{"id":11060,"date":"2018-06-01T13:05:00","date_gmt":"2018-06-01T11:05:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-la-chute-de-mariano-rajoy\/"},"modified":"2018-06-01T13:05:00","modified_gmt":"2018-06-01T11:05:00","slug":"article-la-chute-de-mariano-rajoy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11060","title":{"rendered":"Espagne : le Parlement coupe la t\u00eate du PP"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le parlement espagnol vient de voter la motion de censure contre le leader du Parti populaire, embourb\u00e9 dans des affaires de corruption. C&#8217;est son ancien alli\u00e9, le socialiste Pedro S\u00e1nchez qui lui succ\u00e8de&#8230; mais avec quelles marges de manoeuvre ?<\/p>\n<p>Il y a seulement une semaine, le gouvernement du conservateur Mariano Rajoy semblait stable, apr\u00e8s avoir r\u00e9ussi \u00e0 approuver son budget annuel gr\u00e2ce au soutien du parti de centre-droite Ciudadanos et le Parti Nationaliste Basque. Mais la publication le 25 mai dernier d\u2019un arr\u00eat judiciaire prouvant le financement ill\u00e9gale du Parti Populaire (PP) de Rajoy a amen\u00e9 le Parti Socialiste (PSOE) \u00e0 pr\u00e9senter une motion de censure.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une semaine vertigineuse de n\u00e9gociations parmi les partis d\u2019un Parlement plus fragment\u00e9 que jamais, le premier juin \u00e0 11h34, Mariano Rajoy a \u00e9t\u00e9 destitu\u00e9 et remplac\u00e9 par Pedro S\u00e1nchez, leader socialiste, \u00e0 la t\u00eate du gouvernement espagnol. L\u2019\u00e9lection de S\u00e1nchez ne garantit pas un changement politique profond en Espagne mais donne une centralit\u00e9 politique nouvelle \u00e0 Unidos Podemos, ouvrant une fen\u00eatre d\u2019espoir rare dans l\u2019Europe d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>L\u2019arr\u00eat de l\u2019<em>Audiencia Nacional<\/em> du 25 mai n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 une surprise : depuis des ann\u00e9es, les indices de l\u2019existence d\u2019un large r\u00e9seau de financement ill\u00e9gal du PP s&#8217;accumulaient. Comme la Cour l\u2019a affirm\u00e9, le parti de M. Rajoy a eu <em>\u00ab une comptabilit\u00e9 parall\u00e8le \u00e0 la comptabilit\u00e9 officielle \u00bb<\/em> depuis 1989 et son tr\u00e9sorier a cr\u00e9\u00e9 un <em>\u00ab syst\u00e8me efficace de corruption institutionnelle \u00bb<\/em>. Mariano Rajoy a toujours refus\u00e9 d\u2019assumer la responsabilit\u00e9 politique de la corruption de son parti, r\u00e9p\u00e9tant qu\u2019il fallait attendre les conclusions des juges. L\u2019arr\u00eat du 25 mai a d\u00e9truit cette strat\u00e9gie de d\u00e9fense poussant Pedro S\u00e1nchez \u00e0 agir.<\/p>\n<h2>Les mutations successives du PSOE<\/h2>\n<p>Le dirigeant socialiste a exp\u00e9riment\u00e9 des transformations politiques frappantes. Apr\u00e8s les \u00e9lections de 2016, o\u00f9 le PP a perdu sa majorit\u00e9 absolue, M. S\u00e1nchez a refus\u00e9 de lui donner son soutien, n\u00e9cessaire \u00e0 la r\u00e9\u00e9lection de M. Rajoy. Une r\u00e9bellion de l\u2019appareil du PSOE a forc\u00e9 M. S\u00e1nchez \u00e0 d\u00e9missionner et les socialistes ont permis l\u2019investiture de M. Rajoy au lieu de former un gouvernement avec Unidos Podemos et les formations nationalistes catalanes et basques. Une grande coalition qui n\u2019avouait pas son nom a vu le jour.<\/p>\n<p>Le PSOE a exp\u00e9riment\u00e9 encore une transformation en 2017, quand M. S\u00e1nchez a gagn\u00e9 par surprise les primaires pour le secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral, malgr\u00e9 le soutien de l\u2019appareil du parti et les grands m\u00e9dias \u00e0 sa rivale, la pr\u00e9sidente andalouse Susana D\u00edaz. Avec un discours plus \u00e0 gauche que jamais, Pedro S\u00e1nchez a exprim\u00e9 sa volont\u00e9 de chercher des accords avec Unidos Podemos et a reconnu le caract\u00e8re <em>\u00ab plurinational \u00bb<\/em> de l\u2019Espagne, un terme emprunt\u00e9 au parti de Pablo Iglesias. Cependant, l\u2019optimisme r\u00e9veill\u00e9 \u00e0 gauche par la r\u00e9surrection de M. S\u00e1nchez n\u2019a pas dur\u00e9 : le PSOE a maintenu son soutien au gouvernement de Rajoy et a adopt\u00e9 une ligne intransigeante face \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendantisme catalan, soutenant la pers\u00e9cution judiciaire des leaders catalans et oubliant toute r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la diversit\u00e9 nationale de l\u2019Espagne.<\/p>\n<p><em> <strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR >> <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/article\/l-espagne-s-enfonce-dans-la-crise-independantiste\">L\u2019Espagne s\u2019enfonce dans la crise ind\u00e9pendantiste<\/a><\/strong> <\/em><\/p>\n<p>Depuis le r\u00e9f\u00e9rendum d\u2019ind\u00e9pendance du premier octobre 2017, d\u00e9clar\u00e9 ill\u00e9gal par la justice espagnole et durement r\u00e9prim\u00e9 par la police, la situation politique \u00e9tait bloqu\u00e9e. Ciudadanos est mont\u00e9 vertigineusement dans les sondages pendant les dernier mois, renforc\u00e9 par sa position intransigeante face \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendantisme. De leur c\u00f4t\u00e9, les 71 d\u00e9put\u00e9s de Unidos Podemos \u00e9taient impuissants face \u00e0 l\u2019alliance parlementaire entre le PP et Ciudadanos, soutenue discr\u00e8tement par le PSOE. L\u2019approbation du budget de 2018 avec les voix du Parti Nationaliste Basque semblait garantir la stabilit\u00e9 du gouvernement de Mariano Rajoy jusqu\u2019\u00e0 la fin de la l\u00e9gislature en 2020, mais l\u2019arr\u00eat de l\u2019<em>Audiencia Nacional<\/em> a boulevers\u00e9 la situation.<\/p>\n<h2>Un nouveau gouvernement et de multiples possibles<\/h2>\n<p>Peu apr\u00e8s la publication de l\u2019arr\u00eat, Pedro S\u00e1nchez a annonc\u00e9 une motion de censure, recevant le soutien imm\u00e9diat de Pablo Iglesias et de ses alli\u00e9s. Cependant, il manquait les nationalistes catalans et basques pour avoir la majorit\u00e9. Les premiers ont soutenu S\u00e1nchez sans enthousiasme quand, de leur c\u00f4t\u00e9, les nationalistes basques ont maintenu le suspense jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re minute pour finalement voter &#8220;oui&#8221; en \u00e9change du maintien du budget qu\u2019ils avaient n\u00e9goci\u00e9 avec le PP, qui incluait des nombreuses concessions au Parti Nationaliste Basque.<\/p>\n<p>Le sc\u00e9nario ouvert par l\u2019\u00e9lection de S\u00e1nchez est incertain mais prometteur. La marge de man\u0153uvre du gouvernement socialiste de Pedro S\u00e1nchez sera limit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e par le maintien du budget d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 du PP. La gestion de Rajoy a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sastreuse : pr\u00e9carisation de l\u2019emploi, limitation des libert\u00e9s fondamentales, r\u00e9pression des mobilisations citoyennes, obstacles aux \u00e9nergies renouvelables et fragilisation des services publics.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ces limites \u00e9videntes, toute r\u00e9forme progressiste dans ces domaines et (dans bien d\u2019autres !) repr\u00e9sentera une bouff\u00e9e d\u2019air frais. Le PSOE d\u00e9pend de Unidos Podemos et des nationalistes catalans et basques, ce qui le forcera au moins \u00e0 s&#8217;int\u00e9resser \u00e0 l\u2019urgence sociale dont souffre l\u2019Espagne et \u00e0 initier un dialogue avec le gouvernement ind\u00e9pendantiste catalan. De plus, Pedro S\u00e1nchez ne pourra pas faire la sourde oreille aux demandes des mouvements sociaux f\u00e9ministes ou de d\u00e9fense des retraites, qui sont mont\u00e9s en force au cours des derniers mois.<\/p>\n<p>Le 15 mai 2011, le Mouvement 15-M a ouvert une nouvelle p\u00e9riode politique en Espagne, faisant trembler le bipartisme et favorisant la cr\u00e9ation de Podemos. Tout au long des sept derni\u00e8res ann\u00e9es, la soci\u00e9t\u00e9 espagnole a chang\u00e9 profond\u00e9ment mais le conservateur Mariano Rajoy s\u2019est accroch\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sidence gr\u00e2ce au soutien de Ciudadanos et du PSOE. Depuis aujourd\u2019hui, cette contradiction entre la soci\u00e9t\u00e9 espagnole et son gouvernement a pris fin et c&#8217;est comme si l\u2019espoir \u00e9tait en train de revenir dans la vie politique espagnole.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le parlement espagnol vient de voter la motion de censure contre le leader du Parti populaire, embourb\u00e9 dans des affaires de corruption. 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