{"id":10982,"date":"2018-04-25T20:31:00","date_gmt":"2018-04-25T18:31:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-al-akhareen-une-musique-pour-reconcilier-les-autres\/"},"modified":"2018-04-25T20:31:00","modified_gmt":"2018-04-25T18:31:00","slug":"article-al-akhareen-une-musique-pour-reconcilier-les-autres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=10982","title":{"rendered":"Al Akhareen : une musique pour r\u00e9concilier les Autres"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Retour sur <em>Al Akhareen<\/em>, dernier album du duo Na\u00efssam Jalal et Osloob. La fl\u00fbtiste franco-syrienne et le rappeur palestinien nous emportent aux plus profonds de leurs identit\u00e9s m\u00eal\u00e9es, de leurs r\u00eaves et de leurs Histoires, dans une ode \u00e0 l&#8217;autre, aux autres. Rencontre.<\/p>\n<p><em>\u00ab On dirait qu&#8217;il n&#8217;y a plus personne \u00e0 la maison. \u00bb<\/em> Tels sont les mots qui composent le refrain du premier <em>vrai<\/em> morceau de l&#8217;album <em>Al Akhareen<\/em>. Premier <em>vrai<\/em> morceau, car le num\u00e9ro 1 s&#8217;appelle judicieusement <em>Intro<\/em>.<\/p>\n<p>Cette introduction plonge directement l&#8217;auditeur dans l&#8217;ambiance : un son qui semble dater d&#8217;un autre si\u00e8cle : une t\u00eate de lecture qui gr\u00e9sille sur un 33 tours, une voix qui s&#8217;exprime en arabe, un <em>sample<\/em> qui revient en boucle et redonne sa place au son \u00e0 la platine, au fond, une basse, un soup\u00e7on de percu et le battement d&#8217;une batterie. Puis une fl\u00fbte traversi\u00e8re qui vient percuter le tout sans le perturber tant elle semble avoir pris le parti de l&#8217;harmonie. Viennent, ensuite, <em>\u00ab les autres \u00bb<\/em> : les autres morceaux, les autres paroles, les autres beats&#8230; qui fa\u00e7onnent ce subtile opus intitul\u00e9 <em>Al Akhareen<\/em> (<em>les autres<\/em>, en arabe) \u00e0 la crois\u00e9e de chemins.<\/p>\n<p>Mais en fait, de quelle <em>\u00ab maison \u00bb<\/em> s&#8217;agit-il ? Et pourquoi n&#8217;y a-t-il <em>\u00ab plus personne \u00bb<\/em> ? Pour comprendre, il faut remonter un peu dans l&#8217;histoire. Celle de l&#8217;album pour commencer.<\/p>\n<p>Ils ne partirent qu&#8217;\u00e0 deux : Na\u00efssam Jalal, fl\u00fbtiste franco-syrienne et Osloob, rappeur palestinien du Liban. Deux tranches de vie, qui racontent, justement, un bout de notre si\u00e8cle tel qu&#8217;il se d\u00e9roule sous nos yeux, tel qu&#8217;il prend ses racines dans le pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<h2>L&#8217;album d&#8217;une rencontre<\/h2>\n<p>Na\u00efssam Jalal est n\u00e9e en France en 1984, de parents syriens. Elle apprend la fl\u00fbte traversi\u00e8re \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de six ans. Elle fera de cet art son m\u00e9tier ; elle le transporte autour du monde : au Mali o\u00f9 elle joue avec la fanfare funk Tarace Boulba ; \u00e0 Damas et au Caire o\u00f9 elle poursuit sa formation ; \u00e0 Beyrouth&#8230;<\/p>\n<p>C&#8217;est dans cette ville qu&#8217;elle rencontre Osloob. Palestinien d&#8217;origine, il est n\u00e9 en 1985 dans un camp de r\u00e9fugi\u00e9s au Liban. A l&#8217;\u00e9cole, il suit les cours de religion et apprend la cantillation du Coran, c&#8217;est-\u00e0-dire la prononciation des pri\u00e8res rituelles de l&#8217;islam sur un mode chant\u00e9. <em>\u00ab Aujourd&#8217;hui, cette fa\u00e7on de chanter, qui part de la religion, est devenue une esth\u00e9tique. Osloob a quelque chose de tr\u00e8s ancr\u00e9 dans la musique arabe \u00e0 cause des cours de cantillation <\/em>\u00bb, souligne Naissam Jalal.<\/p>\n<p>Et pour cause, dans la rythmique de ses paroles, le <em>flow<\/em> envo\u00fbte, enchante. Au Moyen-Orient, tous les jeunes le connaissent : sa voix, ses mots, ses sons les ont accompagn\u00e9s lors des <em>\u00ab soul\u00e8vements \u00bb<\/em> arabes mais aussi dans leur exil, fil vocal les rattachant \u00e0 leurs origines arabes, leur langue, leur culture et leur envie de changer le monde qui s&#8217;est heurt\u00e9e \u00e0 l&#8217;autoritarisme et \u00e0 l&#8217;int\u00e9grisme.<\/p>\n<p>Identification, aussi ? Possible. En 2014, Osloob se r\u00e9fugie en France quand la Syrie et quelques autres pays des alentours se vident de leur jeunesse, connaissent de nouveau les flux de l&#8217;exil. Voil\u00e0 pourquoi <em>\u00ab il n&#8217;y a plus personne \u00e0 la maison \u00bb<\/em> dans ce morceau qui \u00e9voque par la m\u00e9taphore les guerres en Syrie, au Liban, en Palestine.<\/p>\n<h2>Deux histoires, deux Histoires<\/h2>\n<p>La fusion entre les deux jeunes pousses des sc\u00e8nes hip hop et jazz s&#8217;exprime donc en musique. A la crois\u00e9e des chemins, <em>Al Akhareen<\/em> l&#8217;est par les rencontres qui fondent cet album. Aux percus et aux saxs, Mehdi Chaib, compagnon de route de Na\u00efssam Jalal, et S\u00e9bastien Le Bon, membre de Tarace Boulba, \u00e0 la batterie ; Viryane Say \u00e0 la basse, issu des milieux hip hop instrumental et funk, et aux platines Junkaz Lou. Il en ressort une musique de fusion qui m\u00eale le jazz et le hip hop et qui ose la modernisation de la musique arabe. Qui ose la conciliation entre diff\u00e9rents univers et diff\u00e9rents styles comme s&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;avancer vers la r\u00e9conciliation entre les peuples.<\/p>\n<p><em>\u00ab Ce que nous incarnons est li\u00e9 \u00e0 une histoire violente, \u00e0 des guerres auxquelles nous n&#8217;avons pas particip\u00e9 mais dont nous subissons les cons\u00e9quences \u00bb<\/em>, \u00e9crit Naissam Jalal. Elle pr\u00e9cise \u00e0 Regards : <em>\u00ab Moi, j&#8217;ai grandi en \u00e9tant la fille bicotte ; lui en \u00e9tant le Palestinien donc le paria dans sa soci\u00e9t\u00e9 \u00bb<\/em>. Ils ont voulu, en musique, l&#8217;exprimer, le raconter. Bref, <em>\u00ab raconter notre histoire, nos histoires. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab En France, le mot &#8220;arabe&#8221; est, dans l&#8217;inconscient collectif, consid\u00e9r\u00e9 comme un mot sale \u00bb<\/em>, confie \u00e0 Regards la fl\u00fbtiste. Pour elle, <em>\u00ab en grandissant, nous, les enfants d&#8217;immigr\u00e9s, nous portons le poids de ce rejet et de ce m\u00e9pris en nous. Cela provoque des douleurs, une vraie souffrance morale. \u00bb<\/em> Mais, ajoute-t-elle aussit\u00f4t, <em>\u00ab j&#8217;appartiens \u00e0 cette soci\u00e9t\u00e9 et je l&#8217;aime \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>C&#8217;est donc par la musique \u2013 et notamment dans les ateliers de musique qu&#8217;elle anime \u2013 qu&#8217;elle cherche \u00e0 changer le regard sur la musique arabe, souvent euph\u00e9mis\u00e9e en <em>\u00ab musique orientale \u00bb<\/em>, sur cette culture et ses diff\u00e9rentes composantes, sur les peuples qui en font partie, sur les conflits qui hantent cette partie du monde.<\/p>\n<h2>Le chant de la r\u00e9volte et des peuples \u00e9cras\u00e9s<\/h2>\n<p>Ainsi, ils \u00e9voquent l&#8217;islamisme et l&#8217;islamophobie dans <em>Al Bayaeen<\/em> (<em>Les marchands<\/em>) qui r\u00e9p\u00e8te: <em>\u00ab Nous sommes tombe\u0301s entre les hommes de religion et les marchands \u00bb<\/em>. Ils reprennent 44 secondes d&#8217;une vid\u00e9o trouv\u00e9e sur internet o\u00f9 une gamine chante <em>\u00ab Tu me manques libert\u00e9 \u00bb<\/em>, interrompue par l&#8217;explosion d&#8217;une bombe (<em>Hanen Lal Horia<\/em>).<\/p>\n<p><em>\u00ab C&#8217;est embl\u00e9matique de la r\u00e9volte et du chant de nos peuples \u00e9cras\u00e9s dans le sang \u00bb<\/em>, explique Naissam Jalal. Et ils enchainent avec <em>Kan Fi Sheitan<\/em> (<em>Il y avait un diable<\/em>) qui d\u00e9nonce les mouvements islamistes et les r\u00e9gimes dictatoriaux&#8230; Ou encore, Osloob chante <em>May Malha<\/em> (<em>L&#8217;eau sal\u00e9<\/em>) qui s&#8217;inspire de ceux qui ont tent\u00e9 de traverser les eaux de la M\u00e9diterran\u00e9e, leurs r\u00eaves et leurs angoisses.<\/p>\n<p>Bref, <em>Al Akhareen<\/em> ne laisse rien au hasard : il est un album t\u00e9moignage, engag\u00e9, dont les m\u00e9lodies frappent, marquent et dans lequel les dissonances n&#8217;en finissent pas d&#8217;interroger. En ce sens, il correspond au projet : <em>\u00ab J&#8217;esp\u00e8re faire du bien, exprimer mes questionnements, interroger ceux qui ne se sont pas pos\u00e9s ces questions, soulager ceux qui se les posent \u00bb<\/em>, confie Na\u00efssam Jalal. Peu \u00e0 peu, <em>\u00ab les Autres \u00bb<\/em> deviennent plus proches, leurs histoires se refl\u00e8tent dans cette musique et le quotidien. Le <em>flow<\/em> n&#8217;en finit pas de revenir. Et d&#8217;apaiser.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Retour sur <em>Al Akhareen<\/em>, dernier album du duo Na\u00efssam Jalal et Osloob. La fl\u00fbtiste franco-syrienne et le rappeur palestinien nous emportent aux plus profonds de leurs identit\u00e9s m\u00eal\u00e9es, de leurs r\u00eaves et de leurs Histoires, dans une ode \u00e0 l&#8217;autre, aux autres. 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