{"id":11042,"date":"2018-05-27T10:00:00","date_gmt":"2018-05-27T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-immigration-algerienne-deux-ou-trois-choses-que-l-on-sait-d-elle\/"},"modified":"2023-06-23T23:28:27","modified_gmt":"2023-06-23T21:28:27","slug":"article-immigration-algerienne-deux-ou-trois-choses-que-l-on-sait-d-elle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11042","title":{"rendered":"Immigration alg\u00e9rienne : deux ou trois choses que l&#8217;on sait d&#8217;elle"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Des immigrations actuelles, l&#8217;immigration alg\u00e9rienne est la plus ancienne. L\u2019historien Emmanuel Blanchard et le sociologue St\u00e9phane Beaud livrent deux approches compl\u00e9mentaires qui participent \u00e0 clarifier un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9form\u00e9 par les fantasmes.<\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui, plus d&#8217;un million de personnes n\u00e9es en France ont au moins un parent qui a immigr\u00e9 d\u2019Alg\u00e9rie \u2013 c\u2019est davantage que les 900.000 descendants de l\u2019immigration italienne. C\u2019est dire l\u2019importance de ce flux migratoire du Maghreb dans notre histoire. \u00c0 partir de publications de r\u00e9f\u00e9rence et des travaux de recherche les plus r\u00e9cents, l\u2019historien Emmanuel Blanchard signe une <em>Histoire de l\u2019immigration alg\u00e9rienne en France<\/em> (coll. &#8220;Rep\u00e8res&#8221;, \u00e9d. La D\u00e9couverte) et dessine les caract\u00e9ristiques d\u2019une immigration marqu\u00e9e par la colonisation et la guerre d&#8217;ind\u00e9pendance, par sa dur\u00e9e aussi.<\/p>\n<p>Les mouvements r\u00e9guliers des travailleurs alg\u00e9riens entre les deux rives de la M\u00e9diterran\u00e9e ont d\u00e9but\u00e9 d\u00e8s la fin du XIXe si\u00e8cle, initi\u00e9s en grande partie par les Kabyles. Les soci\u00e9t\u00e9s rurales alg\u00e9riennes dans leur ensemble subissent alors de plein fouet l\u2019accaparement des terres, le refoulement et le contr\u00f4le des d\u00e9placements impos\u00e9s par l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais depuis son arriv\u00e9e en 1830. La puissance coloniale tol\u00e8re les d\u00e9parts d\u2019\u00e9migr\u00e9s fuyant la pauvret\u00e9 et m\u00eame la famine, comme une soupape, qui \u00e9vite la remise en cause de sa politique.<\/p>\n<h2>&#8220;L&#8217;arm\u00e9e de r\u00e9serve du capitalisme fran\u00e7ais&#8221;<\/h2>\n<p>L\u2019exil (ou hijra) des &#8220;indig\u00e8nes musulmans&#8221; en France se d\u00e9veloppe apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale \u00e0 laquelle ils apportent un lourd tribut. Cette \u00e9migration de travail, essentiellement spontan\u00e9e (autrement dit, non organis\u00e9e par l\u2019Office internationale de l\u2019immigration) se poursuit ensuite. Elle conna\u00eet une acc\u00e9l\u00e9ration pendant la guerre d&#8217;ind\u00e9pendance, continue apr\u00e8s 1962 et dure jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui : chaque ann\u00e9e, environ 25.000 ressortissants alg\u00e9riens obtiennent un titre de s\u00e9jour en France.<\/p>\n<p>Pendant les Trente Glorieuses, les travailleurs immigr\u00e9s alg\u00e9riens forment &#8220;l&#8217;arm\u00e9e de r\u00e9serve du capitalisme fran\u00e7ais&#8221; dans les usines ou le secteur du b\u00e2timent. Ils exercent aussi dans le petit commerce et les caf\u00e9s, \u00e9voluant dans des milieux sociaux plus divers que le reste de l\u2019immigration maghr\u00e9bine. Comme le souligne Emmanuel Blanchard, ces ouvriers se distinguent aussi par leur politisation intense, qui s\u2019exprime par un engagement syndical de longue date, plus fort que celui des autres Maghr\u00e9bins, et par leur participation au mouvement nationaliste de leur pays d\u2019origine.<\/p>\n<p>Depuis cent ans, la population immigr\u00e9e alg\u00e9rienne a fait l\u2019objet de nombreuses discriminations. Les ann\u00e9es 1920 voient se r\u00e9pandre le st\u00e9r\u00e9otype x\u00e9nophobe du &#8220;sidi criminel&#8221;. Plus tard, dans les ann\u00e9es 1960, les obstacles barrant l\u2019acc\u00e8s au logement touchent particuli\u00e8rement les familles alg\u00e9riennes, souvent rel\u00e9gu\u00e9es dans des bidonvilles ou des h\u00f4tels meubl\u00e9s. Lors des proc\u00e9dures du &#8220;regroupement familial&#8221; apparues en 1976, les familles se heurtent \u00e9galement \u00e0 une v\u00e9ritable &#8220;hostilit\u00e9 institutionnelle&#8221; \u00e0 leur encontre. La rh\u00e9torique de &#8220;l\u2019envahissement&#8221; alors omnipr\u00e9sente dans le d\u00e9bat public, accuse les immigr\u00e9s alg\u00e9riens d\u2019\u00eatre &#8220;inassimilables&#8221; en raison de leur prog\u00e9niture nombreuse.<\/p>\n<h2>Le &#8220;grippage du processus d&#8217;int\u00e9gration&#8221;<\/h2>\n<p>Le sociologue St\u00e9phane Beaud apporte justement un \u00e9clairage sur le parcours de huit fr\u00e8res et s\u0153urs, enfants d&#8217;immigr\u00e9s alg\u00e9riens arriv\u00e9s dans les ann\u00e9es 1970. Pour <em>La France des Belhoumi<\/em> (\u00e9d. La D\u00e9couverte), le sp\u00e9cialiste de la classe ouvri\u00e8re a enqu\u00eat\u00e9 durant cinq ans aupr\u00e8s de cette fratrie issue d\u2019une famille ordinaire, install\u00e9e dans le centre de la France. Chez les &#8220;Belhoumi&#8221; (nom et pr\u00e9noms sont fictifs), comme chez tant d\u2019autres immigr\u00e9s alg\u00e9riens, les enfants sont nombreux, les parents ont un faible niveau de scolarisation, le p\u00e8re est un prol\u00e9taire, la r\u00e9sidence est une HLM de banlieue ouvri\u00e8re, tandis que l\u2019on maintient des liens r\u00e9guliers avec l&#8217;Alg\u00e9rie et l\u2019on pratique paisiblement un islam traditionnel. St\u00e9phane Beaud met en lumi\u00e8re les m\u00e9canismes d\u2019insertion classiques qui ont profit\u00e9 aux enfants : l\u2019\u00e9cole et les dipl\u00f4mes, le travail salari\u00e9, la mixit\u00e9 sociale r\u00e9sidentielle. Il montre l&#8217;importance des espaces sociaux hors de la famille (\u00e9cole, quartier, groupe de pairs\u2026), et des solidarit\u00e9s entre a\u00een\u00e9s et cadets, sous la forme d\u2019un soutien moral, d\u2019une redistribution d\u2019informations sur la scolarit\u00e9 ou encore du partage de pratiques culturelles acquises.<\/p>\n<p>Le parcours des plus jeunes, qui ont grandi dans les ann\u00e9es 2000, r\u00e9v\u00e8le pourtant un &#8220;v\u00e9ritable grippage du processus d&#8217;int\u00e9gration&#8221;. Celui-ci se traduit par la perte de vitesse d&#8217;une \u00e9cole int\u00e9gratrice et de l\u2019\u00e9ducation populaire, par la baisse de la mixit\u00e9 sociale dans les \u00e9tablissements et les quartiers, ou encore par la rel\u00e9gation dans des fili\u00e8res scolaires culs-de-sac. Le parcours des gar\u00e7ons de la fratrie confirme les obstacles rencontr\u00e9s plus souvent par les jeunes hommes d\u2019origine maghr\u00e9bine des cit\u00e9s populaires : emprise sociale du quartier et tentation de la d\u00e9linquance, ch\u00f4mage, discriminations \u00e0 l\u2019embauche, etc. Par ailleurs, les plus jeunes s\u0153urs &#8220;Belhoumi&#8221;, aujourd&#8217;hui trentenaires, t\u00e9moignent de la mont\u00e9e du communautarisme, qu\u2019elles rejettent plut\u00f4t, et du &#8220;revival&#8221; religieux visible dans leur g\u00e9n\u00e9ration. Selon l\u2019enqu\u00eate &#8220;Trajectoires et origines&#8221; de l&#8217;Institut national d&#8217;\u00e9tudes d\u00e9mographiques (2016), pr\u00e8s des trois quarts des enfants d&#8217;immigr\u00e9s alg\u00e9riens d\u00e9clarent en effet &#8220;accorder de l&#8217;importance \u00e0 la religion&#8221; (73%, contre 24% de la population majoritaire, non concern\u00e9e par l\u2019immigration (1).<\/p>\n<p>\u00c2g\u00e9s de 31 \u00e0 42 ans, les enfants &#8220;Belhoumi&#8221; font partie des classes moyennes et populaires, \u00e0 l\u2019image d\u2019une fraction importante du groupe des &#8220;jeunes d&#8217;origine maghr\u00e9bine&#8221;. L\u2019enqu\u00eate &#8220;Trajectoires et origines&#8221; montre que si ces derniers sont nombreux \u00e0 exercer, comme leurs parents, des emplois d&#8217;ex\u00e9cution (employ\u00e9s, ouvriers, vendeurs, etc.), 25% de ceux qui \u00e9taient en emploi en 2008 appartenaient \u00e0 la classe moyenne dipl\u00f4m\u00e9e, en \u00e9tant cadres sup\u00e9rieurs ou professions interm\u00e9diaires.<\/p>\n<p>La plume sensible de St\u00e9phane Beaud donne une \u00e9paisseur humaine aux parcours d\u2019enfants d\u2019immigr\u00e9s &#8220;sans histoire&#8221; de Samira, Azzedine ou Nadia, souvent invisibles ou r\u00e9duits \u00e0 des statistiques. Contrant les visions caricaturales et les clich\u00e9s racistes, il met en relief la complexit\u00e9 du processus social de l&#8217;int\u00e9gration et comment il se module avec l\u2019histoire individuelle de chacun, forc\u00e9ment singuli\u00e8re.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-11042 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/befunky-collage-5-bf5-scaled.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/befunky-collage-5-bf5-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"befunky-collage-5.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des immigrations actuelles, l&#8217;immigration alg\u00e9rienne est la plus ancienne. 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