{"id":1091,"date":"1998-10-01T00:00:00","date_gmt":"1998-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/julien-green1091\/"},"modified":"1998-10-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-09-30T22:00:00","slug":"julien-green1091","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1091","title":{"rendered":"Julien Green"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Il couvre l&#8217;histoire du XXe si\u00e8cle. Il na\u00eet en 1900. Il vient de s&#8217;\u00e9teindre. Le 13 ao\u00fbt. Son journal, commenc\u00e9 en 1921, est unique dans l&#8217;histoire de la litt\u00e9rature. <\/p>\n<p>P lus de quinze volumes, au bas mot ! Pour corser le tout, il entre de son vivant dans la Pl\u00e9iade, en pas moins de huit tomes (1). Enfin, il aura vu la sortie r\u00e9cente de son album, dans la Pl\u00e9iade, \u00e9crit par son fils adoptif et dont lui-m\u00eame r\u00e9digea les l\u00e9gendes photographiques. Ainsi, peut-\u00eatre, n&#8217;aura-t-il jamais cess\u00e9 de tirer sa r\u00e9v\u00e9rence&#8230; Fou de Shakespeare, Julien Green, jeune homme &#8221; sombrement ang\u00e9lique l (Mauriac) aura v\u00e9cu, \u00e0 la premi\u00e8re personne, un d\u00e9doublement de taille. Existentiel d&#8217;abord.&#8221; J&#8217;\u00e9tais heureux et malheureux&#8230; Toujours ce duel.&#8221; D\u00e9doublement de la langue, aussi, puisque, n\u00e9 \u00e0 Paris, il est am\u00e9ricain de souche anglaise. C&#8217;est l&#8217;anglais qu&#8217;on parle \u00e0 la maison. L&#8217;Am\u00e9rique, la Virginie, celle d&#8217;un grand-p\u00e8re pirate, l&#8217;enchante. Nostalgie pr\u00e9coce qui ne le quittera pas. Sa premi\u00e8re nouvelle, &#8221; The Apprentice Psychiatrist &#8221; (1920), c&#8217;est en anglais qu&#8217;il l&#8217;\u00e9crit.&#8221; J&#8217;\u00e9tais un \u00e9crivain anglais &#8220;, dit-il. D\u00e9doublement amoureux, aussi. Homosexuel hant\u00e9 par l&#8217;amour platonique, Green fut un tourment\u00e9, proche du Simon de Mo\u00efra. D\u00e9doublement spirituel, enfin, avec sa conversion au catholicisme \u00e0 quinze ans, une vocation \u00e0 la pr\u00eatrise vite raval\u00e9e, le doute et maintes crises int\u00e9rieures vers la cinquantaine. C&#8217;est que la r\u00e9alit\u00e9 ne lui suffit pas. Il voyage \u00e9norm\u00e9ment, pas seulement en qu\u00eate d&#8217;amours, mais aussi m\u00fb par l&#8217;impulsion. On l&#8217;a dit cach\u00e9 dans sa tour d&#8217;ivoire. C&#8217;est qu&#8217;il n&#8217;est pas mondain, d\u00e9teste colloques et jurys, fuit le jeu de la soci\u00e9t\u00e9. Mais il a \u00e9t\u00e9, \u00e0 seize ans et demi, sur le front, en Argonne. En 1942, sous l&#8217;uniforme am\u00e9ricain, il combattra les nazis.&#8221; O\u00f9 est la tour abstraite ? &#8221; dit-il.<\/p>\n<p> <strong> Entre le bien et le mal, d\u00e9doublement et d\u00e9chirure  <\/strong><\/p>\n<p>D\u00e8s les premiers romans, Mont-Cin\u00e8re (1926) et Adrienne Mesurat (1927), son style est \u00e9tabli: cours du r\u00e9cit \u00e9gal dans son flux, \u00e9criture d\u00e9nu\u00e9e de rythme ostensible, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment impassible. Green reste un classique, se conforme \u00e0 la tradition fran\u00e7aise du roman bien fait, ce qui ne l&#8217;emp\u00eache pas de vouer une passion \u00e0 Joyce. Ne lui doit-on pas un article, fort remarqu\u00e9, sur Ulysse ? Le go\u00fbt tr\u00e8s s\u00fbr du myst\u00e8re et de l&#8217;angoisse est en lui constant. Il y a toujours, en bout d&#8217;ouvrage, une action qui se pr\u00e9cipite. Le drame r\u00f4de \u00e0 l&#8217;instar du Malin. Brusquement il \u00e9clate. Son ami Max Jacob lui \u00e9crit: &#8221; Vous \u00eates le po\u00e8te de la peur, ce premier sentiment de l&#8217;animal humain.&#8221; Avec Minuit (1936), l&#8217;obsession de la mort guide le r\u00e9cit. Sa m\u00e8re mourut quand il n&#8217;avait que quatorze ans et ce fut un grand coup silencieux. Ses personnages, qu&#8217;ils soient faibles ou volontaires jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;id\u00e9e fixe, sont tous obscur\u00e9ment pouss\u00e9s par des forces irrationnelles. L\u00e9viathan (1929) et Mo\u00efra (1950) disent bien les col\u00e8res sourdes, les impulsions refoul\u00e9es. L&#8217;angoisse devant le destin (en grec, les Moires) est omnipr\u00e9sente. L&#8217;\u00e9ternelle lutte du bien et du mal aussi. Un homme complex\u00e9 et une femme coupable surgissent \u00e0 chaque page.<\/p>\n<p> <strong> &#8221; Il se d\u00e9barrasse de ses rides sur ses personnages &#8221; <\/strong><\/p>\n<p>Une mani\u00e8re de schizophr\u00e9nie est perceptible d\u00e8s le Voyageur de la terre (1924) et s&#8217;approfondit dans Si j&#8217;\u00e9tais vous (1947), puisqu&#8217;un homme se voit doter du pouvoir de passer d&#8217;un \u00eatre dans un autre. M\u00e9lanie Klein n&#8217;y sera pas indiff\u00e9rente, laquelle analysa l&#8217;oeuvre dans De l&#8217;identification. Green fascine les analystes, mais il ratera la rencontre avec Freud en 1938. Des rendez-vous manqu\u00e9s, il en connut, d\u00fbment excus\u00e9s par une courtoise timidit\u00e9 de fa\u00e7ade&#8230; A c\u00f4t\u00e9 du Journal &#8211; visionnaire &#8211; o\u00f9 il tient le registre lancinant de sa conscience, il s&#8217;adonne \u00e0 l&#8217;autobiographie: Partir avant le jour (1963), Mille Chemins ouverts (1964), Terre lointaine (1966), tous ouvrages dans lesquels il adopte le ton direct des cas freudiens. Julien Green est un sudiste profond, le restera jusqu&#8217;au dernier souffle. Son \u00e9lection \u00e0 l&#8217;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise ne changea pas la donne. Ce jeune homme toujours vert, dont Morand disait: &#8221; Il se d\u00e9barrasse de ses rides sur ses personnages, Dorian Gray d&#8217;un nouveau style &#8220;, aura connu tous les privil\u00e8ges et les d\u00e9boires du grand \u00e2ge. S&#8217;il conserva la pleine facult\u00e9 de ses moyens, nombre de ses amis le devanc\u00e8rent dans la tombe.&#8221; Une vraie rafale &#8220;, soupirait-il. Du groupe, il fut le dernier. Julien Green \u00e9tait tout sauf un automate, lequel pour lui n&#8217;est, par excellence, que &#8221; l&#8217;homme sans Dieu &#8220;.n M. S.<\/p>\n<p>1. Julien Green, oeuvres compl\u00e8tes, tome 8.Editions Jacques Petit; introduction, notices et notes de Michel Raclot.Gallimard, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, 1998, 1600 p., 430 F.L&#8217;Album Green accompagne ce tome 8.Iconographie choisie et comment\u00e9e par Jean-Eric Green et l\u00e9gend\u00e9e par Julien Green.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Il couvre l&#8217;histoire du XXe si\u00e8cle. Il na\u00eet en 1900. Il vient de s&#8217;\u00e9teindre. Le 13 ao\u00fbt. 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