{"id":11085,"date":"2018-06-14T11:41:08","date_gmt":"2018-06-14T09:41:08","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-en-guerre-et-avengers-les-mechants-peuvent-ils-perdre\/"},"modified":"2023-06-23T23:29:17","modified_gmt":"2023-06-23T21:29:17","slug":"article-en-guerre-et-avengers-les-mechants-peuvent-ils-perdre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11085","title":{"rendered":"&#8220;En guerre&#8221; et &#8220;Avengers&#8221; : les m\u00e9chants peuvent-ils perdre ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">A priori, aucun rapport entre ce film d&#8217;auteur et ce blockbuster. Et pourtant, \u00e0 la fin, c&#8217;est toujours le mal qui l&#8217;emporte.<\/p>\n<p>Au cin\u00e9ma, j\u2019ai pris deux claques et je les ai rapproch\u00e9es. L\u2019analogie va para\u00eetre, de prime abord, \u00e9tonnante voire d\u00e9tonante puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un bijou du cin\u00e9ma d\u2019auteur fran\u00e7ais et d\u2019une superproduction am\u00e9ricaine. Oui, &#8220;En guerre&#8221; de St\u00e9phane Briz\u00e9 et &#8220;Avengers Infinity War&#8221; d\u00e9gagent un air du temps commun. Celles et ceux qui n\u2019auraient pas vu l\u2019un ou l\u2019autre film mais qui souhaiteraient le faire, et donc ne pas en conna\u00eetre la chute, peuvent arr\u00eater dare-dare la lecture de cet article. Car c\u2019est bien de fin de l\u2019histoire dont il est question.<\/p>\n<p>&#8220;En guerre&#8221; est un film poignant, remarquablement jou\u00e9, d\u2019un r\u00e9alisme impressionnant. C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une lutte sociale, des salari\u00e9s qui refusent que leur entreprise disparaisse alors qu\u2019elle est rentable, simplement parce qu\u2019il faut satisfaire toujours plus l\u2019app\u00e9tit des actionnaires. On est attrap\u00e9 par ces personnages interpr\u00e9t\u00e9s avec une justesse redoutable, ouvriers et employ\u00e9s en gr\u00e8ve d\u2019un c\u00f4t\u00e9, hauts dirigeants \u00e9conomiques et politiques de l\u2019autre. C\u2019est la simplicit\u00e9 des t-shirts qui affronte l\u2019arrogance des cravates. C\u2019est la vie qui s\u2019oppose aux funestes normes du capital. Les uns parlent de leur emploi, des promesses non tenues c\u00f4t\u00e9 patronal, de leur besoin d\u2019un salaire pour pouvoir vivre dignement. Les autres d\u00e9fendent la comp\u00e9titivit\u00e9, la force du choix de ceux qui savent, le monde tel qu\u2019il est.<\/p>\n<p>Comme dans &#8220;La loi du march\u00e9&#8221;, Vincent Lindon incarne \u00e0 merveille la r\u00e9volte et la r\u00e9sistance dans le monde populaire. La lutte va-t-elle payer\u00a0? Non. Les ouvriers et syndicats se d\u00e9chirent, la direction de l\u2019entreprise r\u00e9ussit \u00e0 convaincre une partie d\u2019en finir avec la gr\u00e8ve moyennant un plus gros ch\u00e8que de d\u00e9part et le potentiel rachat par un repreneur tombe \u00e0 l\u2019eau. La rage monte, se radicalise pour une partie des salari\u00e9s et la violence arrive, physiquement, contre le grand PDG qui tire les ficelles de la fermeture. Comme une autre version de la chemise arrach\u00e9e chez Air France. La chute est donc cruelle. Les ouvriers perdent tout. Et leur leader s\u2019immole devant l\u2019usine. En lieu et place de la victoire, c\u2019est le ch\u00f4mage et le suicide. L\u2019issue dramatique est courante dans les films \u00e0 fibre sociale, ceux des Dardenne ou de Ken Laoch. Mais &#8220;En guerre&#8221; force le trait tragique. Comme s\u2019il voulait pousser le spectateur \u00e0 bout et dans ses retranchements. &#8220;En guerre&#8221; nous laisse un go\u00fbt de <em>no future<\/em> si r\u00e9voltant qu\u2019il peut paradoxalement emmener le spectateur \u00e0 chercher l\u2019issue, l\u2019autre voie pour ne pas voir sombrer les r\u00eaves de progr\u00e8s humains. Il donne la mesure de la force de l\u2019adversaire et donc la mesure de ce qu\u2019il faut f\u00e9d\u00e9rer et d\u00e9ployer en face pour gagner.<\/p>\n<h2>Deux salles, une ambiance<\/h2>\n<p>Autre univers, autre public\u00a0: &#8220;Avengers&#8221; met en sc\u00e8ne, dans son troisi\u00e8me volet &#8220;Infinity War&#8221;, des personnages h\u00e9ro\u00efques bien connus, des Superman et Superwoman en tous genres, en proie \u00e0 un affreux dictateur aux multiples super-pouvoirs, obs\u00e9d\u00e9 par la domination de l\u2019univers et la destruction de l\u2019humanit\u00e9. On voit le genre. Le film aux effets sp\u00e9ciaux qui en jettent, avec les Hulk et Wonder Woman de notre enfance, s&#8217;alternent sc\u00e8nes de violence et d\u2019humour, de bagarre et de tendresse. On connait la chanson. Les gentils se battent contre les m\u00e9chants. Le film dure 2h50, histoire d\u2019en avoir plein la t\u00eate et les mirettes de cet univers am\u00e9ricain qui a bien colonis\u00e9 nos imaginaires.<\/p>\n<p>Est-ce comme un doudou\u00a0? En tout cas, on tient le rythme, on marche, on court. On en veut pas tant que \u00e7a aux enfants de nous avoir train\u00e9s l\u00e0. M\u00eame si, \u00e9videmment, la fin de l\u2019histoire est connue d\u2019avance\u2026 A une vingtaine de minutes du d\u00e9nouement, un superh\u00e9ros visionnaire comptabilise la probabilit\u00e9 qu\u2019ont les superh\u00e9ros de gagner\u00a0: une chance sur plusieurs millions. Le spectateur ne s\u2019en fait pas, il sait, les gentils vont gagner. C\u2019est toujours comme \u00e7a dans les films am\u00e9ricains. Cela rend-il les choses moins haletantes\u00a0? M\u00eame pas s\u00fbr. On frissonne quand m\u00eame. On joue \u00e0 se faire croire que l\u2019affaire n\u2019est pas dans le sac. On a un peu peur pour les gentils. Mais les temps ont visiblement chang\u00e9. \u00c0 la surprise g\u00e9n\u00e9rale et de fa\u00e7on brutale \u00e0 la toute fin du film, c\u2019est l\u2019horrible personnage superdestructeur qui l\u2019emporte. Oui, il a gagn\u00e9. Il n\u2019y a pas de gentille morale de l\u2019histoire, il n\u2019y a que la d\u00e9faite des gentils. Ils avaient pourtant conjugu\u00e9 leur force pour emp\u00eacher le dictateur XXL d\u2019abattre sa haine sur l\u2019univers. Ils ont perdu. Le m\u00e9chant a gagn\u00e9. Parce que cette chute n\u2019a rien de ronronnant, elle d\u00e9range. Fondamentalement. Pourquoi croire que les bons vont toujours gagner\u00a0? N\u2019est-ce pas une morale qui endort\u00a0? Comment faire pour qu\u2019ils ne gagnent pas, alors que leur puissance est plus impressionnante et performante que jamais\u00a0?<\/p>\n<p>Voici donc ce monde contemporain qui \u00e9clate sur la toile\u00a0: les personnages d\u00e9truisant la vie, la justice, l\u2019humanit\u00e9 sont les vainqueurs. Par chaos. Et ils nous laissent le chaos. Ce mauvais temps est celui des Trump triomphants. Mais le fait que le cin\u00e9ma nous les montre de fa\u00e7on si crue, si brutale, appara\u00eet comme une invitation \u00e0 r\u00e9agir, \u00e0 penser, \u00e0 agir. En sortant de l\u2019une puis de l\u2019autre salle, un m\u00eame sentiment peut nous traverser\u00a0: comment est-il possible que des personnages aussi haineux et dangereux dominent le monde\u00a0? Combien de temps cela peut-il durer\u00a0? Sans doute le temps que se reconstitue une esp\u00e9rance. Elle est en route (et pourvue qu\u2019elle ne se perde pas en route). Car nous savons bien que nous n\u2019arracherons pas les victoires seulement avec la haine et le ressentiment mais avec la joie et l\u2019assurance que nous avons tellement mieux \u00e0 faire valoir et que, par contagion et par nombre, nous pouvons les emp\u00eacher de nuire et gagner.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-11085 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/avengers-22d.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/avengers-22d-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"avengers.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A priori, aucun rapport entre ce film d&#8217;auteur et ce blockbuster. 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