{"id":10927,"date":"2018-04-02T11:48:00","date_gmt":"2018-04-02T09:48:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-palestine-vers-une-version-israelienne-de-l-apartheid\/"},"modified":"2023-06-23T23:27:25","modified_gmt":"2023-06-23T21:27:25","slug":"article-palestine-vers-une-version-israelienne-de-l-apartheid","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=10927","title":{"rendered":"Palestine : \u00ab\u00a0vers une version isra\u00e9lienne de l\u2019apartheid\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Les guerres en Syrie, en Irak, en Libye et au Yemen ont marginalis\u00e9 la question palestinienne et mis de c\u00f4t\u00e9 la situation de la bande de Gaza alors que \u00e7a fait plus de dix ans qu\u2019Isra\u00ebl a impos\u00e9 le blocus. Les tensions sur ce territoire ne sont pas nouvelles et la politique du gouvernement de Netanyau ne font qu\u2019attiser les braises. Entretien avec le journaliste Dominique Vidal.<\/p>\n<p><strong>Regards. Consid\u00e9rez-vous que la d\u00e9cision am\u00e9ricaine de reconna\u00eetre J\u00e9rusalem comme capitale d\u2019Isra\u00ebl est un \u00e9v\u00e9nement\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p><strong>Dominique Vidal.<\/strong> Sans aucun doute\u00a0: elle marque un tournant de la diplomatie am\u00e9ricaine. Pour pouvoir rester les parrains de la paix, les \u00c9tats-Unis ont longtemps fait mine de d\u00e9fendre la solution des deux \u00c9tats. C\u2019est avec cette tradition que Trump vient de rompre, sur la question du statut de J\u00e9rusalem, la plus sensible. Contrairement \u00e0 l\u2019Organisation des Nations unies (ONU) et \u00e0 tous ses \u00c9tats-membres, il reconna\u00eet d\u00e9sormais l\u2019annexion de J\u00e9rusalem-Est par Isra\u00ebl en juin 1967.<\/p>\n<p><strong>Regards. Qu\u2019est-ce qui guide la politique de Trump\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p>Dominique Vidal. \u00c0 force de r\u00e9p\u00e9ter que Donald Trump est impr\u00e9visible, voire qu\u2019il est fou, on perd de vue la logique de la politique US. Le nouveau pr\u00e9sident entend rallier le monde arabe sunnite \u00e0 une alliance avec Isra\u00ebl contre l\u2019Iran chiite. Cette strat\u00e9gie rejoint celle de la droite et de l\u2019extr\u00eame droite isra\u00e9liennes, dont il soutient, comme son \u00e9lectorat, l\u2019essentiel des objectifs. Dans sa campagne, le candidat Trump avait annonc\u00e9 le transfert de l\u2019ambassade am\u00e9ricaine de Tel-Aviv \u00e0 J\u00e9rusalem. Si le pr\u00e9sident Trump a annonc\u00e9 qu\u2019il tiendrait bien cette promesse \u2013 d\u2019ici \u00e0 la fin de son mandat \u2013, c\u2019est qu\u2019il croit tenir en main un carr\u00e9 d\u2019as. <\/p>\n<p><strong>Regards. Quel est son atout majeur ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>Dominique Vidal.<\/strong> Le premier as, c\u2019est la radicalisation du pouvoir isra\u00e9lien. La coalition issue des \u00e9lections de mars 2015, la plus anti-palestinienne de l\u2019histoire, entend op\u00e9rer un tournant\u00a0: le passage de la colonisation, qu\u2019elle acc\u00e9l\u00e8re, \u00e0 l\u2019annexion. Leader du parti Foyer juif, Naftali Bennett a r\u00e9ussi \u00e0 faire voter \u00e0 la Knesset, le 6 f\u00e9vrier dernier, une loi \u00e9tendant la souverainet\u00e9 isra\u00e9lienne \u00e0 toute la Palestine. Une autre loi se pr\u00e9pare, qui permettra l\u2019annexion de cinq blocs de colonies situ\u00e9es \u00e0 l\u2019Est de J\u00e9rusalem et totalisant 125\u00a0000 colons, accentuant ainsi l\u2019h\u00e9g\u00e9monie juive dans la ville et interdisant que sa partie orientale serve de capitale \u00e0 un \u00c9tat palestinien. En fait, la droite et l\u2019extr\u00eame droite enterrent les deux \u00c9tats au profit d\u2019un seul \u00c9tat qui, refusant le droit de vote aux Palestiniens, sera donc une version isra\u00e9lienne de l\u2019apartheid.<\/p>\n<p><strong>Regards. L\u2019apartheid n\u2019est pas un projet. Il ne peut pas durer\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dominique Vidal.<\/strong> M\u00eame en Afrique du Sud, l\u2019apartheid a dur\u00e9 plus de quarante ans. Et pourtant l\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 de sa population \u00e9tait noire. Le \u201cGrand Isra\u00ebl\u201d comporte aujourd\u2019hui autant de Juifs que d\u2019Arabes \u2013 6,5 millions. En Isra\u00ebl, la fertilit\u00e9\u00a0des femmes arabes et juives est \u00e9gale. En Cisjordanie, les familles de colons, souvent ultra-orthodoxes, comprennent jusqu\u2019\u00e0 dix enfants, beaucoup plus que celles des Palestiniens. Vous avez raison\u00a0: l\u2019apartheid ne repr\u00e9sente pas un projet \u00e0 long terme. Mais les ultranationalistes juifs peuvent esp\u00e9rer tenir un temps, quand ils ne r\u00eavent pas d\u2019une nouvelle Nakba, d\u2019une nouvelle expulsion, apr\u00e8s celles de 1948 et de 1967\u2026 <\/p>\n<p><strong>Regards. Sur quels autres \u00e9l\u00e9ments favorables Trump s\u2019appuie-il ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dominique Vidal.<\/strong> Son deuxi\u00e8me as, c\u2019est \u00e9videmment la division des Palestiniens. Hamas et Fatah tentent actuellement de revenir sur le divorce consomm\u00e9 en 2007. C\u2019est pour y contribuer que le mouvement islamiste a d\u00e9cid\u00e9 au printemps d\u2019officialiser son acceptation d\u2019un \u00c9tat palestinien dans les fronti\u00e8res du 4 juin 1967\u2026 alors m\u00eame que son \u00e9tablissement semble s\u2019\u00e9loigner. Mais la r\u00e9unification reste, pour l\u2019essentiel, \u00e0 faire. Troisi\u00e8me carte ma\u00eetresse de Trump : la \u201ctrahison\u201d par l\u2019Arabie saoudite et ses alli\u00e9s de la cause palestinienne. Certes, aucun \u00c9tat arabe mod\u00e9r\u00e9 n\u2019a approuv\u00e9 la reconnaissance de J\u00e9rusalem comme capitale d\u2019Isra\u00ebl, pour ne pas choquer les opinions. Mais le monde sunnite a invers\u00e9 l\u2019ordre de ses priorit\u00e9s\u00a0: l\u2019hostilit\u00e9 \u00e0 l\u2019Iran l\u2019emporte d\u00e9sormais sur l\u2019opposition \u00e0 Isra\u00ebl, promu alli\u00e9 face \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran. Au-del\u00e0, les guerres de Syrie, d\u2019Irak, du Y\u00e9men et de Libye ont marginalis\u00e9 la question palestinienne, autrefois centrale.<\/p>\n<p><strong>Regards. Et le quatri\u00e8me as ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dominique Vidal.<\/strong> L\u2019alignement ultime des \u00e9toiles en faveur de Trump : la crise de l\u2019Union europ\u00e9enne (UE), qui s\u2019occupe plus du Brexit que de la Palestine. Et, sur cette derni\u00e8re, elle est divis\u00e9e. Les dirigeants des \u00c9tats d\u2019Europe de l\u2019Est, dont les r\u00e9flexes trahissent souvent un certain antis\u00e9mitisme, n\u2019en sont pas moins pro-isra\u00e9liens. En juillet dernier, le premier ministre isra\u00e9lien est all\u00e9 \u00e0 Budapest c\u00e9l\u00e9brer son amiti\u00e9 avec Viktor Orban. Or ce dernier venait de se livrer \u00e0 une apologie du r\u00e9gent Horthy, alli\u00e9 de l\u2019Allemagne nazie qui finit par accepter l\u2019extermination de 600 000 juifs, et de lancer une campagne \u00e0 relents antis\u00e9mites contre George Soros\u2026 <\/p>\n<p><strong>Regards. Au vu de la faiblesse des r\u00e9actions face \u00e0 Trump, on peut se demander qui croit encore \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un \u00c9tat palestinien \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019Isra\u00ebl, avec J\u00e9rusalem-Est pour capitale\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p><strong>Dominique Vidal.<\/strong> Attention, la m\u00e9daille a son revers. Malgr\u00e9 le carr\u00e9 d\u2019as que j\u2019ai d\u00e9crit, Trump a d\u00fb constater son isolement\u00a0: \u00e0 part Isra\u00ebl, Aucun gouvernement n\u2019a approuv\u00e9 sa provocation sur J\u00e9rusalem. Sans parler des opinions, largement hostiles. Je comprends l\u2019h\u00e9sitation des Palestiniens. Si l\u2019Autorit\u00e9 palestinienne s\u2019accroche \u00e0 la formule des deux \u00c9tats, c\u2019est que la communaut\u00e9 internationale d\u00e9fend presque unanimement cette solution. Cette ligne a permis de faire entrer l\u2019\u00c9tat de Palestine \u00e0 l\u2019Unesco en 2011, \u00e0 l\u2019ONU en 2012, \u00e0 la Cour p\u00e9nale internationale en 2015. Et 138 \u00c9tats le reconnaissent \u00e0 ce jour. H\u00e9las, ces succ\u00e8s diplomatiques n\u2019ont pas modifi\u00e9 la situation sur le terrain. J\u00e9rusalem-Est et la Cisjordanie n\u2019ont jamais compt\u00e9 autant de colons\u00a0: 700\u00a0000, selon Haaretz. Et, on l\u2019a vu, l\u2019extr\u00eame droite isra\u00e9lienne entend cr\u00e9er un \u00c9tat de ma\u00eetres et d\u2019esclaves.<\/p>\n<p><strong>Regards. Dans ces conditions, quelle perspective\u00a0teste-t-il ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>Dominique Vidal.<\/strong> C\u2019est aux Palestiniens de la d\u00e9finir. Rien n\u2019est plus vain que cette tradition des intellectuels de gauche fran\u00e7ais expliquant \u00e0 la terre enti\u00e8re comment r\u00e9aliser la r\u00e9volution\u2026 que nous ne parvenons pas \u00e0 faire chez nous\u00a0! Restons modestes. Cela dit, tout le probl\u00e8me r\u00e9side dans le grand \u00e9cart entre une solution \u00e0 deux \u00c9tats qui dispara\u00eet et une solution \u00e0 un \u00c9tat dont rien ne garantit qu\u2019il puisse \u00eatre d\u00e9mocratique. Il y a quelques ann\u00e9es, j\u2019ai dirig\u00e9 un livre collectif intitul\u00e9 Palestine-Isra\u00ebl\u00a0: un \u00c9tat, deux \u00c9tats\u00a0?. C\u2019\u00e9tait un d\u00e9bat riche et utile. Mais la donne a chang\u00e9. Quand certains se r\u00e9jouissent, au nom de l\u2019\u00c9tat unique, de voir les deux \u00c9tats dispara\u00eetre, ils oublient que l\u2019\u00c9tat unique envisag\u00e9 par l\u2019extr\u00eame droite isra\u00e9lienne n\u2019a strictement rien \u00e0 voir avec la F\u00e9d\u00e9ration jud\u00e9o-arabe dont r\u00eavaient Martin Buber et Judah Magn\u00e8s dans l\u2019entre-deux guerres. <\/p>\n<p><strong>Regards.  Ce sc\u00e9nario n\u2019est plus envisageable ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dominique Vidal.<\/strong> Quoi qu\u2019il en soit, le chemin d\u2019un seul \u00c9tat r\u00e9ellement binational passe par une bataille de longue dur\u00e9e pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits entre Juifs et Arabes. Et celle-ci doit \u00eatre men\u00e9e en Isra\u00ebl et en Palestine sans renoncer \u00e0 se d\u00e9velopper dans l\u2019ar\u00e8ne internationale, afin de pas perdre l\u2019acquis diplomatique des derni\u00e8res ann\u00e9es. C\u2019est ce qu\u2019un jeune diplomate palestinien, Majed Bamya, a \u00e9crit apr\u00e8s le vote de la loi d\u2019annexion du 6 f\u00e9vrier\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne pouvons plus reporter la pr\u00e9paration de la transition vers une lutte anti-apartheid susceptible de mobiliser la totalit\u00e9 de notre peuple, d\u2019encourager les pressions internationales, de r\u00e9tablir l\u2019espoir, de r\u00e9affirmer l\u2019importance primordiale de notre cause et de pr\u00e9parer la voie vers la lib\u00e9ration nationale\u00a0\u00bb.  <\/p>\n<p><strong>Regards. Est-ce que cette position est discut\u00e9e parmi les Palestiniens\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dominique Vidal.<\/strong> J\u2019ai r\u00e9cemment s\u00e9journ\u00e9 en Isra\u00ebl et en Palestine, avec un groupe de trente lecteurs du Monde diplomatique que je guidais l\u00e0-bas. Ce qui nous a frapp\u00e9s, c\u2019est la lassitude des Palestiniens. Ceux-ci ont pay\u00e9 tr\u00e8s cher la seconde Intifada. Et d\u2019abord humainement\u00a0: cinq mille morts entre 2000 et 2005. Mais la militarisation du mouvement a aussi marqu\u00e9 les Isra\u00e9liens, qui ont perdu un millier des leurs, dont six cents dans les attentats kamikazes. La droite et l\u2019extr\u00eame droite isra\u00e9liennes ne manquent pas de raviver ce traumatisme, qu\u2019ils inscrivent dans la suite de la Shoah\u2026 <\/p>\n<p><strong>Regards. C\u00f4t\u00e9 palestinien, la crise politique n\u2019arrange rien\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dominique Vidal.<\/strong> \u00c0 cette impasse s\u2019ajoute en effet le m\u00e9contentement vis-\u00e0-vis des gouvernants, Fatah comme Hamas. Dans les reproches se m\u00ealent la gestion catastrophique de la situation \u00e9conomique et sociale, l\u2019emprise croissante de la corruption et l\u2019autoritarisme dominant. Rien d\u2019\u00e9tonnant si, de sondage en enqu\u00eate, le pourcentage d\u2019opinions favorables \u00e0 la solution des deux \u00c9tats ne cesse de diminuer, tandis que grandit l\u2019int\u00e9r\u00eat pour l\u2019\u00c9tat binational. Selon une \u00e9tude conduite en septembre dernier, 57\u00a0% des Palestiniens estiment qu\u2019une solution \u00e0 deux \u00c9tats n\u2019est plus viable.<\/p>\n<p><strong>Regards. O\u00f9 en sont les opinions publiques ? Au-del\u00e0 de la position des \u00c9tats, le mouvement de solidarit\u00e9 avec les Palestiniens n\u2019a jamais paru aussi faible\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dominique Vidal.<\/strong> Il est vrai que la d\u00e9cision de Trump n\u2019a pas suscit\u00e9 beaucoup de manifestations de masse. Mais je me garderai bien de th\u00e9oriser ce fait. Dans le monde arabe, difficile de dire ce qui rel\u00e8ve de la sid\u00e9ration devant la provocation am\u00e9ricaine, du d\u00e9sarroi devant un conflit qui n\u2019en finit pas ou simplement d\u2019un scepticisme envers l\u2019utilit\u00e9 de descendre dans la rue. Je doute que nous assistions \u00e0 une disparition de la solidarit\u00e9 avec la Palestine, qui rev\u00eat ici un caract\u00e8re presque identitaire. Vous savez qu\u2019en 1870, \u00e0 Paris, la statue de Strasbourg sur la place de la Concorde a \u00e9t\u00e9 recouverte d\u2019un voile noir\u00a0? Eh bien la Palestine est ainsi \u201cvoil\u00e9e\u201d dans le c\u0153ur de millions d\u2019Arabes. Je ne crois pas non plus qu\u2019ailleurs les opinions aient fl\u00e9chi dans leur soutien \u00e0 la cause palestinienne, symbolique de tant de souffrances et de combats. Rappelez-vous cette belle chanson de Renaud, Seconde g\u00e9n\u00e9ration\u00a0: \u00ab\u00a0Alors, pour m\u2019sentir appartenir \/ \u00c0 un peuple, \u00e0 une patrie \/ J\u2019porte autour de mon cou sur mon cuir \/ Le keffieh noir et blanc et gris \/ Je m\u2019suis invent\u00e9 des frangins \/ Des amis qui cr\u00e8vent aussi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Regards. O\u00f9 en sont les opinions publiques ? Au-del\u00e0 de la position des \u00c9tats, le mouvement de solidarit\u00e9 avec les Palestiniens n\u2019a jamais paru aussi faible\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dominique Vidal.<\/strong> \u00c0 preuve, le succ\u00e8s croissant de la campagne Boycott D\u00e9sinvestissement Sanctions (BDS). Je pense bien s\u00fbr au boycott militant. Mais j\u2019ai aussi en t\u00eate le \u201cboycott institutionnel\u201d. Un peu partout, des fonds de pension (comme l\u2019\u00e9norme Fonds norv\u00e9gien pour l\u2019avenir), de puissantes banques (\u00e0 l\u2019instar de la Danske Bank), de grandes entreprises (telles, en France, Veolia et Orange) se retirent des territoires occup\u00e9s ou m\u00eame d\u2019Isra\u00ebl. Au point que Netanyaou a \u00e9voqu\u00e9 une \u00ab\u00a0menace strat\u00e9gique majeure\u00a0\u00bb et cr\u00e9\u00e9, au sein du minist\u00e8re des Affaires strat\u00e9giques, une commission pour la combattre. Selon Yair Lapid, l\u2019ex-ministre des Finances, BDS pourrait co\u00fbter \u00e0 ce rythme entre trois et quatre milliards de dollars par an. C\u2019est pourquoi les dirigeants isra\u00e9liens et leur relais s\u2019efforcent de criminaliser la campagne. En France, quelques militants ont \u00e9t\u00e9 jug\u00e9s. Ces proc\u00e9dures restent cependant fragiles. Car aucune loi n\u2019interdit le boycott. Et la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019Homme pourrait retoquer l\u2019arr\u00eat de la Cour de cassation du 20 octobre 2015. La cheffe de la diplomatie europ\u00e9enne, Federica Mogherini s\u2019est exprim\u00e9e dans ce sens en septembre 2016. <\/p>\n<p><strong>Regards. Revenons aux dimensions r\u00e9gionales. L\u2019opposition entre chiites et sunnites est-elle devenue la base des alliances en reconstruction ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>Dominique Vidal. <\/strong> Il serait absurde de nier la dimension religieuse des guerres de Syrie, d\u2019Irak, du Y\u00e9men ou de Libye. D\u2019ailleurs, il va de soi qu\u2019un apaisement durable dans ces diff\u00e9rents conflits passera n\u00e9cessairement par la mise en place de pouvoirs repr\u00e9sentatifs des diff\u00e9rentes communaut\u00e9s. De m\u00eame, le bras de fer entre l\u2019Arabie saoudite et l\u2019Iran oppose les leaders autoproclam\u00e9s du sunnisme et du chiisme. Mais comment ne pas voir que cet affrontement a pour enjeu, en dernier ressort, l\u2019h\u00e9g\u00e9monie r\u00e9gionale\u00a0? Cette ambition, du c\u00f4t\u00e9 saoudien, le prince h\u00e9ritier Mohammed Ben Salman la porte. Il incarne un courant modernisateur qui entend s\u2019imposer avec force, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur comme \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Mais cette volont\u00e9 de puissance n\u2019a rien de nouveau\u00a0: \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 l\u2019Arabie saoudite et l\u2019Iran \u00e9taient tous deux des alli\u00e9s des \u00c9tats-Unis, Riyad ne supportait pas que T\u00e9h\u00e9ran soit pr\u00e9sent\u00e9 comme le \u201cgendarme du Golfe\u201d. Aujourd\u2019hui encore, les Saoudiens cherchent \u00e0 dominer la r\u00e9gion. D\u2019o\u00f9 la d\u00e9mission forc\u00e9e du premier ministre libanais, la campagne contre le Qatar et surtout la guerre contre le malheureux Y\u00e9men\u2026<\/p>\n<p><strong>Regards. L\u2019Iran\u00a0ne recherche-t-il pas l\u2019h\u00e9g\u00e9monie, lui aussi ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dominique Vidal.<\/strong> Pour danser le tango, il faut \u00eatre deux. T\u00e9h\u00e9ran d\u00e9veloppe aussi son emprise r\u00e9gionale. L\u2019Iran est omnipr\u00e9sent en Irak que, depuis l\u2019intervention am\u00e9ricaine, des chiites dirigent. De m\u00eame, il s\u2019affirme en Syrie o\u00f9, avec la Russie, il a contribu\u00e9 \u00e0 sauver le r\u00e9gime de Bachar al-Assad et la pr\u00e9dominance de sa minorit\u00e9 alaouite. Au Liban, le Hezbollah repr\u00e9sente un alli\u00e9 influent. Et il faudrait aussi \u00e9voquer l\u2019influence iranienne dans le Golfe. La troisi\u00e8me r\u00e9volution arabe s\u2019est produite \u00e0 Bahre\u00efn, un pays majoritairement chiite, et l\u2019arm\u00e9e saoudienne l\u2019a \u00e9cras\u00e9e dans le sang. De m\u00eame, Riyad reproche au Qatar ses bonnes relations avec T\u00e9h\u00e9ran. Au Y\u00e9men, la r\u00e9bellion houthiste s\u2019appuie sur le za\u00efdisme, une minorit\u00e9 du chiisme. En Arabie saoudite m\u00eame, une minorit\u00e9 de la population se r\u00e9clame du chiisme\u2026   <\/p>\n<p><strong>Regards. D\u2019o\u00f9 l\u2019inqui\u00e9tude de l\u2019Arabie saoudite apr\u00e8s le retour de l\u2019Iran dans le jeu international, \u00e0 la faveur de l\u2019accord sur le nucl\u00e9aire iranien\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dominique Vidal.<\/strong> Barack Obama et, avec lui, les grandes puissances, ont tent\u00e9 de faire aboutir les n\u00e9gociations en cours depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es pour apaiser la r\u00e9gion. Avec succ\u00e8s\u00a0: le 14 juillet 2015, un accord intervenait afin de limiter le programme nucl\u00e9aire iranien pour dix ans et de lever les sanctions visant le pays. Bien que r\u00e9guli\u00e8rement v\u00e9rifi\u00e9 par l\u2019Agence internationale de l\u2019\u00e9nergie atomique, cet accord n\u2019a pas fait l\u2019unanimit\u00e9. L\u2019Arabie saoudite en d\u00e9nonce les dangers. Alors qu\u2019il poss\u00e8de de deux cents \u00e0 trois cents t\u00eates nucl\u00e9aires et tous les moyens de les transporter, Isra\u00ebl se d\u00e9clare menac\u00e9. En campagne, Trump s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 \u00e0 retirer la signature des \u00c9tats-Unis, ce qu\u2019il n\u2019a pas (encore\u00a0?) fait. Mais nul ne s\u2019y trompe\u00a0: au-del\u00e0 du compromis de 2015, certains r\u00eavent d\u2019une nouvelle guerre, non plus contre l\u2019Irak, mais contre l\u2019Iran.<\/p>\n<p><strong>Regards. Comment interpr\u00e9ter l\u2019attitude du gouvernement am\u00e9ricain ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dominique Vidal.<\/strong> Le revirement de Trump a surpris\u00a0: au cours de sa campagne \u00e9lectorale, il n\u2019avait cess\u00e9 d\u2019attaquer l\u2019Arabie saoudite. Et voil\u00e0 qu\u2019il lui consacre son premier voyage \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pour l\u2019inciter \u00e0 s\u2019allier avec Isra\u00ebl contre l\u2019Iran \u2013 sur fond de \u201ccontrats du si\u00e8cle\u201d, avec un total de 308 milliards de dollars, dont un tiers de commandes d\u2019armes am\u00e9ricaines. L\u00e0 encore, un peu d\u2019histoire aide \u00e0 y voir clair. Apr\u00e8s une p\u00e9riode troubl\u00e9e par la participation de citoyens saoudiens aux attentats du 11-Septembre, les relations entre Washington et Riyad ont retrouv\u00e9 leur intimit\u00e9. L\u2019alliance entre les deux pays repr\u00e9sente, avec le soutien \u00e0 Isra\u00ebl, l\u2019une des rares constantes de la politique proche-orientale des \u00c9tats-Unis. Elle remonte au 14 f\u00e9vrier 1945, lorsque Franklin Roosevelt et Ibn Seoud scell\u00e8rent un pacte durable\u00a0: le premier inscrivait la stabilit\u00e9 du royaume wahhabite dans les\u00a0\u201cint\u00e9r\u00eats vitaux\u201d\u00a0de l\u2019Am\u00e9rique, \u00e0 laquelle le second garantissait son approvisionnement \u00e9nerg\u00e9tique \u2013 un accord renouvel\u00e9 en 2005.<\/p>\n<p><strong>Regards. Pensez-vous que cette mont\u00e9e des tensions avec l\u2019Iran peut d\u00e9boucher sur une guerre r\u00e9gionale\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dominique Vidal.<\/strong> Rien ne l\u2019exclut. D\u2019aucuns s\u2019y pr\u00e9parent, de Tel-Aviv \u00e0 Riyad, en passant par Washington. Selon certains observateurs, des troupes am\u00e9ricaines interviendraient d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 dans des zones troubl\u00e9es de l\u2019Iran. Mais T\u00e9h\u00e9ran en 2018 n\u2019est pas Bagdad en 2003, avec son r\u00e9gime \u00e0 bout de souffle et son arm\u00e9e en d\u00e9confiture. Le r\u00e9gime iranien dispose \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une base solide. Ses troupes, gardiens de la r\u00e9volution compris, ont fait leurs preuves en Irak et en Iran. Sans compter ses alli\u00e9s dans la r\u00e9gion, Hezbollah en t\u00eate. On sait quelles cons\u00e9quences a eues, \u00e0 long terme, l\u2019aventure de George W. Bush en Irak. Celles d\u2019une aventure de Donald Trump en Iran risqueraient de se manifester \u00e0 beaucoup plus court terme. Par un effet boomerang. <div id='gallery-1' class='gallery galleryid-10927 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/vidal-2f6.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/vidal-2f6-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"vidal.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les guerres en Syrie, en Irak, en Libye et au Yemen ont marginalis\u00e9 la question palestinienne et mis de c\u00f4t\u00e9 la situation de la bande de Gaza alors que \u00e7a fait plus de dix ans qu\u2019Isra\u00ebl a impos\u00e9 le blocus. Les tensions sur ce territoire ne sont pas nouvelles et la politique du gouvernement de Netanyau ne font qu\u2019attiser les braises. Entretien avec le journaliste Dominique Vidal.<\/p>\n","protected":false},"author":464,"featured_media":25973,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[11],"tags":[461,470,332],"class_list":["post-10927","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-monde","tag-iran","tag-israel","tag-palestine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10927","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/464"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10927"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10927\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/25973"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10927"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10927"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10927"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}