{"id":11012,"date":"2018-05-14T10:28:52","date_gmt":"2018-05-14T08:28:52","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-sacre-emmanuel-macron-theologien-de-sa-propre-histoire\/"},"modified":"2023-06-23T23:27:57","modified_gmt":"2023-06-23T21:27:57","slug":"article-sacre-emmanuel-macron-theologien-de-sa-propre-histoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11012","title":{"rendered":"Sacr\u00e9 Emmanuel Macron, th\u00e9ologien de sa propre histoire"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Les hagiographes d&#8217;Emmanuel Macron carburent \u00e0 plein r\u00e9gime depuis son \u00e9lection &#8211; et son entourage comme lui-m\u00eame ne sont pas en reste lorsqu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;y contribuer. Doit-on s&#8217;en inqui\u00e9ter ?<\/p>\n<p>Le documentaire diffus\u00e9 par France 3, consacr\u00e9 \u00e0 Emmanuel Macron et intitul\u00e9 <em>La fin de l\u2019innocence<\/em>, restera un monument de servilit\u00e9 journalistique. Passons sur le fait qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 par un soutien d\u2019Emmanuel Macron et que ce dernier s\u2019appr\u00eate \u00e0 nommer ce m\u00eame r\u00e9alisateur \u00e0 la t\u00eate d\u2019une cha\u00eene du service public, LCP.<\/p>\n<p>Passons sur le fait que, si ce n\u2019est Yanis Varoufakis, aucune place n\u2019est laiss\u00e9e \u00e0 une parole d\u2019opposant ou m\u00eame \u00e0 une parole critique. Que le grand absent de ce documentaire reste le peuple fran\u00e7ais, comme si Emmanuel Macron n\u2019avait pas du subir le feu de l\u2019\u00e9lection et \u00e9tait arriv\u00e9 au pouvoir comme surnaturellement. Passons encore sur le fait que le seul moment o\u00f9 l\u2019on aper\u00e7oive ce peuple \u00e0 l\u2019image, c\u2019est sous l\u2019esp\u00e8ce d\u2019une foule r\u00e9duite aux seuls fans de Johnny Hallyday. Passons aussi sur le <em>storytelling<\/em>, la communication et le jargon n\u00e9olib\u00e9ral. Passons, enfin, sur la pose d\u2019Emmanuel Macron, install\u00e9 sous les ors, et sa mani\u00e8re de pr\u00eacher plus que d\u2019argumenter, avec cette diction \u00e0 la fois doucereuse et moralisante, cette componction d\u2019un ancien enfant de ch\u0153ur devenu chanoine de Latran.<\/p>\n<p>Quoique cette diction, il faut le dire, en dise d\u00e9j\u00e0 beaucoup sur le personnage quasi surnaturel qu\u2019entend camper Emmanuel Macron pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, il faut d\u2019abord retenir deux de ses d\u00e9clarations, avec lesquelles cette mise en sc\u00e8ne liturgique n\u2019est, n\u00e9anmoins, pas sans rapport. Deux d\u00e9clarations \u00e0 proprement parler stup\u00e9fiantes. Emmanuel Macron nous aura en effet, lundi denier, appris que <em>\u00ab le colonel Beltrame est mort parce que la France, ce sont des id\u00e9es, des valeurs, quelque chose d&#8217;une guerre qui le d\u00e9passe. Les gens qui pensent que la France, c&#8217;est une esp\u00e8ce de syndic de copropri\u00e9t\u00e9 o\u00f9 il faudrait d\u00e9fendre un mod\u00e8le social qui ne sale plus \u00bb<\/em> et o\u00f9 l&#8217;<em>\u00ab on invoque la trag\u00e9die d\u00e8s qu&#8217;il faut r\u00e9former ceci ou cela, et qui pensent que le summum de la lutte c&#8217;est les 50 euros d&#8217;APL, ces gens-l\u00e0 ne savent pas ce que c&#8217;est que l&#8217;histoire de notre pays \u00bb<\/em>. Enfin que <em>\u00ab Versailles, c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 la R\u00e9publique s\u2019\u00e9tait retranch\u00e9e quand elle \u00e9tait menac\u00e9e \u00bb<\/em>.<\/p>\n<h2>L\u2019absolu transcendant versus le mat\u00e9riel m\u00e9diocre<\/h2>\n<p>Il ne s\u2019agit \u00e9videmment pas ici de contester le geste de sacrifice du colonel Beltrame. Mais, non plus, de l\u2019interpr\u00e9ter ou pire, de l\u2019instrumentaliser. Le caract\u00e8re probl\u00e9matique de la d\u00e9claration d\u2019Emmanuel Macron tient bien entendu \u00e0 ce qu\u2019il oppose deux gestes : l\u2019un qui serait d\u2019ordre historique, spirituel, et nous rappellerait au sens du tragique, de la transcendance, de l\u2019absolu ; l\u2019autre qui serait d\u2019ordre mat\u00e9riel, insignifiant et m\u00eame m\u00e9diocre. Mais il faut aller plus loin. On remarquera d\u2019abord qu\u2019Emmanuel Macron confond ici histoire et salut et se fait en fait le porte-voix d\u2019une conception eschatologique et religieuse de l\u2019histoire (est-ce un hasard, ces d\u00e9clarations d\u2019Emmanuel Macron sont encadr\u00e9es de plus d\u2019une louange \u2013  de laudes comme le disait le tr\u00e8s chr\u00e9tien Moyen-Age \u2013 prononc\u00e9es par Philippe de Villiers, notamment \u00e0 propos de la c\u00e9l\u00e9bration, par Emmanuel Macron, de la figure de Jeanne d\u2019Arc).  <\/p>\n<p>Surtout, cette d\u00e9claration d\u00e9voile, chez Emmanuel Macron, une structure mentale o\u00f9 conception du pouvoir, de la patrie et du peuple sont, consciemment ou non, h\u00e9rit\u00e9es et marqu\u00e9es par la plus archa\u00efque pens\u00e9e politique m\u00e9di\u00e9vale. En maniant, pour ne pas dire en manipulant comme il l\u2019a fait le motif du <em>Pro Patria Mori<\/em> (&#8220;Mourir pour la patrie&#8221;), Emmanuel Macron ne peut pas ne pas faire penser au cardinal Mercier, archev\u00eaque de Malines et primat de Belgique, qui distribua, un jour de No\u00ebl 1914, une lettre pastorale demeur\u00e9e c\u00e9l\u00e8bre. Dans cette missive, le cardinal Mercier \u00e9crit en effet : <em>\u00ab Qui ne ressent que le patriotisme est b\u00e9ni et qu\u2019une agression contre la dignit\u00e9 nationale est une sorte de profanation sacril\u00e8ge ? \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Quand on lui demanda si l\u2019acte de r\u00e9sistance d\u2019un soldat valait r\u00e9paration des p\u00each\u00e9s, et l\u2019inscrivait dans l\u2019histoire comme histoire du salut, le m\u00eame cardinal r\u00e9pondit : <em>\u00ab Mais si vous me demandez ce que je pense du salut \u00e9ternel d\u2019un homme courageux qui donne volontairement sa vie pour d\u00e9fendre son pays et pour venger la Justice bafou\u00e9e, je n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 r\u00e9pondre qu\u2019il ne fait aucun doute que le Christ couronne sa valeur militaire et que la mort chr\u00e9tiennement accept\u00e9e assure au soldat le salut de son \u00e2me. Le soldat qui meurt pour sauver ses fr\u00e8res, pour prot\u00e9ger les foyers et les autels de son pays, r\u00e9alise la plus haute forme d\u2019amour. Nous sommes en droit d\u2019esp\u00e9rer pour eux la couronne immortelle qui ceint le front \u00e9ternel des \u00e9lus. \u00bb<\/em><\/p>\n<h2>Le sacrifice comme intention th\u00e9ologico-politique<\/h2>\n<p>Encore une fois, il ne s\u2019agit pas, comme le fait remarquer l\u2019historien allemand Ernst Kantorowitz qui commente ces d\u00e9clarations \u2013  et qu\u2019on soup\u00e7onnera difficilement de pacifisme b\u00e9at \u2013  de mettre en question le courage et la bravoure de tels actes. Seulement, rien n\u2019interdit de se d\u00e9prendre, de d\u00e9construire \u00e9galement des m\u00e9canismes de pens\u00e9e, des discours consacr\u00e9s qui, depuis le Moyen-Age chr\u00e9tien, viennent r\u00e9guli\u00e8rement entourer et saturer d\u2019une intention th\u00e9ologico-politique le sens de ces actes de sacrifice. <\/p>\n<p>C\u2019est en effet ainsi, et non autrement, que l\u2019\u00c9glise, rappelle Kantorowitz, sanctifiera les premi\u00e8res croisades (J\u00e9rusalem \u00e9tant alors consid\u00e9r\u00e9e comme une patrie perdue, et sa reconqu\u00eate comme une guerre <em>pro defensione<\/em>, une guerre sainte et d\u00e9fensive). Puis que le Royaume de France et ses juristes, par un lent transfert de sens et une r\u00e9appropriation de l\u2019usage eccl\u00e9siastique, fit du vieil argument <em>pro defensione<\/em> la base d\u2019une justification d\u2019un imp\u00f4t pr\u00e9lev\u00e9 <em>pro defensione regni<\/em> (pour la d\u00e9fense du royaume). Ce qui \u00e9tait bon et louable pour le <em>regnum Christi regis<\/em>, J\u00e9rusalem et la Terre Sainte, l\u2019\u00e9tait aussi pour le <em>regnum regis Franciae<\/em> (pour le royaume du roi de France). C\u2019est ainsi qu\u2019en 1302, Philippe IV et ses juristes demandent des subsides <em>\u00ab pour la d\u00e9fense de la m\u00e8re patrie au service de laquelle le v\u00e9n\u00e9rable pr\u00e9c\u00e9dent de nos anc\u00eatres nous ordonne de combattre, car ils allaient jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer le soin de la patrie \u00e0 l\u2019amour de leur descendants \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Laissons ici de c\u00f4t\u00e9 les ruses cyniques de la raison d\u2019\u00c9tat et ses myst\u00e8res juridiques. L\u2019important est qu\u2019\u00e0 la fin du XIIIe si\u00e8cle, la monarchie fran\u00e7aise est assez suffisamment d\u00e9velopp\u00e9e pour se proclamer <em>patria<\/em> et exiger des actes d\u2019all\u00e9geance <em>ad defensionem natalis patriae<\/em> (pour la d\u00e9fense de la m\u00e8re patrie. Le royaume de France, <em>Francia<\/em>, dont le seul nom est alors cens\u00e9 \u00e9voquer la patrie des hommes libres (<em>franci<\/em>), est le pays du nouveau peuple \u00e9lu ; elle est, pour ainsi dire, une <em>Francia Deo sacre<\/em>, pour la terre sacr\u00e9e de laquelle il vaut la peine, et m\u00eame il est doux et glorieux de faire le sacrifice supr\u00eame, celui de sa vie. La d\u00e9fendre et la prot\u00e9ger prend une valeur quasi-religieuse, et \u00e0 la fraternit\u00e9 des hommes se substitue, comme dans le langage macronien, la charit\u00e9, la <em>caritas<\/em> chr\u00e9tienne. <\/p>\n<h2>Geste royale macronienne<\/h2>\n<p>Bien plus, le Roi de France et ses affid\u00e9s, en couronnant de l\u2019agonie christique le sacrifice de soi pour la patrie, se couronne ainsi lui-m\u00eame comme sacr\u00e9, comme saint. C\u2019est ainsi qu\u2019un po\u00e8te, Richier, chantant la gloire de Reims et de son premier \u00e9v\u00eaque, Saint R\u00e9my, fera \u00e0 son tour de la couronne de France la plus pr\u00e9cieuse de toutes les reliques et d\u00e9clare que ceux qui sont morts en la prot\u00e9geant sont assur\u00e9s de leur salut et, comme dans la geste macronienne, d\u2019une vie \u00e9ternelle, absolue. <\/p>\n<p>Un pr\u00eatre enfin, ira jusqu\u2019\u00e0 faire l\u2019\u00e9loge du caract\u00e8re saint des soldats qui se sacrifient pour le royaume et la couronne (<em>por la corone deffendre<\/em>). Ce sont des saints en raison : 1) de leur action en faveur de la sainte couronne, parce que la France procr\u00e9e des rois saints 2) que ces derniers accomplissent des miracles en &#8220;r\u00e9parant&#8221; le royaume, et en gu\u00e9rissent les scrofuleux, le &#8220;mal du roi&#8221;. Et comment ne pas songer, ici, au lexique macronien de la &#8220;r\u00e9paration&#8221;, et \u00e0 la d\u00e9claration non moins stup\u00e9fiante du pr\u00eatres d\u2019entre les pr\u00eatres du macronisme, le journaliste Bruno Roger-Petit, devenu depuis porte parole de l\u2019Elys\u00e9e, qui fait d\u2019Emmanuel Macron un nouveau roi thaumaturge : <em>\u00ab Pour [Emmanuel Macron], le toucher est fondamental, c\u2019est un deuxi\u00e8me langage. C\u2019est un toucher performatif : &#8220;Le roi te touche, Dieu te gu\u00e9rit.&#8221; Il y a l\u00e0 une forme de transcendance. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>L\u2019instrumentalisation du sacrifice du lieutenant-colonel Beltrame par Emmanuel Macron a donc des pr\u00e9c\u00e9dents, une longue histoire et m\u00eame une tradition : celle des souverains fran\u00e7ais qui, sanctifiant la mort pour la patrie, se couronnent et l\u00e9gitiment son pouvoir absolu. Il y a plus : ce discours archa\u00efque, moyen\u00e2geux, mobilise un concept de peuple et de patrie tout \u00e0 faits sp\u00e9cifiques. Si l\u2019on en croit encore Ernst Kantorowitz, c\u2019est \u00e0 l\u2019abri de ces motifs th\u00e9ologico-politiques que les concepts antiques de <em>patria<\/em> et de <em>populus<\/em> prennent un tout autre sens. L\u2019antiquit\u00e9 gr\u00e9co-latine entend en effet, sous le terme de patrie, une cit\u00e9 politique et, sous le terme de peuple, une construction politique h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne o\u00f9 la rivalit\u00e9, la confrontation politique entre hommes libres dans l\u2019espace public, rev\u00eat seule un caract\u00e8re sacr\u00e9.<\/p>\n<h2>Le roi-souverain<\/h2>\n<p>Le seul souverain et p\u00e8re de toute choses, comme le dira un antique philosophe, c\u2019est le conflit, le <em>polemos<\/em>. Et il n\u2019est donc pas de souverainet\u00e9, par essence, qui ne soit partag\u00e9e et divis\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire exerc\u00e9e par et dans le conflit politique. Qui ne soit \u00e9galement incompatible avec l\u2019id\u00e9e d\u2019un peuple homog\u00e8ne, une conception corporatiste et mystique de la patrie, o\u00f9 le peuple est un corps organique dont le roi est la t\u00eate, le dirigeant et le d\u00e9fenseur. On sait bien qu\u2019Emmanuel Macron pr\u00e9tend, au contraire, occuper une place, unique, qu\u2019il estime laiss\u00e9e vide depuis la R\u00e9volution Fran\u00e7aise : celle du roi souverain. <\/p>\n<p>A ses risques et p\u00e9rils. Celui d\u2019un m\u00e9pris de la souverainet\u00e9 populaire, du peuple et de ses tumultes aussi. Les macroniens aiment \u00e0 citer une phrase de Marc Bloch, qu\u2019ils extraient, sans beaucoup de pr\u00e9cautions, d\u2019<em>Une \u00e9trange d\u00e9faite<\/em>, ce livre de l\u2019historien fran\u00e7ais qui revenait sur les raisons de l\u2019effondrement fran\u00e7ais de 1940. Il est ind\u00e9niable que Marc Bloch ait \u00e9crit : <em>\u00ab Il est deux cat\u00e9gories de Fran\u00e7ais qui ne comprendront jamais l&#8217;histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans \u00e9motion le r\u00e9cit de la f\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Mais on rappellera, d\u2019une part, que si Marc Bloch attribue une responsabilit\u00e9 singuli\u00e8re dans le d\u00e9sastre de 1940, c\u2019est aux \u00e9lites fran\u00e7aises : celles de l\u2019\u00e9tat-major bien s\u00fbr, mais \u00e9galement celle des \u00e9lites financi\u00e8res, \u00e9conomiques, politiques, issues, remarque Marc Bloch, des m\u00eames \u00e9coles de pens\u00e9e qui inclinent au pire des conformismes. Et Marc Bloch d\u00e9signe nomm\u00e9ment les \u00e9l\u00e8ves de Science-Po, trop dociles aux s\u00e9ductions du consensus intellectuel, politique, pour affronter le neuf et le tragique de l\u2019histoire. Le pire \u00e9tant toujours, selon Marc Bloch, que ces \u00e9lites n\u2019aient pas \u00e9t\u00e9 compos\u00e9es pour leur plus grande part de vieillards, de tout un vieux monde dirait-on aujourd\u2019hui, mais \u00e9galement de jeunes oblats, biologiquement jeunes mais d\u00e9j\u00e0 socialement et intellectuellement vieux. <\/p>\n<h2>Une autre lecture de Marc Bloch<\/h2>\n<p>D\u2019autre part, la c\u00e9l\u00e8bre phrase de l\u2019historien juif et m\u00e9di\u00e9viste est inscrite dans le contexte de l\u2019\u00e9vocation des grandes gr\u00e8ves de 1936, dont Bloch loue la ferveur et le sens de la lutte historique retrouv\u00e9e. On fera donc difficilement de Marc Bloch un d\u00e9fenseur du m\u00e9pris de classe qu\u2019Emmanuel Macron a oppos\u00e9 \u2013 mais il est vrai qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 coutumier du fait \u2013  au geste du lieutenant-colonel Beltrame. Mieux, lorsque Bloch, dans ses <em>\u00c9crits posthumes<\/em>, \u00e9voque la monarchie fran\u00e7aise, c\u2019est pour rappeler que, si le peuple fran\u00e7ais avait pu, un temps, rallier la cause de la monarchie, c\u2019\u00e9tait pour trouver dans la couronne fran\u00e7aise une d\u00e9fense contre les droits et privil\u00e8ges des seigneurs f\u00e9odaux que celle-ci, \u00e0 d\u00e9faut de les abolir, avait pu adoucir.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce conflit puis ce compromis historico-politique fragile que s\u2019\u00e9tait, en fait, forg\u00e9e l\u2019adh\u00e9sion politique populaire \u00e0 la monarchie \u2013  une adh\u00e9sion consacr\u00e9e il est vrai, par des rites de sacralisation de la personne du roi dont, en effet, le sacre et la croyance dans le pouvoir de gu\u00e9rison du roi, autant de rituels dont Bloch s\u2019\u00e9tait, auparavant, dans <em>Les rois thaumaturges<\/em>, fait l\u2019historien \u00e0 l\u2019instar de l\u2019allemand Kantorowitz. <\/p>\n<p>Compromis fragile entre le roi et, comme dit avec impudence Emmanuel Macron, <em>\u00ab son peuple \u00bb<\/em>, <em>\u00ab son pays \u00bb<\/em>. Car la monarchie allait bient\u00f4t, \u00e9crit Marc Bloch, <em>\u00ab tomber du cot\u00e9 o\u00f9 elle penchait \u00bb<\/em> (comme, pourrait-on dire, le &#8220;en m\u00eame temps&#8221; macronien, ni de gauche ni de droite, a fini par tomber, \u00e0 savoir \u00e0 droite). C\u2019est-\u00e0-dire, en d\u00e9finitive, du c\u00f4t\u00e9 des privil\u00e8ges qu\u2019elle se refusait \u00e0 abolir, d\u2019imp\u00f4ts qui ne pesaient que sur la population la plus d\u00e9favoris\u00e9e, mais aussi du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ordre et de la trahison, apr\u00e8s que le peuple fran\u00e7ais l\u2019ait renvers\u00e9. Bloch le rappelle, c\u2019est toujours dans les &#8220;fourgons de l\u2019\u00e9tranger&#8221; que la droite monarchiste et contre-r\u00e9volutionnaire, une fois l\u2019ancien monde renvers\u00e9, a tent\u00e9 de restaurer un ancien r\u00e9gime.<\/p>\n<h2>L\u2019inexacte Histoire de Emmanuel Macron<\/h2>\n<p>Quand c\u2019est la gauche et le peuple r\u00e9volutionnaire qui en 1793, 1870, et apr\u00e8s 1940 (m\u00eame s\u2019il faut \u00e9videmment faire place aux gaullistes) se sont montr\u00e9s patriotes, et quand, lapsus ou non, Emmanuel Macron s\u2019\u00e9crie que <em>\u00ab Versailles, c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 la R\u00e9publique s\u2019\u00e9tait retranch\u00e9e quand elle \u00e9tait menac\u00e9e \u00bb<\/em>, il oublie, s\u00fbrement volontairement, que c\u2019est Adolphe Thiers, et non la R\u00e9publique, qui y avait trouv\u00e9 refuge : Thiers et la droite la plus r\u00e9actionnaire qui allaient signer la capitulation, et \u00e9craser la Commune et les f\u00e9d\u00e9r\u00e9s qui d\u00e9fendaient encore Paris. <\/p>\n<p>Et l\u2019on ne peut donc qu\u2019en conclure que si la vision de l\u2019histoire de France d\u2019Emmanuel Macron est tout sauf exacte et m\u00eame historique, c\u2019est qu\u2019elle est volontairement d\u00e9politis\u00e9e, et qu\u2019elle baigne toute enti\u00e8re dans une odeur de saintet\u00e9, d\u2019ancien r\u00e9gime et de mauvaise th\u00e9ologie. Il est vrai que celle-ci est bien faite pour consacrer un pouvoir d\u2019Etat fort quand, en bon n\u00e9olib\u00e9ral, il s\u2019agit de mettre \u00e0 bas l\u2019\u00e9tat social issu, apr\u00e8s 1945, des luttes et de l\u2019histoire de la r\u00e9sistance fran\u00e7aise.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-11012 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/macron-president-la-fin-de-l-innocence-f89.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/macron-president-la-fin-de-l-innocence-f89-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"macron-president-la-fin-de-l-innocence.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les hagiographes d&#8217;Emmanuel Macron carburent \u00e0 plein r\u00e9gime depuis son \u00e9lection &#8211; et son entourage comme lui-m\u00eame ne sont pas en reste lorsqu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;y contribuer. 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