{"id":1094,"date":"1998-10-01T00:00:00","date_gmt":"1998-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/theatre1094\/"},"modified":"1998-10-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-09-30T22:00:00","slug":"theatre1094","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1094","title":{"rendered":"Th\u00e9\u00e2tre"},"content":{"rendered":"<p>Le titre de la pi\u00e8ce de V\u00e9ronique Olmi sonne d&#8217;abord comme un constat, puis comme une injonction. Une sorte d&#8217;oxymore (1), unissant tout ensemble, et le sentiment d&#8217;un d\u00e9sastre extr\u00eame (chaos), et la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;une r\u00e9sistance vitale (debout). C&#8217;est bien ce qui semble au centre de l&#8217;oeuvre \u00e9crite par cette jeune femme, form\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre comme com\u00e9dienne et assistante \u00e0 la mise en sc\u00e8ne et qui donne l\u00e0 sa deuxi\u00e8me pi\u00e8ce apr\u00e8s Nuits sans lune. Elle a \u00e9crit Chaos debout, en pensant \u00e0 Anouk Grimberg, qui, apr\u00e8s l&#8217;avoir re\u00e7ue, l&#8217;envoya \u00e0 Jacques Lassalle, lequel fut imm\u00e9diatement emball\u00e9: &#8221; J&#8217;ai lu la pi\u00e8ce d&#8217;un seul trait, int\u00e9ress\u00e9 autant par sa th\u00e9matique que par sa dramaturgie. J&#8217;ai si souvent l&#8217;impression, \u00e0 la lecture des manuscrits qu&#8217;on m&#8217;envoie, d&#8217;un renoncement aux dialogues, \u00e0 l&#8217;histoire, \u00e0 l&#8217;action dramatique; d&#8217;une \u00e9criture consistant en soliloques juxtapos\u00e9s. Le metteur en sc\u00e8ne que je suis a souvent le soup\u00e7on de leur irrepr\u00e9sentabilit\u00e9 &#8220;.<\/p>\n<p> <strong> Sur vision d&#8217;utopie intime possiblement triomphante&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>La pi\u00e8ce se passe \u00e0 Moscou, en 1995. Une Moscou eltsinienne, emp\u00eatr\u00e9e dans la sale guerre de Tch\u00e9tch\u00e9nie. Pourtant, V\u00e9ronique Olmi affirme n&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 ni en Russie ni en Tch\u00e9tch\u00e9nie. Il s&#8217;agit, pour elle, dans cette pi\u00e8ce, d&#8217;une histoire intime, celle d&#8217;un couple, d&#8217;une femme aimante et d&#8217;un homme absent. Youri, \u00e0 peu pr\u00e8s 25 ans, est revenu de la guerre, mutil\u00e9 moralement et physiquement, porteur d&#8217;un terrible secret. Il se suicide \u00e0 coups de verres de vodka devant une femme qui ne peut renoncer \u00e0 l&#8217;aimer. Le lieu o\u00f9 se d\u00e9roule l&#8217;action en d\u00e9cuple les dimensions et fait \u00e9clater l&#8217;intimit\u00e9. Un appartement communautaire, une de ces &#8221; komunalka &#8220;, n\u00e9e apr\u00e8s la R\u00e9volution de 1917, aussi bien pour pallier la p\u00e9nurie de logements, que pour initier &#8221; un homme nouveau &#8220;, capable d&#8217;\u00e9chapper \u00e0 la cl\u00f4ture \u00e9gocentrique. Un espace non innocent, symbolique et fortement politique: espace de promiscuit\u00e9 et d&#8217;enfermement o\u00f9 se confrontent et se c\u00f4toient l&#8217;intime et le public, la l\u00e2chet\u00e9 et l&#8217;h\u00e9ro\u00efsme, les diff\u00e9rentes g\u00e9n\u00e9rations d&#8217;un si\u00e8cle entier. L&#8217;histoire d&#8217;une utopie qui nous concerne au premier chef. Dans cet univers clos gravitent quatre personnages pr\u00e9sents et quelques pr\u00e9sences invisibles. La Babouchka (Mich\u00e8le Gleiser) a \u00e0 peu pr\u00e8s 65 ans. C&#8217;est la fille d&#8217;universitaires juifs, propri\u00e9taires de l&#8217;appartement r\u00e9quisitionn\u00e9 par l&#8217;Etat. Sur d\u00e9nonciation antis\u00e9mite, elle fut, dans sa jeunesse, d\u00e9port\u00e9e en Sib\u00e9rie. Youri (Pascal Elso), sans travail, alcoolique et mutil\u00e9, confin\u00e9 dans ses souvenirs de Tch\u00e9tch\u00e9nie, Katia (Anouk Grimberg), sa femme, et Gricha (Dimitri Rataud), un jeune voyou d&#8217;une vingtaine d&#8217;ann\u00e9es qui va devoir partir pour son service militaire sur le front tch\u00e9tch\u00e8ne. A ces quatre personnages pr\u00e9sents, il faut ajouter les voisins et surtout le p\u00e8re de Youri, vieil homme grabataire dont on apprend que ce fut un communiste apparatchik, d\u00e9nonciateur en son temps de Babouchka. A travers eux, r\u00e9unis en un seul lieu, c&#8217;est toute l&#8217;histoire de la Russie du si\u00e8cle qui est concentr\u00e9e, avec ses espoirs, son h\u00e9ro\u00efsme, ses illusions et ses l\u00e2chet\u00e9s. C&#8217;est une pi\u00e8ce des ann\u00e9es 90 o\u00f9 l&#8217;utopie amoureuse prend le relais de l&#8217;utopie politique. Plut\u00f4t que d&#8217;affronter le d\u00e9samour, Katia s&#8217;obstine \u00e0 croire en lui comme \u00e0 une r\u00e9demption possible.<\/p>\n<p> <strong> L&#8217;art de faire surgir le doute, r\u00e9v\u00e9lant la fragilit\u00e9 sous les certitudes <\/strong><\/p>\n<p>Sur cette vision d&#8217;une utopie intime possiblement triomphante, le metteur en sc\u00e8ne Jacques Lassalle ouvre des br\u00e8ches, apporte le soup\u00e7on d&#8217;un homme averti de sa g\u00e9n\u00e9ration, mais aussi son art tr\u00e8s particulier de faire surgir le doute, de faire &#8221; trembler &#8221; les \u00e9vidences, r\u00e9v\u00e9lant la fragilit\u00e9 sous les certitudes, creusant les interstices d&#8217;une \u00e9criture souvent pleine et assur\u00e9e. Dans un d\u00e9cor r\u00e9aliste (Alain Chambon), m\u00e9lange de destroy un peu glauque, de kitsch et de modernit\u00e9, le jeu des acteurs (voix et mouvements) introduit une distance qui emp\u00eache toute r\u00e9duction anecdotique ou v\u00e9riste. Anouk Grimberg joue Katia avec ce m\u00e9lange de force, de d\u00e9termination et d&#8217;\u00e9tranget\u00e9 qu&#8217;on lui conna\u00eet. Une gr\u00e2ce faite d&#8217;une vitalit\u00e9 surgie de l&#8217;obscur et transmu\u00e9e en lumi\u00e8re. Mich\u00e8le Gleiser incarne une Babouchka un peu androgyne; une sorte de conductrice de tramway dans la Russie sovi\u00e9tique qui aurait lu Nina Berberova et fr\u00e9quent\u00e9 ses personnages. Pascal Elso fait un Youri \u00e9poustouflant: une sorte de loup bless\u00e9 et secret d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, un ours myst\u00e9rieux.susceptible de mordre et de d\u00e9truire sous l&#8217;apparence de l&#8217;impuissance. Ce spectacle fut accueilli avec chaleur au Festival d&#8217;Avignon, en juillet dernier. Ce n&#8217;est pas un br\u00fblot, mais le point de vue de souffrance et de perplexit\u00e9 qu&#8217;apporte Jacques Lassalle, le jeu de grands acteurs et la dramaturgie pleine et bien ficel\u00e9e de V\u00e9ronique Olmi en font un des spectacles majeurs de cette rentr\u00e9e th\u00e9\u00e2trale. On pourra voir tr\u00e8s bient\u00f4t deux autres pi\u00e8ces de V\u00e9ronique Olmi: Point \u00e0 la ligne que Philippe Adrien met en sc\u00e8ne au Th\u00e9\u00e2tre de la Temp\u00eate en novembre 1998, et le Passage, mont\u00e9 par Brigitte Jaques au Th\u00e9\u00e2tre des Abbesses.n S. B.-G.<\/p>\n<p> <strong> Chaos debout, de V\u00e9ronique Olmi, mis en sc\u00e8ne par Jacques Lassalle, Paris, Th\u00e9\u00e2tre des Abbesses. Du 29 septembre au 24 octobre.01 42 74 22 77 <\/strong><\/p>\n<p>1. Figure de r\u00e9thorique qui consiste \u00e0 associer deux mots apparemment contradictoires, par ex.&#8221; un silence \u00e9loquent &#8221; (NDLR).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le titre de la pi\u00e8ce de V\u00e9ronique Olmi sonne d&#8217;abord comme un constat, puis comme une injonction. Une sorte d&#8217;oxymore (1), unissant tout ensemble, et le sentiment d&#8217;un d\u00e9sastre extr\u00eame (chaos), et la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;une r\u00e9sistance vitale (debout). 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