{"id":10960,"date":"2018-04-16T18:25:06","date_gmt":"2018-04-16T16:25:06","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-les-usages-douteux-de-la-crise-migratoire\/"},"modified":"2018-04-16T18:25:06","modified_gmt":"2018-04-16T16:25:06","slug":"article-les-usages-douteux-de-la-crise-migratoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=10960","title":{"rendered":"Les usages douteux de la &#8220;crise migratoire&#8221;"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Avant de se prononcer sur le dossier des migrations, la gauche devrait regarder de fa\u00e7on plus attentive leurs r\u00e9alit\u00e9s, hors des fantasmes et des id\u00e9es re\u00e7ues. Tour d\u2019horizon sur une &#8220;crise&#8221; bruyamment proclam\u00e9e\u2026 et difficile \u00e0 trouver.<\/p>\n<p><em>Article extrait du num\u00e9ro de <\/em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/acces-payant\/trimestriel\/no21-printemps-2018\/article\/regards-printemps-2018\">Regards <em>printemps 2018<\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">* * *<\/p>\n<h2>Les migrations ont bon dos<\/h2>\n<p>&#8220;Brexit&#8221;, mont\u00e9e des extr\u00eames droites nationalistes, discr\u00e9dit des institutions continentales\u2026 Constater que l\u2019Union europ\u00e9enne ne va pas bien est d\u00e9sormais une banalit\u00e9. On pourrait penser que les ressorts du malaise doivent se chercher au plus profond des m\u00e9canismes communautaires, dans son socle n\u00e9olib\u00e9ral ou dans les pratiques opaques de sa &#8220;gouvernance&#8221;. \u00c0 lire bien des \u00e9crits et \u00e0 \u00e9couter bien des discours, la morosit\u00e9 viendrait d\u2019ailleurs. <\/p>\n<p>Dans un essai brillant paru en 2017, <em>Le Destin de l\u2019Europe<\/em>, le politologue bulgare Ivan Krastev \u00e9nonce ce qu\u2019il estime \u00eatre la cl\u00e9 du probl\u00e8me : <em>\u00ab Plut\u00f4t que la crise \u00e9conomique ou l\u2019aggravation des in\u00e9galit\u00e9s sociales, c\u2019est l\u2019\u00e9chec du lib\u00e9ralisme \u00e0 traiter le probl\u00e8me migratoire qui explique que l\u2019opinion publique se soit retourn\u00e9e contre lui \u00bb<\/em>. L\u2019auteur est bien trop subtil pour se risquer \u00e0 affirmer qu\u2019une bonne politique migratoire r\u00e9tablirait le cours vertueux de la construction europ\u00e9enne dont il r\u00eavait. Mais si l\u2019on suit sa pente d\u2019analyse, les politiques migratoires publiques devraient \u00e0 tout le moins att\u00e9nuer les peurs et les col\u00e8res de l\u2019opinion. S\u2019il y a &#8220;trop&#8221; d\u2019immigr\u00e9s per\u00e7us, le <em>\u00ab moins \u00bb<\/em> d\u2019immigration constat\u00e9 ne serait-il pas la condition d\u2019un apaisement des esprits ?<\/p>\n<p>C\u2019est en grande partie la conclusion pratique qu\u2019ont tir\u00e9e les responsables de l\u2019Union europ\u00e9enne, Commission, conseils et \u00c9tats. \u00c0 l\u2019Ouest comme \u00e0 l\u2019Est du continent, \u00e0 droite comme \u00e0 gauche, que l\u2019on soit ouvertement x\u00e9nophobe ou que l\u2019on vitup\u00e8re le &#8220;populisme&#8221;, la propension quasi g\u00e9n\u00e9rale des gouvernants est \u00e0 la limitation maximale des flux entrants. Au plus fort de l\u2019afflux des r\u00e9fugi\u00e9s syriens et afghans, en 2015, tous les pays europ\u00e9ens n\u2019ont certes pas refus\u00e9 le principe des quotas d\u2019accueil, comme l\u2019ont fait la R\u00e9publique tch\u00e8que, le Slovaquie, la Hongrie et la Roumanie. A fortiori, tr\u00e8s peu ont repris les propos du Hongrois Viktor Orban r\u00e9cusant violemment l\u2019immigration en g\u00e9n\u00e9ral, qu\u2019il consid\u00e8re comme une menace pour l\u2019identit\u00e9 chr\u00e9tienne de l\u2019Europe. Mais bien peu ont mis s\u00e9rieusement en pratique la solidarit\u00e9 de r\u00e9partition qu\u2019impliquait la r\u00e8gle des quotas, au demeurant de fa\u00e7on bien rabougrie.<\/p>\n<p>Alors que le terme de &#8220;migrants&#8221; regroupe une vari\u00e9t\u00e9 extr\u00eame de statuts, volontaires ou forc\u00e9s, migrants \u00e9conomiques, regroupements familiaux, migrants humanitaires, r\u00e9fugi\u00e9s ou demandeurs d\u2019asile, c\u2019est le r\u00e9fugi\u00e9, a priori suspect d\u2019\u00eatre un &#8220;faux r\u00e9fugi\u00e9&#8221;, qui devient le prototype m\u00eame du migrant international et la source de toutes les phobies. De ce fait, le renforcement des contr\u00f4les aux fronti\u00e8res et l\u2019extension des proc\u00e9dures de limitation de l\u2019accueil sont devenus des normes de fait avec le si\u00e8cle en cours. Au fil des ann\u00e9es, de nombreux pays europ\u00e9ens ont ainsi durci les conditions d\u2019octroi de la protection internationale pour les r\u00e9fugi\u00e9s et demandeurs d\u2019asile. C\u2019est le cas somme toute peu surprenant de l\u2019Autriche, mais c\u2019est aussi celui de la Suisse ou de pays scandinaves r\u00e9put\u00e9s plus accueillants, Su\u00e8de, Danemark, Norv\u00e8ge et Finlande.<\/p>\n<p>L\u2019afflux massif de r\u00e9fugi\u00e9s venus de Syrie et d\u2019Afghanistan n\u2019a fait qu\u2019\u00e9largir une logique de contr\u00f4le accru mise en place d\u00e8s 2004, sous l\u2019\u00e9gide de l\u2019agence europ\u00e9enne Frontex, qui joue \u00e0 la fois le r\u00f4le de fournisseur \u2013 douteux \u2013 de statistiques, d\u2019expert en politique migratoire et de gendarme omnipr\u00e9sent des fronti\u00e8res de l\u2019espace Schengen. Que l\u2019on s\u2019en r\u00e9clame ou non, le mod\u00e8le de gestion des confins des \u00c9tats-Unis et du Mexique fonctionne d\u00e9sormais comme un paradigme universel. La gestion de l\u2019immigration s\u2019est transform\u00e9e, sur toute la plan\u00e8te, en obsession de la lutte contre l\u2019immigration clandestine.<\/p>\n<p>Or il en est de la proscription du clandestin comme de toute prohibition : elle avive la propension \u00e0 la transgression, davantage qu\u2019elle ne la d\u00e9courage. De ce fait, la transformation des fronti\u00e8res politiques en une barri\u00e8re infranchissable s\u2019av\u00e8re un processus tout aussi al\u00e9atoire que co\u00fbteux. Sur les quinze premi\u00e8res ann\u00e9es du si\u00e8cle, des estimations placent les d\u00e9penses li\u00e9es \u00e0 la lutte contre l\u2019immigration clandestine \u00e0 un niveau proche des 13 milliards d\u2019euros. Entre 2006 et 2017, le budget de Frontex a \u00e9t\u00e9 \u00e0 lui seul multipli\u00e9 par 17 et le Royaume-Uni a d\u00e9gag\u00e9 plus de 50 millions d\u2019euros pour &#8220;s\u00e9curiser&#8221; la fronti\u00e8re franco-britannique. <\/p>\n<p>L\u2019UE s\u2019est donc attach\u00e9e \u00e0 compl\u00e9ter la surveillance de l\u2019espace Schengen par des n\u00e9gociations visant \u00e0 sous-traiter la gestion des flux \u00e0 la Turquie, \u00e0 l\u2019Afrique du Nord et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, au continent africain dans son ensemble. S\u2019est ainsi mise en place, d\u2019abord en Gr\u00e8ce et en Italie, une logique d\u00e9sign\u00e9e aujourd\u2019hui comme celle des &#8220;hotspots&#8221;, qui n\u2019est pas sans \u00e9voquer, dans un autre domaine, celle des <em>maquiladoras<\/em>, ces entreprises am\u00e9ricaines install\u00e9es de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re avec le Mexique et destin\u00e9es \u00e0 fixer sur place une main-d\u2019\u0153uvre bon march\u00e9 attir\u00e9e par le grand r\u00eave am\u00e9ricain.<\/p>\n<p>La solution tr\u00e8s t\u00f4t adopt\u00e9e est toute simple : le hotspot est un point de concentration de r\u00e9fugi\u00e9s, situ\u00e9 dans les zones de transit les plus recherch\u00e9es et o\u00f9 va s\u2019op\u00e9rer pr\u00e9ventivement le tri entre les cas acceptables et ceux que l\u2019on refuse d\u2019accueillir. Le but est de faciliter sur place l\u2019identification des demandeurs d\u2019asile, d\u2019\u00e9viter les proc\u00e9dures de relocalisation entre les pays de l\u2019Union et d\u2019organiser au plus vite et \u00e0 moindre co\u00fbt le retour des ind\u00e9sirables. Pour soutenir la mise en place de ces v\u00e9ritables centres de triage, l\u2019Europe propose une aide \u00e9conomique aux pays nord-africains et sah\u00e9liens qui s\u2019engagent \u00e0 endiguer le flux des migrants vers l\u2019Europe.<\/p>\n<p>En novembre 2015, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 un Fonds fiduciaire associant l\u2019Union europ\u00e9enne et l\u2019Afrique. Th\u00e9oriquement, il s\u2019agit d\u2019une enveloppe financi\u00e8re destin\u00e9e au d\u00e9veloppement, mais qui inclut dans ses attributions l\u2019aide au retour volontaire de migrants bloqu\u00e9s en Afrique du Nord. Un lien direct est ainsi \u00e9tabli entre l\u2019aide au d\u00e9veloppement et l\u2019all\u00e8gement des flux migratoires en direction de l\u2019Europe. Des accords compl\u00e9mentaires sign\u00e9s avec le Niger, le Mali, le S\u00e9n\u00e9gal et l\u2019\u00c9thiopie renforcent depuis l\u2019intrication des &#8220;pactes migratoires&#8221;, des relations commerciales et du soutien au d\u00e9veloppement. Autant dire franchement que l\u2019on confie la gestion de flux migratoires \u00e0 des r\u00e9gions du monde qui sont le moins \u00e0 m\u00eame de l\u2019assumer, en tout cas dans des conditions tol\u00e9rables pour des populations d\u00e9j\u00e0 plus que fragilis\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin de 2017, l\u2019UE a cherch\u00e9 \u00e0 compl\u00e9ter son dispositif en pr\u00e9voyant le renvoi automatique, vers un <em>\u00ab pays tiers s\u00fbr \u00bb<\/em> [[Un <em>\u00ab pays s\u00fbr \u00bb<\/em> est th\u00e9oriquement un pays pr\u00e9sentant des garanties d\u00e9mocratiques de protection pour les r\u00e9fugi\u00e9s pr\u00e9vues dans la Convention de Gen\u00e8ve sur les r\u00e9fugi\u00e9s (1951). L\u2019UE a ainsi \u00e9tabli d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 une liste de sept pays europ\u00e9ens s\u00fbrs (Albanie, Bosnie-Herz\u00e9govine, Mac\u00e9doine, Kosovo, Mont\u00e9n\u00e9gro, Serbie, Turquie).]], des demandeurs d\u2019asile dont on peut prouver qu\u2019ils ont transit\u00e9 dans un de ces pays avant d\u2019acc\u00e9der au territoire de l\u2019Union. Au d\u00e9part, il ne s\u2019agit de rien d\u2019autre que de codifier la m\u00e9thode retenue en 2015 par la Gr\u00e8ce, qui a refoul\u00e9 vers la Turquie les r\u00e9fugi\u00e9s syriens et afghans qui avaient franchi massivement la fronti\u00e8re gr\u00e9co-turque. Or cette option d\u2019un cynisme absolu \u2013 la Turquie fait ainsi partie des pays retenus pour leur respect des droits de l\u2019homme\u2026 \u2013 rompt purement et simplement avec la Convention de Gen\u00e8ve sur les r\u00e9fugi\u00e9s, en l\u00e9gitimant l\u2019examen acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 des demandes, les appels non suspensifs, les rejets probables et le renvoi massif des expatri\u00e9s vers les pays de provenance [[Le 19 d\u00e9cembre dernier, la Commission nationale consultative des droits de l\u2019homme (CNCDH) a \u00e9mis un avis d\u00e9favorable sur l\u2019introduction de la notion de <em>\u00ab pays tiers s\u00fbr \u00bb<\/em> dans le droit fran\u00e7ais.]]. <\/p>\n<p>Le continent des droits de l\u2019Homme peut ainsi, sans autre forme de proc\u00e8s, revenir en de\u00e7\u00e0 des avanc\u00e9es humanitaires formul\u00e9es au lendemain de la victoire sur les fascismes. En son temps, Fran\u00e7ois Hollande n\u2019avait pas os\u00e9 aller jusque-l\u00e0. G\u00e9rard Collomb, lui, ne manifeste aucune h\u00e9sitation \u00e0 s\u2019y engager, m\u00eame s\u2019il a d\u00fb, le 20 d\u00e9cembre dernier, retirer l\u2019inscription de la notion de <em>\u00ab pays s\u00fbr \u00bb<\/em> dans son projet de loi sur l\u2019immigration\u2026 en attendant l\u2019adoption annonc\u00e9e d\u2019une directive europ\u00e9enne. <\/p>\n<p>Disons-le autrement : au m\u00e9pris de ses valeurs fondamentales, l\u2019Europe accumule elle-m\u00eame, \u00e0 proximit\u00e9 de ses fronti\u00e8res, la poudre qui peut exploser d\u2019un moment \u00e0 l\u2019autre et menacer son environnement le plus proche. <em>\u00ab Nous ne pouvons accueillir tout le monde \u00bb<\/em>, a d\u00e9clar\u00e9 Emmanuel Macron dans ses v\u0153ux du 31 d\u00e9cembre 2017. La formule, d\u00e9j\u00e0 employ\u00e9e avant lui, a l\u2019apparence de l\u2019\u00e9vidence. Mais si les pays les mieux nantis ne peuvent accueillir les populations chass\u00e9es par la guerre, la famine ou les d\u00e9r\u00e8glements climatiques, comment les plus fragiles peuvent-ils y parvenir, sans que se cr\u00e9ent de nouveaux d\u00e9sordres, de nouveaux d\u00e9s\u00e9quilibres et de nouvelles situations d\u2019urgence ? Jusqu\u2019o\u00f9 ira-t-on dans la recherche d\u2019illusoires solutions ? <\/p>\n<p>Qu\u2019importe que l\u2019on recense 4.000 cas de malnutrition dans les camps de r\u00e9tention libyens, que la maltraitance et le travail forc\u00e9 y prosp\u00e8rent impun\u00e9ment et qu\u2019une partie de l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat libyen traite discr\u00e8tement avec des r\u00e9seaux de passeurs : l\u2019essentiel est que l\u2019Europe se d\u00e9charge de ses responsabilit\u00e9s, quitte \u00e0 consid\u00e9rer sans doute que la Libye est un <em>\u00ab pays s\u00fbr \u00bb<\/em>. Contr\u00f4le accru des fronti\u00e8res externes de l\u2019Europe, \u00e9tat d\u2019urgence en Hongrie, d\u00e9tentions ill\u00e9gales en Italie, maltraitance en Gr\u00e8ce, d\u00e9placements autoritaires dans des centres de r\u00e9tention en France : tristes vertus de la realpolitik\u2026<\/p>\n<p>La &#8220;crise migratoire&#8221; annonc\u00e9e en 2015 a \u00e9t\u00e9 effectivement contenue. Le nombre de migrants venus de M\u00e9diterran\u00e9e est pass\u00e9 d\u2019un million en 2015 \u00e0 360 000 en 2016 et 250 000 en 2017. Mais \u00e0 quel prix r\u00e9el ?<\/p>\n<h2>Les politiques de l\u2019autruche<\/h2>\n<p>Les migrations sont le terrain par excellence de tous les fantasmes. Leur r\u00e9alit\u00e9 se charge pourtant de les d\u00e9mentir r\u00e9guli\u00e8rement. Mais encore faut-il que l\u2019on ne passe pas, en permanence, de l\u2019aveuglement \u00e0 l\u2019affolement.<\/p>\n<p>Les \u00eatres humains se d\u00e9placent, depuis la nuit des temps, et leur mobilit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part un facteur structurant de notre commune humanit\u00e9. Avec le temps, il est vrai, le d\u00e9placement s\u2019est fait plus marginal et ses rythmes plus al\u00e9atoires. Aujourd\u2019hui, les migrants internationaux sont \u00e9valu\u00e9s par l\u2019ONU \u00e0 258 millions, ce qui ne repr\u00e9sente que 3,4% de la population mondiale. Ce chiffre est, il est vrai, en augmentation depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es : les migrations se situaient \u00e0 77 millions en 1975 et \u00e0 150 millions au d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle. Elles ont donc tripl\u00e9 en trois d\u00e9cennies et ont augment\u00e9 de 50% depuis l\u2019an 2000.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce que l\u2019on pense souvent, l\u2019essentiel des migrations n\u2019est pas l\u2019effet de la mis\u00e8re extr\u00eame. C\u2019est plut\u00f4t l\u2019amorce du d\u00e9veloppement, l\u2019ouverture des opportunit\u00e9s et le d\u00e9sir d\u2019exploiter au mieux ses capacit\u00e9s qui poussent une part des moins d\u00e9munis \u00e0 chercher ailleurs une am\u00e9lioration de leur destin\u00e9e. Il fut un temps o\u00f9 l\u2019Europe d\u00e9mographiquement expansive et de plus en plus industrielle &#8220;exportait&#8221; ainsi ceux qui pensaient trouver ailleurs une vie plus digne. Aujourd\u2019hui, la plan\u00e8te enti\u00e8re est en mouvement.<\/p>\n<p>La plupart des d\u00e9placements se font \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des \u00c9tats ou \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de zones g\u00e9ographiques voisines. On oublie trop qu\u2019il y a autant de migrants chinois \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la Chine que de migrants internationaux \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la plan\u00e8te. Quant \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne, ses statistiques officielles relativisent s\u00e9rieusement les images de l\u2019invasion ou de la <em>\u00ab ru\u00e9e vers l\u2019Europe \u00bb<\/em> trop souvent \u00e9voqu\u00e9es par l\u2019imagerie courante. <\/p>\n<p>En 2015, ann\u00e9e de la plus forte pression migratoire, on d\u00e9nombre 4,8 millions d\u2019immigrants dans l\u2019Union et 2,8 millions en sont sortis. Sur ces immigrants, le partage se fait presque exactement entre ceux qui viennent d\u2019un autre pays de l\u2019Union et ceux qui arrivent d\u2019un pays tiers. Faut-il alors parler de crise migratoire ? Sur les 2,4 millions venant de l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019UE, 40% se sont port\u00e9s sur la seule Allemagne, le Royaume-Uni n\u2019en ayant recueilli qu\u2019un peu plus de 11% et la France moins de 8%. L\u2019Allemagne y a-t-elle pour autant perdu la place centrale qui est la sienne en Europe et que son faible cro\u00eet naturel et son vieillissement ne peuvent plus garantir ?<\/p>\n<p>Incontestablement, les pays \u00e0 haut revenus sont ceux qui attirent le plus grand nombre de migrants de toute origine (un peu moins de 60% du total des migrants internationaux). Mais si l\u2019on raisonne en termes de flux, ceux qui vont vers le Sud (du Sud au Sud et du Nord au Sud) sont \u00e0 peine inf\u00e9rieurs aux mouvements qui se dirigent vers le Nord (du Nord au Nord et du Sud au Nord).<\/p>\n<p>Les plus pauvres vers les pays riches ? Les migrants qui se d\u00e9placent du Sud vers le Nord ne repr\u00e9sentent qu\u2019un peu plus d\u2019un tiers des migrants internationaux, soit un total qui se situe autour de 85 millions de personnes. Les pays d\u2019origine des migrants dans les pays les plus riches, ceux de l\u2019OCDE, restent en gros les m\u00eames depuis le d\u00e9but du si\u00e8cle : la Chine, la Roumanie, la Pologne, l\u2019Inde, le Mexique et les Philippines. Seule l\u2019ann\u00e9e 2015 a conjoncturellement modifi\u00e9 le classement, en propulsant la Syrie \u00e0 la deuxi\u00e8me place des pays de d\u00e9part. Or tous ces foyers de migration sont loin d\u2019\u00eatre les p\u00f4les contemporains de la d\u00e9tresse humaine.<\/p>\n<p>Quand ils le peuvent, les plus d\u00e9munis ne vont pas vers les zones les plus riches de la plan\u00e8te. Pour le d\u00e9cider, il faut en effet pouvoir faire la balance des risques et des avantages du grand d\u00e9part et il faut disposer des ressources n\u00e9cessaires pour financer un transport souvent co\u00fbteux. Les plus pauvres vont donc prioritairement du Sud au Sud, et en g\u00e9n\u00e9ral vers les zones les plus proches, souvent \u00e0 peine mieux loties que les territoires de d\u00e9part. Significativement, plus de 85% des r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale se dirigent vers un pays du Sud, tandis que les pays de l\u2019OCDE accueillent, \u00e0 parts \u00e9gales, une population vou\u00e9e \u00e0 des t\u00e2ches r\u00e9p\u00e9titives et une autre qui s\u2019ins\u00e8re dans des circuits de qualification plus \u00e9lev\u00e9e. Quel que soit l\u2019angle d\u2019observation, nous voil\u00e0 bien loin de l\u2019accueil chez nous de <em>\u00ab toute la mis\u00e8re du monde \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Les pays les plus riches travaillent activement \u00e0 maintenir cette situation avantageuse. La plupart ont adopt\u00e9 les vieilles habitudes du <em>brain drain<\/em> (le &#8220;drainage des cerveaux&#8221;) qui consiste \u00e0 attirer une migration hautement qualifi\u00e9e, qui combine le quadruple avantage d\u2019accepter des revenus moins \u00e9lev\u00e9s que les cadres locaux, de d\u00e9penser l\u2019essentiel de leurs revenus sur place, de recourir moins que les plus pauvres aux aides publiques et de laisser au pays de d\u00e9part\u2026 le co\u00fbt de leur formation initiale. <\/p>\n<p>Des dispositifs l\u00e9gaux encouragent donc directement l\u2019installation des travailleurs les plus qualifi\u00e9s, en les \u00e9cartant des exigences de quotas. L\u2019Union europ\u00e9enne a \u00e9tudi\u00e9 la possibilit\u00e9 de directives en ce sens (comme la directive relative \u00e0 la &#8220;Carte bleue europ\u00e9enne&#8221;). La France a lanc\u00e9 le <em>\u00ab passeport talent \u00bb<\/em> en 2016. Le Japon, la Nouvelle-Z\u00e9lande, le Canada et bien d\u2019autres agissent dans la m\u00eame direction.<\/p>\n<p>Les riches tol\u00e8rent l\u2019arriv\u00e9e chez eux des moins pauvres, tandis que les moins riches sont vou\u00e9s \u00e0 l\u2019accueil des mis\u00e9reux. Telle est la mise en application concr\u00e8te de ce que l\u2019on aime d\u00e9signer, dans l\u2019ar\u00e8ne internationale, comme le principe &#8220;d\u2019\u00e9quit\u00e9&#8221;.<\/p>\n<h2>L\u2019anticipation de la solidarit\u00e9<\/h2>\n<p>L\u2019ann\u00e9e 2015 nous a valu l\u2019irruption, dans le discours politique, du terme de &#8220;crise migratoire&#8221;. Or, si crise il y eut, elle a \u00e9t\u00e9 d\u2019abord celle des politiques migratoires appliqu\u00e9es dans les territoires de l\u2019Union. Car si le nombre total de d\u00e9plac\u00e9s en 2015 a \u00e9t\u00e9 exceptionnel dans le monde (sans doute 53 millions de d\u00e9placements forc\u00e9s de toute nature, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des pays ou \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur), il n\u2019avait rien d\u2019insupportable pour une Europe qui n\u2019a accueilli que 15% environ des quelque 20 millions de d\u00e9plac\u00e9s internationaux (l\u2019Afrique subsaharienne, bien plus pauvre, en a re\u00e7u 25% !). Et, surtout, il n\u2019avait rien d\u2019inattendu. Depuis le d\u00e9but du conflit syrien, les r\u00e9fugi\u00e9s se sont port\u00e9s massivement vers la Turquie et vers le Liban (1 million de r\u00e9fugi\u00e9s pour 4 millions d\u2019habitants). Comment pouvait-on penser que cette situation d\u2019instabilit\u00e9 et de d\u00e9s\u00e9quilibre, tout comme celle de l\u2019Afrique sah\u00e9lienne, pouvait se maintenir ind\u00e9finiment ?<\/p>\n<p>Les officiels europ\u00e9ens furent ainsi victimes d\u2019abord de leur courte vue. Les yeux riv\u00e9s sur les courbes de la dette publique, ils en oubli\u00e8rent que la vie des hommes ne se r\u00e9duit pas \u00e0 l\u2019examen des ratios financiers. Ce court-termisme risque h\u00e9las de co\u00fbter plus cher encore dans les d\u00e9cennies \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a en effet aucune raison de penser que les migrations internationales vont cesser de cro\u00eetre. La faute \u00e0 la mondialisation ? Elle a accru le d\u00e9sir de se d\u00e9placer et \u00e9largi les possibilit\u00e9s de le faire. Mais la dominante financi\u00e8re et marchande de ses proc\u00e9dures a reproduit, dans les m\u00e9canismes m\u00eames du d\u00e9placement, la polarit\u00e9 croissante que le capitalisme imprime de fa\u00e7on universelle au mouvement des soci\u00e9t\u00e9s. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, s\u2019observe la possibilit\u00e9 de se d\u00e9placer librement pour les nantis et les moins d\u00e9munis et, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, l\u2019obligation de l\u2019exil pour les plus fragiles.<\/p>\n<p>On dit parfois que le d\u00e9veloppement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 devrait tarir peu \u00e0 peu les engagements au d\u00e9part. On explique encore que l\u2019aide au d\u00e9veloppement est la meilleure fa\u00e7on de r\u00e9soudre la question de l\u2019afflux des clandestins, en limitant les situations qui contraignent des populations enti\u00e8res \u00e0 quitter leur lieu de vie. En r\u00e9alit\u00e9, cela n\u2019a rien d\u2019\u00e9vident. Sans doute le d\u00e9veloppement concert\u00e9 finira-t-il par r\u00e9duire la part des cas d\u2019urgence et des migrations forc\u00e9es. Il n\u2019arr\u00eatera pas de sit\u00f4t le mouvement de d\u00e9placement des zones les moins d\u00e9velopp\u00e9es vers les zones les plus prosp\u00e8res.<\/p>\n<p>Ainsi, on pouvait penser que l\u2019essor des pays \u00e9mergents attirerait vers eux une part croissante des migrations internationales et fixerait sur place les populations locales jusqu\u2019alors vou\u00e9es au d\u00e9part. Pour une part, le constat s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 juste et les pays \u00e9mergents sont devenus des territoires d\u2019accueil. Mais, outre le fait que la croissance acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e de ces pays toussote et qu\u2019elle s\u2019accompagne terme le d\u00e9sir de trouver mieux encore, dans des pays qui, par comparaison, disposent de standards de vie toujours nettement sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux des &#8220;\u00e9mergents&#8221;. L\u2019aide au d\u00e9veloppement est n\u00e9cessaire, parce qu\u2019elle est juste et parce qu\u2019elle est la seule qui puisse aider \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre \u00e0 long terme de la plan\u00e8te. Mais elle n\u2019est pas l\u2019op\u00e9rateur principal d\u2019une politique raisonnable de gestion des flux migratoires.<\/p>\n<p>Le plus raisonnable est de partir de l\u2019id\u00e9e que la croissance d\u00e9mographique forte de l\u2019Afrique subsaharienne et de l\u2019Asie m\u00e9ridionale et les effets du changement climatique vont maintenir \u00e0 terme une pression migratoire importante, accompagn\u00e9e de pouss\u00e9es plus ou moins fortes selon la conjoncture climatique ou sociale. Cette croissance pr\u00e9visible conjuguera donc, plus que jamais, la migration volontaire et les d\u00e9parts forc\u00e9s, le d\u00e9placement planifi\u00e9 et l\u00e9gal et le transfert ill\u00e9gal de populations en nombre variable. Et il est tout aussi raisonnable de penser que les pays les plus riches vont attirer vers eux davantage de migrants, m\u00eame s\u2019il est vraisemblable que, plus que jamais, il faudra cesser d\u2019y voir la <em>\u00ab ru\u00e9e \u00bb<\/em> vers l\u2019Occident de <em>\u00ab toute la mis\u00e8re du monde \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Si la croissance des migrations va se poursuivre, ind\u00e9pendamment des volont\u00e9s des \u00c9tats, mieux vaut se dire que leur ma\u00eetrise \u00e9quilibr\u00e9e et donc le sens du partage seront les seules mani\u00e8res d\u2019\u00e9viter les ranc\u0153urs, les situations humaines insupportables et les violences de plus en plus incontr\u00f4l\u00e9es, quel qu\u2019en soit l\u2019habillage, ethnique, religieux ou politique. Jusqu\u2019\u00e0 ce jour, qu\u2019on le veuille ou non, a prim\u00e9 la logique de la distribution in\u00e9gale des richesses et des rapports des forces. Alors que l\u2019essor des \u00e9changes n\u00e9cessitait une mise en commun \u00e9tendue, les institutions de r\u00e9gulation internationale, et en premier lieu le syst\u00e8me onusien, ont vu leur r\u00f4le d\u00e9cliner inexorablement.<\/p>\n<p>Le poids du &#8220;chacun pour soi&#8221;, f\u00fbt-ce sous les auspices de la souverainet\u00e9, a globalement accru les difficult\u00e9s des plus fragiles. Le 19 septembre 2016, les Nations unies ont pourtant adopt\u00e9 la D\u00e9claration de New York pour les r\u00e9fugi\u00e9s et les migrants qui d\u00e9cidait d\u2019engager l\u2019\u00e9laboration d\u2019un Pacte mondial pour des migrations s\u00fbres, ordonn\u00e9es et r\u00e9guli\u00e8res. La m\u00e9thode ouvrait ainsi la voie \u00e0 une construction commune permettant de remettre le droit et les droits au premier plan, au lieu d\u2019une extension des interdictions et des contraintes. Or, il y a quelques semaines, l\u2019administration Trump a d\u00e9cid\u00e9 de se retirer du processus, au risque d\u2019en torpiller d\u00e9finitivement le d\u00e9roulement.<\/p>\n<p>C\u2019est pourtant dans cette direction que r\u00e9side la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9viter la spirale de l\u2019ill\u00e9galit\u00e9, de la dangerosit\u00e9 des parcours et de l\u2019exacerbation des haines, de part et d\u2019autre. Que la fronti\u00e8re, construction politique par excellence, garde cette vertu politique en circonscrivant le cadre territorial des souverainet\u00e9s \u00e9tatiques-nationales est une chose. Qu\u2019elle devienne une barri\u00e8re discriminante, le symbole du repli et de l\u2019exclusion de ceux qui sont &#8220;out&#8221; est le contraire de la valorisation citoyenne. Aucune fronti\u00e8re ne peut emp\u00eacher le passage de ceux qui font de son franchissement le passage oblig\u00e9 du mieux-vivre. Quand la fronti\u00e8re se fait mur, mat\u00e9riel ou technologique, cela n\u2019interrompt pas le passage mais accro\u00eet la violence et le d\u00e9sastre humain. Dans un monde interp\u00e9n\u00e9tr\u00e9, le mur dit avant tout le refus du partage ; en cela, il est \u00e0 la fois un d\u00e9sastre \u00e9thique et une protection illusoire et dangereuse, pour ceux-l\u00e0 m\u00eames qui se croient \u00e0 l\u2019abri.<\/p>\n<p>Il est absurde de penser que peut perdurer une m\u00e9thode globale qui, au lieu de faire des migrations un outil du d\u00e9veloppement durable et sobre, en fait le support d\u2019une croissance des in\u00e9galit\u00e9s, aiguillant les migrations qualifi\u00e9es vers les plus riches et les situations personnelles et familiales difficiles vers les plus pauvres.<\/p>\n<p>Sans doute est-il difficile de plaider le bon sens du partage, quand les passions mauvaises confondent l\u2019\u00e9go\u00efsme et le r\u00e9alisme. Mais \u00e0 quoi sert la gauche si son combat de long souffle ne vise pas \u00e0 d\u00e9montrer, par le verbe et par l\u2019action, que la solidarit\u00e9 et la mise en commun, \u00e0 toutes les \u00e9chelles, sont les seules mani\u00e8res d\u2019\u00e9viter un monde invivable et sans protection v\u00e9ritable ? \u00c0 quoi sert-elle, si elle ne montre pas, faits \u00e0 l\u2019appui, que le respect des droits et la protection sans r\u00e9serve des plus fragiles sont d\u2019un co\u00fbt bien moindre que les d\u00e9penses somptuaires du contr\u00f4le et de la s\u00e9curit\u00e9 ? \u00c0 quoi sert-elle, si elle ne s\u2019attache pas, r\u00e9solument, \u00e0 montrer que la mondialit\u00e9 du d\u00e9veloppement partag\u00e9 vaut mille fois mieux que la mondialisation de la marchandise et de la finance, ou que l\u2019\u00e9go\u00efsme \u00e0 courte vue des protections de nantis ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avant de se prononcer sur le dossier des migrations, la gauche devrait regarder de fa\u00e7on plus attentive leurs r\u00e9alit\u00e9s, hors des fantasmes et des id\u00e9es re\u00e7ues. Tour d\u2019horizon sur une &#8220;crise&#8221; bruyamment proclam\u00e9e\u2026 et difficile \u00e0 trouver.<\/p>\n","protected":false},"author":328,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[375],"class_list":["post-10960","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-web","tag-immigration"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10960","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/328"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10960"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10960\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10960"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10960"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10960"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}