{"id":11010,"date":"2018-05-12T10:15:00","date_gmt":"2018-05-12T08:15:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-cohn-bendit-68-et-des-poussieres\/"},"modified":"2023-06-23T23:27:57","modified_gmt":"2023-06-23T21:27:57","slug":"article-cohn-bendit-68-et-des-poussieres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11010","title":{"rendered":"Cohn-Bendit : 68 et des poussi\u00e8res"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Daniel Cohn-Bendit a \u00e9t\u00e9 le visage de Mai 68 avant de devenir la figure des compromissions des ex-gauchistes avec la social-d\u00e9mocratie puis le lib\u00e9ralisme, au profit d&#8217;une \u00e9cologie vert p\u00e2le et d&#8217;une europhilie inconditionnelle. <\/p>\n<p>Mai 68 a cinquante ans et ses acteurs comme ses thurif\u00e9raires souvent soixante-dix. Pour la jeunesse d\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est souvent un concept flou que les coll\u00e9giens confondent tour \u00e0 tour avec la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, une exposition universelle et la Commune de Paris. Mais, pour ceux qui arrivent \u00e0 situer l\u2019objet dans l\u2019histoire, pour peu qu\u2019ils aient un peu lu sur le sujet ou qu\u2019ils aient vu un documentaire dont c\u2019en \u00e9tait l\u2019objet, il y a un nom \u00e0 c\u00f4t\u00e9 duquel ils ne peuvent pas \u00eatre pass\u00e9s tant il fait partie int\u00e9grante de l\u2019imaginaire du moment : celui de Daniel Cohn-Bendit.<\/p>\n<p><em>\u00ab Dany ? C\u2019est celui qui gueulait et qui gueule toujours d\u2019ailleurs \u00bb<\/em>, entend-on souvent dans les cercles de ce qui reste de la gauche. <em>\u00ab Mais parfois, on ne sait plus trop pourquoi il gueule\u2026 \u00bb<\/em>, ajoute-t-on aussi imm\u00e9diatement, non sans une moue dubitative qui laisse transpara\u00eetre cette d\u00e9ception un peu agressive de ceux qui s\u2019accommodent mal du temps qui passe. C\u2019est qu\u2019en cinquante ans tout pile, celui qui a \u00e9t\u00e9 la coqueluche de toute une partie de la gauche et a arpent\u00e9 les plateaux t\u00e9l\u00e9, squatt\u00e9 les ondes radio et occup\u00e9 les colonnes de journaux, a parcouru un long chemin politique : r\u00e9volutionnaire, gauchiste, antiautoritaire, conseiller municipal de Francfort, Vert allemand, Vert fran\u00e7ais, d\u00e9put\u00e9 europ\u00e9en allemand, d\u00e9put\u00e9 europ\u00e9en fran\u00e7ais, f\u00e9d\u00e9raliste, lib\u00e9ral-libertaire, social-lib\u00e9ral, macroniste\u2026<\/p>\n<h2>Symbole contestataire<\/h2>\n<p>Mais commen\u00e7ons par le commencement, par Mai 68, un moment fondateur pour toute une g\u00e9n\u00e9ration qui fut surtout celui de Dany le rouge. Avec ses taches de rousseur et ses cheveux orange, il envoie du lourd dans le m\u00e9gaphone avec ses discours cri\u00e9s plus que parl\u00e9s, son bagou qui d\u00e9concerte plus d\u2019un puissant et son franc-parler qui attire n\u00e9cessairement la sympathie, m\u00e9diatique comme populaire. C\u2019est normal : il n\u2019est pas d\u2019accord. Avec qui ? Tout le monde. Avec quoi ? On s\u2019en fout, on verra plus tard.<\/p>\n<p>\u00c9tudiant \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Nanterre, il fait partie de ceux qui, d\u00e8s le 22 mars 1968, d\u00e9cident d\u2019occuper les locaux de la facult\u00e9 pour demander la lib\u00e9ration des membres du Comit\u00e9 Vietnam arr\u00eat\u00e9s \u00e0 leur domicile quelques jours auparavant. Certes, il avait \u00e9t\u00e9 bri\u00e8vement membre de l\u2019Union nationale des \u00e9tudiants de France (UNEF) mais la ligne politique du syndicat \u2013 ou l\u2019id\u00e9e m\u00eame d\u2019une ligne politique tout court d\u2019ailleurs \u2013, ne lui plaisait pas et l\u2019enfermait dans des sch\u00e9mas qui ne lui correspondaient pas. Ce qui va devenir le Mouvement du 22 mars est beaucoup plus \u00e0 son image puisque s\u2019y c\u00f4toient la carpe et le lapin, unis dans leur volont\u00e9 et leur ambition contestataires : des trotskistes, des chr\u00e9tiens de gauches, des anars\u2026 Le tout r\u00e9uni, bon an mal an, derri\u00e8re un leader : Dany le rouge.<\/p>\n<p><em>\u00ab Symbole de la contestation \u00bb<\/em> : c\u2019est tr\u00e8s vite le nom qu\u2019on lui affuble apr\u00e8s que sa photographie o\u00f9 il temp\u00eate contre un CRS fait la une de tous les journaux. Pourtant, Daniel Cohn-Bendit n\u2019est pas tout \u00e0 fait sorti du m\u00eame moule id\u00e9ologique que ses camarades de contestation qui inondent les rues de leurs joyeux slogans et de leurs esp\u00e9rances r\u00e9volutionnaires : il n\u2019est ni trotskiste, ni mao\u00efste, ni communiste, ni beaucoup de mots en <em>-iste<\/em>. Ses discours, dont l\u2019armature id\u00e9ologique n\u2019est pas encore claire lorsqu\u2019il n\u2019a que vingt-trois ans, sont surtout des coups de gueule. Mais ce qui est int\u00e9ressant, c\u2019est que cette marque de fabrique, que ses d\u00e9tracteurs imaginent issue d\u2019une strat\u00e9gie marketing tr\u00e8s t\u00f4t pens\u00e9e, va perdurer jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui : du coup, on a du mal \u00e0 en d\u00e9gager un squelette id\u00e9ologique clair, sauf \u00e0 consid\u00e9rer que l\u2019europhilie b\u00e9ate pour les uns, chevill\u00e9e au corps pour les autres, pourrait en constituer un.<\/p>\n<h2>Exils int\u00e9rieurs<\/h2>\n<p>Pourtant, dans les esprits, Daniel Cohn-Bendit, apr\u00e8s un demi-si\u00e8cle de pr\u00e9sence m\u00e9diatique et politique, c\u2019est toujours celui qui dit non en vitup\u00e9rant, en beuglant, qui invective et qui n\u2019a pas peur de foutre les pieds dans le plat. Mais, en un demi-si\u00e8cle itou, Daniel Cohn-Bendit, c\u2019est aussi celui que la gauche, tout en ayant fait de lui l\u2019un de ses symboles, s\u2019est toujours refus\u00e9e \u00e0 pleinement adopter. Voire l\u2019a carr\u00e9ment rejet\u00e9. Et pour cause : il n\u2019a jamais vraiment fait montre de beaucoup de sympathie envers les id\u00e9es et les id\u00e9aux des partis de la gauche traditionnelle tout autant que de la nouvelle.<\/p>\n<p>Et d\u2019aucuns avancent qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un trait propre \u00e0 sa construction et \u00e0 son \u00e9ducation politico-familiale : <em>\u00ab fils d&#8217;\u00e9migr\u00e9s juifs allemands, n\u00e9 \u00e0 Montauban en 1945, ni Fran\u00e7ais, ni Allemand, je suis, comme on dit, un b\u00e2tard \u00bb<\/em>. Apatride de naissance, faute d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 dans le bazar de la fin de la seconde guerre mondiale, il est bringuebal\u00e9 de France en Allemagne \u2013 et effectuera m\u00eame un court s\u00e9jour dans une \u00e9cole \u00e0 Londres. Ses parents, des juifs qui avaient fui le nazisme, lui donnent s\u00fbrement le go\u00fbt du cosmopolitisme \u00e9clair\u00e9, de la boh\u00e8me faite engagement politique et de l\u2019universalisme bienveillant. Il passera m\u00eame un \u00e9t\u00e9 dans un kibboutz en Isra\u00ebl ; non que cela r\u00e9v\u00e8le quoi que ce soit d\u2019une jud\u00e9it\u00e9 \u00e0 laquelle il fait tr\u00e8s peu r\u00e9f\u00e9rence, se r\u00e9clamant plut\u00f4t ath\u00e9e, mais cela permet de mettre en lumi\u00e8re les prol\u00e9gom\u00e8nes de son militantisme pour un monde des peuples qui se donnent la main, de la construction d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 bienveillante et ouverte o\u00f9, surtout, les fronti\u00e8res ne sont pas un concept sur lequel les corps ou les esprits s\u2019arr\u00eatent.<\/p>\n<p>Ces fronti\u00e8res ont tout de m\u00eame failli avoir raison de lui quand, \u00e0 la suite des \u00e9v\u00e8nements de Mai 68, il est expuls\u00e9 du territoire fran\u00e7ais \u2013 apr\u00e8s \u00eatre rentr\u00e9 une premi\u00e8re fois \u00e0 Paris en se jouant des services de police gr\u00e2ce \u00e0 une ing\u00e9nieuse teinture qui masquait sa crini\u00e8re rousse \u2013 et qu\u2019il doit se reconstruire en Allemagne. Cet exil forc\u00e9 l\u2019aura sans doute marqu\u00e9, lui qui n\u2019aura de cesse, par la suite, de se battre pour l\u2019abolition des fronti\u00e8res int\u00e9rieures europ\u00e9ennes.<\/p>\n<h2>Pens\u00e9e molle<\/h2>\n<p>Se battre contre, on peut dire que Daniel Cohn-Bendit l\u2019a fait. Mais pour quoi ? Lorsqu\u2019il analyse lui-m\u00eame Mai 68, il consent que <em>\u00ab c\u2019\u00e9tait une effervescence et non une th\u00e9orie de la rupture \u00bb<\/em>. Il va m\u00eame plus loin, dans une interview qu\u2019il a donn\u00e9e en 1986 \u00e0 Fran\u00e7oise Collin pour Les Cahiers du Grif, en affirmant que c\u2019\u00e9tait <em>\u00ab simplement un immense besoin de communication et de solidarit\u00e9 \u00bb<\/em>. D\u00e8s lors, on comprend bien que l\u2019inach\u00e8vement de ce que d\u2019autres appellent une r\u00e9volution \u00e9tait une issue triste mais n\u00e9cessaire : comment organiser une soci\u00e9t\u00e9 nouvelle sur la base d\u2019une pens\u00e9e aussi molle ? C\u2019est l\u2019essence m\u00eame des reproches que lui feront, a posteriori, les mao\u00efstes et les trotskystes qui l\u2019avaient pourtant, dans un premier temps, suivi dans son aventure contestataire.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir \u00e9volu\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 des anarchistes et des autoproductivistes allemands, il se rapproche, au fur et \u00e0 mesure des ann\u00e9es 1980, des Verts, et adh\u00e8re \u00e0 Die Gr\u00fcnen, en Allemagne, d\u00e8s 1984. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu\u2019il entame sa mue politicienne. Non qu\u2019il se d\u00e9dise de quoi que ce soit qu\u2019il aurait d\u00e9clar\u00e9 dans ses plus jeunes ann\u00e9es, mais il tient quand m\u00eame \u00e0 clarifier sa position en publiant Nous l\u2019avons tant aim\u00e9e, la R\u00e9volution en 1986. Dans ce texte, il prend ses distances avec toute id\u00e9e de r\u00e9volution et, comme l\u2019aveu patent\u00e9 d\u2019un \u00e9chec id\u00e9ologique, abandonne presque avec nostalgie la volont\u00e9 d\u2019une transformation radicale du monde.<\/p>\n<p>Pourquoi ce soudain retour sur ce qui l\u2019avait pourtant fond\u00e9 ? Parce que Daniel Cohn-Bendit est maintenant le d\u00e9fenseur d\u2019un \u00e9cologisme r\u00e9aliste qui s\u2019opposerait \u00e0 un \u00e9cosocialisme jug\u00e9 trop d\u00e9connect\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9 de la social-d\u00e9mocratie. Mais il ne faut pas pour autant croire que c\u2019est une recherche du pouvoir qui l\u2019a pouss\u00e9 dans les bras de l\u2019acceptation d\u2019une grande partie du monde tel qu\u2019il est, au lieu de proposer un mod\u00e8le r\u00e9solument alternatif en accord avec ce qu\u2019il voudrait : c\u2019est plut\u00f4t la conviction intime que la r\u00e9volution, au sens de changement total des paradigmes d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, serait une sorte de nostalgie du pr\u00e9sent, dont les voies et moyens rel\u00e8veraient de l\u2019impossible, et les objectifs du joli r\u00eave.<\/p>\n<h2>Parfum de trahison intellectuelle<\/h2>\n<p>Il est vrai que s\u2019il avait conserv\u00e9 le flou sur son tropisme r\u00e9volutionnaire, il aurait eu du mal \u00e0 trouver mati\u00e8re \u00e0 soutenir la politique men\u00e9e par le gouvernement de la r\u00e9gion Hesse, aux mains du Parti social-d\u00e9mocrate d\u2019Allemagne (SPD) dans les ann\u00e9es 1980. Car sa prise de distance id\u00e9ologique avec la r\u00e9volution s\u2019est imm\u00e9diatement accompagn\u00e9e d\u2019actes et de prises de position en bonne et due forme : Daniel Cohn-Bendit a en effet soutenu celui qui fut ministre de l\u2019Environnement et de l\u2019\u00c9nergie du Land entre 1985 et 1987, Joschka Fischer. Ce qu\u2019il voit, au-del\u00e0 de l\u2019acceptation de toute une s\u00e9rie de mesures qui n\u2019avaient rien de r\u00e9volutionnaire, c\u2019est la cr\u00e9ation, pour la premi\u00e8re fois dans une r\u00e9gion allemande, d\u2019un minist\u00e8re de l\u2019Environnement \u2013 avec \u00e0 sa t\u00eate, de surcro\u00eet, un membre du parti des Verts. Et \u00e7a, \u00e7a le botte. M\u00eame si c\u2019est loin, tr\u00e8s loin des imp\u00e9ratifs de changements imm\u00e9diats et radicaux que le Cohn-Bendit de vingt-trois ans aurait pu porter.<\/p>\n<p>D\u2019aucuns verront aussi un parall\u00e9lisme saisissant entre les deux amis, Joschka Fischer et Daniel Cohn-Bendit, quand on sait que le premier a d\u00fb se faire rappeler trois fois qu\u2019il ne pouvait si\u00e9ger en jeans et baskets au Bundestag et qu\u2019il s\u2019\u00e9tait adress\u00e9 au pr\u00e9sident de la chambre en ces termes fleuris : <em>\u00ab Sauf votre respect, Monsieur le pr\u00e9sident, vous n\u2019\u00eates qu\u2019un trou du cul \u00bb<\/em>. Et puis, le m\u00eame parfum de trahison intellectuelle flotte autour des deux comp\u00e8res\u2026<br \/>\nTrahison intellectuelle parce que, s\u2019il a incarn\u00e9 Mai 68, il a en aussi port\u00e9 imm\u00e9diatement les contradictions.<\/p>\n<p>Comment le Daniel Cohn-Bendit qui vieillit, celui qui, fort de ses exp\u00e9riences plurielles dans la contestation et dans l\u2019\u00e9cologie, celui qui avait dit <em>\u00ab Merde ! \u00bb<\/em> \u00e0 Jean-Marie Le Pen en pleine session pl\u00e9ni\u00e8re au Parlement europ\u00e9en, celui qui se dit libre de penser ce qu\u2019il veut quand il veut \u2013 et de le penser haut et fort \u2013, celui qui se veut courroie de transmission pour la jeunesse \u2013 de ses cris de douleurs comme de ses cris de joie \u2013, comment celui-ci a-t-il r\u00e9ussi \u00e0 se concilier avec la social-d\u00e9mocratie dans ce qu\u2019elle a de plus apathique, voire avec le capitalisme n\u00e9olib\u00e9ral ?<\/p>\n<h2>Dany-l\u2019Orange<\/h2>\n<p>Et force est de constater qu\u2019il a fait des \u00e9mules puisque lorsqu\u2019on interroge par les actuels membres d\u2019Europe-Ecologie-Les Verts, ce sont plut\u00f4t les pan\u00e9gyriques que les critiques qui se succ\u00e8dent. Mais certains, s\u2019ils acceptent l\u2019id\u00e9e qu\u2019il fut l\u2019une des \u00e9g\u00e9ries positives de Mai 68, lui reprochent  d\u2019avoir trahi lors des gr\u00e8ves de 1995, alors que cela faisait \u00e0 peine un an qu\u2019il \u00e9tait devenu d\u00e9put\u00e9 europ\u00e9en : <em>\u00ab Le mouvement de 1995 a vu deux logiques s&#8217;affronter : une gauche traditionnelle, derri\u00e8re le mouvement ; et l&#8217;autre r\u00e9formiste, qui disait : on ne peut pas continuer comme \u00e7a. Est-ce qu&#8217;il est raisonnable pour une soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;accepter la retraite \u00e0 cinquante-cinq ans pour les employ\u00e9s de la SNCF ? \u00bb<\/em><\/p>\n<p>D\u2019autant que Daniel Cohn-Bendit r\u00e9cidive en 1999, en assumant, dans L\u2019Humanit\u00e9, de se d\u00e9finir comme <em>\u00ab lib\u00e9ral-libertaire \u00bb<\/em>. Emprunt\u00e9 \u00e0 Michel Clouscard, ce concept forg\u00e9 en 1972 est consid\u00e9r\u00e9 comme une sorte de contre-r\u00e9volution parfaite \u00e0 l\u2019\u00e9mergence du socialisme, au plus grand bonheur du capitalisme, en cela que cette r\u00e9bellion factice s\u2019\u00e9vertue \u00e0 effacer la conscience de classes. D\u00e8s lors, Dany le rouge, qui \u00e9tait pass\u00e9 par la case Dany le vert, devient plut\u00f4t Dany l\u2019orange : il accepte, en principe et en actes, la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste qui produit tous les effets n\u00e9fastes, notamment environnementaux, qu\u2019il d\u00e9nonce pourtant par ailleurs.<\/p>\n<p>Mais \u00e7a, c\u2019est peut-\u00eatre ce que DCB a le mieux compris : la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle qui prend de plus en plus de place au fur et \u00e0 mesure du XXe si\u00e8cle et surtout au d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle, permet toutes les contradictions, \u00e0 la fois dans le temps, dans l\u2019espace et dans les id\u00e9es : c\u2019est finalement le <em>\u00ab en m\u00eame temps \u00bb<\/em> d\u2019Emmanuel Macron que Cohn-Bendit avait int\u00e9gr\u00e9 longtemps avant lui. C\u2019est une des raisons pour lesquelles, au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, Daniel Cohn-Bendit, alors d\u00e9put\u00e9 europ\u00e9en, reste et demeure membre d&#8217;un parti des Verts qui comporte des personnalit\u00e9s aussi diverses que Dominique Voynet, Eva Joly ou Jean-Vincent Plac\u00e9.<\/p>\n<p>Mais son parcours politique, contradictions obligent, n\u2019est pas un long fleuve tranquille : quand il fait campagne en 2005 pour le oui au trait\u00e9 \u00e9tablissant une constitution pour l\u2019Europe et que, m\u00eame si le parti vote \u00e0 53 % comme lui, le positionnement en faveur d\u2019un texte aussi n\u00e9olib\u00e9ral interroge. Mais c\u2019est l\u00e0 que r\u00e9side la clef du personnage qu\u2019est devenu Daniel Cohn-Bendit depuis son mandat de d\u00e9put\u00e9 europ\u00e9en en 1994 : un d\u00e9fenseur, \u00e0 n\u2019importe quel prix, de l\u2019Europe \u2013 voire de l\u2019Union europ\u00e9enne. <\/p>\n<h2>L&#8217;Europe co\u00fbte que co\u00fbte<\/h2>\n<p>Partisan d\u2019une Europe f\u00e9d\u00e9rale \u00e0 tout prix, int\u00e9gr\u00e9e \u00e9conomiquement et socialement, il est donc capable d\u2019avaler toutes les couleuvres bureaucratiques pour que grandisse l\u2019id\u00e9e de Jean Monnet et Robert Schuman qu\u2019il aime \u00e0 appeler <em>\u00ab son b\u00e9b\u00e9 \u00bb<\/em>. DCB s\u2019est trouv\u00e9 une colonne vert\u00e9brale qu\u2019il arrive \u00e0 faire passer pour id\u00e9ologique : l\u2019Europe. C\u2019est d\u2019ailleurs pour cette raison qu\u2019il quitte Europe-\u00c9cologie-Les Verts en 2012, apr\u00e8s que le parti s\u2019est prononc\u00e9 \u00e0 nouveau contre le trait\u00e9 europ\u00e9en et au moment m\u00eame o\u00f9 il fonde, avec Yannick Jadot et Jos\u00e9 Bov\u00e9 notamment, le groupe de r\u00e9flexion Europe et \u00c9cologie pour promouvoir une <em>\u00ab approche pragmatique mais ambitieuse \u00bb<\/em> de l&#8217;Europe\u2026 Il faut faire avancer la construction europ\u00e9enne co\u00fbte que co\u00fbte : tel est le credo de Daniel Cohn-Bendit.<\/p>\n<p>Et pour cela, il est capable des grands \u00e9carts les plus improbables : ainsi de son appel \u00e0 voter Emmanuel Macron d\u00e8s le premier tour parce qu\u2019il est <em>\u00ab le premier depuis 2010 \u00e0 d\u00e9finir une perspective pour l\u2019Europe \u00bb<\/em>, tout en conc\u00e9dant qu\u2019en mati\u00e8re \u00e9cologique, il reste beaucoup de chemin \u00e0 parcourir\u2026 Et il en va de m\u00eame pour sa relation au libre-\u00e9changisme effr\u00e9n\u00e9 que l\u2019Union europ\u00e9enne pr\u00f4ne au niveau mondial : dans la mesure o\u00f9 il peut induire une plus grande attractivit\u00e9 pour l\u2019Europe en tant qu\u2019entit\u00e9 particuli\u00e8re, et malgr\u00e9 les cons\u00e9quences potentielles sur le droit du travail ou l\u2019environnement, DCB est pour.<\/p>\n<p>Il ne faut donc pas voir de rupture id\u00e9ologique brutale ou de trahison inopin\u00e9e quand on apprend qu\u2019il est courtis\u00e9 par l\u2019actuel pr\u00e9sident de la R\u00e9publique pour figurer sur la liste En Marche aux prochaines \u00e9lections europ\u00e9ennes de 2019, comme l\u2019a affirm\u00e9 r\u00e9cemment Christophe Castaner, secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat charg\u00e9 des relations avec le Parlement et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral du parti. Ni dans sa r\u00e9ponse ambig\u00fce \u00e0 la question <em>\u00ab Est-ce qu\u2019il concourra pour ce nouveau mandat europ\u00e9en ? \u00bb<\/em> Certes, il se trouve un peu vieux et \u00e0 soixante-neuf ans, et pr\u00e9f\u00e9rerait laisser la place \u00e0 la jeunesse mais, tout de m\u00eame, il <em>\u00ab ne faut jamais dire jamais \u00bb<\/em>. Au moins, cela permettrait de mettre les choses vraiment au clair quant \u00e0 son positionnement politique : il serait de droite et les sympathisants de gauche pourraient arr\u00eater de l\u2019\u00e9riger syst\u00e9matiquement en figure tut\u00e9laire.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-11010 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/cohn-541.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/cohn-541-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"cohn.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Daniel Cohn-Bendit a \u00e9t\u00e9 le visage de Mai 68 avant de devenir la figure des compromissions des ex-gauchistes avec la social-d\u00e9mocratie puis le lib\u00e9ralisme, au profit d&#8217;une \u00e9cologie vert p\u00e2le et d&#8217;une europhilie inconditionnelle. <\/p>\n","protected":false},"author":1204,"featured_media":26140,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[457,352],"class_list":["post-11010","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actu","tag-eelv","tag-europe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11010","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1204"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11010"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11010\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/26140"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11010"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11010"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11010"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}