{"id":1079,"date":"1998-09-01T00:00:00","date_gmt":"1998-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/nouvelle-caledonie1079\/"},"modified":"1998-09-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-08-31T22:00:00","slug":"nouvelle-caledonie1079","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1079","title":{"rendered":"Nouvelle Cal\u00e9donie"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>Quand les Kanaks mettent le pied dans l&#8217;\u00e9conomie, A lire<strong> L&#8217;accord de Noum\u00e9a, officiellement sign\u00e9 dans la capitale de Nouvelle Cal\u00e9donie le 5 mai 1998 en pr\u00e9sence du premier ministre, Lionel Jospin, et ratifi\u00e9 le 6 juillet dernier par les deux Assembl\u00e9es en congr\u00e8s \u00e0 Versailles, est un formidable pari. <\/strong><\/p>\n<p>Les pieds nus plant\u00e9s dans la terre rouge du chemin, deux livres \u00e0 la main, il porte un short et un gilet blancs. Malouma Alain Mweaou, (le cadet), qui nous regarde droit dans les yeux, a 21 ans. Il s&#8217;est arr\u00eat\u00e9 dans sa mont\u00e9e vers le squat o\u00f9 il habite avec toute sa famille. Un nuage de moustiques nous environne. Alain Mweaou revient de l&#8217;Universit\u00e9 de Noum\u00e9a, apr\u00e8s un long d\u00e9tour pour contourner le terrain militaire qui le s\u00e9pare de sa baraque de planches et de t\u00f4les. Il \u00e9tudie le droit pour devenir avocat: &#8221; Notre travail c&#8217;est d&#8217;apprendre, de devenir des cadres. Les non ind\u00e9pendantistes raisonnent toujours en termes de majorit\u00e9&#8230; mais, vous savez, un Kanak a l&#8217;impression de subir l&#8217;injustice tout au long de sa vie. Il vit dans son pays sans b\u00e9n\u00e9ficier des structures existantes &#8220;. Ses mots r\u00e9sonnent en \u00e9cho \u00e0 ceux de Fran\u00e7oise Machoro (soeur d&#8217;Eloi Machoro, assassin\u00e9 en 1985 mais dont le mythe est vivant, son portrait est peint et repeint sans cesse sur les abribus au bord des routes), chez elle, \u00e0 Thio: &#8221; Nos jeunes sont impatients dans une soci\u00e9t\u00e9 de consommation \u00e0 laquelle ils n&#8217;ont pas acc\u00e8s. Ils se sentent \u00e0 part, ils vivent avec \u00e7a. &#8221; Jean-Raymond Postic, Caldoche de la 5e g\u00e9n\u00e9ration (descendant des colons) et enseignant, tout comme Billy Wapotro, directeur de l&#8217;alliance scolaire de l&#8217;\u00e9glise \u00e9vang\u00e9lique, lisent dans l&#8217;ampleur nouvelle prise par la violence \u00e0 l&#8217;\u00e9cole &#8221; un signal d&#8217;alerte, une revendication sociale sourde &#8220;. Les changements attendus par les plus jeunes des Kanaks ne devraient pas se faire trop attendre. Cette volont\u00e9 de justice, celle de compter pour un dans un pays o\u00f9 un Kanak n&#8217;a jamais valu un Blanc, nous l&#8217;avons rencontr\u00e9e tout au long de notre s\u00e9jour. Le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&#8217;Union syndicale des ouvriers et exploit\u00e9s de Nouvelle Cal\u00e9donie (Usoenc), Henri Hmeun, membre du Comit\u00e9 \u00e9conomique et social, se souvient que les humiliations subies quand il \u00e9tait un tout jeune salari\u00e9 ont pes\u00e9 dans son engagement syndical. Damien Y\u00e9w\u00e9n\u00e9, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&#8217;Union cal\u00e9donienne (UC), le principal parti du Front de lib\u00e9ration national kanak socialiste (FLNKS), (fr\u00e8re de Y\u00e9w\u00e9n\u00e9 Y\u00e9w\u00e9n\u00e9, second de Jean-Marie Tjibaou assassin\u00e9 en m\u00eame temps que lui), se souvient.<\/p>\n<p> <strong> D&#8217;importantes ressources naturelles <\/strong><\/p>\n<p>La m\u00e8re d&#8217;un de ses copains de r\u00e9giment avait invit\u00e9 le jeune Kanak \u00e0 coucher dans le lit de son fils tandis que ce dernier dormait sur le canap\u00e9. &#8221; Impensable ! Je n&#8217;avais jamais v\u00e9cu quelque chose d&#8217;approchant ! \u00c7a m&#8217;a fait beaucoup r\u00e9fl\u00e9chi. Avant j&#8217;\u00e9tais contre tous les Blancs. &#8221; Chez les autres dirigeants kanaks rencontr\u00e9s, il y a une compr\u00e9hension profonde, r\u00e9elle, de la n\u00e9cessit\u00e9 de vivre ensemble, avec les descendants des colons, appel\u00e9s &#8221; victimes de l&#8217;histoire &#8220;. Certes, la notion d&#8217;occupation, de terre, de pays vol\u00e9, est toujours tr\u00e8s pr\u00e9sente \u00e0 l&#8217;esprit des Kanaks, mais c&#8217;est au gouvernement fran\u00e7ais que le FLNKS a demand\u00e9 la reconnaissance du &#8221; contentieux colonial &#8221; avec ses blessures toujours vives, non aux dirigeants caldoches du Rassemblement pour la Cal\u00e9donie dans la R\u00e9publique (RPCR). L&#8217;accord de Noum\u00e9a, officiellement sign\u00e9 dans la capitale de Nouvelle Cal\u00e9donie le 5 mai 1998 en pr\u00e9sence du premier ministre, Lionel Jospin, et ratifi\u00e9 le 6 juillet dernier par les deux Assembl\u00e9es en congr\u00e8s \u00e0 Versailles, est un formidable pari. Les accords de Matignon, sign\u00e9s en 1988, ont surtout contribu\u00e9 \u00e0 ramener la paix, apr\u00e8s le massacre des Kanaks de la grotte d&#8217;Ouv\u00e9a et la mort de deux gendarmes, le 22 avril 1988, et apr\u00e8s la s\u00e9rie d&#8217;assassinats de dirigeants kanaks. Ils ont aussi co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 Jean-Marie Tjibaou, apr\u00e8s qu&#8217;il les eut paraph\u00e9s avec le chef du PRCR, Jacques Lafleur, et Michel Rocard, premier ministre. Cependant et bien que cela ait \u00e9t\u00e9 le but affich\u00e9, les dix ann\u00e9es qui ont suivi n&#8217;ont en rien r\u00e9\u00e9quilibr\u00e9 la situation \u00e9conomique entre le Nord et le Sud, au contraire. La manne financi\u00e8re m\u00e9tropolitaine, encore plus que par le pass\u00e9, a, en \u00e9quipant le Nord et les \u00eeles, surtout b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 aux entreprises de Noum\u00e9a pour la construction et l&#8217;\u00e9quipement (lyc\u00e9es, \u00e9coles, h\u00f4pital, centres de sant\u00e9, installations touristiques, routes, t\u00e9l\u00e9phone, eau).<\/p>\n<p> <strong> Des atouts nouveaux vers la souverainet\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>Les six milliards de francs par an arrivant de Paris ont favoris\u00e9 un boum \u00e9conomique et encourag\u00e9 l&#8217;immigration, mais n&#8217;ont en rien fait avancer l&#8217;\u00e9galit\u00e9 sociale et moins encore \u00e9mancip\u00e9 la Nouvelle Cal\u00e9donie de la m\u00e9tropole, au contraire. Cette d\u00e9pendance est l&#8217;une des raisons principales souvent invoqu\u00e9es par Noum\u00e9a la sudiste pour justifier une sorte d&#8217;impossibilit\u00e9 naturelle \u00e0 atteindre l&#8217;ind\u00e9pendance. Et de citer l&#8217;exemple de Wallis et Futuna ou celui de la Polyn\u00e9sie. C&#8217;est faire bien peu de cas des richesses potentielles de la Nouvelle Cal\u00e9donie, celles du sous-sol d&#8217;abord, qui peuvent lui permettre de briguer une pleine souverainet\u00e9, en coop\u00e9rant avec ses voisins et avec la France notamment. Aucun ind\u00e9pendantiste n&#8217;ignore l&#8217;interd\u00e9pendance \u00e9conomique mondiale qui touche les plus grands pays eux-m\u00eames comme la crise asiatique le montre. Mais ses 4,5 millions de tonnes de r\u00e9serves de nickel, selon l&#8217;US Geological Survey, placent la Nouvelle Cal\u00e9donie au quatri\u00e8me rang mondial dans ce domaine, sans compter d&#8217;autres ressources connues. On mesure l\u00e0 la victoire politique des Kanaks lorsqu&#8217;ils ont obtenu, au Nord, un massif de minerai en vue de construire une usine de production de nickel. Sur le terrain politique et institutionnel, l&#8217;accord de Noum\u00e9a entame un processus de transfert d&#8217;\u00e9l\u00e9ments de souverainet\u00e9, par la cession progressive de comp\u00e9tences de l&#8217;Etat fran\u00e7ais \u00e0 la Nouvelle Cal\u00e9donie, comme le droit de d\u00e9cider de lois ou la reconnaissance d&#8217;une citoyennet\u00e9 cal\u00e9donienne. On ne saurait en d\u00e9duire une marche m\u00e9canique, automatique \u00e0 l&#8217;ind\u00e9pendance, mais une possibilit\u00e9 est ouverte. Ce qui place dans une perspective diff\u00e9rente le scrutin pr\u00e9vu au terme de l&#8217;application de l&#8217;accord de Noum\u00e9a et que le pr\u00e9ambule d\u00e9finit ainsi: &#8221; La consultation portera sur le transfert \u00e0 la Nouvelle Cal\u00e9donie des comp\u00e9tences r\u00e9galiennes (justice, d\u00e9fense, ordre public, monnaie, dont cr\u00e9dit et changes. NDLR) l&#8217;acc\u00e8s au statut international de pleine responsabilit\u00e9 et l&#8217;organisation de la citoyennet\u00e9 en nationalit\u00e9. (&#8230;) L&#8217;Etat reconna\u00eet la vocation de la Nouvelle Cal\u00e9donie \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier, \u00e0 la fin de cette p\u00e9riode, d&#8217;une compl\u00e8te \u00e9mancipation &#8221; (art. 5). Le vote interviendra dans quinze voire vingt ans, selon que le Congr\u00e8s en d\u00e9cide en fin de troisi\u00e8me ou de quatri\u00e8me mandat. Le corps \u00e9lectoral &#8221; sera restreint&#8230; comme pr\u00e9vu dans les accords de Matignon &#8221; \u00e0 ceux &#8221; qui en 2013 pourront justifier de vingt ans de domicile continu en Nouvelle Cal\u00e9donie &#8221; (art 2.2).<\/p>\n<p>Les Kanaks seront-ils aptes \u00e0 conqu\u00e9rir la direction de leur pays en association avec les autres communaut\u00e9s ? Les Caldoches &#8221; favorables dans leur majorit\u00e9 au RPCR &#8221; accepteront-ils de partager le pouvoir \u00e9conomique et politique ? Sauront-ils, ensemble, construire une Nouvelle Cal\u00e9donie multi-ethnique, de plus en plus souveraine et au pouvoir r\u00e9ellement partag\u00e9 ? Tel est le pari contenu dans l&#8217;accord de Noum\u00e9a. Des forces, et pas seulement kanaks, poussent incontestablement vers la r\u00e9ussite de ce pari. D&#8217;abord le FLNKS, qui, pr\u00e9sent\u00e9 comme moribond au regard d&#8217;une division r\u00e9cente largement pr\u00e9par\u00e9e par le clan Lafleur, n&#8217;en a pas moins montr\u00e9 une grande habilet\u00e9 dans la conduite de ses trois derni\u00e8res batailles: le pr\u00e9alable minier, la demande de reconnaissance du fait colonial et enfin le contenu de l&#8217;accord lui-m\u00eame. Cette intelligence et l&#8217;appui massif re\u00e7u dans ces diff\u00e9rentes phases expliquent pour une part le r\u00e9sultat, tout comme le r\u00e9alisme final de Jacques Lafleur et du RPCR, conscients de ce qu&#8217;on peut mais surtout de ce qu&#8217;on ne peut pas obtenir. Car, comme nous le confiait Bernard Le Peu, le pr\u00e9sident de l&#8217;Union cal\u00e9donienne (UC), &#8221; ce n&#8217;est pas parce qu&#8217;il a la majorit\u00e9 qu&#8217;il a la meilleure solution pour le pays &#8220;. D&#8217;autant plus que le RPCR, pour dominant qu&#8217;il soit, n&#8217;est pas toute l&#8217;opinion blanche. Les m\u00e9thodes de Jacques Lafleur, plus que ses options politiques, ont suscit\u00e9 des prises de distance parmi des maires de villes importantes comme Bourail ou Koumac et m\u00eame une opposition, \u00e9parse mais r\u00e9elle. Un grand patron du Sud, Pierre Leroux, a, lui, form\u00e9 l&#8217;Union pour une Nouvelle Cal\u00e9donie pour tous (UNCT) qui a obtenu pr\u00e8s de 8 000 voix soit 17,5% et 7 \u00e9lus en 1995. C&#8217;est un &#8221; non- ind\u00e9pendantiste, mais on peut discuter avec lui car il est d\u00e9mocrate &#8221; estime un dirigeant du FLNKS. Une autre formation, dirig\u00e9e par de jeunes Caldoches, G\u00e9n\u00e9ration cal\u00e9donienne, est dans des dispositions voisines.<\/p>\n<p> <strong> Des lectures divergentes de l&#8217;ind\u00e9pendance <\/strong><\/p>\n<p>Elle a particip\u00e9 ce printemps \u00e0 un colloque de l&#8217;UC et son animateur, Jean-Raymond Postic, y a trouv\u00e9 &#8221; une \u00e9coute visant \u00e0 int\u00e9grer d&#8217;autres r\u00e9flexions que celle des ind\u00e9pendantistes,&#8230; une base de travail int\u00e9ressante pour l&#8217;avenir (&#8230;) Le peuple cal\u00e9donien n&#8217;existe pas encore, c&#8217;est un pari, pour nous le &#8221; noyau dur &#8221; du peuple cal\u00e9donien \u00e0 venir ce sont les Kanaks. Il faut que les racines diff\u00e9rentes forment un nouvel arbre &#8220;. Enfin, pour la premi\u00e8re fois, l&#8217;immigration wallisienne, la plus importante avec 18 000 personnes lors du recensement de 1996, massivement influenc\u00e9e par le clan Lafleur, a fond\u00e9 un Rassemblement d\u00e9mocratique oc\u00e9anien (RDO) qui a adh\u00e9r\u00e9 au FLNKS en f\u00e9vrier dernier. Si aucun de ces \u00e9l\u00e9ments n&#8217;emp\u00eache le clan Lafleur de dominer l&#8217;\u00e9conomie, la banque, les transports, l&#8217;information et la plus grande partie des pouvoirs, il a perdu la majorit\u00e9 absolue au Congr\u00e8s du territoire et doit parfois composer. Le pari sur le devenir cal\u00e9donien est bien r\u00e9el. Une lecture de l&#8217;accord peut faire craindre qu&#8217;il fasse durer la situation actuelle en \u00e9vitant les troubles. Mais ce serait sans compter avec l&#8217;impatience soulign\u00e9e par nombre de nos interlocuteurs, surtout lisible chez les jeunes et les syndicalistes de l&#8217;USTKE. Leur vigilance n&#8217;est pas superflue car l&#8217;opposition majoritaire \u00e0 l&#8217;ind\u00e9pendance et la virulence du camp anti-ind\u00e9pendantiste &#8221; qui comporte parmi ses \u00e9l\u00e9ments d&#8217;anciens vaincus de l&#8217;Alg\u00e9rie fran\u00e7aise, r\u00e9install\u00e9s \u00e0 Noum\u00e9a ou en brousse &#8221; n&#8217;est pas feinte. Cependant, Jacques Lafleur, quoique tr\u00e8s habile, a surestim\u00e9 l&#8217;affaiblissement du FLNKS lorsqu&#8217;il a cru pouvoir concocter une solution consensuelle \u00e0 sa main avant de devoir accepter l&#8217;accord tel qu&#8217;il a \u00e9t\u00e9 finalis\u00e9.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le succ\u00e8s sur le pr\u00e9alable minier, le FLNKS a obtenu \u00e9galement gain de cause lorsqu&#8217;il a demand\u00e9 que soit examin\u00e9 le contentieux colonial. Rock Wamytan, le pr\u00e9sident du FLNKS, disait souvent alors que le gouvernement fran\u00e7ais s&#8217;honorerait de reconna\u00eetre les blessures inflig\u00e9es par la colonisation et, pour une fois, d&#8217;accompagner \u00e0 son terme positif une d\u00e9colonisation. Cette seconde bataille a situ\u00e9 les Kanaks comme le peuple agress\u00e9, qui n&#8217;a toujours pas pu r\u00e9cup\u00e9rer ses terres et doit \u00eatre r\u00e9tabli dans ses droits. Le FLNKS est alors parvenu aux n\u00e9gociations tripartites avec le RPCR, le FLNKS dans une position beaucoup plus confortable que ne pouvaient le laisser penser sa situation de &#8221; minoritaire &#8220;. C&#8217;est ainsi qu&#8217;on parvient au &#8221; bon accord &#8221; reconnu comme tel notamment par Rock Wamytan et Jacques Lafleur et sur lequel sera consult\u00e9 en d\u00e9cembre prochain le corps \u00e9lectoral d\u00e9fini il y a dix ans par les accords de Matignon.<\/p>\n<p>Rien n&#8217;est r\u00e9gl\u00e9, car si Rock Wamytan estime que &#8221; l&#8217;ind\u00e9pendance n&#8217;est pas pour dans vingt ans, elle commence \u00e0 se construire d\u00e8s aujourd&#8217;hui &#8220;, Jacques Lafleur se d\u00e9clare &#8221; persuad\u00e9 que, dans vingt ans, les Cal\u00e9doniens choisiront de demeurer au sein de la R\u00e9publique &#8220;. Seule l&#8217;exp\u00e9rience tranchera. Le RPCR et Jacques Lafleur ne l\u00e2cheront aucune parcelle de pouvoir s&#8217;ils n&#8217;y sont pas contraints. Mais, si les Kanaks ont suffisamment confiance en leurs capacit\u00e9s, \u00e0 l&#8217;exemple de ceux qui r\u00e9ussissent dans divers domaines, s&#8217;ils puisent dans cette confiance la force d&#8217;investir tous les terrains d&#8217;actions constructives qui leur sont ouverts, s&#8217;ils travaillent \u00e0 se d\u00e9faire des d\u00e9fauts de jeunesse dans lesquels leur entr\u00e9e dans les responsabilit\u00e9s les a parfois plong\u00e9s &#8221; griserie du pouvoir avec quelques b\u00e9n\u00e9fices mat\u00e9riels, inexp\u00e9rience et les erreurs, t\u00e2tonnements qui d\u00e9coulent de la prise de responsabilit\u00e9 dans des domaines peu connus &#8221; ils peuvent r\u00e9unir des conditions d&#8217;alliances larges. Billy Wapotro rappelle une d\u00e9claration de son \u00e9glise: &#8221; Il ne faut pas recevoir l&#8217;ind\u00e9pendance, il faut la conqu\u00e9rir. &#8221; Reconnaissant des &#8221; espaces d&#8217;int\u00e9r\u00eats contradictoires, des paradoxes &#8221; en divers domaines, il ajoute &#8221; nous voulons relever le d\u00e9fi, nous r\u00eavons que notre pays ait une voix internationale autonome comme notre \u00e9glise l&#8217;a d\u00e9j\u00e0. Pour avancer, je ne vois que la volont\u00e9 du peuple kanak de n\u00e9gocier, n\u00e9gocier et n\u00e9gocier encore car la force de la parole est notre seule arme &#8220;. On l&#8217;a vu, d&#8217;autres forces, non kanaks, y sont pr\u00eates. S&#8217;il convient de ne pas exag\u00e9rer leur poids car Jacques Lafleur a toujours su diviser les oppositions qu&#8217;il a suscit\u00e9es, il ne faut pas non plus le n\u00e9gliger dans un processus qui sera long.<\/p>\n<p> <strong> La question de la formation des cadres kanaks <\/strong><\/p>\n<p>L\u00e0, la question des cadres kanaks se pose. Car ce ne sont pas les deux cents voire trois cents cadres, form\u00e9s depuis 1988 (en application du programme 400 cadres issu des accords de Matignon) qui peuvent concurrencer le flot de Caldoches venant se former en m\u00e9tropole auxquels il faut ajouter une partie des nouveaux arrivants. M\u00eame la nouvelle r\u00e8gle ne permettant plus aux enseignants de m\u00e9tropole de rester plus de trois ans en Nouvelle Cal\u00e9donie (contre six ans, voire douze ans auparavant), ne profite pas principalement aux Kanaks, trop peu nombreux jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent parmi les instituteurs et les professeurs. On ne compte qu&#8217;un m\u00e9decin et deux avocats kanaks ! Louis Kotra Ureguei estime que le d\u00e9s\u00e9quilibre entre cadres kanaks et non kanaks est plus grand aujourd&#8217;hui que par le pass\u00e9: &#8221; Pendant que l&#8217;on a form\u00e9 200 Kanaks ce sont 2 000 Europ\u00e9ens qui l&#8217;ont \u00e9t\u00e9. &#8221; Billy Wapotro souligne que seulement 24 \u00e0 25% des \u00e9l\u00e8ves kanaks de l&#8217;enseignement public r\u00e9ussissent le bac contre 50% dans l&#8217;enseignement religieux. Pour lui, l&#8217;origine de cette diff\u00e9rence est &#8221; un enseignement pens\u00e9 pour les Fran\u00e7ais, en dehors de notre r\u00e9alit\u00e9 et de notre culture. (&#8230;) On nous donne ce qui est bon pour nous. Mais les Kanaks ont leur syst\u00e8me d&#8217;\u00e9ducation et si on ne le comprend pas les \u00e9l\u00e8ves ne peuvent que r\u00e9sister. L&#8217;\u00e9chec est structurel &#8220;. Dans les stages de r\u00e9flexion qu&#8217;il dirige il &#8221; invite les enseignants, Kanaks ou pas, \u00e0 s&#8217;interroger sur leurs pratiques &#8220;. L&#8217;aptitude des Kanaks \u00e0 diriger est souvent brocard\u00e9e \u00e0 Noum\u00e9a. Pour Billy Wapotro ce &#8221; discours sur l&#8217;incomp\u00e9tence kanak est bas\u00e9 sur leur absence des espaces de d\u00e9cision, alors comment le d\u00e9montrer ? &#8221; Louis Kotra Ureguei travaille aussi \u00e0 d\u00e9montrer les capacit\u00e9s des Kanaks. Il a lanc\u00e9 son syndicat (qui tient pour premi\u00e8re une lutte revendicative, en concurrence avec l&#8217;USOENC) dans une s\u00e9rie d&#8217;op\u00e9rations de gestion d&#8217;entreprises comme la cr\u00e9ation d&#8217;une imprimerie, une soci\u00e9t\u00e9 de manutention portuaire, un projet de mise en service d&#8217;un pont maritime entre la grande terre et les \u00eeles Loyaut\u00e9. Son but avou\u00e9 est de casser le monopole Lafleur. Les attaques r\u00e9guli\u00e8res des Nouvelles Cal\u00e9doniennes dont il fait l&#8217;objet indiquent assez combien il agace le &#8221; parrain &#8220;. Piques qui n&#8217;arrachent \u00e0 L. L. Ureguei que ce: &#8221; Ah ! ce qu&#8217;ils nous aiment incapables ! &#8220;. <\/p>\n<p><strong> Quand les Kanaks mettent le pied dans l&#8217;\u00e9conomie <\/strong><\/p>\n<p>Flash back. D\u00e9but octobre 1990, la Sofinor, holding dont le PDG est le dirigeant kanak Raphael Pitjo, rach\u00e8te la soci\u00e9t\u00e9 mini\u00e8re du Sud Pacifique (SMSP) au groupe Lafleur (pour l&#8217;\u00e9quivalent de quelque 140 millions de francs, dont 44 de dividendes). La SMSP travaille alors en sous-traitance pour la soci\u00e9t\u00e9 le Nickel (SLN, filiale d&#8217;Eramet \u00e0 capitaux d&#8217;Etat pour 55%). Elle a une tr\u00e9sorerie n\u00e9gative et beaucoup de dettes. C&#8217;est dans cette &#8221; situation dramatique &#8221; aggrav\u00e9e par la crise du nickel jusqu&#8217;en 1994 que &#8221; de d\u00e9ficitaire elle est devenue rentable &#8221; nous indique Rapha\u00ebl Pitjo. Avec le PDG, Andr\u00e9 Dang, un tr\u00e8s habile homme d&#8217;affaires d&#8217;origine vietnamienne, il entreprend avec succ\u00e8s une v\u00e9ritable politique de conqu\u00eate. En 1997, elle est pass\u00e9e de 1 \u00e0 5 centres de production et de 300 \u00e0 850 emplois. Elle r\u00e9investit ses b\u00e9n\u00e9fices, paie r\u00e9guli\u00e8rement ses dettes et regagne peu \u00e0 peu la confiance de ses clients. Cette \u00e9volution suscite la col\u00e8re des anti-ind\u00e9pendantistes qui font courir les rumeurs les plus folles sur la gestion de la soci\u00e9t\u00e9, soumise d\u00e8s lors \u00e0 des contr\u00f4les financiers aussi r\u00e9p\u00e9t\u00e9s qu&#8217;infructueux. Fait \u00e0 noter dans une ville o\u00f9, de notori\u00e9t\u00e9 publique, aucune plainte \u00e9conomique ou financi\u00e8re n&#8217;aboutit. Bref, le projet d&#8217;usine au nord int\u00e9resse la canadienne Falconbridge, troisi\u00e8me producteur mondial de nickel \u00e0 condition d&#8217;avoir un massif de minerai \u00e0 exploiter. Ce sera le Koniambo, pr\u00e8s de la ville de Kon\u00e9. &#8221; Il nous le faut avant que s&#8217;ouvrent les n\u00e9gociations &#8220;, d\u00e9clare le FLNKS. Ce sera gagn\u00e9 le 2 f\u00e9vrier, par la volont\u00e9 populaire apr\u00e8s deux ann\u00e9es de r\u00e9unions, d&#8217;expertises, de barrages routiers et manifestations de rues jusqu&#8217;\u00e0 Noum\u00e9a. Une f\u00eate populaire a salu\u00e9 ce succ\u00e8s le 20 avril dernier, en pr\u00e9sence des dirigeants du FLNKS, de ceux de la SMSP et du repr\u00e9sentant de Falconbridge. Si le Koniambo tient ses promesses, l&#8217;usine du nord devrait voir le jour en 2005, avec 750 emplois directs et 2 000 emplois induits en 2007, un vrai d\u00e9but du d\u00e9veloppement, qui demeure l&#8217;objectif de Rapha\u00ebl Pitjo. Ce succ\u00e8s est pour lui &#8221; une grande victoire de tous ceux qui veulent b\u00e2tir ce pays au lieu de l&#8217;assistanat qui l&#8217;enfonce &#8220;. Et, pour Bernard Lepeu, pr\u00e9sident de l&#8217;UC, la SMSP &#8221; est l&#8217;outil qui va permettre aux Kanaks de mettre le pied dans l&#8217;\u00e9conomie et d&#8217;effectuer un d\u00e9collage formidable (&#8230;). Il faut aider les Kanaks \u00e0 mettre le pied dans l&#8217;\u00e9conomie au contraire des accords de Matignon qui ont encourag\u00e9 l&#8217;assistanat, au lieu de cr\u00e9er la dynamique \u00e9conomique, ce faisant, elle les a endormis &#8220;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1079","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1079","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1079"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1079\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1079"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1079"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1079"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}