{"id":1084,"date":"1998-10-01T00:00:00","date_gmt":"1998-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/zoos1084\/"},"modified":"1998-10-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-09-30T22:00:00","slug":"zoos1084","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1084","title":{"rendered":"Zoos"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Si, en 1978, a \u00e9t\u00e9 proclam\u00e9e, \u00e0 l&#8217;Unesco, la D\u00e9claration universelle des droits de l&#8217;animal, accepter l&#8217;id\u00e9e que les animaux n&#8217;existent pas seulement pour leur bon plaisir a demand\u00e9 quelques si\u00e8cles aux hommes. Pour tomber dans l&#8217;exc\u00e8s inverse ? <\/p>\n<p> **<\/p>\n<p> <strong> B\u00eatise :** n.f., d\u00e9riv\u00e9 de &#8221; b\u00eate &#8220;, d\u00e9faut d&#8217;intelligence et de jugement. B\u00eate: n.f., tout animal except\u00e9 l&#8217;homme ou, dans le langage scientifique, animal qui est plac\u00e9, dans la s\u00e9rie, au-dessous du genre humain. <\/strong><\/p>\n<p>On sait que certains Indiens portent des clochettes \u00e0 la cheville pour avertir les petites b\u00eates obscures qui vivent au niveau du sol, et \u00e9viter ainsi de les \u00e9craser. En Europe, on n&#8217;a pas tout \u00e0 fait ce genre de d\u00e9licatesse. Comme dit le Littr\u00e9, sans exc\u00e8s de sentimentalit\u00e9, la b\u00eate est &#8221; au-dessous du genre humain &#8220;. Et si, aujourd&#8217;hui, la gent animale a de nombreux d\u00e9fenseurs, si la pr\u00e9servation de la faune est une cause c\u00e9l\u00e8bre, si, en 1978, a \u00e9t\u00e9 proclam\u00e9e, \u00e0 l&#8217;Unesco, la D\u00e9claration universelle des droits de l&#8217;animal, il aura fallu des si\u00e8cles pour qu&#8217;on commence \u00e0 soup\u00e7onner que ledit animal n&#8217;\u00e9tait pas sur Terre uniquement pour notre bon plaisir. Des si\u00e8cles d&#8217;indiff\u00e9rence, d&#8217;incompr\u00e9hension, d&#8217;exploitation. Qui t\u00e9moignent, de fa\u00e7on fascinante, du rapport que l&#8217;homme &#8221; occidental &#8221; a entretenu avec ce qui \u00e9tait diff\u00e9rent de lui: autre.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, il y a les animaux domestiques: le meilleur ami de l&#8217;homme, la plus noble conqu\u00eate de&#8230;, toutes ces pr\u00e9sences famili\u00e8res, qui n&#8217;ont de sens que par leur utilit\u00e9 ou leur usage, et sur lesquelles il serait d\u00e9plac\u00e9 de s&#8217;interroger: ce qui n&#8217;emp\u00eache pas les sentiments, \u00e0 l&#8217;occasion. Mais, enfin, il est pr\u00e9cis\u00e9 dans la Bible que l&#8217;Homme doit r\u00e9gner sur les animaux, les animaux sont d\u00e9finitivement une forme de vie inf\u00e9rieure et sans \u00e2me, l&#8217;affaire est entendue. Mais surgissent, \u00e0 l&#8217;aube du XVIe si\u00e8cle des animaux bien plus troublants: les GrandsVoyages ont commenc\u00e9, la Terre s&#8217;est agrandie, le monde s&#8217;est compliqu\u00e9. Les voyageurs rapportent de leurs exp\u00e9ditions des b\u00eates qu&#8217;on va qualifier d&#8217;un terme tout neuf: exotiques. Des lions, des jaguars, des \u00e9l\u00e9phants&#8230; Des b\u00eates &#8221; sauvages &#8221; qui repr\u00e9sentent bien plus vigoureusement que les animaux domestiques la &#8221; Nature &#8221; dont ils sont les rejetons. Une &#8221; Nature &#8221; brute, violente, indisciplin\u00e9e, sans trace de notre divine humanit\u00e9, une &#8221; Nature &#8221; dangereuse, toute d&#8217;instincts, d\u00e9pourvue d&#8217;esprit. La b\u00eate sauvage est la quintessence de l&#8217;animal: aux antipodes de l&#8217;homme. Que peut-on en faire ? Diff\u00e9rentes r\u00e9ponses vont \u00eatre donn\u00e9es, au fil des si\u00e8cles, et ces r\u00e9ponses vont traduire l&#8217;\u00e9volution de notre rapport \u00e0 &#8221; l&#8217;autre &#8220;: c&#8217;est dire que le traitement de l&#8217;animal sauvage raconte toujours l&#8217;esprit du temps, ce mixte de sensibilit\u00e9, d&#8217;imaginaire, de pr\u00e9jug\u00e9s, d&#8217;aspirations diffuses, o\u00f9 se d\u00e9clinent l&#8217;id\u00e9ologie dominante et ses contradictions.<\/p>\n<p>Eric Baratay et Elisabeth Hardouin-Fugier retracent le cheminement de cette relation, jusqu&#8217;aux grandes interrogations d&#8217;aujourd&#8217;hui. Au d\u00e9part, donc, la d\u00e9couverte de terres nouvelles, et de leurs surprenants tr\u00e9sors. Les b\u00eates, surtout les &#8221; f\u00e9roces &#8220;, sont r\u00e9serv\u00e9es aux rois et aux princes, elles sont rares, co\u00fbteuses, elles sont un luxe inou\u00ef, qui ne peut convenir qu&#8217;\u00e0 la plus haute aristocratie. On les utilise essentiellement pour se divertir, en organisant des combats, et pour afficher \u00e0 la fois une parent\u00e9, et une supr\u00e9matie: la puissance du lion renvoie \u00e0 la puissance du seigneur, mais le seigneur sait ma\u00eetriser sa puissance comme il sait dominer le lion prisonnier: la &#8221; Culture &#8221; l&#8217;emporte sur la &#8221; Nature &#8220;, la civilisation sur la sauvagerie. On collectionne les b\u00eates comme des oeuvres d&#8217;art, sans le moindre souci scientifique, on les r\u00e9partit aussi bien dans les ch\u00e2teaux que dans les parcs, et si peu \u00e0 peu va se faire jour le d\u00e9sir de mieux comprendre la &#8221; Nature &#8220;, il va choisir de s&#8217;exercer bien davantage en botanique qu&#8217;en zoologie. On cr\u00e9e les premiers &#8221; jardins botaniques &#8220;, on acclimate la tulipe, les &#8221; cabinets de curiosit\u00e9s &#8221; accumulent les coquillages, min\u00e9raux, herbes s\u00e9ch\u00e9es, les premi\u00e8res chaires de botanique sont fond\u00e9es en Italie. C\u00f4t\u00e9 animaux, on se contente, ou \u00e0 peu pr\u00e8s, d&#8217;acclimater dindons et faisans, qui remplacent le cygne et le h\u00e9ron sur les tables princi\u00e8res.<\/p>\n<p>Mais, avec la r\u00e9volution scientifique du XVIIe si\u00e8cle, son refus de se contenter de &#8221; l&#8217;autorit\u00e9 &#8221; des vieux sages, et sa volont\u00e9 d&#8217;observer le monde pour le comprendre, le regard sur les animaux va changer. Ils sont d\u00e9sormais dans des &#8221; m\u00e9nageries &#8220;, mais \u00e9videmment, lesdites m\u00e9nageries restent l&#8217;apanage de rares aristocrates. Louis XIV en a cr\u00e9\u00e9 une, \u00e0 Versailles, qui participe \u00e0 sa grande mise en sc\u00e8ne de la Nature, elle est ouverte au public, et fait \u00e9cole dans de nombreux ch\u00e2teaux d&#8217;Europe. Mais la science d&#8217;alors pense que le vivant est une machine, il faut donc d\u00e9monter le vivant pour le comprendre. Du coup, c&#8217;est l&#8217;anatomie qui progresse, l&#8217;animal n&#8217;est qu&#8217;un \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9cor. D&#8217;ailleurs, les peintres animaliers pr\u00e9f\u00e8rent travailler d&#8217;apr\u00e8s les dessins de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs, plut\u00f4t qu&#8217;aller regarder les b\u00eates \u00e0 la m\u00e9nagerie. L&#8217;animal ne doit \u00eatre qu&#8217;une image, un artifice: un sujet &#8211; de dissection, d&#8217;illustration.<\/p>\n<p>Les savants d\u00e9coupent et classent avec entrain, et les badauds se contentent d&#8217;admirer l&#8217;extraordinaire; dans les foires, ou pr\u00e8s des montreurs ambulants, ils d\u00e9couvrent les grands singes, aux c\u00f4t\u00e9s des Indiens: ils se frottent aux &#8221; Sauvages &#8220;. Qu&#8217;on cherche, d&#8217;un seul mouvement, \u00e0 acclimater. La &#8221; Nature &#8221; peut \u00eatre bonne, si on sait s&#8217;y prendre. Pourtant, \u00e7a ne marche pas comme on aurait pu l&#8217;esp\u00e9rer, par exemple c\u00f4t\u00e9 chameaux &#8211; on les voyait d\u00e9j\u00e0 faire le travail des chevaux. Las ! Quant aux Indiens&#8230;le mieux, c&#8217;est d&#8217;en faire des h\u00e9ros&#8230;de contes.<\/p>\n<p>La R\u00e9volution fran\u00e7aise va, l\u00e0 comme ailleurs, \u00eatre d\u00e9terminante. Sous l&#8217;\u00e9gide des naturalistes du Jardin des Plantes, elle va supprimer la m\u00e9nagerie de Versailles, et cr\u00e9er un nouvel \u00e9tablissement plac\u00e9 au service de la Nation: le Mus\u00e9um national d&#8217;Histoire naturelle, o\u00f9 la Nature sera un havre de paix, \u00e0 l&#8217;oppos\u00e9 de la ville &#8221; corruptrice &#8220;. On se demande pendant un moment s&#8217;il est juste de garder prisonniers les animaux: c&#8217;est l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 l&#8217;on veut lib\u00e9rer tous les ali\u00e9n\u00e9s, tout comme on s&#8217;est affranchi de l&#8217;ali\u00e9nation, de l&#8217;absolutisme. On abandonnera l&#8217;id\u00e9e, pour lui substituer la volont\u00e9 de contribuer, par la connaissance, au progr\u00e8s de l&#8217;humanit\u00e9. C&#8217;est maintenant la bourgeoisie qui va s&#8217;int\u00e9resser de pr\u00e8s \u00e0 l&#8217;exotisme: les grands empires coloniaux se constituent, et l&#8217;animal, une nouvelle fois aux c\u00f4t\u00e9s de &#8221; l&#8217;indig\u00e8ne &#8220;, va \u00eatre le symbole de l&#8217;ampleur et de la diversit\u00e9 des colonies. Comme l&#8217;indig\u00e8ne, il va devoir \u00eatre rentable. On le chasse, on l&#8217;acclimate (enfin, on essaie mais le Jardin d&#8217;Acclimatation, ouvert \u00e0 la moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, n&#8217;est pas un franc succ\u00e8s, le kangourou est r\u00e9tif et l&#8217;antilope capricieuse), on le montre pour l&#8217;instruction du populaire; le jardin zoologique, payant, remplace la m\u00e9nagerie. L&#8217;animal lui-m\u00eame importe peu. On ne se soucie gu\u00e8re de savoir s&#8217;il est bien install\u00e9. Les cages sont petites, nombreuses, et tant pis si l&#8217;animal n&#8217;en aime pas la forme circulaire, qui le fait se sentir pris au pi\u00e8ge; tant pis si le sol en pierre, pratique \u00e0 nettoyer, l&#8217;emp\u00eache de creuser, ou de se rouler dans la poussi\u00e8re. Il reste aussi \u00e9tranger que l&#8217;indig\u00e8ne, mais il rapporte. Quand soudain appara\u00eet un zoo, en Allemagne, o\u00f9 les cages sont remplac\u00e9es par des foss\u00e9s et o\u00f9 est recr\u00e9\u00e9 un semblant d&#8217;environnement naturel, c&#8217;est un choc merveilleux: les zoos, promus &#8221; poumons verts &#8220;, vont permettre de r\u00e9aliser d&#8217;excellentes op\u00e9rations immobili\u00e8res, en valorisant les quartiers adjacents. Jusqu&#8217;aux ann\u00e9es 30 de notre si\u00e8cle, marqu\u00e9es dans ce domaine par l&#8217;Exposition coloniale, riche de ses &#8221; spectacles ethnologiques &#8221; et de ses animaux \u00e9tonnants, contre laquelle Aragon notamment s&#8217;\u00e9l\u00e8vera, et par l&#8217;inauguration de Vincennes, l&#8217;animal est affectueusement m\u00e9pris\u00e9, c\u00e2linement maltrait\u00e9, et royalement m\u00e9connu. Qu&#8217;il souffre pour notre satisfaction, mais qu&#8217;on ne le sache pas. Et qu&#8217;il nous soit donc reconnaissant de tout ce qu&#8217;on fait pour lui.<\/p>\n<p>Il faudra attendre la d\u00e9colonisation et le d\u00e9but des ann\u00e9es 60 pour qu&#8217;apparaisse vraiment l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;un animal ne peut s&#8217;\u00e9tudier que dans son milieu, et qu&#8217;un simulacre de Nature ne peut qu&#8217;\u00eatre pathog\u00e8ne. Les safaris et r\u00e9serves prennent le relais des zoos traditionnels, la Nature devient alors ce qui nous fait d\u00e9faut, et l&#8217;animal, l&#8217;ami avec qui refonder l&#8217;Arche de No\u00e9. Prolif\u00e8rent les dessins anim\u00e9s et les peluches \u00e0 la gloire de nos copains \u00e0 quatre pattes, nettement anthropomorphis\u00e9s. L&#8217;animal incarne d\u00e9sormais ce qu&#8217;il faut sauver, contre les m\u00e9faits du progr\u00e8s, ou de l&#8217;humaine cupidit\u00e9. Ce qui n&#8217;emp\u00eache pas la rentabilit\u00e9: on compte vingt millions de visiteurs dans les jardins zoologiques fran\u00e7ais par an ! L&#8217;animal \u00e9voque pour nous un Eden perdu par notre faute: cette nostalgie-l\u00e0, pour fantasmatique qu&#8217;elle soit, permettra sans doute qu&#8217;enfin s&#8217;\u00e9panouisse vraiment l&#8217;\u00e9thologie, o\u00f9 la science se fait po\u00e9sie: et que l&#8217;Autre r\u00e9v\u00e8le la magnificence de son alt\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p> <strong> Eric Baratay, Elisabeth Hardouin-Fugier,Zoos, histoire des jardins zoologiques en Occident (XVIe-XXe si\u00e8cles), Ed.la D\u00e9couverte, 295 p. En librairie \u00e0 partir du 23 octobre. <\/strong><\/p>\n<p>* Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la F\u00e9d\u00e9ration CGT de l&#8217;Energie.<\/p>\n<p>1. 80% de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 viennent du nucl\u00e9aire, 4% des centrales charbon et fioul, 16% de l&#8217;hydraulique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Si, en 1978, a \u00e9t\u00e9 proclam\u00e9e, \u00e0 l&#8217;Unesco, la D\u00e9claration universelle des droits de l&#8217;animal, accepter l&#8217;id\u00e9e que les animaux n&#8217;existent pas seulement pour leur bon plaisir a demand\u00e9 quelques si\u00e8cles aux hommes. 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