{"id":11129,"date":"2018-07-18T11:03:00","date_gmt":"2018-07-18T09:03:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-vacances-vive-la-sociale\/"},"modified":"2018-07-18T11:03:00","modified_gmt":"2018-07-18T09:03:00","slug":"article-vacances-vive-la-sociale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11129","title":{"rendered":"Vacances : vive la Sociale !"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">En vacances, on peut bronzer idiot, pas idiot ou les deux. On peut lire du s\u00e9rieux, du moins s\u00e9rieux, des deux ou de l\u2019entre-deux. On peut oublier la lutte des classes, ou y penser autrement. Voil\u00e0 qui tombe bien : il y a de quoi choisir en ce moment.<\/p>\n<p>Puisque l\u2019air du temps reste \u00e0 la gr\u00e8ve, voici quelques produits culturels originaux qui nous parlent du mouvement ouvrier.<\/p>\n<h2>Guerre de classe ?<\/h2>\n<p>Le cin\u00e9ma a \u00e9t\u00e9 l\u2019art populaire par excellence du XXe si\u00e8cle. Une des forces du communisme en France fut de l\u2019avoir compris, parfois mieux que les autres.<\/p>\n<p>Cela fait maintenant plusieurs ann\u00e9es que l\u2019association Cin\u00e9-Archives, qui se veut une <a href=\"https:\/\/www.cinearchives.org\">cin\u00e9math\u00e8que du Parti communiste fran\u00e7ais<\/a>, met \u00e0 la disposition du public un fonds copieux et soigneusement r\u00e9nov\u00e9 d\u2019archives cin\u00e9matographiques accumul\u00e9es par le PC depuis les ann\u00e9es 1920. Le site de l\u2019association permet de voir directement un grand nombre de ces p\u00e9pites, parfois connues, le plus souvent inconnues et presque toujours m\u00e9connues.<\/p>\n<p>Les animateurs de Cin\u00e9-Archives ont d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 rassembl\u00e9 une part importante du fonds dans des DVD chronologiques, o\u00f9 l\u2019image est accompagn\u00e9e de livrets historiques fournis. En 2016, le coffret <em>La Vie est \u00e0 nous<\/em>, consacr\u00e9 au cin\u00e9ma militant du Front populaire, a eu un beau succ\u00e8s. On a moins parl\u00e9 en 2018 du coffret qui constitue une suite du pr\u00e9c\u00e9dent et qui porte sur la p\u00e9riode 1945-1956, sous le joli titre de <em>Grands soirs et beaux lendemains<\/em>.<\/p>\n<p>Or ce coffret m\u00e9rite franchement le d\u00e9tour. Sans doute la p\u00e9riode observ\u00e9e est-elle, \u00e0 bien des \u00e9gards, plus aust\u00e8re que celle des &#8220;lendemain qui chantent&#8221;. Les deux premi\u00e8res ann\u00e9es sont bien s\u00fbr toujours celles de l\u2019esp\u00e9rance : dans la France lib\u00e9r\u00e9e, o\u00f9 le programme du Conseil national de la r\u00e9sistance inspire les hautes sph\u00e8res, le monde communiste et c\u00e9g\u00e9tiste s\u2019est impos\u00e9. L\u2019Union sovi\u00e9tique hier brocard\u00e9e fait partie du camp des vainqueurs et les communistes sont au gouvernement de la France. Mais tout bascule brusquement en quelques mois, entre le printemps et la fin de l\u2019automne 1947. C\u2019en est alors fini, et pour longtemps, des grandes ambitions de rassemblement national large et progressiste. Gauche et droite n\u2019ont plus cours : on doit d\u00e9sormais choisir entre l\u2019Est et l\u2019Ouest entre le &#8220;camp de la paix&#8221; et le &#8220;parti am\u00e9ricain&#8221;.<\/p>\n<p>Le cin\u00e9ma militant passe ainsi de l\u2019exaltation nationale \u00e0 une rudesse de ton, \u00e0 la double image aujourd\u2019hui si lointaine de la guerre froide et du stalinisme \u00e0 l\u2019apog\u00e9e. \u00c0 la conqu\u00eate du bonheur exalte la France communiste dont les municipalit\u00e9s g\u00e9r\u00e9es par le PC veulent \u00eatre la vitrine. La grande lutte des mineurs de Louis Daquin \u00e9voque la gr\u00e8ve (novembre-d\u00e9cembre 1948) la plus dure de l\u2019histoire syndicale contemporaine. Quant \u00e0 L\u2019Homme que nous aimons le plus, il est un monument, \u00e0 la fois consternant et touchant, de ce que fut le culte de Staline. Il est vrai que, depuis 1938, la lutte ouvri\u00e8re est entr\u00e9e dans une phase de radicalisation et de violence qui ne s\u2019estompera qu\u2019au milieu des ann\u00e9es 1960. Manifestations violentes, utilisation de l\u2019arm\u00e9e, arrestations, licenciements en masse, r\u00e9pression antisyndicale : ce n\u2019est pas sur le seul plan des relations internationale que la &#8220;brutalisation&#8221; amorc\u00e9e en ao\u00fbt 1914 imprime sa marque tragique.<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9cran rouge<\/h2>\n<p>Pour comprendre l\u2019image, on dispose bien s\u00fbr des livrets explicatifs pr\u00e9cit\u00e9s. Il est utile de les compl\u00e9ter par un nouvel ouvrage, somptueusement illustr\u00e9, intitul\u00e9 <em>L\u2019\u00e9cran rouge<\/em>, et sous-titr\u00e9 <em>Syndicalisme et cin\u00e9ma de Gabin \u00e0 Belmondo<\/em>. Le ma\u00eetre d\u2019\u0153uvre de cet ouvrage \u2013 par ailleurs un des piliers des recueils pr\u00e9c\u00e9dents \u2013 est l\u2019historien Tangui Perron, l\u2019un des meilleurs connaisseurs du cin\u00e9ma militant li\u00e9 au PC et \u00e0 la CGT.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude porte sur la p\u00e9riode qui va de l\u2019essor du Front populaire \u00e0 la mise en place du gaullisme. 1958 n\u2019est certes pas la fin de l\u2019histoire, affirme malicieusement Tangui Perron, mais c\u2019est incontestablement la fin de quelques cycles de l\u2019histoire fran\u00e7aise. En fait, au fil des pages, ce sont deux cycles qui s\u2019entrem\u00ealent, se confortent mutuellement, puis s\u2019essoufflent : le &#8220;cycle h\u00e9ro\u00efque du mouvement ouvrier&#8221; et le monopole du cin\u00e9ma sur les loisirs populaires. \u00c0 la charni\u00e8re des ann\u00e9es cinquante et soixante, la France entre dans une nouvelle \u00e8re, dont la nouveaut\u00e9 au demeurant n\u2019est pas toujours per\u00e7ue par les protagonistes de la sc\u00e8ne sociale. Le Front populaire reste dans la m\u00e9moire, mais il s\u2019efface de l\u2019histoire v\u00e9cue\u2026<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes portent explicitement sur le syndicalisme de la CGT ; en fait ils ne cessent de parler de communisme. Non sans raison\u2026 Sans doute faut-il \u00e9viter les images trop commodes de la <em>\u00ab courroie de transmission \u00bb<\/em>, comme le sugg\u00e8re utilement l\u2019historien Michel Pigenet. La CGT a une histoire trop ancienne et trop complexe pour se r\u00e9duire \u00e0 une officine de quelque force que ce soit. Mais le communisme du XXe si\u00e8cle, en France, ne se r\u00e9duit pas \u00e0 un parti politique. Comme c\u2019est le cas dans d\u2019autres pays, la France offre l\u2019exemple d\u2019une configuration originale \u2013 mais ailleurs sous dominante sociale-d\u00e9mocrate \u2013 raccordant une structure partisane, de l\u2019action syndicale, du mouvement associatif et des mouvances culturelles plus ou moins diffuses. Le communisme en France ne fut pas une &#8220;contre-soci\u00e9t\u00e9&#8221; &#8211; comme le fut le mod\u00e8le communiste allemand de l\u2019entre-deux-guerres, mais il a fonctionn\u00e9 comme une vaste galaxie, reliant de fa\u00e7on remarquablement efficace du social, du politique et du symbolique.<\/p>\n<p>En mati\u00e8re de cin\u00e9ma, c\u2019est le syndicat qui est le fer de lance de l\u2019immersion du communisme dans le monde du cin\u00e9ma. Il l\u2019est, pourrait-on dire, tout naturellement, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le cin\u00e9ma, avant d\u2019\u00eatre pilot\u00e9 par le financier, est une industrie culturelle o\u00f9 toute la cha\u00eene de production, du r\u00e9alisateur au technicien, participe \u00e0 l\u2019\u00e9laboration et \u00e0 la ma\u00eetrise du produit. \u0152uvre collective et travail au sens plein du terme, le cin\u00e9ma de ce temps-l\u00e0 rel\u00e8ve ainsi directement de la solidarit\u00e9 des producteurs et de la culture collective du labeur. La place du syndicalisme, des techniciens aux acteurs refl\u00e8te ce trait original, aujourd\u2019hui oubli\u00e9.<\/p>\n<p>Divers par ses angles d\u2019approche et les sensibilit\u00e9s de ses auteurs, l\u2019ouvrage est passionnant et se lit comme autant de courtes nouvelles. On y trouve \u00e0 la fois les films connus (<em>La Marseillaise<\/em>, <em>La Bataille du rail<\/em>\u2026) et les moins connus (<em>Antoine et Antoinette<\/em> de Jacques Becker, 1947), les cin\u00e9astes du haut de l\u2019affiche (Jean Renoir), les oubli\u00e9s (Jean Epstein) et les &#8220;maudits&#8221; heureusement remis en lumi\u00e8re (Jean Gr\u00e9millon). On y croise les militants \u00e0 l\u2019\u0153uvre durable, exigeante et courageuse (Louis Daquin, Ren\u00e9 Vautier) et ceux qui, \u00e0 cheval entre l\u2019engagement et le cin\u00e9ma commercial, offrent une production \u00e0 facettes multiples (Jean-Paul Le Channois, du <em>Temps des cerises militant<\/em> de 1937 \u00e0 <em>Papa, Maman, la bonne et moi<\/em> de 1954\u2026).<\/p>\n<p>On y c\u00f4toie ceux qui restaient plut\u00f4t dans les coulisses mais structuraient pourtant tout le champ, comme Henri Alekan, le syndicaliste Georges Ch\u00e9zeau, les fr\u00e8res Max et Jacques Douy ou la critique cin\u00e9matographique Mich\u00e8le Firk. On y red\u00e9couvre que G\u00e9rard Philippe a \u00e9t\u00e9 un vrai syndicaliste, que Loleh Bellon et Michel Piccoli font leurs premiers pas dans <em>Le Point du jour<\/em> de Daquin (1949). Et on constate encore que les complices du d\u00e9licieux <em>Un singe en hiver<\/em> d\u2019Henri Verneuil (1962), Jean Gabin, Jean-Paul Belmondo, Suzanne Flon et Paul Franckeur avaient toutes les raisons de jouer ensemble, \u00e0 l\u2019aube des ann\u00e9es 1960 : tous avaient particip\u00e9 \u00e0 la grande saga d\u2019un cin\u00e9ma fran\u00e7ais populaire marqu\u00e9 par la conviction, partag\u00e9er bien au-del\u00e0 de la gauche communisante, que la promotion de l\u2019art cin\u00e9matographique et la reconnaissance du mouvement ouvrier sont all\u00e9es de pair, pendant plus de deux d\u00e9cennies.<\/p>\n<h2>Les traces d\u2019une culture populaire<\/h2>\n<p>Ce livre et ces disques de films sont un formidable sujet de m\u00e9ditation. Pour l\u2019historien, accoutum\u00e9 \u00e0 l\u2019archive, ils sont une manne, compl\u00e9tant la rationalit\u00e9 du discours par l\u2019\u00e9motion de l\u2019image, rappelant que l\u2019action est ins\u00e9parable d\u2019une esth\u00e9tique. Or celle qui va de l\u2019expansion du Front populaire aux va-et-vient de la guerre froide a un incontestable force, militante certes, mais sublim\u00e9e par une image d\u2019une qualit\u00e9 professionnelle jamais d\u00e9mentie.<\/p>\n<p>On peut penser, par la masse de l\u2019\u00e9crit, que l\u2019on sait ce que fut le stalinisme &#8220;\u00e0 la fran\u00e7aise&#8221;. Mais on ne va pas jusqu\u2019au bout de la compr\u00e9hension la plus profonde, si l\u2019on n\u2019a pas vu <em>L\u2019Homme que nous aimons le plus<\/em>, film de commande r\u00e9alis\u00e9 par Victoria Mercanton pour le soixanti\u00e8me anniversaire de Staline (1949). Port\u00e9e par le phras\u00e9 modul\u00e9 de Paul \u00c9luard, cette \u0153uvre de propagande pure entrem\u00eale heureusement un discours officiel \u00e9troitement balis\u00e9, la rigueur d\u2019une orthodoxie mesur\u00e9e au mot pr\u00e8s et une passion militante qui affleure dans les gestes, les voix et les regards. En bref, le stalinisme comme passion, \u00e0 la fois source d\u2019aveuglement et ressort \u00e9thique d\u2019un engagement total\u2026<\/p>\n<p>Le beau livre des \u00c9ditions de l\u2019Atelier et l\u2019image s\u2019\u00e9paulent ainsi, nous conduisant au-del\u00e0 du politique <em>stricto sensu<\/em>. Car les images qui nous sont montr\u00e9es sont certes d\u2019abord des r\u00e9cits militants, d\u00e9bordant de manifestations combatives ou bon enfant, mettant en sc\u00e8ne des ouvriers, de petits paysans du Limousin, des mineurs et m\u00eame des acteurs de cin\u00e9ma. Les r\u00e9unions, les rassemblements, les Congr\u00e8s m\u00eame ne manquent pas. Mais la geste militante n\u2019est pas la seule \u00e0 occuper les \u00e9crans. L\u2019image est tout autant celle de la sociabilit\u00e9 populaire, celle des m\u00e9tiers que l\u2019on retrouve dans <em>L\u2019Homme que nous aimons le plus<\/em>, celle de la banlieue rouge et de sa fiert\u00e9, celle des colonies de vacances et des f\u00eates populaires. Elle ouvre les yeux, de fa\u00e7on alors rare, sur la r\u00e9alit\u00e9 du monde colonial (l\u2019\u00e9tonnante <em>Terre tunisienne<\/em> de Jean-Jacques Sirkis). \u00c0 c\u00f4t\u00e9 du film de pure propagande, on trouve des regards plus intimes, fixant le regard sur ceux que l\u2019on ne voit jamais. On n\u2019exalte plus alors le mod\u00e8le militant, mais l\u2019h\u00e9ro\u00efsme et la po\u00e9tique du quotidien, les corps marqu\u00e9s par le labeur des marins bretons du superbe <em>Mon ami Pierre<\/em> (Louis F\u00e9lix et Paula Neurisse, 1951), ou la dure vie et la joie solidaire des mineurs c\u00e9venols (<em>Ma Jeannette et les copains<\/em> de Robert M\u00e9n\u00e9goz, 1953).<\/p>\n<p>Nous franchissons alors un pas dans l\u2019intelligence du pass\u00e9. Le communisme ne fut pas qu\u2019un parti, mais aussi une galaxie d\u2019organisations : au-del\u00e0, ce fut aussqi une culture dont la force, sur quelques d\u00e9cennies a tenu \u00e0 ce qu\u2019elle s\u2019est enracin\u00e9e dans une vieille culture politique \u2013 la culture pl\u00e9b\u00e9ienne, d\u00e9mocratique et r\u00e9volutionnaire qui s\u2019\u00e9panouit entre 1789 et 1794 \u2013 et qu\u2019elle a pu s\u2019entrem\u00ealer avec les cultures populaires du monde urbain et d\u2019une partie du monde rural. Culture communiste, culture populaire : les deux ne se confondent pas, mis se croisent et se confortent.<\/p>\n<p>C\u2019est le m\u00e9rite de Cin\u00e9-Archives et de l\u2019\u00e9quipe r\u00e9unie par Tangui Perron que de nous restituer finement cette conjonction. Difficile de cacher qu\u2019elle peut nourrir une certaine nostalgie, de ces temps o\u00f9 le mouvement ouvrier historique \u00e9tait \u00e0 son apog\u00e9e et o\u00f9 le peuple urbain acc\u00e9dait, en m\u00eame temps, \u00e0 la reconnaissance statutaire (les conqu\u00eates du Front populaire et de la Lib\u00e9ration) et \u00e0 la dignit\u00e9 symbolique (incarn\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cran par Gabin). Mais nul besoin de nostalgie : aucune culture ne reste immobile et seules meurent celles qui ne savent pas se transformer.<\/p>\n<p>Sans doute est-ce \u00e0 cela que sert l\u2019histoire : elle invite la m\u00e9moire \u00e0 ne pas \u00eatre un simple conservatoire. C\u2019est \u00e0 cet effort que contribuent <em>l\u2019Ecran rouge<\/em> d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les <em>Grands soirs et beaux lendemains<\/em> de l\u2019autre.<\/p>\n<h2>Lectures compl\u00e9mentaires<\/h2>\n<p>Puisque nous \u00e9chappons \u00e0 peine au cinquantenaire de mai-juin 1968, on peut compl\u00e9ter la lecture des ouvrages largement recens\u00e9s par ailleurs, par celle de quelques autres, tout aussi riches. L\u2019approche locale relativise l\u2019h\u00e9g\u00e9monie de l\u2019imagerie parisienne : le cas de la Bourgogne est propos\u00e9 par Jean Vigreux, associant analyses et documents (<em>Mai 1968 en Bourgogne<\/em>, \u00c9ditions universitaires de Dijon, 10 euros) et celui de Marseille fait l\u2019objet d\u2019un recueil collectif, sous la houlette de G\u00e9rard Leidet et de Bernard Regaudiat et de la tr\u00e8s active association Promemo (<em>Marseille-Paris, les belles de Mai<\/em>, \u00c9ditions Syllepse\/Promemo, 8 euros).<\/p>\n<p>Christian Langeois, qui nous a d\u00e9j\u00e0 offert une belle biographie d\u2019Henri Krasucki, r\u00e9cidive avec un tr\u00e8s utile parcours de vie de Georges S\u00e9guy, l\u2019un des acteurs centraux de mai-juin. Les pages consacr\u00e9es au printemps 68, rigoureusement document\u00e9es, retiendront bien s\u00fbr ici l\u2019attention (Georges S\u00e9guy. Syndicaliste du XXe si\u00e8cle, \u00c9ditions de l\u2019Atelier, 20 euros).<\/p>\n<p>Enfin, \u00e0 la charni\u00e8re de l\u2019histoire et de la fiction, on se d\u00e9lectera avec le recueil de trente textes, courts et percutants, propos\u00e9s par les \u00e9ditions Arcane 17 sous un titre bien dans l\u2019esprit du printemps fran\u00e7ais : <em>Sous les pav\u00e9s la rage<\/em> (20 euros).<\/p>\n<p>Pour qui veut remonter dans le temps, on ne saurait trop conseiller la lecture de quatre ouvrages, parcourant all\u00e8grement les d\u00e9cennies. En remontant l\u2019\u00e9chelle du temps, on retiendra la r\u00e9\u00e9dition d\u2019un bel exemple d\u2019histoire imm\u00e9diate : le r\u00e9cit des journ\u00e9es de f\u00e9vrier 1934 par un t\u00e9moin engag\u00e9, Marc Bernard, alors &#8220;\u00e9crivain prol\u00e9tarien&#8221; (<em>Faire front. Les journ\u00e9es ouvri\u00e8res des 9 et 12 f\u00e9vrier 1934<\/em>, avec une copieuse introduction de Laurent L\u00e9vy, La fabrique \u00e9ditions, 12 euros).<\/p>\n<p>Plus en avant encore l\u2019utile r\u00e9\u00e9dition s\u00e9rieusement remise \u00e0 jour du recueil de biographies de &#8220;vieux bolcheviks&#8221;, publi\u00e9 en 1969 chez Maspero par Georges Haupt (aujourd\u2019hui d\u00e9c\u00e9d\u00e9) et par l\u2019intarissable et toujours pertinent Jean-Jacques Marie. Un classique revisit\u00e9, en quelque sorte, loin des clich\u00e9s faciles (<em>Les bolcheviks par eux-m\u00eames<\/em>, Les Bons Caract\u00e8res, 20 euros).<\/p>\n<p>Edouard Vaillant fait un peu figure d\u2019oubli\u00e9 dans l\u2019histoire d\u2019un socialisme fran\u00e7ais domin\u00e9 par les deux figures concurrentes de Jules Guesde et de Jean Jaur\u00e8s. Pourtant, ce Berrichon qui participa \u00e0 la Commune fut un personnage clef du mouvement, trait d\u2019union entre des sensibilit\u00e9s disparates, ing\u00e9nieur polyglotte admirable connaisseur de la pens\u00e9e allemande. Apr\u00e8s Maurice Dommanget, Gilles Candar nous offre une biographie \u00e0 jour et subtilement \u00e9crite (<em>Edouard Vaillant. L\u2019invention de la gauche<\/em>, Armand Colin, 24,90 euros).<\/p>\n<p>Tant qu\u2019\u00e0 faire, autant remonter aux origines. En cette ann\u00e9e de deux-centi\u00e8me anniversaire de la naissance de Marx, les \u00e9ditions La D\u00e9couverte ont eu la bonne id\u00e9e de nous proposer un panorama de sa trace sur le sol fran\u00e7ais. Jean-Numa Ducange et Anthony Burlaud ont coordonn\u00e9 un vaste travail collectif qui traite aussi bien de l\u2019effet politique (les usages de Marx) que l\u2019influence intellectuelle et l\u2019impact sur les multiples champs du savoir. Et, croyez-le, ces 27 contributions se lisent avec passion et sans effort (<em>Marx, une passion fran\u00e7aise<\/em>, 25 euros).<\/p>\n<p>Retour au pr\u00e9sent de la lutte sociale. Les cheminots ne baissant pas les bras, autant les soutenir encore, en achetant et en lisant la contribution solidaire de 36 \u00e9crivains, <em>La Bataillle du rail<\/em> (Don Quichotte, 16,90 euros). On se fait plaisir et on aide les gr\u00e9vistes\u2026<\/p>\n<p>Excellentes vacances, par cons\u00e9quent\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En vacances, on peut bronzer idiot, pas idiot ou les deux. On peut lire du s\u00e9rieux, du moins s\u00e9rieux, des deux ou de l\u2019entre-deux. On peut oublier la lutte des classes, ou y penser autrement. Voil\u00e0 qui tombe bien : il y a de quoi choisir en ce moment.<\/p>\n","protected":false},"author":328,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[299,353,413],"class_list":["post-11129","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-culture","tag-cinema","tag-litterature","tag-marxisme"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11129","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/328"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11129"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11129\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11129"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11129"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11129"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}