{"id":10990,"date":"2018-04-28T20:30:00","date_gmt":"2018-04-28T18:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-georges-moustaki-l-homme-de-mai\/"},"modified":"2018-04-28T20:30:00","modified_gmt":"2018-04-28T18:30:00","slug":"article-georges-moustaki-l-homme-de-mai","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=10990","title":{"rendered":"Georges Moustaki : l&#8217;homme de mai"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Alors que vient de sortir un coffret 4 CD r\u00e9unissant deux albums originaux de Georges Moustaki et quinze archives in\u00e9dites, retour sur l&#8217;une des voix les plus mythiques de la chanson fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>C&#8217;est une plong\u00e9e au c\u0153ur d&#8217;une histoire qu&#8217;offre le coffret <em>\u00ab Georges Moustaki \u00bb<\/em>. Au c\u0153ur de celle de l&#8217;homme, de la naissance sc\u00e9nique de l&#8217;artiste et de la reconnaissance publique du chanteur, d&#8217;abord. Georges Moustaki est n\u00e9 le 3 mai 1934 \u00e0 Alexandrie, de parents grecs, de religion juive, de langue italienne. Il l&#8217;a d&#8217;ailleurs chant\u00e9 dans <em>Le M\u00e9t\u00e8que<\/em> :<\/p>\n<p><em>Avec ma gueule de m\u00e9t\u00e8que<br \/>\nDe Juif errant<br \/>\nDe p\u00e2tre grec<br \/>\nEt mes cheveux aux quatre vents&#8230;<\/em><\/p>\n<p>Aux quatre vents, ses cheveux n&#8217;ont cess\u00e9 de l&#8217;\u00eatre. A 17 ans, il quitte l&#8217;Egypte et arrive en France. L\u00e0, il est encourag\u00e9 par Georges Brassens \u00e0 \u00e9crire ses propres chansons, rencontre Edith Piaf, avec laquelle il vit un idylle qui lui inspire <em>Milord<\/em>, part en tourn\u00e9e avec Barbara, <em>La longue Dame brune<\/em>&#8230; En mai 1968, il se produit dans des entreprises en gr\u00e8ve avec des amis parmi lesquels le guitariste Jo\u00ebl Favreau qui accompagnera aussi Georges Brassens ou Jacques Higelin.<\/p>\n<p>Mai 68 est l\u00e0. Moustaki est sur les routes. Mais il n&#8217;a toujours pas d&#8217;album. C&#8217;est pourtant au c\u0153ur de l&#8217;histoire de cette \u00e9poque aujourd&#8217;hui comm\u00e9mor\u00e9e que plonge, aussi, ce coffret. Le premier disque de Georges Moustaki sort en 1969 ; le 33 tours est reproduit en version originale dans cette bo\u00eete de quatre opus. Le deuxi\u00e8me regroupe des archives audio in\u00e9dites. Les deux derniers donnent \u00e0 entendre le concert \u00e0 Bobino en 1970, l&#8217;un en version originale, tel qu&#8217;il fut enregistr\u00e9 et diffus\u00e9, l&#8217;autre, plus long, est une version in\u00e9dite.<\/p>\n<h2>Une musique de mai 68<\/h2>\n<p>L&#8217;ambiance de l&#8217;\u00e9poque, les pr\u00e9occupations qui traversait la soci\u00e9t\u00e9 transparaissent au fil des morceaux : mai 68 revient r\u00e9guli\u00e8rement dans les paroles. Un exemple ? <em>Le Temps de vivre<\/em>, dont Georges Moustaki a compos\u00e9 le texte et la musique, commence par ces mots :<\/p>\n<p><em>Nous prendrons le temps de vivre<br \/>\nD&#8217;\u00eatre libres mon amour<\/em><\/p>\n<p>Quelques strophes plus tard, il ajoute :<\/p>\n<p><em>Viens, \u00e9coute ces mots qui vibrent<br \/>\nSur les murs du mois de mai<br \/>\nIls nous disent la certitude<br \/>\nQue tout peut changer un jour<\/em><\/p>\n<p>Car Moustaki a aussi fait siennes des interrogations et r\u00e9flexions qui habitaient la p\u00e9riode de r\u00e9volte de 68. En introduisant <em>Dans mon hamac<\/em>, il livre avec une pointe d&#8217;humour : <em>\u00ab C&#8217;est une chanson qui parle du travail, un sujet qui me pr\u00e9occupe beaucoup \u00bb<\/em>. Et peu \u00e0 peu, cette chanson et quelques autres font rimer po\u00e9sie et philosophie : celle du temps libre, du droit \u00e0 la paresse, du temps de vivre.<\/p>\n<p>Le po\u00e8te n&#8217;en reste pas moins profond\u00e9ment ancr\u00e9 dans l&#8217;Histoire. Quand mai 68 contestait l&#8217;ordre \u00e9tabli en France ou en Allemagne, d&#8217;autres pays s&#8217;enfon\u00e7aient dans la dictature ; ne serait-ce que sur le continent europ\u00e9en, ils \u00e9taient trois : l&#8217;Espagne, le Portugal&#8230; et la Gr\u00e8ce. En musique, le p\u00e2tre grec s&#8217;est saisi de cette actualit\u00e9. <\/p>\n<p><em>Pendant que je chantais ma ch\u00e8re libert\u00e9<br \/>\nD&#8217;autres l&#8217;ont encha\u00een\u00e9e, il est trop tard<br \/>\nCertains se sont battus, moi je n&#8217;ai jamais su<br \/>\nPasse, passe le temps, il n&#8217;y en a plus pour tr\u00e8s longtemps<\/em>, chante-t-il dans <em>Ma Libert\u00e9<\/em> <\/p>\n<p>Ou encore dans <em>Requiem pour n&#8217;importe qui<\/em> :<\/p>\n<p><em>Il est mort comme du bois sec.<br \/>\n\u00c7a pouvait \u00eatre n&#8217;importe qui,<br \/>\nLe fr\u00e8re de Th\u00e9odoraki,<br \/>\nUn enfant de Zorba le Grec.<br \/>\nIl est mort, je suis en exil<br \/>\nEt je meurs un peu avec lui.<\/em><\/p>\n<h2>Un engagement grec<\/h2>\n<p>Quand il pr\u00e9sente <em>La Pierre<\/em>, Georges Moustaki rappelle : <em>\u00ab C&#8217;est une chanson que j&#8217;ai \u00e9crite avec un compositeur grec qui s&#8217;appelle Manos Hadjidakis qui est encore en libert\u00e9 \u00bb<\/em>, s&#8217;engageant ainsi dans la critique des emprisonnements arbitraires de ceux qui tentaient de r\u00e9sister. Entre 1967 et 1974, les colonels r\u00e8gnent en ma\u00eetre, muselant la Gr\u00e8ce dans leur dictature. De nombreux intellectuels et artistes doivent s&#8217;exiler \u00e0 Paris notamment, qui accueille nombre de ces r\u00e9fugi\u00e9s.<\/p>\n<p>Georges Moustaki rencontre un certain nombre d&#8217;entre eux. Comme le po\u00e8te et compositeur Dimitris Christodoulou qui vient d&#8217;\u00eatre c\u00e9l\u00e9br\u00e9 \u00e0 Ath\u00e8nes, lors d&#8217;un concert \u00e0 Sfiga ; lui a traduit, en grec, <em>Le M\u00e9t\u00e8que<\/em>. Ou encore le compositeur Mikis Theodorakis, qui est arriv\u00e9 en France apr\u00e8s des mois d&#8217;emprisonnement en Gr\u00e8ce. Georges Moustaki adapte en fran\u00e7ais les quatre <em>Chansons pour Andr\u00e9as<\/em> (<em>Enfant de Gr\u00e8ce<\/em>, <em>Nous sommes deux<\/em>, <em>On t&#8217;a d\u00e9j\u00e0 beaucoup menti<\/em>, et <em>Andr\u00e9as<\/em>, d\u00e9di\u00e9es \u00e0 son camarade de captivit\u00e9 (<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=UyHcOP9UklI\">\u00e0 voir l\u2019excellent documentaire de Robert Manthoulis consacr\u00e9 \u00e0 cette rencontre<\/a>). Il traduira aussi librement <em>L&#8217;Homme au c\u0153ur bless\u00e9<\/em>, un po\u00e8me de Manos Eleftheriou mis en musique par Mikis Theodorakis. Et peu \u00e0 peu, ces chansons et quelques autres font rimer musique et politique.<\/p>\n<p>Mais le coffret c\u00e9l\u00e8bre aussi la Gr\u00e8ce dans une des versions du <em>M\u00e9t\u00e8que<\/em>, piment\u00e9e par une introduction au rythme du sirtaki. Il donne \u00e0 entendre l&#8217;\u00e2me d&#8217;un Moustaki voyageur. Il est une tranche d&#8217;histoire qui t\u00e9moigne que l&#8217;homme, n\u00e9 le 3 mai 1934, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 23 mai 2013, avait au bout des l\u00e8vres une ode \u00e0 la libert\u00e9, un amour de la Gr\u00e8ce, un engagement musical et une passion pour la vie. Toute la philosophie de cet homme de mai.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que vient de sortir un coffret 4 CD r\u00e9unissant deux albums originaux de Georges Moustaki et quinze archives in\u00e9dites, retour sur l&#8217;une des voix les plus mythiques de la chanson fran\u00e7aise.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-10990","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-culture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10990","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10990"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10990\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10990"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10990"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10990"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}