{"id":1092,"date":"1998-10-01T00:00:00","date_gmt":"1998-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/suzanne-bernard1092\/"},"modified":"1998-10-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-09-30T22:00:00","slug":"suzanne-bernard1092","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1092","title":{"rendered":"Suzanne Bernard"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> De retour de Chine, Suzanne Bernard nous offre un recueil de nouvelles litt\u00e9raires intitul\u00e9 Mademoiselle Su (Ed. Bartillat). Une particularit\u00e9 \u00e0 ne pas ignorer: tout, absolument tout ce qui constitue la mati\u00e8re de ces fictions est &#8221; vrai &#8220;, v\u00e9cu. A ne pas manquer. <\/p>\n<p>Suzanne Bernard a coutume d&#8217;\u00e9crire sur la cr\u00eate des vagues de l&#8217;histoire, l\u00e0 o\u00f9 va basculer l&#8217;ancien mais o\u00f9 les possibles restent ouverts. Elle voyage ainsi avec nous dans les temps m\u00e9di\u00e9vaux en crise, et dans la Chine \u00e9cartel\u00e9e. Cette fois, Suzanne Bernard a choisi la forme de cinq nouvelles, entre reportage et fiction, la seconde faisant peu \u00e0 peu oublier le premier sous la force de l&#8217;\u00e9criture, jusqu&#8217;au dernier texte, qui donne son titre \u00e0 l&#8217;ensemble. Un chauffeur de taxi attach\u00e9 aux anciennes valeurs d&#8217;honn\u00eatet\u00e9, tortur\u00e9 par les quelques sous gagn\u00e9s parce qu&#8217;une riche cliente s&#8217;est tromp\u00e9e dans le choix des billets; une &#8221; vieille mao\u00efste &#8221; fran\u00e7aise dialoguant avec une journaliste sur ce que la Chine devient; la mauvaise conscience d&#8217;un Fran\u00e7ais en voyage d&#8217;affaire \u00e0 P\u00e9kin, qui accepte l&#8217;offre d&#8217;une prostitu\u00e9e chinoise de quatorze ans; la destruction d&#8217;un couple d&#8217;amoureux lorsque le gar\u00e7on renonce \u00e0 la litt\u00e9rature pour les affaires; et, enfin, l&#8217;ascension sociale et la chute cruelle d&#8217;une jolie secr\u00e9taire qui mise sa vie sur une liaison clandestine avec son patron.<\/p>\n<p> <strong> L\u00e0 o\u00f9 va basculer l&#8217;ancien et o\u00f9 les possibles restent ouverts <\/strong><\/p>\n<p>Pas d&#8217;analyse, pas de jugements: des morceaux d&#8217;histoires humaines chinoises, \u00e0 l&#8217;ombre des bouleversements de cet immense pays, tels que l&#8217;auteur les a connus et sentis. Comment se c\u00f4toient les mis\u00e9rables et les nouveaux riches, les nostalgiques de la fraternit\u00e9 et les arrogants de l&#8217;argent facile ? Ce chauffeur de taxi dont les coll\u00e8gues raillent la vertu, et qui, voleur \u00e0 son insu d&#8217;une somme ridicule, sent cet argent lui br\u00fbler la poche, tourne et s&#8217;arr\u00eate, repart et s&#8217;arr\u00eate encore, ne sachant \u00e0 qui c\u00e9der ces sous et les glisse pendant son sommeil \u00e0 une mendiante aveugle. Victime de son &#8221; \u00e9ducation &#8221; morale dans une Chine qui n&#8217;en a plus que faire. Quel mod\u00e8le d&#8217;avenir ? Celui de ce pauvre h\u00e8re qui a fait fortune en inventant les toilettes mobiles pour les ch\u00f4meurs qui dorment dans la gare de P\u00e9kin ? Celui de ce couple qui laisse mourir son enfant \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital et se sauve pour la simple raison qu&#8217;il ne peut payer les soins ? Celui de ces toutes jeunes filles livr\u00e9es aux riches \u00e9trangers ? Encore une fois, tout dans ces nouvelles est tir\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p> <strong> Les voies ind\u00e9chiffrables de la lib\u00e9ration  <\/strong><\/p>\n<p>Ici et l\u00e0, le regard s\u00e9v\u00e8re ou hagard des moins jeunes, acteurs ou victimes de la &#8221; r\u00e9volution culturelle &#8221; pass\u00e9e, des id\u00e9alisations \u00e9galitaires, de l&#8217;\u00e9thique personnelle, dans les nervures des coutumes de la Chine mill\u00e9naire. Les paum\u00e9s de l&#8217;honn\u00eatet\u00e9 et du travail bien fait, des sentiments, de la culture. Sous leurs yeux, le d\u00e9cha\u00eenement des affaires, portable en main et costume Cardin, la soif de gagner en un jour ce que le socialisme radieux n&#8217;aurait donn\u00e9 en une vie, et quels qu&#8217;en soient les moyens. Apr\u00e8s tout, ce cynisme-l\u00e0 devrait-il rougir face aux cynismes pass\u00e9s ? Parfois aussi un doute, une h\u00e9sitation, un remords. Des larmes sinc\u00e8res lorsque meurt la m\u00e8re et, avec elle, quelques vestiges de sagesse. Comme toujours chez Suzanne Bernard, ni bons ni m\u00e9chants: des humains, trop humains, avec des motivations et des d\u00e9sirs imm\u00e9diatement identifiables. Et, \u00e0 travers leurs petites vies, quel qu&#8217;en soit le clinquant, un pressentiment de la fa\u00e7on qu&#8217;a la grande histoire de faire et de d\u00e9faire. A observer comment les d\u00e9chirures d&#8217;un tel peuple et d&#8217;un tel Etat ne sont possibles qu&#8217;enracin\u00e9es dans les d\u00e9chirements et les ruptures qui travaillent chaque individualit\u00e9, on mesure combien un socialisme ne peut esp\u00e9rer s&#8217;unir \u00e0 la libert\u00e9 en niant les potentialit\u00e9s vivantes de chaque personne, condition d\u00e9terminante de l&#8217;ensemble du processus communiste. D\u00e9couverte de Marx, enterr\u00e9e si longtemps au nom de Marx&#8230; En Chine comme ailleurs, une parodie de communisme &#8211; se jouant de la sinc\u00e9rit\u00e9 de ses acteurs populaires &#8211; ne pouvait d\u00e9boucher que sur une caricature de capitalisme. Vue d&#8217;ici, cette &#8221; modernit\u00e9 &#8221; est d\u00e9j\u00e0 si vieille; l\u00e0-bas, si neuve et si prometteuse. Au prix de millions de vies \u00e9cras\u00e9es. Comme ici. Dans la Chine d&#8217;aujourd&#8217;hui, les lumi\u00e8res appartiennent au pass\u00e9, vacillent, s&#8217;\u00e9teignent une \u00e0 une. En m\u00eame temps, chaque nouvelle r\u00e9v\u00e8le la survivance de r\u00eaves et de forces, au d\u00e9tour d&#8217;une phrase et d&#8217;une question. En Chine pas plus qu&#8217;ailleurs, l&#8217;histoire ne peut s&#8217;arr\u00eater et les humains de r\u00e9sister. Mais, pour l&#8217;heure, en Chine plus qu&#8217;ailleurs, les voies de la lib\u00e9ration humaine demeurent ind\u00e9chiffrables jusqu&#8217;au bout, et lentes \u00e0 d\u00e9fricher. Difficiles comme la travers\u00e9e d&#8217;une rue de P\u00e9kin: &#8220;extraordinaire organisation dans le chaos&#8221;, note Suzanne Bernard entre v\u00e9los et voitures. Comment traverser ? La &#8221; vieille mao &#8221; fran\u00e7aise (suivez son regard) l&#8217;explique \u00e0 une journaliste qui panique: &#8221; C&#8217;est une question de mouvement et de rythme, (&#8230;) pas de probl\u00e8me si tu sens le rythme, c&#8217;est comme un ballet.&#8221; La Chine ne se comprend pas. Elle se sent. C&#8217;est pourquoi ces cinq nouvelles en disent peut-\u00eatre plus sur la Chine que toutes les analyses qu&#8217;on en a pu produire. Plaisir en plus..<\/p>\n<p>1. Julien Green, oeuvres compl\u00e8tes, tome 8.Editions Jacques Petit; introduction, notices et notes de Michel Raclot.Gallimard, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, 1998, 1600 p., 430 F.L&#8217;Album Green accompagne ce tome 8.Iconographie choisie et comment\u00e9e par Jean-Eric Green et l\u00e9gend\u00e9e par Julien Green.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> De retour de Chine, Suzanne Bernard nous offre un recueil de nouvelles litt\u00e9raires intitul\u00e9 Mademoiselle Su (Ed. Bartillat). Une particularit\u00e9 \u00e0 ne pas ignorer: tout, absolument tout ce qui constitue la mati\u00e8re de ces fictions est &#8221; vrai &#8220;, v\u00e9cu. 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