parl\u00e9 \u00e0 son premier adjoint, Maurice Deschamps, un fillonniste convaincu, celui-ci s\u2019est empress\u00e9 de lui faire part de son hostilit\u00e9. Et apr\u00e8s une nuit de r\u00e9flexion et d\u2019insomnie, il finit par l\u00e2cher\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Gilles, c\u2019est toi qui as raison, faisons-le\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> Vilta\u00efs \u00e9tait sur la m\u00eame longueur d\u2019ondes : agir rapidement pour \u00e9viter que des fantasmes ne se cr\u00e9ent, que l\u2019extr\u00eame droite r\u00e9cup\u00e8re l\u2019arriv\u00e9e des migrants.<\/p>\n<p>Finalement, les quatre cents \u00e2mes de Lalizolle ont \u00e9t\u00e9 inform\u00e9es. Pas de surprise\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Les irr\u00e9ductibles gueulent, mais certains se r\u00e9jouissent, notamment l\u2019\u00e9cole\u00a0\u00bb<\/em>, nous raconte l\u2019\u00e9dile. Ces <em>\u00ab\u00a0irr\u00e9ductibles\u00a0\u00bb<\/em> vont jusqu\u2019\u00e0 \u00e9mettre des menaces de mort \u00e0 l\u2019encontre des r\u00e9fugi\u00e9s, souvent sur le ton de l\u2019ironie, jamais face \u00e0 eux. Le maire s\u2019en d\u00e9sole, mais ne s\u2019inqui\u00e8te pas outre mesure. Il fait un constat sans appel\u00a0: Lalizolle est pass\u00e9e en quelques d\u00e9cennies de 60\u00a0% de votes communistes et 30\u00a0% de socialistes \u00e0 pr\u00e8s de 50\u00a0% de votes frontistes. \u00c0 la derni\u00e8re pr\u00e9sidentielle, Marine Le Pen est arriv\u00e9e en t\u00eate du premier tour avec 25 % des voix. C\u2019est dans ce contexte que, le 18 janvier 2018, d\u00e9barque la vingtaine de r\u00e9fugi\u00e9s.<\/p>\n<h2>Sas de d\u00e9compression<\/h2>\n<p>\u00c0 leur arriv\u00e9e, ils sont fatigu\u00e9s du voyage, frigorifi\u00e9s par moins dix degr\u00e9s. Les b\u00e9n\u00e9voles de Vilta\u00efs leur ont pr\u00e9par\u00e9 de quoi manger. Gilles Trapenard, lui, laisse quelques larmes lui \u00e9chapper. <em>\u00ab\u00a0Je suis \u00e9mu\u00a0\u00bb<\/em>, sourit-il. Le maire a beaucoup d\u2019espoir pour sa commune. Huit enfants viendront se joindre aux vingt-trois \u00e9l\u00e8ves de l\u2019\u00e9cole. Trois autres iront au coll\u00e8ge du coin. Lalizolle, c\u2019est une Poste, une \u00e9picerie et une \u00e9cole. <em>\u00ab\u00a0C\u2019est rare\u00a0\u00bb<\/em>, pour une si petite ville, commente le maire.<\/p>\n<p>Ce programme d\u2019accueil est temporaire\u00a0: Lalizolle a en quelque sorte la fonction d\u2019un sas de d\u00e9compression. Les r\u00e9fugi\u00e9s resteront au maximum quatre mois avant que d\u2019autres familles n\u2019arrivent. Pendant ces seize semaines, ils devront apprendre le fran\u00e7ais, si besoin, inscrire les enfants \u00e0 l\u2019\u00e9cole, se familiariser avec l\u2019administration fran\u00e7aise, faire valoir des \u00e9quivalences de dipl\u00f4me, chercher une formation professionnelle, un emploi et un logement stable. Le tout, bien \u00e9videmment, \u00e9paul\u00e9s par Vilta\u00efs. Apr\u00e8s ces quatre mois, l\u2019organisme continue de suivre les familles ailleurs en Allier o\u00f9, pendant huit mois, est alors mis en place un bail glissant, afin de rendre ces familles autonomes, petit \u00e0 petit. <\/p>\n<p>\u00c0 terme, elles auront un logement durable et, dans le meilleur des cas, un emploi. <em>\u00ab\u00a0Emploi que la plupart des Fran\u00e7ais n\u2019acceptent pas<\/em>, tient \u00e0 pr\u00e9ciser Gilles Trapenard. <em>Eux, d\u00e8s que vous leur proposez quelque chose, ils sont partants.\u00a0\u00bb<\/em> Pour Jean-Philippe Morel, chef de service de Vilta\u00efs, ce genre de programme d\u2019accueil est <em>\u00ab\u00a0facile, il n\u2019y a jamais eu de souci\u00a0\u00bb<\/em>. Il nous explique que les seules r\u00e9elles difficult\u00e9s, ce sont celles de la ruralit\u00e9 vis-\u00e0-vis de l\u2019emploi, de la mobilit\u00e9. D\u2019autant que, dans leurs pays d\u2019origine, la plupart des r\u00e9fugi\u00e9s ne vivaient pas dans d\u2019aussi petites communes.<\/p>\n<h2>Int\u00e9grer sans d\u00e9sint\u00e9grer<\/h2>\n<p>Vilta\u00efs se donne aussi la mission de respecter la culture d\u2019origine des r\u00e9fugi\u00e9s. Mais pour y parvenir, il faut que les municipalit\u00e9s acceptent d\u2019accueillir plus de deux familles. <em>\u00ab\u00a0L\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019implanter quatre, six familles, c\u2019est de cr\u00e9er un \u00e9quilibre entre la culture d\u2019origine et la ghetto\u00efsation\u00a0\u00bb<\/em>, explique Jean-Philippe Morel. \u00c0 Lalizolle, Vilta\u00efs loue les logements \u00e0 la mairie apr\u00e8s s\u2019\u00eatre occup\u00e9 de les r\u00e9nover, de les \u00e9quiper, d\u2019acheter tout le n\u00e9cessaire de base \u2013 des meubles (vendus par Emma\u00fcs) aux v\u00eatements, en passant par la mousse \u00e0 raser. Il y a \u00e9galement eu beaucoup de dons de la part des habitants de Lalizolle. Tout \u00e9tait fin pr\u00eat pour qu\u2019\u00e0 leur arriv\u00e9e, les r\u00e9fugi\u00e9s n\u2019\u00e9prouvent pas de difficult\u00e9s mat\u00e9rielles.<\/p>\n<p>Trois mois plus tard, mis \u00e0 part la nourriture, pour laquelle il faut s\u2019habituer \u00e0 manger des p\u00e2tes, <em>\u00ab\u00a0comme les Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb<\/em>, le premier bilan est <em>\u00ab\u00a0un succ\u00e8s total, au-del\u00e0 de nos esp\u00e9rances\u00a0\u00bb<\/em>, constate Gilles Trapenard. Une famille a d\u00e9j\u00e0 quitt\u00e9 Lalizolle, une autre est arriv\u00e9e\u00a0: deux Soudanaises et leurs enfants. Une autre famille ne devrait pas tarder et Vilta\u00efs lui pr\u00e9pare un logement dans le village, juste au-dessus de l\u2019\u00e9picerie. Pour les autres, le <em>\u00ab\u00a0sas \u00bb<\/em> fait son office. Eug\u00e8ne et Marie-Laure racontent le plaisir qu\u2019ils \u00e9prouvent \u00e0 simplement faire des promenades et contempler une nature plus luxuriante que dans leurs pays d\u2019origine.<\/p>\n<p>Mais le calme a ses limites. \u00c0 Lalizolle, l\u2019ennui est familier, il y a peu d\u2019activit\u00e9s \u00e0 part la zumba du lundi soir \u2013 \u00e0 plus forte raison quand on doit compter sur Vilta\u00efs pour se d\u00e9placer vers les communes environnantes. <em>\u00ab\u00a0Nous ne sommes pas autonomes pour aller \u00e0 la pharmacie ou faire les courses\u00a0\u00bb<\/em>, explique Sabiratou. Elle r\u00eave de la ville, la grande\u00a0: Paris\u00a0! Si elle le dit en riant, il y a bien une pointe de v\u00e9rit\u00e9. Tiffany Gastal, conseill\u00e8re en \u00e9conomie sociale et familiale pour Vilta\u00efs, \u00e0 temps plein \u00e0 Lalizolle, insiste sur le fait qu\u2019elle travaille beaucoup sur l\u2019autonomie avec les r\u00e9fugi\u00e9s, et rappelle\u00a0: <em>\u00ab\u00a0C\u2019est un service qui vient d\u2019\u00eatre mont\u00e9, il y a forc\u00e9ment des choses qui doivent se mettre en place petit \u00e0 petit\u00a0\u00bb<\/em>. Vilta\u00efs est en train de mettre en place un syst\u00e8me de taxis pour am\u00e9liorer les d\u00e9placements. Tous esp\u00e8rent cependant \u00eatre relog\u00e9s bient\u00f4t dans une plus grande ville. <\/p>\n<h2>Montagnes russes \u00e9motionnelles<\/h2>\n<p>Les <em>\u00ab\u00a0irr\u00e9ductibles\u00a0\u00bb<\/em>, on ne les entend plus. Jean-Philippe Morel t\u00e9moigne avoir vu <em>\u00ab\u00a0le plus raciste de tous en train de papoter avec les gamins deux jours apr\u00e8s leur arriv\u00e9e\u00a0\u00bb<\/em>. \u00c0 l\u2019\u00e9picerie, on constate que les habitants de Lalizolle sont plut\u00f4t rassur\u00e9s. Presque fiers d\u2019appartenir \u00e0 une ville qui a fait le choix de la solidarit\u00e9. Au sein de la communaut\u00e9 scolaire, en revanche, on est tout de m\u00eame un peu amer. Si l\u2019accueil des enfants r\u00e9fugi\u00e9s n\u2019a pos\u00e9 aucune probl\u00e8me \u2013 les enfants de Lalizolle y ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9s et tout s\u2019est bien pass\u00e9 \u2013 plusieurs critiques ont \u00e9t\u00e9 formul\u00e9es. \u00c0 commencer par la barri\u00e8re de la langue, p\u00e9nalisante pour se faire comprendre, et entendre, tous les enfants n\u2019\u00e9tant pas francophones. Mais le maire est confiant\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Comme tous les enfants du monde, ce sont des \u00e9ponges, dans un mois, ils vont parler fran\u00e7ais\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Aussi, il n\u2019y a que deux enseignants dans cette \u00e9cole de bient\u00f4t trente-huit \u00e9l\u00e8ves dont douze r\u00e9fugi\u00e9s, et ils doivent d\u00e9j\u00e0 composer avec des classes \u00e0 plusieurs niveaux. Un renfort serait n\u00e9cessaire mais <em>\u00ab\u00a0l\u2019\u00c9ducation nationale nous a fait des promesses qu\u2019elle n\u2019a jamais tenues\u00a0\u00bb<\/em>, s\u2019agace Gilles Trapenard. Enfin, avec ce roulement des familles tous les quatre mois, les enfants, r\u00e9fugi\u00e9s ou non, font face \u00e0 des montagnes russes \u00e9motionnelles entre l\u2019accueil et l\u2019au revoir. <em>\u00ab\u00a0Nous, on aimerait plus, mais il s\u2019agit d\u2019un temps de r\u00e9adaptation, de soin du traumatisme et d\u2019int\u00e9gration\u00a0\u00bb<\/em>, continue l\u2019\u00e9dile. Il reconna\u00eet que, d\u2019un point de vue p\u00e9dagogique, il serait mieux d\u2019avoir les enfants toute une ann\u00e9e scolaire. Jean-Philippe Morel nous explique de son c\u00f4t\u00e9 que le programme de Lalizolle est \u00e9tabli pour trois ans, renouvelable, et que Vilta\u00efs est <em>\u00ab\u00a0partant pour une tr\u00e8s longue dur\u00e9e\u00a0\u00bb<\/em>. Un horizon partag\u00e9 avec Gilles Trapenard, malgr\u00e9 les oppositions diverses. Il s\u2019amuse\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Il y a des gens qui ont un certain respect pour l\u2019ordre \u00e9tabli. Moi, je suis un peu anarchiste, j\u2019en n\u2019ai rien \u00e0 faire\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em>. Une exp\u00e9rience prometteuse qui m\u00e9riterait sans doute d\u2019\u00eatre g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Voire banalis\u00e9e. Loin des choix politiques faits au niveau national.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/loic-le-clerc\"><strong>Lo\u00efc Le Clerc<\/strong><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignleft size-full wp-image-26405\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/boj_regards180425_726-24f.jpg\" alt=\"boj_regards180425_726.jpg\" align=\"left\" width=\"728\" height=\"510\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/boj_regards180425_726-24f.jpg 728w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/boj_regards180425_726-24f-300x210.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 728px) 100vw, 728px\" \/><br \/>&nbsp;<\/p>\n<h2>Sabiratou Abdoulaye, vingt-cinq ans, deux enfants<\/h2>\n<p>Sabiratou est n\u00e9e \u00e0 Ansongo, commune de 30\u00a0000 habitants situ\u00e9e au Mali. En 2012, elle quitte son pays <em>\u00ab\u00a0\u00e0 cause de la guerre, des terroristes qui sont venus tuer, br\u00fbler, imposer leur loi islamique\u00a0\u00bb<\/em>. Sabiratou est musulmane, mais entre le voile int\u00e9gral et le lyc\u00e9e, elle a fait son choix. Elle fuit le jour o\u00f9 l\u2019\u00e9tablissement est d\u00e9truit. Elle est alors en terminale. Arriv\u00e9e au Niger, elle commence des \u00e9tudes d\u2019infirmi\u00e8re. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019elle rencontre le p\u00e8re de ses enfants. Ils en auront deux en 2014 et 2015. Si c\u2019est le HCR qui la prend en charge afin de la faire venir en France, la proc\u00e9dure est tr\u00e8s longue. Ils n\u2019apprendront qu\u2019en janvier 2018 leur d\u00e9part imminent pour la France. Aujourd\u2019hui, Sabiratou esp\u00e8re pouvoir reprendre ses \u00e9tudes d\u2019infirmi\u00e8re. Et, si tout va bien, elle veut rester en France, pour elle mais surtout pour ses enfants.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<img decoding=\"async\" src=\"IMG\/jpg\/boj_regards180426_399.jpg\" alt=\"boj_regards180426_399.jpg\" align=\"left\" \/><br \/>&nbsp;<\/p>\n<h2>Marie-Th\u00e9r\u00e8se Tano et Eug\u00e8ne Djollo, quarante-et-un et quarante-huit ans, cinq enfants<\/h2>\n<p>Tous deux sont Ivoiriens. Jamais ils n\u2019auraient pens\u00e9 que leur pays puisse sombrer ainsi dans la guerre civile. Fin 2010 a lieu l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle. Le pr\u00e9sident sortant Laurent Gbagbo perd face \u00e0 Alassane Ouattara, la guerre civile est proche. Devant le bureau de vote, des militaires ordonnent \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se de voter pour leur candidat. Elle refuse et r\u00e9torque\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Je pr\u00e9f\u00e8re ne pas voter que voter de force\u00a0\u00bb<\/em>. Sa m\u00e8re est abattue sous ses yeux, puis elle est battue \u00e0 coups de crosse de fusil et enfin viol\u00e9e. Elle n\u2019a pas d\u2019autre choix que de fuir avec ses trois enfants et marche, des jours durant, \u00e0 travers champs. Mais la guerre la rattrape. Elle arrive alors au Burkina Faso, mais ici non plus, elle n\u2019est pas la bienvenue. Elle fuit encore.<\/p>\n<p>Pr\u00e8s de deux semaines et 2\u00a0000 kilom\u00e8tres plus tard, elle arrive au Niger, dans un \u00e9tat de <em>\u00ab\u00a0folie\u00a0\u00bb<\/em>, selon ses propres mots. Le Togolais qui l\u2019h\u00e9berge elle et ses enfants appelle alors Eug\u00e8ne, pour qu\u2019il prenne soin de sa <em>\u00ab\u00a0s\u0153ur\u00a0\u00bb<\/em>. Eug\u00e8ne a lui aussi fui son pays en passant par la Lybie. Marie-Th\u00e9r\u00e8se est hospitalis\u00e9e plusieurs semaines. Elle est enceinte de son bourreau ivoirien. Eug\u00e8ne aura l\u2019humanit\u00e9 de reconna\u00eetre l\u2019enfant comme le sien. Ils en auront un cinqui\u00e8me ensemble.<\/p>\n<p>Finalement, le HCR les rep\u00e8re. Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Eug\u00e8ne n\u2019en avaient jamais entendu parler. Ils vont quelque temps vivre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du camp de r\u00e9fugi\u00e9s, \u00e0 Niamey, mais les conditions de vie sont pires qu\u2019en dehors. Ils vivront alors comme ils peuvent, jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9livrance d\u00e9but 2018. Eug\u00e8ne pesait quarante-huit kilos \u00e0 son arriv\u00e9e en France. Trois mois plus tard, il en p\u00e8se d\u00e9j\u00e0 soixante-quatre. Pas question de rentrer en C\u00f4te-d\u2019Ivoire, \u00e0 moins que le r\u00e9gime politique ne change, que la guerre civile cesse et que les cauchemars disparaissent. Et encore\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignleft size-full wp-image-26406\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/boj_regards180426_355-b39.jpg\" alt=\"boj_regards180426_355.jpg\" align=\"left\" width=\"728\" height=\"510\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/boj_regards180426_355-b39.jpg 728w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/boj_regards180426_355-b39-300x210.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 728px) 100vw, 728px\" \/><br \/>&nbsp;<\/p>\n<h2>Marie-Laure Diagbr\u00e9, quarante-deux ans, deux enfants<\/h2>\n<p>Marie-Laure est ivoirienne, comme ses deux enfants de treize et huit ans. <em>\u00ab\u00a0Pendant plusieurs ann\u00e9es, il y a eu des conflits en C\u00f4te-d\u2019Ivoire<\/em>, raconte-t-elle. <em>Cela nous a pouss\u00e9 \u00e0 sortir du pays. C\u2019\u00e9tait sauve-qui-peut, chacun cherchait un pays o\u00f9 partir.\u00a0\u00bb<\/em> Pour Marie-Laure aussi, le Niger est la destination choisie pour fuir la politique et la guerre. Pour cela, elle passe par le Ghana et le Togo. <em>\u00ab\u00a0Le Niger est un pays vraiment pauvre, mais on n\u2019avait pas entendu parler de guerre\u00a0l\u00e0-bas \u00bb<\/em>, r\u00e9sume Marie-Laure. La paix. Elle ne demande rien de plus.<\/p>\n<p>Au Niger, elle cherche des petits boulots, serveuse par exemple, pour manger un peu chaque jour. Le logement n\u2019est pas chose facile, ses enfants sont dispers\u00e9s chez plusieurs connaissances. Chr\u00e9tienne, elle subit des pressions d\u2019islamistes nig\u00e9riens, comme ses enfants \u00e0 qui on veut imposer l\u2019islam \u00e0 coups de b\u00e2ton. Les ann\u00e9es passant, il devient de plus en plus difficile de vivre ce quotidien. <em>\u00ab\u00a0Je ne savais pas que, quand tu fuis ton pays, tu es un r\u00e9fugi\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>. Alors, quand elle apprend l\u2019existence du HCR, <em>\u00ab\u00a0c\u2019est comme quand tu n\u2019as plus d\u2019espoir, et que l\u2019espoir vient\u00a0\u00bb<\/em>. Elle pense pouvoir avoir un peu d\u2019argent, mais ne r\u00e9alise pas ce qui l\u2019attend\u00a0: un d\u00e9part pour la France. <em>\u00ab\u00a0On est sauv\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> Depuis janvier 2018, \u00e0 Lalizolle, elle vit en colocation avec Sabiratou, musulmane. La paix, enfin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/loic-le-clerc\"><strong>L. L. C.<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-11134 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/boj_regards180425_726-078.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/boj_regards180425_726-078-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"boj_regards180425_726.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/boj_regards180426_355-90e.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/boj_regards180426_355-90e-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"boj_regards180426_355.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/lal-a97.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/lal-a97-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"lal.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l&#8217;heure o\u00f9 Emmanuel Macron insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 de <em>\u00ab nous prot\u00e9ger contre les flux migratoires irr\u00e9guliers \u00bb<\/em>, plusieurs maires se disent pr\u00eats \u00e0 accueillir des r\u00e9fugi\u00e9s afghans. Ces derniers fuient le r\u00e9gime des talibans, lesquels viennent de prendre le contr\u00f4le de Kaboul. Il y a quelques ann\u00e9es, <em>Regards<\/em> s&#8217;\u00e9tait rendu \u00e0 Lalizolle, en plein coeur de l&#8217;Auvergne, o\u00f9 le maire avait d\u00e9cid\u00e9 d&#8217;accueillir des familles de r\u00e9fugi\u00e9s. Reportage.<\/p>\n","protected":false},"author":1203,"featured_media":26405,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[375,347],"class_list":["post-11134","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-societe","tag-immigration","tag-reportage"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11134","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1203"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11134"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11134\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/26405"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11134"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11134"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11134"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}