{"id":11004,"date":"2018-05-09T16:18:00","date_gmt":"2018-05-09T14:18:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-ils-ont-tue-son-pere-et-les-cheminots-aussi\/"},"modified":"2018-05-09T16:18:00","modified_gmt":"2018-05-09T14:18:00","slug":"article-ils-ont-tue-son-pere-et-les-cheminots-aussi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=11004","title":{"rendered":"Ils ont tu\u00e9 son p\u00e8re, et les cheminots aussi\u2026"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">La litt\u00e9rature est souvent le reflet d\u2019un monde qui parfois nous \u00e9chappe et dont on ignore les contours. Comme si nous refusions de nommer la r\u00e9alit\u00e9. Le dernier ouvrage d\u2019Edouard Louis, <em>Qui a tu\u00e9 mon p\u00e8re<\/em>, r\u00e9veille notre actualit\u00e9 sociale bouillonnante et d\u00e9signe les coupables.<\/p>\n<p>Il y a parfois des v\u00e9rit\u00e9s utiles \u00e0 rappeler\u00a0: <em>\u00ab\u00a0La politique est une question de vie ou de mort pour les domin\u00e9s\u00a0\u00bb<\/em>. Et ils sont nombreux, les domin\u00e9s. Les fain\u00e9ants, les crasseux, les p\u00e9d\u00e9s, les femmes, les parasites, les jeunes, les vieux, les artistes, les apprentis, les Noirs, les Arabes, les Fran\u00e7ais, les chevelus, les anciens communistes, les fous, les abstentionnistes convaincus, tous ceux qui ne comptent pas sur les hommes politiques. Et derri\u00e8re cette liste, que l\u2019on pourrait rallonger \u00e0 l\u2019infini \u2013 tant elle repr\u00e9sente l\u2019immense majorit\u00e9 d\u2019un peuple d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9, il y a le visage de ces hommes et de ces femmes au dos bris\u00e9, au souffle coup\u00e9, \u00e0 l\u2019esprit noy\u00e9. C\u2019est l\u2019histoire que raconte le jeune romancier et sociologue \u00c9douard Louis.<\/p>\n<p>L\u2019histoire de vies humaines sacrifi\u00e9es par les d\u00e9cisions politiques. Des d\u00e9cisions dont on oublie qu\u2019elles portent le nom d\u2019une ou d\u2019un responsable : de Chirac en passant par El Khomri, Hirsh, Valls, Bertrand, Collomb, Hollande ou Sarkozy, ils ont tous contribu\u00e9 \u00e0 tuer, \u00e0 petit feu, un p\u00e8re. Une m\u00e8re. <em>\u00ab\u00a0L\u2019histoire de ta vie est l\u2019histoire de ces personnes qui se sont succ\u00e9d\u00e9 pour t\u2019abattre. L\u2019histoire de ton corps est l\u2019histoire de ces noms qui se sont succ\u00e9d\u00e9 pour te d\u00e9truire. L\u2019histoire de ton corps accuse l\u2019histoire politique\u00a0\u00bb<\/em>, \u00e9crit l\u2019auteur, rendant ainsi le plus bel hommage que l\u2019on peut rendre \u00e0 un p\u00e8re. Un p\u00e8re si diff\u00e9rent, qu\u2019il a ignor\u00e9 longtemps, voire m\u00e9pris\u00e9 un temps, mais qu\u2019il aime tant.<\/p>\n<h2>Violence politique, violence physique<\/h2>\n<p>Pour Emmanuel Macron, <em>\u00ab\u00a0les riches n&#8217;ont pas besoin d&#8217;un Pr\u00e9sident (\u2026), ils\u00a0se d\u00e9brouillent tr\u00e8s bien tout seuls\u00a0\u00bb<\/em>. C\u2019est vrai que la politique,\u00a0<em>a priori<\/em>, ne change pas la vie des puissants et des dominants.\u00a0<em>A priori<\/em>. C\u2019est vrai aussi que la politique, au sens le plus noble, devrait n\u2019exister que pour r\u00e9duire la fracture, l\u2019injustice, l\u2019in\u00e9gal traitement, par la soci\u00e9t\u00e9, des classes populaires, majoritaires partout dans le monde, face aux classes les plus ais\u00e9es. C\u2019est,\u00a0<em>a priori<\/em>, ce qu\u2019on devrait attendre des pouvoirs publics.<\/p>\n<p>Que dire alors de cette politique \u00e0 l\u2019\u0153uvre \u2013 et qui ne date pas d\u2019il y a un an \u2013, qui non seulement ne s\u2019occupe pas du peuple paup\u00e9ris\u00e9 mais abandonne le pouvoir politique au pouvoir de l\u2019administration et de la finance pour mieux concentrer les richesses dans les mains de quelques-un ? Et ainsi accro\u00eetre, comme jamais auparavant, les in\u00e9galit\u00e9s. Parce que si la violence devait avoir un visage, c\u2019est ce visage-ci qu\u2019il faudrait \u00e9clairer. Illuminer. D\u00e9voiler. Car il faut le voir. Le faire savoir. Parce que cette violence politique, violence symbolique de domination, cette violence sociale qui s\u2019abat \u00e0 coup d\u2019ordonnances et de 49.3, est aussi responsable de la violence physique, de ces corps \u00e9puis\u00e9s. Suicides, burn-outs, arr\u00eats. Postures et faux-semblants disent les puissants pour justifier l\u2019abandon des protections et la remise en cause de pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle de luttes et d&#8217;acquis sociaux, qu&#8217;ils voudraient faire passer pour des privil\u00e8ges.\u00a0<\/p>\n<h2>Ils ont tu\u00e9 le p\u00e8re d\u2019\u00c9douard Louis.<\/h2>\n<p>&#8220;Ils&#8221; portent un nom. Il faut le dire. Et le redire. Ils sont coupables. <em>\u00ab Des assassins \u00bb<\/em>, affirme Edouard Louis. Ils ont tu\u00e9 les cheminots. Ils tueront demain les professeurs, les aides-soignants, les retrait\u00e9s, les sans-papiers, les rat\u00e9s, les bless\u00e9s. Parce que pour ces \u00eatres de la raison, de la pens\u00e9e complexe et du bon sens \u2013 celui du pragmatisme, de la dette, de la rigueur et de la saine gestion, la politique consiste d\u2019abord \u00e0 d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats propres. Pas celui du nombre. Ces <em>\u00ab\u00a0surnum\u00e9raires\u00a0\u00bb<\/em> comme le rappelle \u00c9douard Louis, empruntant le terme au sociologue Robert Castel qui parlait aussi des <em>\u00ab\u00a0laiss\u00e9s pour compte\u00a0\u00bb<\/em>. La bourgeoisie est cette petite soci\u00e9t\u00e9, caste ou classe qui a le mieux int\u00e9gr\u00e9 cette conscience de ce qu\u2019elle est : une classe en soi, pour soi, par soi.<\/p>\n<p>Eux, les autres, le peuple, continueront \u00e0 balayer leurs trottoirs, \u00e0 nettoyer leurs chiottes et \u00e0 livrer leur\u00a0saumon gravlax\u00a0\u00e0 domicile. &#8220;Se tuer \u00e0 la t\u00e2che&#8221;, comme le veut la formule consacr\u00e9e. Le bilan de cette premi\u00e8re ann\u00e9e de quinquennat ne fait qu\u2019acc\u00e9l\u00e9rer la mis\u00e8re sociale. Une mis\u00e8re sociale qui tue. Et il faut le dire. Et le redire. Parce qu\u2019il y a des coupables. Parce que c\u2019est ce qui se joue en ce moment avec la bataille des cheminots, des salari\u00e9s de\u00a0Carrefour, des personnels de la sant\u00e9, des r\u00e9fugi\u00e9s, ou celle encore des \u00e9tudiants\u00a0: leur survie. Leur vie tout court, parfois. Et c\u2019est de cela dont il est question derri\u00e8re les mots &#8220;r\u00e9forme&#8221;, &#8220;dette&#8221;, &#8220;statut&#8221;, &#8220;CDI&#8221;, &#8220;service public&#8221;, &#8220;usager&#8221;, &#8220;pr\u00e9carit\u00e9&#8221;, &#8220;ch\u00f4meurs&#8221;, &#8220;asile&#8221;. &#8220;Ils&#8221; l\u2019oublient. Le plus grand nombre aussi, parfois.\u00a0<\/p>\n<p>Et face \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9 sociale poignante, gla\u00e7ante, que nous livre \u00c9douard Louis dans <em>Qui a tu\u00e9 mon p\u00e8re<\/em>, publi\u00e9 aux Editions du Seuil, face \u00e0 l\u2019urgence de la situation, de la politique antisociale, autoritaire et <em>\u00ab\u00a0antid\u00e9mocratique\u00a0\u00bb<\/em>, comme l\u2019\u00e9crit la philosophe Sandra Laugier, il importe de construire une r\u00e9sistance solide, cr\u00e9dible, unie. Parce que l\u2019absence de perspective et d\u2019alternative tue aussi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La litt\u00e9rature est souvent le reflet d\u2019un monde qui parfois nous \u00e9chappe et dont on ignore les contours. Comme si nous refusions de nommer la r\u00e9alit\u00e9. Le dernier ouvrage d\u2019Edouard Louis, <em>Qui a tu\u00e9 mon p\u00e8re<\/em>, r\u00e9veille notre actualit\u00e9 sociale bouillonnante et d\u00e9signe les coupables.<\/p>\n","protected":false},"author":1039,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-11004","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-culture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11004","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1039"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11004"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11004\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11004"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11004"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11004"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}