{"id":110,"date":"1995-11-01T00:00:00","date_gmt":"1995-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/france-telecom-la-chronique-d-une110\/"},"modified":"1995-11-01T00:00:00","modified_gmt":"1995-10-31T23:00:00","slug":"france-telecom-la-chronique-d-une110","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=110","title":{"rendered":"France T\u00e9l\u00e9com, la chronique d&#8217;une privatisation annonc\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Alain Gautheron <\/p>\n<p><strong>  Les dessous d&#8217;une d\u00e9r\u00e9glementation qui n&#8217;a rien d&#8217;in\u00e9luctable. L&#8217;occasion d&#8217;une r\u00e9flexion sur le sens du service public et le r\u00f4le des fonctionnaires. <\/strong><\/p>\n<p> **Jean-Claude Oliva: Vous d\u00e9noncez les menaces de privatisation, de d\u00e9r\u00e9glementation qui p\u00e8sent sur France T\u00e9l\u00e9com et sur la poste. De quoi s&#8217;agit-il au juste ?<\/p>\n<p>** <\/p>\n<p> <strong> Alain Gautheron : <\/strong> Privatiser c&#8217;est mettre les actionnaires priv\u00e9s directement aux commandes des services qui \u00e9taient publics. D\u00e9r\u00e9glementer, ce n&#8217;est pas &#8221; d\u00e9s\u00e9tatiser &#8221; ou limiter l&#8217;\u00e9dition de r\u00e8gles pour retrouver la &#8221; libert\u00e9 du march\u00e9 &#8220;, c&#8217;est remettre en cause le monopole public et la p\u00e9r\u00e9quation tarifaire pour permettre aux multinationales de piller les fragments des r\u00e9seaux de communication \u00e0 haute valeur ajout\u00e9e.<\/p>\n<p>Concernant France T\u00e9l\u00e9com, un communiqu\u00e9 du Premier ministre, du 30 ao\u00fbt 1995, confirme les objectifs du gouvernement: d\u00e9but 1996, &#8221; il proposera au Parlement une loi de r\u00e9glementation des t\u00e9l\u00e9communications qui assurera une ouverture \u00e0 la concurrence&#8230;&#8221;; &#8221; il consid\u00e8re qu&#8217;il est n\u00e9cessaire de donner \u00e0 France T\u00e9l\u00e9com le statut d&#8217;une v\u00e9ritable entreprise&#8230;&#8221;<\/p>\n<p>Concernant la poste, le 26 juillet 1995, la commission europ\u00e9enne a propos\u00e9 l&#8217;ouverture \u00e0 la concurrence en l&#8217;an 2001 de toutes les activit\u00e9s postales sauf la distribution du courrier dont le poids est inf\u00e9rieur \u00e0 350 grammes. C&#8217;est l&#8217;activit\u00e9 haut de gamme et en plein d\u00e9veloppement qui \u00e9chapperait ainsi au service public. La privatisation et la d\u00e9r\u00e9glementation ne sont pas une menace pour demain. C&#8217;est un long processus contre lequel se bat le personnel depuis une trentaine d&#8217;ann\u00e9es.<\/p>\n<p>De nombreux projets se sont succ\u00e9d\u00e9. Si, \u00e0 chaque fois, ils donnaient l&#8217;impression de se concentrer sur les structures des PTT, ils visaient en fait plusieurs buts: s\u00e9parer la poste des t\u00e9l\u00e9coms, r\u00e9duire le monopole, faire p\u00e9n\u00e9trer toujours plus les int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s dans les circuits financiers, d\u00e9velopper une gestion de type priv\u00e9, casser le statut des fonctionnaires. Avec la loi du 2 juillet 1990, Rocard et Quil\u00e8s ont permis l&#8217;acc\u00e9l\u00e9ration brutale de ce processus.<\/p>\n<p> <strong>  Jean-Claude Oliva: Quelles seraient les cons\u00e9quences pour le personnel ?  <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Alain Gautheron : <\/strong> Aucun doute n&#8217;est possible ! Cela signifierait une amplification brutale de tous les aspects nocifs de l&#8217;actuelle politique de personnel: suppressions d&#8217;emplois, licenciements, restructurations, fermetures de services, abandons d&#8217;activit\u00e9s, disparition du statut des fonctionnaires, d\u00e9veloppement de la pr\u00e9carit\u00e9, de l&#8217;ins\u00e9curit\u00e9, de la flexibilit\u00e9, remise en cause des droits syndicaux, autoritarisme&#8230;<\/p>\n<p>C&#8217;est parce qu&#8217;il sait tout cela que le personnel se bat avec autant d&#8217;acharnement. Une fois de plus, le gouvernement compte sur la division et la r\u00e9signation pour aboutir puisqu&#8217;il dit: &#8221; ceux qui le voudraient pourraient rester fonctionnaires &#8220;.<\/p>\n<p>Il esp\u00e8re que les fonctionnaires, contre le maintien hypoth\u00e9tique de leurs droits, abandonnent \u00e0 l&#8217;arbitraire patronal les contractuels (d\u00e9j\u00e0 plus de 120 000) et les futurs recrut\u00e9s.<\/p>\n<p>Nous ne nous y r\u00e9signerons jamais. Le combat syndical repose sur la solidarit\u00e9 entre les individus et les g\u00e9n\u00e9rations. Solidarit\u00e9 de lutte qui fait partie de la culture du personnel.<\/p>\n<p> <strong>  Jean-Claude Oliva: A ce propos, on parle beaucoup des avantages des fonctionnaires. Quelle est la situation du personnel de la poste et de France T\u00e9l\u00e9com ?  <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Alain Gautheron : <\/strong> Le personnel a des devoirs pour accomplir sa mission au service du public. Il n&#8217;a pas d&#8217;avantages, il a des droits. Ils ne lui ont jamais \u00e9t\u00e9 octroy\u00e9s. C&#8217;est par l&#8217;action qu&#8217;il les a obtenus. En mati\u00e8re de salaires, prenons les statistiques officielles, le bilan social 1994. Elles concernent seulement les titulaires. A la poste, en r\u00e9mun\u00e9ration nette toutes primes comprises, 76,5% du personnel gagnent moins de 10 000 francs par mois. A France T\u00e9l\u00e9com, en r\u00e9mun\u00e9ration brute, toutes primes comprises, 51,1% du personnel gagnent moins de 12 000 francs par mois. Rien de mirobolant, vous pouvez le constater !<\/p>\n<p>Toutefois je ne peux pas vous communiquer le montant du salaire de la poign\u00e9e de cadres dirigeants. Il doit \u00eatre avantageux car ils refusent de le rendre transparent !<\/p>\n<p>Ceux qui \u00e9voquent les &#8221; avantages &#8221; des fonctionnaires r\u00eavent de diviser les salari\u00e9s pour mieux les surexploiter tous.<\/p>\n<p>En v\u00e9rit\u00e9 ce qui leur est insupportable c&#8217;est que les fonctionnaires disposent encore, malgr\u00e9 toutes les attaques; de la garantie de l&#8217;emploi, d&#8217;un ensemble de droits qui ne rel\u00e8vent pas du fait au prince, d&#8217;un r\u00e9gime particulier de protection sociale et de retraite, de moyens d&#8217;agir pour faire respecter l&#8217;\u00e9galit\u00e9 de droits entre les hommes et les femmes.<\/p>\n<p>Ce qui est anachronique ce n&#8217;est pas que les fonctionnaires aient un statut, c&#8217;est que des millions d&#8217;\u00eatres humains soient priv\u00e9s de v\u00e9ritables droits et soumis \u00e0 la jungle patronale.<\/p>\n<p>R\u00e9duire les droits d&#8217;une cat\u00e9gorie de salari\u00e9s n&#8217;a jamais entra\u00een\u00e9 l&#8217;am\u00e9lioration du sort d&#8217;une autre, bien au contraire ! Le r\u00f4le du syndicat, c&#8217;est justement de s&#8217;appuyer sur les situations les plus favorables pour faire progresser les droits de tous.<\/p>\n<p> <strong>  Jean-Claude Oliva: Quelles seraient les cons\u00e9quences de la privatisation pour les usagers ?  <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Alain Gautheron : <\/strong> 92% des usagers de France T\u00e9l\u00e9com et 80% de ceux de la poste consid\u00e8rent que ces services publics fonctionnent bien (sondage SOFRES des 8 et 9 septembre 1995). On comprend pourquoi ils n&#8217;h\u00e9sitent pas \u00e0 agir pour les d\u00e9fendre. Avec la privatisation, les usagers satisfaits deviendraient des clients m\u00e9contents ! La p\u00e9r\u00e9quation tarifaire est un des principes, certes malmen\u00e9, sur lequel repose le service public. Elle consiste \u00e0 dissocier le tarif du service de son co\u00fbt. Elle a, ou pourrait r\u00e9ellement avoir, trois r\u00f4les principaux: l&#8217;am\u00e9nagement \u00e9quilibr\u00e9 du territoire (le tarif du timbre ou du raccordement t\u00e9l\u00e9phonique est partout le m\u00eame); des transferts entre cat\u00e9gories sociales pour contribuer \u00e0 la solidarit\u00e9; des transferts dans le temps puisque les usagers d&#8217;aujourd&#8217;hui financent les services de demain.<\/p>\n<p>Les &#8221; managers &#8221; d&#8217;une entreprise priv\u00e9e n&#8217;auraient qu&#8217;un objectif, la rentabilit\u00e9 financi\u00e8re maximale et le plus vite possible. Avec eux, l&#8217;acc\u00e8s aux services serait soumis \u00e0 la s\u00e9lection impitoyable par l&#8217;argent. Les grandes entreprises, gr\u00e2ce au volume de leurs communications, n\u00e9gocieraient avantageusement les tarifs, les autres, les plus nombreux, les petits consommateurs verraient augmenter leur tarif d&#8217;abonnement et des communications locales augmenter.<\/p>\n<p>Quant au d\u00e9veloppement du r\u00e9seau c&#8217;est l&#8217;anarchie qui le guette. La recherche de rentabilit\u00e9 entra\u00eenerait une surabondance d&#8217;offres dans le centre des grandes villes et sur les axes les reliant, tandis que certaines banlieues et l&#8217;espace rural seraient un peu plus abandonn\u00e9s. L&#8217;exclusion aurait de beaux jours devant elle.<\/p>\n<p> <strong>  Jean-Claude Oliva: Peut-on garder un service public en France quand les autres pays font le choix de la d\u00e9r\u00e9glementation et de la privatisation ?  <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Alain Gautheron : <\/strong> Pour une mauvaise cause, les essais nucl\u00e9aires, la France est seule face au reste du monde.<\/p>\n<p>Pour une bonne cause, le d\u00e9veloppement du service public, je ne vois pas pourquoi elle h\u00e9siterait un seul instant. D&#8217;ailleurs elle n&#8217;est pas seule, les Britanniques ne viennent-ils pas d&#8217;emp\u00eacher la privatisation de la poste ?<\/p>\n<p>Un mouvement d&#8217;opinion monte dans de nombreux pays contre les cons\u00e9quences n\u00e9fastes de la d\u00e9r\u00e9glementation et de la privatisation. Rien n&#8217;est in\u00e9luctable. Tout d\u00e9pend de la capacit\u00e9 des hommes et des femmes \u00e0 se rassembler et \u00e0 agir.<\/p>\n<p>A la loi du fric nous opposons la r\u00e9ponse aux besoins. La communication n&#8217;est pas une marchandise mais un droit. Ce qu&#8217;il faut, ce n&#8217;est pas la guerre \u00e9conomique, c&#8217;est la coop\u00e9ration entre les peuples respectant l&#8217;identit\u00e9 de chacun. Le service public fait partie de notre identit\u00e9. Il est porteur d&#8217;avenir.<\/p>\n<p> <strong>  Jean-Claude Oliva: Le service public conna\u00eet aussi des difficult\u00e9s. Quelles en sont les causes ?  <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Alain Gautheron : <\/strong> Depuis trop longtemps, les gouvernements et les directions font tout pour le g\u00e9rer comme une entreprise priv\u00e9e. Ceci est accentu\u00e9 aujourd&#8217;hui par les exigences lib\u00e9rales de l&#8217;Europe de Maastricht qui veut r\u00e9duire le service public \u00e0 la vague notion de &#8221; service universel &#8221; qui n&#8217;est autre qu&#8217;un service minimum. En France, le service public est \u00e9trangl\u00e9 par la double tutelle financi\u00e8re de l&#8217;Etat et des banques.<\/p>\n<p>Depuis 1982, par des pr\u00e9l\u00e8vements divers, France T\u00e9l\u00e9com a vers\u00e9 plus de 160 milliards \u00e0 l&#8217;Etat tandis que sa dette s&#8217;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 95 milliards. La dette de la poste est de 44 milliards, alors que les pr\u00e9l\u00e8vements annuels de l&#8217;Etat, par le biais de la sous-r\u00e9mun\u00e9ration des prestations, notamment des fonds CCP et des fonds des livrets A et B, est de l&#8217;ordre de 20 milliards par an. De telles contraintes impos\u00e9es au service public le privent des moyens n\u00e9cessaires \u00e0 son bon fonctionnement.<\/p>\n<p>Une autre raison de ses difficult\u00e9s se situe dans son mode de gestion interne. Avec la loi Rocard-Quil\u00e8s vot\u00e9e en 1990, sauf par les d\u00e9put\u00e9s communistes, les dirigeants veulent imposer au personnel, en particulier aux cadres, l&#8217;obligation d&#8217;adh\u00e9rer aux objectifs strat\u00e9giques de l&#8217;entreprise. L&#8217;esprit critique est pourchass\u00e9, le conformisme est la r\u00e8gle de r\u00e9f\u00e9rence. C&#8217;est une source de g\u00e2chis, d&#8217;injustices, d&#8217;inefficacit\u00e9, de bureaucratie.<\/p>\n<p>Citons encore une cause de difficult\u00e9s. Le gouvernement ne cesse d&#8217;\u00e9voquer la concurrence et la loi du march\u00e9 mais, sous la pression des &#8221; concurrents &#8220;, il emp\u00eache la poste de distribuer elle-m\u00eame \u00e0 ses propres \u00e9pargnants des pr\u00eats \u00e0 taux z\u00e9ro, ou oblige France T\u00e9l\u00e9com \u00e0 revoir tel tarif \u00e0 la hausse !<\/p>\n<p> <strong>  Jean-Claude Oliva: Service public d&#8217;accord, mais pourquoi monopole ?  <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Alain Gautheron : <\/strong> C&#8217;est une question que nous consid\u00e9rons comme essentielle. Nous lui donnons une bonne place dans l&#8217;ouvrage que nous venons de publier (1).<\/p>\n<p>M\u00eame s&#8217;il fut \u00e0 l&#8217;origine (sous l&#8217;ancien r\u00e9gime \u00e0 la poste et au XIXe si\u00e8cle aux t\u00e9l\u00e9coms) un moyen de r\u00e9server le service postal et t\u00e9l\u00e9graphique au gouvernement, la justification du monopole public a \u00e9volu\u00e9 avec le d\u00e9veloppement du service public des PTT. Aujourd&#8217;hui, le monopole de droit se justifie d&#8217;abord pour des raisons \u00e9conomiques. Le monopole public garantit ce que les \u00e9conomistes appellent des &#8221; \u00e9conomies d&#8217;\u00e9chelle &#8220;: on ne finance pas plusieurs fois des r\u00e9seaux concurrents, ce qui permet de garantir les p\u00e9r\u00e9quations tarifaires et la coh\u00e9rence nationale de l&#8217;offre (un m\u00eame service offert partout). Car une offre unifi\u00e9e permet de baisser les co\u00fbts et d&#8217;offrir des tarifs abordables.<\/p>\n<p>Il permet m\u00eame des &#8221; \u00e9conomies dites d&#8217;envergure &#8220;, c&#8217;est-\u00e0-dire la possibilit\u00e9 d&#8217;offrir une gamme \u00e9largie de services, car les services rentables financent les services &#8221; moins rentables &#8220;.<\/p>\n<p>Le monopole public se justifie ensuite pour des raisons strat\u00e9giques, en donnant \u00e0 chaque nation la ma\u00eetrise publique et nationale de ses r\u00e9seaux de communication. C&#8217;est un acteur d&#8217;ind\u00e9pendance nationale et m\u00eame de s\u00e9curit\u00e9 pour un peuple.<\/p>\n<p>Enfin, il faut bien r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle de la collectivit\u00e9 nationale pour choisir entre disposer de monopoles publics nationaux ou subir la loi de quelques monopoles priv\u00e9s multinationaux. Si la logique d\u00e9r\u00e9glementaire se poursuivait \u00e0 la sauce maastrichienne, il n&#8217;y aurait \u00e0 terme sur la plan\u00e8te enti\u00e8re que quatre ou cinq grands coursiers mondiaux am\u00e9ricano-australiens et cinq ou six grands op\u00e9rateurs de t\u00e9l\u00e9coms nord-am\u00e9ricains. La domination du globe passerait par ces r\u00e9seaux priv\u00e9s: les Etats et les gouvernements seraient domin\u00e9s par ces quelques multinationales.<\/p>\n<p>Le monopole public n&#8217;est donc pas &#8221; ringard &#8220;, comme s&#8217;acharnent \u00e0 le faire croire les &#8221; Eurocrates &#8221; et le gouvernement, mais il est la condition d&#8217;exercice des missions du service public: p\u00e9r\u00e9quations tarifaires, am\u00e9nagement du territoire, ma\u00eetrise et coh\u00e9rence des r\u00e9seaux. C&#8217;est la &#8221; concurrence &#8221; qui est aussi vieille que le capitalisme. La &#8221; concurrence &#8221; lib\u00e8re les forts, le monopole public prot\u00e8ge les faibles. Pour que la soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;information b\u00e9n\u00e9ficie \u00e0 tous les usagers, il faut un monopole de droit renforc\u00e9.<\/p>\n<p> <strong>  Jean-Claude Oliva: Quelle \u00e9volution du service public vous para\u00eet souhaitable pour r\u00e9pondre aux enjeux sociaux actuels ?  <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Alain Gautheron : <\/strong> Le service public doit \u00eatre g\u00e9r\u00e9 \u00e0 partir des propositions et des attentes des usagers et des personnels. Le service public d\u00e9mocratis\u00e9 et autog\u00e9r\u00e9, c&#8217;est la seule solution d&#8217;avenir qui n&#8217;a encore jamais \u00e9t\u00e9 essay\u00e9e. Ce n&#8217;est pas une \u00e9volution, c&#8217;est une r\u00e9volution.<\/p>\n<p>Depuis longtemps, la CGT ne se limite pas \u00e0 \u00eatre une force de r\u00e9sistance face \u00e0 la privatisation. Elle est aussi une force de proposition et une force d&#8217;action. Elle affirme que le service public a des finalit\u00e9s sp\u00e9cifiques de satisfaction des besoins, en particulier sociaux. Elle se prononce pour un v\u00e9ritable droit \u00e0 la communication pour tous les usagers, pour une grande politique commerciale des deux exploitants, offensive par l&#8217;offre d&#8217;une large gamme de produits et de services, bas\u00e9e sur la p\u00e9r\u00e9quation tarifaire et la modernisation permanente.<\/p>\n<p>Elle propose de nouveaux circuits financiers pour lib\u00e9rer le service public de la dictature de la logique financi\u00e8re. Elle plaide pour des coop\u00e9rations en France avec les autres services publics, avec la recherche et l&#8217;industrie et pour une grande politique de coop\u00e9ration internationale. Et, surtout, elle agit pour que les femmes et les hommes qui assurent le service public ne soient pas consid\u00e9r\u00e9s comme la seule variable d&#8217;ajustement des choix financiers mais bien le but et le moyen du progr\u00e8s \u00e9conomique et social.<\/p>\n<p>Cela passe en particulier par l&#8217;augmentation des salaires, par la d\u00e9fense et la r\u00e9novation du statut des fonctionnaires. Les trois principes sur lesquels il repose sont \u00e9minemment modernes: l&#8217;\u00e9galit\u00e9 d&#8217;acc\u00e8s aux emplois publics, l&#8217;ind\u00e9pendance \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des pouvoirs, la citoyennet\u00e9.<\/p>\n<p> <strong>  Jean-Claude Oliva: Est-il vraiment possible de mettre en \u00e9chec la privatisation ?  <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Alain Gautheron : <\/strong> Oui, c&#8217;est possible, \u00e0 condition de ne pas sous-estimer les enjeux, la force de ceux qui veulent y parvenir, leurs m\u00e9thodes. Face \u00e0 eux, il faut se rassembler comme jamais, agir comme jamais. Il n&#8217;y a pas une privatisation douce qui serait n\u00e9gociable et une privatisation dure qui serait \u00e0 combattre. La premi\u00e8re entra\u00eene vite la seconde, amplifi\u00e9e par la d\u00e9sillusion et la d\u00e9mobilisation de ceux qui ont cru qu&#8217;ils pouvaient sans cons\u00e9quence n\u00e9gocier le recul social. Les deux sont \u00e0 combattre. Dans ce combat, on n&#8217;attend pas le jour J. La privatisation prend racine chaque jour dans un processus. Emp\u00eacher ici la fermeture d&#8217;un bureau de poste, s&#8217;opposer l\u00e0 \u00e0 des suppressions d&#8217;emplois, c&#8217;est mener une v\u00e9ritable gu\u00e9rilla contre elle, c&#8217;est construire des convergences encore plus fortes entre les salari\u00e9s, avec les usagers.<\/p>\n<p>Il faut aussi opposer une alternative. La CGT avance des propositions, qui ne sont pas \u00e0 prendre ou \u00e0 laisser. Elle met en d\u00e9bat ses propositions, elle mobilise ses forces au service du rassemblement pour l&#8217;action qu&#8217;elle veut construire avec tous ceux qui sont concern\u00e9s par une issue progressiste.<\/p>\n<p>* Secr\u00e9taire f\u00e9d\u00e9ral de la CGT, Postes et T\u00e9l\u00e9communications.<\/p>\n<p>1. Poste et t\u00e9l\u00e9coms: contre la privatisation, pour le service public, 40 F, \u00e9dit\u00e9 par la F\u00e9d\u00e9ration CGT des Postes et T\u00e9l\u00e9communications, 263 rue de Paris, Case no 545, 93515 Montreuil Cedex.Ce petit classeur comprend 200 fiches de donn\u00e9es, d&#8217;analyses et de propositions.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Alain Gautheron <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-110","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/110","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=110"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/110\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=110"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=110"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=110"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}