{"id":11007,"date":"2018-05-10T10:30:00","date_gmt":"2018-05-10T08:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-moyen-orient-une-guerre-est-a-l-horizon\/"},"modified":"2023-06-23T23:27:55","modified_gmt":"2023-06-23T21:27:55","slug":"article-moyen-orient-une-guerre-est-a-l-horizon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11007","title":{"rendered":"Moyen-Orient : \u00ab Une guerre est \u00e0 l&#8217;horizon \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Deux jours apr\u00e8s le retrait des Etats-Unis de l&#8217;accord sur le nucl\u00e9aire iranien, Isra\u00ebl a men\u00e9 des raids a\u00e9riens meurtriers contre des cibles iraniennes en Syrie en repr\u00e9sailles \u00e0 des tirs attribu\u00e9s \u00e0 la R\u00e9publique islamique. D\u00e9cryptage de cette escalade de tensions avec Philip Golub, professeur de relations internationales \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 am\u00e9ricaine de Paris.<\/p>\n<p>Philip Golub est professeur de relations internationales \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 am\u00e9ricaine de Paris et auteur notamment de <em>East Asia\u2019s Reemergence<\/em> et de <em>Une autre histoire de la puissance am\u00e9ricaine<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Regards. Cette nuit, pour la premi\u00e8re fois, des roquettes attribu\u00e9es \u00e0 l\u2019Iran ont \u00e9t\u00e9 tir\u00e9es vers Isra\u00ebl qui a ripost\u00e9. S\u2019agit-il de la premi\u00e8re cons\u00e9quence concr\u00e8te de la sortie de l\u2019accord iranien par les Etats-Unis de Donald Trump ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Philip Golub.<\/strong> Il y a une dynamique d\u2019escalade en cours au Moyen-Orient et dans le Golfe stimul\u00e9e par la d\u00e9cision de Donald Trump de sortir de l\u2019accord nucl\u00e9aire avec l\u2019Iran. Depuis l\u2019annonce du pr\u00e9sident am\u00e9ricain, le gouvernement de Netanyahu en Isra\u00ebl se sent beaucoup plus libre que par le pass\u00e9 d\u2019engager des op\u00e9rations offensives contre l\u2019Iran et ses alli\u00e9s en Syrie o\u00f9 l\u2019Iran a d\u00e9velopp\u00e9 une influence importante.<\/p>\n<p>Le choix de Trump de se retirer de l\u2019accord nucl\u00e9aire avec l\u2019Iran ouvre n\u00e9cessairement la voie \u00e0 une escalade des hostilit\u00e9s entre Isra\u00ebl et l\u2019Iran, et, <em>de facto<\/em>, \u00e0 une confrontation entre les Etats-Unis et l\u2019Iran. Les cons\u00e9quences pourraient donc \u00eatre tr\u00e8s p\u00e9rilleuses pour la paix r\u00e9gionale, mais aussi pour la paix mondiale dans la mesure o\u00f9 la Russie est un acteur important dans la r\u00e9gion et que d\u2019autres acteurs comme la Turquie ont des int\u00e9r\u00eats importants sur place.<\/p>\n<p><strong>Cette sortie de l\u2019accord iranien \u00e9tait pourtant attendue\u2026<\/strong><\/p>\n<p>La d\u00e9cision de Donald Trump est un choix qu\u2019il a annonc\u00e9 depuis longtemps ; il l\u2019a finalement mise en \u0153uvre en d\u00e9pit des tensions diplomatiques que cela engendre avec les pays europ\u00e9ens signataires de l\u2019accord JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action) et avec la Russie et la Chine qui en sont cosignataires.<\/p>\n<p>Le retrait est fond\u00e9 sur l\u2019id\u00e9e d\u2019un changement de r\u00e9gime en Iran, m\u00eame si cet objectif n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 formul\u00e9 explicitement. Pour la droite am\u00e9ricaine, il s\u2019agit de faire tomber la R\u00e9publique islamique et d\u2019y installer un nouveau r\u00e9gime, sans que l\u2019on ait la moindre id\u00e9e de ce que pourrait \u00eatre ce dernier. Il ne fait aucun doute que le calcul est erron\u00e9 : les pression ext\u00e9rieures, \u00e9conomiques et militaires, vont consolider les \u00e9l\u00e9ments les plus intransigeants de la R\u00e9publique islamique. <\/p>\n<p>L\u2019objectif d\u2019un changement de r\u00e9gime par la force \u2013 une combinaison de pressions \u00e9conomiques et militaires \u2013 est partag\u00e9 \u00e0 la fois par le gouvernement de Netanyahu en Isra\u00ebl et par l\u2019Arabie Saoudite. <em>De facto<\/em>, l\u2019Arabie Saoudite a forg\u00e9 une alliance strat\u00e9gique avec Isra\u00ebl et, bien s\u00fbr, avec l\u2019administration Trump. Le royaume a pour priorit\u00e9 strat\u00e9gique premi\u00e8re l\u2019endiguement de l\u2019Iran et le renversement de la R\u00e9publique islamique.<\/p>\n<p>Cette alliance tripartite Etats-Unis \u2013 Isra\u00ebl \u2013 Arabie Saoudite agit avec des motivations communes, notamment celle de contenir agressivement l\u2019influence r\u00e9gionale de l\u2019Iran, croissante depuis l\u2019invasion am\u00e9ricaine de l\u2019Irak en 2003. Les trois alli\u00e9s sont aujourd\u2019hui clairement dans une posture guerri\u00e8re vis-\u00e0-vis de l\u2019Iran.<\/p>\n<p><strong>Quelle est la position de Bachar Al-Assad en Syrie ?<\/strong><\/p>\n<p>Le r\u00e9gime syrien est faible et n\u2019a surv\u00e9cu ces derni\u00e8res ann\u00e9es que gr\u00e2ce au soutien de ses alli\u00e9s russe et iranien. La Syrie n\u2019est pas en mesure d\u2019agir comme acteur autonome dans le jeu qui s\u2019annonce. Elle n\u2019en a pas les moyens militaires : les batteries anti-a\u00e9riens syriennes n\u2019ont apparemment \u00e9t\u00e9 d\u2019aucun effet contre l\u2019aviation isra\u00e9lienne. Il est important de bien prendre en consid\u00e9ration l\u2019importante disparit\u00e9 technologico-militaire entre Isra\u00ebl et la Syrie, tout comme entre Isra\u00ebl et l\u2019Iran. La Russie pourrait \u00e9ventuellement pallier en partie cette in\u00e9galit\u00e9, mais cela impliquerait une entr\u00e9e en conflit directe entre la Russie et Isra\u00ebl, hypoth\u00e8se totalement exclue \u00e0 ce stade par le gouvernement de Vladimir Poutine.<\/p>\n<p>Il existe bien une contre-alliance Russie \u2013 Iran \u2013 Syrie de Bachar Al-Assad mais elle souffre, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, de la faiblesse \u00e9conomique de la Russie dont la puissance ne peut pas \u00eatre compar\u00e9e \u00e0 celle des Etats-Unis et, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, de la faible l\u00e9gitimit\u00e9 et de la faible autonomie du gouvernement syrien : il ne repr\u00e9sente qu\u2019une partie de la population syrienne et n\u2019est pas souverain sur la totalit\u00e9 du territoire. L\u2019Iran se retrouve ainsi soutenue par une Russie aux moyens limit\u00e9s, et une Syrie tr\u00e8s affaiblie.<\/p>\n<p><strong>Quelle place pour l\u2019Europe \u2013 et la France \u2013 dans ces conflits ? Ne serait-ce pas l\u2019occasion pour la diplomatie europ\u00e9enne et fran\u00e7aise de reprendre le <em>leadership<\/em> dans la r\u00e9gion ?<\/strong><\/p>\n<p>Penser que la France ou l\u2019Europe pourraient reprendre le <em>leadership<\/em> au Moyen-Orient et dans le Golfe est, me semble-t-il, illusoire. Il leur faudrait faire preuve d\u2019une unit\u00e9 de vision et de volont\u00e9 qu\u2019elles n\u2019ont pas. L\u2019Europe va se retrouver dans une situation extr\u00eamement difficile puisque les Etats-Unis vont bient\u00f4t r\u00e9imposer des sanctions extraterritoriales sur toutes les entreprises ou instituions financi\u00e8res qui, depuis l\u2019accord de JCPOA, ont r\u00e9investi l\u2019Iran.<\/p>\n<p>Toutes ces entreprises vont \u00eatre assujetties aux lois extraterritoriales am\u00e9ricaines et se verront imposer des p\u00e9nalit\u00e9s lourdes si elles ne respectent pas les termes de la loi am\u00e9ricaine et l\u2019embargo am\u00e9ricain. Or, le march\u00e9 am\u00e9ricain est de la plus haute importance pour toutes les entreprises internationales ou transnationales du monde, celles de l\u2019Europe aussi, bien entendu. Son acc\u00e8s est donc une priorit\u00e9 \u00e9conomique essentielle ; en l\u2019absence d\u2019une politique europ\u00e9enne commune hardie, ces entreprises n\u2019auront d\u2019autre choix que de se plier aux sanctions am\u00e9ricaines, au diktat am\u00e9ricain.<\/p>\n<p>C\u2019est ce qu\u2019on appelle, en mati\u00e8re de relations internationales, le <em>pouvoir structurel<\/em> des Etats-Unis : leur position structurelle dans le syst\u00e8me \u00e9conomique mondial leur permet d\u2019imposer leurs pr\u00e9f\u00e9rences aux autres acteurs et de contraindre leurs choix. C\u2019est un cas d\u2019\u00e9cole illustrant une situation d\u2019asym\u00e9trie dans la r\u00e9gulation internationale : les europ\u00e9ens n\u2019ont pas, pour l\u2019heure, les moyens de r\u00e9pliquer efficacement aux lois extraterritoriales am\u00e9ricaines.<\/p>\n<p><strong>L&#8217;Europe peut-elle s&#8217;imposer comme un interlocuteur de premier plan ?<\/strong><\/p>\n<p>Si les Europ\u00e9ens voulaient contrer les sanctions extraterritoriales am\u00e9ricaines, il faudrait qu\u2019ils mettent en place eux-m\u00eames des r\u00e9gimes similaires dirig\u00e9s contre des entreprises am\u00e9ricaines. Ce qui ne se fera pas \u00e9tant donn\u00e9 les liens tr\u00e8s \u00e9troits qu\u2019entretiennent toutes les entreprises europ\u00e9ennes avec le march\u00e9 am\u00e9ricain et la crainte des europ\u00e9ens, au niveau politique, d\u2019une rupture brutale avec les Etats-Unis. <\/p>\n<p>Donc : non, pour toutes ces raisons, je ne crois pas que l\u2019Europe puisse d\u00e9velopper une position de <em>leadership<\/em> au Moyen-Orient. Au mieux, ce qu\u2019elle pourrait faire \u2014 \u00e9ventuellement sous direction fran\u00e7aise (<em>\u00e9ventuellement<\/em> car Emmanuel Macron n\u2019a pas fait preuve, \u00e0 Washington, d\u2019une grande autonomie vis-\u00e0-vis des Etats-Unis) \u2014, c\u2019est essayer, en restant dans l\u2019accord avec T\u00e9h\u00e9ran, de d\u00e9velopper une alternative diplomatique et tenter de trouver les moyens de commercer avec l\u2019Iran, contourner les sanctions am\u00e9ricaines et assurer ainsi la d\u00e9nucl\u00e9arisation de l\u2019Iran. Mais en supposant que ce soit possible, ce qui est peu probable, cela prendra du temps et n\u00e9cessitera la mise en place d\u2019une politique commune europ\u00e9enne qui fait cruellement d\u00e9faut. <\/p>\n<p><strong>Mais est-ce que Donald Trump est suivi, sur la question iranienne, par le Parti r\u00e9publicain ? Et y a-t-il une vraie opposition de la part du Parti d\u00e9mocrate ?<\/strong><\/p>\n<p>Sur la question du JCPOA, l\u2019ancien pr\u00e9sident des Etats-Unis, Barack Obama, et son ancien ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, John Kerry, ont tous deux d\u00e9nonc\u00e9 dans des termes assez forts la sortie de Trump de l\u2019accord, estimant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une tr\u00e8s grave erreur au plan \u00e0 la fois moral et strat\u00e9gique. Et cette vision est celle d\u2019un tr\u00e8s grand nombre d\u2019experts. Seulement, le probl\u00e8me, c\u2019est que ces experts ne sont pas \u00e9cout\u00e9s par l\u2019administration actuelle.<\/p>\n<p>Sur la question iranienne, le Parti r\u00e9publicain fait bloc autour du pr\u00e9sident. La droite am\u00e9ricaine conteste depuis toujours la l\u00e9gitimit\u00e9 de la R\u00e9publique islamique, et est engag\u00e9e depuis des d\u00e9cennies dans une diplomatie coercitive dont l\u2019objectif a toujours \u00e9t\u00e9 la chute du r\u00e9gime. Plus largement, les relations irano-am\u00e9ricaines depuis 1979 sont ex\u00e9crables, marqu\u00e9es par la conflictualit\u00e9. Mais il existe deux types de voix : les voix rationnelles qui estiment qu\u2019existent des marges de man\u0153uvre diplomatiques, et les voix guerri\u00e8res. Les premi\u00e8res ne veulent pas un encha\u00eenement d\u2019\u00e9v\u00e9nements qui conduiraient \u00e0 une guerre aux cons\u00e9quences impr\u00e9visibles ; les secondes promeuvent l\u2019id\u00e9e d\u2019une restructuration de la r\u00e9gion par la force.<\/p>\n<p>Autre facteur : le Parti r\u00e9publicain, mais aussi une fraction du Parti d\u00e9mocrate, soutient une politique anti-iranienne agressive parce qu\u2019ils sont tr\u00e8s proches du gouvernement isra\u00e9lien. Le pr\u00e9sident a choisi. Et il a l\u2019autorit\u00e9 et le pouvoir constitutionnel de faire ce type de choix. D\u2019autant qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, il a le soutien d\u2019une majorit\u00e9 des membres des deux chambres du Congr\u00e8s. On ne voit pas de possibilit\u00e9 pour qu\u2019\u00e9merge une opinion majoritaire au Congr\u00e8s favorable au JCPOA. Ce n\u2019est donc pas une opposition interne qui pourrait changer la donne.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce qui, au fond, motive Donald Trump dans cette d\u00e9cision de sortie de l\u2019accord iranien ?<\/strong><\/p>\n<p>La politique internationale de l\u2019administration Trump est une politique de puissance, une politique nationaliste qui met les int\u00e9r\u00eats am\u00e9ricains au-dessus des accords multilat\u00e9raux, du droit international et, bien s\u00fbr, des institutions internationales. On assiste en ce moment au d\u00e9veloppement d\u2019un souverainisme am\u00e9ricain qu\u2019on avait d\u00e9j\u00e0 vu \u00e0 l\u2019\u0153uvre sous George W. Bush lors de l\u2019invasion de l\u2019Irak. Aujourd\u2019hui, il prend toute son ampleur. <\/p>\n<p>Il y a de la part de l\u2019administration Trump un effort d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de d\u00e9construction de l\u2019ordre international multilat\u00e9ral construit apr\u00e8s 1945, une volont\u00e9 de retour aux conditions d\u2019avant 1914 caract\u00e9ris\u00e9es par la lutte pour le pouvoir entre nations cherchant des gains relatifs par rapport aux autres. C\u2019est d\u2019ailleurs pr\u00e9sent\u00e9 ainsi explicitement dans le document <em>National Security Strategy<\/em> 2017 (le document officiel de la Maison blanche qui sort tous les ans sur la strat\u00e9gie de s\u00e9curit\u00e9 nationale). Dans sa section III sur la politique internationale, on peut lire que <em>\u00ab la lutte pour le pouvoir est une continuit\u00e9 centrale de l\u2019Histoire \u00bb<\/em> et que <em>\u00ab la p\u00e9riode actuelle ne fait pas exception \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Trump porte une vision ultranationaliste d\u2019un monde dans lequel les relations internationales seraient un jeu \u00e0 somme nulle o\u00f9 les gains des uns entra\u00eenent n\u00e9cessairement les pertes des autres. Dans cette vision, qui se conjugue au militarisme, la coercition est con\u00e7ue comme moyen premier (et non pas dernier) d\u2019action dans le monde. La guerre en est l\u2019horizon. <div id='gallery-1' class='gallery galleryid-11007 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/capture_d_e_cran_2018-05-10_a_18-e04.52.02.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/capture_d_e_cran_2018-05-10_a_18-e04.52.02-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"capture_d_e_cran_2018-05-10_a_18.52.02.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deux jours apr\u00e8s le retrait des Etats-Unis de l&#8217;accord sur le nucl\u00e9aire iranien, Isra\u00ebl a men\u00e9 des raids a\u00e9riens meurtriers contre des cibles iraniennes en Syrie en repr\u00e9sailles \u00e0 des tirs attribu\u00e9s \u00e0 la R\u00e9publique islamique. 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