{"id":1089,"date":"1998-10-01T00:00:00","date_gmt":"1998-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/collage1089\/"},"modified":"1998-10-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-09-30T22:00:00","slug":"collage1089","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1089","title":{"rendered":"Collage"},"content":{"rendered":"<p>Parmi les hebdomadaires de la rentr\u00e9e propres \u00e0 rappeler que le monde ne se r\u00e9duit pas \u00e0 l&#8217;horizon bas qu&#8217;on d\u00e9couvre, \u00e0 plat ventre sur le sable d&#8217;une plage, on aurait pu, presque au hasard, prendre le Nouvel Observateur du 27 ao\u00fbt. Il \u00e9voquait, dans l&#8217;ordre &#8221; cette grande peur qui vient de l&#8217;est &#8221; avec les catastrophes financi\u00e8res en cascade du Japon \u00e0 la Russie, la sottise (le mot n&#8217;est pas \u00e9crit, mais la chose bien d\u00e9crite) du bombardement am\u00e9ricain d&#8217;une usine de produits pharmaceutiques au Soudan et les &#8221; Dix commandements du nouveau capitalisme &#8220;. Ce dernier article commen\u00e7ait ainsi: &#8221; Trois mille milliards de dollars, soit dix huit mille milliards de francs. Plus de dix fois le budget de la France ! C&#8217;est le poids estim\u00e9 de l&#8217;\u00e9pargne am\u00e9ricaine plac\u00e9e en Bourse pour pr\u00e9parer les retraites des enfants de l&#8217;Oncle Sam.&#8221; Il y \u00e9tait d\u00e9montr\u00e9 que, faute, aux USA, d&#8217;un syst\u00e8me de retraite par r\u00e9partition (la r\u00e8gle en France o\u00f9 les g\u00e9n\u00e9rations actives payent pour celles qui l&#8217;ont \u00e9t\u00e9 et ont pr\u00e9par\u00e9 le monde dans lequel elles vivent) les retrait\u00e9s am\u00e9ricains jouent en Bourse pour se payer une vie qu&#8217;ils souhaitent tout naturellement aussi dor\u00e9e que possible. L\u00e9gitime souci. Mais, l&#8217;altruisme n&#8217;augmentant pas forc\u00e9ment avec le nombre des ann\u00e9es, la question de savoir d&#8217;o\u00f9 vient l&#8217;argent ne saurait les emp\u00eacher d&#8217;en jouir. Aussi confient-ils leurs \u00e9conomies \u00e0 des sp\u00e9cialistes de placements \u00e0 haut rendement, les gestionnaires des &#8221; fonds de pension &#8220;, avis\u00e9s analystes financiers qui n&#8217;attendent pas des entreprises dont leurs mandants deviennent actionnaires qu&#8217;elles investissent pour innover dans la production, moins encore qu&#8217;elles se pr\u00e9occupent de la place et du r\u00f4le de leurs ouvriers dans cette production, mais qu&#8217;elles fassent de l&#8217;argent. Des sous. Pour eux d&#8217;abord et exclusivement. Dussent-elles pour cela proc\u00e9der \u00e0 des licenciements massifs, des fusions meurtri\u00e8res pour l&#8217;emploi. Ce dont elles ne se privent pas, talonn\u00e9es qu&#8217;elles sont par ces vieux voraces. Une semaine plus tard, le 2 septembre, Martine Bulard, qui n&#8217;est pas du Nouvel Observateur mais de l&#8217;Humanit\u00e9 Hebdo pouvait titrer son \u00e9ditorial: &#8221; L&#8217;\u00e9t\u00e9 meurtrier du capitalisme &#8220;.et dire qu&#8217;il serait urgent que, pas seulement en France mais en Europe et dans le monde, on essaie de trouver autre chose. En effet.<\/p>\n<p>En 1869, le second Empire commen\u00e7ait \u00e0 sentir les fins de r\u00e8gne, et Louis-Napol\u00e9on Bonaparte, dix-sept ans apr\u00e8s sa prise de pouvoir et la f\u00e9roce chasse aux r\u00e9publicains qui l&#8217;avait suivie, \u00e9tait contraint de l\u00e2cher quelque peu la bride \u00e0 une presse jusqu&#8217;alors tenue en mains. Michelet, que le &#8220;prince pr\u00e9sident&#8221; \u00e0 peine proclam\u00e9 empereur avait destitu\u00e9 du Coll\u00e8ge de France en 1852, sentait enfin venir d&#8217;autres temps. Il \u00e9voquait, dans le journal le Rappel de Provence, de Toulon, le 18 ao\u00fbt 1869, ses souvenirs des &#8221; Trois Glorieuses &#8221; de f\u00e9vrier 1848, printemps de la jeunesse et des illusions enfuies et parlait ainsi des ann\u00e9es qui s&#8217;annon\u00e7aient en 1869: &#8221; Une jeune France arrive, beaucoup moins romanesque que celle de f\u00e9vrier, de grand bon sens pratique, qui saura distinguer les questions, les bien \u00e9chelonner, telles qui ont droit d&#8217;arriver le jour m\u00eame, telle qui peut attendre demain. Cette France comprend mieux ainsi qu&#8217;on ne peut pas organiser un peuple comme dans l&#8217;\u00eele de Robinson, que tous les int\u00e9r\u00eats, toutes les industries de l&#8217;Europe sont enchev\u00eatr\u00e9s ensemble. Tous aujourd&#8217;hui devront avoir \u00e9gard \u00e0 tous.&#8221; Cet article, Paul Viallaneix le cite dans la biographie qu&#8217;il vient de publier (Gallimard, Biblioth\u00e8que des histoires): Michelet, les travaux et les jours. Le sous-titre pourrait para\u00eetre un peu p\u00e9dant. Il \u00e9claire pourtant bien le projet: dire l&#8217;unit\u00e9 de cette vie riche, faire le lien entre l&#8217;oeuvre \u00e9crite, immense, vou\u00e9e au peuple et \u00e0 son \u00e9ducation, et ce Journal qu&#8217;il tint toute sa vie et par lequel il entendait aller beaucoup plus loin que Rousseau dans l&#8217;intime. Double exploration qui n&#8217;allait pas sans d\u00e9mesure, aux abords de l&#8217;obsession, du &#8221; moi &#8221; examin\u00e9 jusque dans le comportement sexuel quotidien et du monde tel qu&#8217;il va et tel qu&#8217;on veut le conna\u00eetre pour le changer. La grandeur de Michelet, son style m\u00eame, c&#8217;est justement cette qu\u00eate n\u00e9vrotique de la &#8221; v\u00e9rit\u00e9 du corps &#8221; jusque dans le fonctionnement des entrailles, qui le fait compatir aux souffrances pass\u00e9es, dans l&#8217;histoire, comme \u00e0 celles de ses proches dont il scrute les maladies.&#8221; Mon coeur, \u00e9crit-il dans la pr\u00e9face aux Guerres de religion, en 1856, avait \u00e9t\u00e9 saisi par la grandeur de la r\u00e9volution religieuse, attendri des martyrs, que j&#8217;ai d\u00fb prendre \u00e0 leur touchant berceau, suivre dans leurs actes h\u00e9ro\u00efques, conduire, assister au b\u00fbcher.&#8221; Ceux-l\u00e0 m\u00eames qui, ayant pas mal pratiqu\u00e9 Michelet et lu son Journal croyaient \u00e0 peu pr\u00e8s tout savoir sur lui, tireront le plus grand profit de cette biographie o\u00f9 l&#8217;historien qu&#8217;est Viallaneix sait croiser les fils d&#8217;une histoire personnelle et ceux de la marche du temps. Quant aux autres, sans doute liront-ils ces &#8221; travaux et ces jours &#8221; comme le grand roman du dix neuvi\u00e8me si\u00e8cle, si\u00e8cle de soul\u00e8vements populaires toujours \u00e9cras\u00e9s et toujours renaissants; le roman aussi d&#8217;un homme hors du commun qui, un jour de d\u00e9couragement, notait en 1842 dans son journal: &#8221; Ce que j&#8217;\u00e9tais, je le suis encore; ma force n&#8217;est-elle pas toujours la m\u00eame ? Que mon prochain livre soit donc, comme le fut l&#8217;Introduction \u00e0 l&#8217;histoire universelle, un jet d&#8217;airain ! Que je redevienne l&#8217;homme d&#8217;airain que je fus ! &#8221; Quelques mois apr\u00e8s, il partait en guerre, au Coll\u00e8ge de France, contre les j\u00e9suites, en 1844 il publiait le tome VI (Louis XI) de l&#8217;Histoire de France, et trois ans plus tard le tome I de sa monumentale Histoire de la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>Les poup\u00e9es Kachina sont ces statuettes de bois d&#8217;une vingtaine de centim\u00e8tres que les Indiens Hopi et Zuni sculptaient, \u00e0 l&#8217;image des danseurs masqu\u00e9s qui, lors des c\u00e9r\u00e9monies rituelles, repr\u00e9sentaient les divinit\u00e9s ancestrales remontant des entrailles de la terre pour aider les humains vivant \u00e0 sa surface. Comme les divinit\u00e9s composant ce Panth\u00e9on \u00e9taient tr\u00e8s nombreuses (de quatre cents \u00e0 six cents, suivant les recensements) et que les c\u00e9r\u00e9monies \u00e9taient espac\u00e9es, les hommes repr\u00e9sentaient \u00e0 l&#8217;usage des enfants sages et des femmes qui ne pouvaient assister \u00e0 la pr\u00e9paration des danses, ces statuettes qui les familiarisaient avec ces figures tut\u00e9laires. Quelques dizaines de ces statuettes sont expos\u00e9es au Pavillon des Arts \u00e0 Paris, comme, il y a quatre ans d&#8217;autres avaient \u00e9t\u00e9 expos\u00e9es \u00e0 la Vieille Charit\u00e9 \u00e0 Marseille. C&#8217;est une exposition \u00e0 la fois tr\u00e8s belle et un peu triste. Tr\u00e8s belle parce que les pi\u00e8ces montr\u00e9es ont tout le charme d&#8217;oeuvres tr\u00e8s individualis\u00e9es \u00e0 partir de r\u00e8gles strictement cod\u00e9es, mais aussi parce qu&#8217;elles viennent pour la plupart des collections que rassembl\u00e8rent, \u00e0 partir des ann\u00e9es quarante, des gens comme Andr\u00e9 Breton, Marcel Duchamp, Max Ernst, Andr\u00e9 Malraux, et qu&#8217;elles ont, pour ce qu&#8217;elles apport\u00e8rent \u00e0 leur inspiration, acquis comme une surcharge de sens. Mais un peu triste parce que cette exposition n&#8217;aurait pas d\u00fb s&#8217;appeler, comme cela fut fait &#8221; La danse des Kachina &#8220;. Car ils ne dansent pas, ces petits \u00eatres adorables ou inqui\u00e9tants qui portent des noms comme &#8221; Petit Dieu du Feu &#8221; ou &#8221; Jeune Fille Mouche qui tue &#8220;, ils ne sont m\u00eame pas accroch\u00e9s aux murs pour l&#8217;\u00e9ducation des enfants de la maison. Ils sont sous vitrines, class\u00e9s, \u00e9tiquet\u00e9s et c&#8217;est vrai que c&#8217;est ce qui arrive toujours aux objets cultuels devenus pi\u00e8ces de mus\u00e9es, mais ici, c&#8217;est cette histoire de danse reste en travers de la gorge. Il n&#8217;emp\u00eache: ces Kachina m\u00e9ritent une visite &#8211; et avec les enfants &#8211; car on aura plaisir \u00e0 reconna\u00eetre l&#8217;inventivit\u00e9 qui donna vie \u00e0 ces racines de peupliers. Et puis, ils parlent d&#8217;un temps o\u00f9, chez les &#8221; Premiers Am\u00e9ricains &#8220;, les vieux fa\u00e7onnaient de leurs mains des figurines destin\u00e9es \u00e0 un sens \u00e0 la vie de ceux qui les suivraient, enfants et petits enfants. Il est vrai qu&#8217;ils ne disposaient pas de fonds de pension..<\/p>\n<p>* Critique de cin\u00e9ma.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parmi les hebdomadaires de la rentr\u00e9e propres \u00e0 rappeler que le monde ne se r\u00e9duit pas \u00e0 l&#8217;horizon bas qu&#8217;on d\u00e9couvre, \u00e0 plat ventre sur le sable d&#8217;une plage, on aurait pu, presque au hasard, prendre le Nouvel Observateur du 27 ao\u00fbt. 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