{"id":10782,"date":"2018-01-23T22:17:45","date_gmt":"2018-01-23T21:17:45","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-jean-burles-communiste-ouvrier-intellectuel\/"},"modified":"2018-01-23T22:17:45","modified_gmt":"2018-01-23T21:17:45","slug":"article-jean-burles-communiste-ouvrier-intellectuel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=10782","title":{"rendered":"Jean Burles, communiste, ouvrier, intellectuel"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">\u00c0 l&#8217;usine, au syndicat, dans la r\u00e9sistance, au sein du PCF\u2026 la vie de Jean Burles raconte un si\u00e8cle de communisme en France, qu&#8217;il a travers\u00e9 avec sa personnalit\u00e9 singuli\u00e8re et sa volont\u00e9 d&#8217;apprendre, et dont il fut aussi l&#8217;historien.<\/p>\n<p>Cet homme, dont on vient d\u2019annoncer le d\u00e9c\u00e8s, \u00e9tait un v\u00e9ritable roc. Pendant la guerre, r\u00e9sistant condamn\u00e9 \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, il s\u2019\u00e9vada deux fois de la sinistre prison du Puy, \u00e0 moins de six mois de distance. \u00c0 pr\u00e8s de quatre-vingts, ce montagnard inv\u00e9t\u00e9r\u00e9 faisait encore la redoutable hivernale du Jura \u00e0 ski de fond, jusqu\u2019\u00e0 y geler quelques doigts de pied. Il allait avoir cent-deux ans. On aurait pu croire qu\u2019il \u00e9tait immortel.<\/p>\n<h2>Le verbe haut et la dent dure<\/h2>\n<p>Fils d\u2019un ouvrier mineur de Gardanne et d\u2019une m\u00e9nag\u00e8re, il avait pass\u00e9 sa jeunesse \u00e0 Marseille, dans le quartier ouvrier du Rouet, tout pr\u00e8s des Aci\u00e9ries du Nord, une des multiples usines o\u00f9 travailla ce jeune homme au caract\u00e8re pour le moins rugueux, qui ne supportait pas la contrainte des patrons. <\/p>\n<p>Dans ce milieu populaire s\u2019il en est, il \u00e9tait une personnalit\u00e9. Il avait le verbe haut et la dent dure. Bagarreur redoutable, il n\u2019aimait rien tant qu\u2019aller, avec son p\u00e8re et ses amis, &#8220;casser du facho&#8221;, aux abords des meetings des sbires de Simon Sabiani, l\u2019\u00e9mule marseillais de Jacques Doriot, qui \u00e9tait li\u00e9 aux figures marquantes de la p\u00e8gre locale, Paul Carbone et Fran\u00e7ois Spirito.<\/p>\n<p>Entre 1932 et 1935, il adh\u00e8re au syndicat communiste de l\u2019\u00e9poque, la CGT &#8220;unitaire&#8221; (CGTU) puis aux Jeunesses communistes, dont il devient un dirigeant local. Apr\u00e8s son service militaire et sa d\u00e9mobilisation, en juillet 1940, il plonge dans la r\u00e9sistance en devenant permanent. Arr\u00eat\u00e9, intern\u00e9 \u00e0 Marseille, tortur\u00e9, intern\u00e9 au Puy, \u00e9vad\u00e9, responsable clandestin des JC en Haute-Garonne, il finit par atterrir dans l\u2019Aube \u00e0 la Lib\u00e9ration. Il va y rester, avec sa femme et ses trois enfants, menant un train de vie plus que modeste, jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960.<\/p>\n<h2>En rupture avec l&#8217;histoire officielle<\/h2>\n<p>\u00c0 cette date, on l\u2019installe dans la r\u00e9gion parisienne o\u00f9, membre du Comit\u00e9 central \u2013 il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu en 1954 \u2013, il est collaborateur de Georges Marchais \u00e0 &#8220;l\u2019organisation&#8221; du PCF (1961-1968), &#8220;nettoyeur&#8221; avec Roland Leroy de l\u2019Union des \u00e9tudiants communistes (1963-1965), directeur de l\u2019\u00c9cole centrale du PC (1968-1971), directeur de l\u2019Institut Maurice Thorez (1972-1979), puis r\u00e9dacteur en chef de l\u2019hebdomadaire <em>R\u00e9volution<\/em> (1980-1985).<\/p>\n<p>Comme le m\u00e9tallurgiste Henri Jourdain, qui pilote la Section \u00e9conomique du PC, cet homme qui n\u2019a rien d\u2019autre que son certificat d\u2019\u00e9tudes et son CAP, est devenu un v\u00e9ritable intellectuel, lisant Hegel avant-guerre (!), passionn\u00e9 de th\u00e9orie. \u00c0 l\u2019Institut Maurice Thorez, il d\u00e9cide de laisser les jeunes historiens de l\u2019\u00e9poque rompre avec l\u2019histoire officielle, celle qui avait abouti en 1964 \u00e0 la r\u00e9daction d\u2019un Manuel d\u2019histoire du PCF, soigneusement relu par le Bureau politique lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Il est un dirigeant du parti \u00e0 part enti\u00e8re, qui accepte les &#8220;r\u00e8gles du jeu&#8221; sans s\u2019illusionner sur elles, qui nous apprend \u00e0 le faire, qui d\u00e9cide longtemps de rester dans les clous, tout en regrettant am\u00e8rement ce qu\u2019il consid\u00e8re, \u00e0 l\u2019instar d\u2019Henri Jourdain, comme une lacune dans le travail de connaissance et de formalisation intellectuelle. Il est donc un fid\u00e8le, mais pas un d\u00e9vot. <\/p>\n<h2>Dans la tourmente<\/h2>\n<p>\u00c0 partir de 1984, alors qu\u2019il pilote la r\u00e9daction de <em>R\u00e9volution<\/em>, dont le d\u00e9put\u00e9 de Marseille Guy Hermier est le directeur, il est pris dans la tourmente qui suit la d\u00e9sastreuse \u00e9lection europ\u00e9enne de 1984. Il fait partie de ceux qui veulent comprendre, qui ne se satisfont pas des analyses courtes, qui ne croient pas au &#8220;complot&#8221; contre le parti, qui ne pourfendent pas &#8220;ceux qui doutent&#8221;. Il le paie d\u2019une \u00e9viction brutale du Comit\u00e9 central, en 1985. Motif officiel : l\u2019\u00e2ge\u2026 <\/p>\n<p>Il en restera amer, cruellement bless\u00e9. Apr\u00e8s 1989, il suit l\u2019aventure des refondateurs communistes. Puis il prend du champ de plus en plus, retir\u00e9 avec sa femme Yvette dans ces Alpes proven\u00e7ales qui satisfont sa vieille passion pour la haute montagne et ses d\u00e9fis.<\/p>\n<p>Il a gard\u00e9 jusqu\u2019au bout sa passion de vivre et de penser, \u00e0 sa mani\u00e8re bien \u00e0 lui. Il y a quelques ann\u00e9es, j\u2019ai d\u00e9di\u00e9 le petit livre que j\u2019ai consacr\u00e9 \u00e0 la crise communiste interne de 1984 \u00e0 &#8220;Jean Burles, communiste, ouvrier, intellectuel&#8221;. Je n\u2019ai pas trouv\u00e9 mieux pour titrer cet hommage.<\/p>\n<p>La vie nous avait \u00e9loign\u00e9s, de fait, l\u2019un de l\u2019autre. Mais il y a tr\u00e8s, tr\u00e8s peu d\u2019hommes auquel je pense devoir autant.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l&#8217;usine, au syndicat, dans la r\u00e9sistance, au sein du PCF\u2026 la vie de Jean Burles raconte un si\u00e8cle de communisme en France, qu&#8217;il a travers\u00e9 avec sa personnalit\u00e9 singuli\u00e8re et sa volont\u00e9 d&#8217;apprendre, et dont il fut aussi l&#8217;historien.<\/p>\n","protected":false},"author":328,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[210],"tags":[346,406],"class_list":["post-10782","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-qui-veut-la-peau-de-roger-martelli","tag-histoire","tag-pcf"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10782","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/328"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10782"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10782\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10782"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10782"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10782"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}