{"id":10760,"date":"2018-01-13T16:28:10","date_gmt":"2018-01-13T15:28:10","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-greve-xxl-au-menu-du-mcdo-de-villefranche-de-rouergue\/"},"modified":"2023-06-23T23:26:22","modified_gmt":"2023-06-23T21:26:22","slug":"article-greve-xxl-au-menu-du-mcdo-de-villefranche-de-rouergue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=10760","title":{"rendered":"Gr\u00e8ve XXL au menu du McDo de Villefranche-de-Rouergue"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Au McDonald\u2019s de Villefranche-de-Rouergue, cinq mois de gr\u00e8ve n&#8217;ont entam\u00e9 ni la volont\u00e9 de blocage de la direction, ni la d\u00e9termination des salari\u00e9s. Une lutte exemplaire dans un univers peu syndicalis\u00e9.<\/p>\n<p>142e jour de gr\u00e8ve. Soit pr\u00e8s de cinq mois de cessation de travail pour les salari\u00e9s du McDonald\u2019s de Villefranche-de-Rouergue, dans l\u2019Aveyron. Cela fait beaucoup, mais pas assez pour d\u00e9courager les cinq gr\u00e9vistes, dont Quentin Leyrat, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du personnel et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 syndical de la franchise qui emploie trente-trois salari\u00e9s. <\/p>\n<p>\u00c0 vingt-six ans, ce travailleur handicap\u00e9, qui a d\u00e9couvert le monde du travail en rentrant chez McDo il y a \u00e0 peine trois ans, n\u2019avait aucune culture militante, politique ou syndicale, et se retrouve aujourd\u2019hui chef de file d\u2019un bras de fer muscl\u00e9 avec le patronat.<\/p>\n<p>Le point de d\u00e9part de sa lutte ? Une prise de conscience. Celle d\u2019un management consid\u00e9r\u00e9 comme abusif par une partie des salari\u00e9s mais qui \u00e9tait auparavant accept\u00e9 au nom de &#8220;l\u2019esprit d\u2019\u00e9quipe&#8221; que mart\u00e8le tous les managers de l\u2019enseigne. <em>\u00ab Mais comment justifier qu\u2019un \u00e9quipementier doive demander \u00e0 son manager l\u2019autorisation pour aller d\u00e9pointer ? \u00bb<\/em>, nous raconte l\u2019un des gr\u00e9vistes. <\/p>\n<h2>D\u00e9part de feu<\/h2>\n<p>Il y a un an et demi, Quentin et quelques autres salari\u00e9s ont donc convoqu\u00e9 des \u00e9lections de d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du personnel pour \u00eatre en capacit\u00e9 de faire valoir leurs droits. C\u2019est Quentin, qui \u00e9tait parti sous les couleurs de la CGT, qui a gagn\u00e9. Et c\u2019est l\u00e0 que tout a vraiment commenc\u00e9.<\/p>\n<p>D\u2019abord parce que, chez McDonald\u2019s, on n\u2019\u00e9tait pas vraiment habitu\u00e9 \u00e0 avoir maille \u00e0 partir avec un d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du personnel. Et que du coup, la premi\u00e8re \u00e9lection a \u00e9t\u00e9 remise en cause par un manager devant un tribunal pour manque de repr\u00e9sentativit\u00e9 de la CGT (vite perdu). Il faut dire que Quentin avait d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00eatre un d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du personnel z\u00e9l\u00e9 et qu\u2019il affichait ouvertement l\u2019ambition de jouer son r\u00f4le pleinement.<\/p>\n<p>Alors quand l\u2019un des salari\u00e9s est victime d\u2019une insulte \u00e0 caract\u00e8re homophobe de la part d\u2019un des managers et que la direction refuse de prendre position, il demande une enqu\u00eate pour discrimination en raison de l\u2019orientation sexuelle. Oblig\u00e9e de r\u00e9pondre \u00e0 sa demande, la g\u00e9rante pose n\u00e9anmoins ses conditions : ce ne sera pas un intervenant ext\u00e9rieur qui m\u00e8nera l\u2019enqu\u00eate, mais elle-m\u00eame, accompagn\u00e9e par Quentin, et le p\u00e9rim\u00e8tre de l\u2019investigation sera \u00e9tendu \u00e0 l\u2019ensemble des salari\u00e9s. Le rapport de forces \u00e9tait d\u00e8s le d\u00e9part compl\u00e8tement d\u00e9voy\u00e9, estime Quentin, puisque les salari\u00e9s ne pouvaient pas, face \u00e0 leur patronne, s\u2019exprimer librement.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat de l\u2019enqu\u00eate vaut aussi le d\u00e9tour. Deux rapports distincts, l\u2019un fait par le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du personnel, l\u2019autre par la g\u00e9rante : respectivement 600 pages pour le premier et\u2026 trois pour le second. \u00c0 noter, par ailleurs, que ces documents sont toujours dans les mains de l\u2019Inspection du travail qui n\u2019a pas encore rendu son avis, neuf mois apr\u00e8s le d\u00e9p\u00f4t.<\/p>\n<h2>Gr\u00e8ve de solidarit\u00e9<\/h2>\n<p>Mais le climat social se corse \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2017 : alors que deux managers \u00e9tiquet\u00e9s CFDT sont \u00e9lus lors d\u2019une \u00e9lection partielle en juin, de plus en plus de salari\u00e9s du McDonald\u2019s commencent \u00e0 se syndiquer. Ils sont m\u00eame au nombre de sept (sur trente-trois) d\u00e9but ao\u00fbt. C\u2019est \u00e0 ce moment que la direction d\u00e9cide de licencier pour faute grave un jeune de dix-neuf ans qui avait commenc\u00e9 \u00e0 travailler seulement six mois auparavant. Les raisons ? Il n\u2019\u00e9tait pas all\u00e9 \u00e0 la visite m\u00e9dicale, il avait cumul\u00e9 deux retards et avait qualifi\u00e9 la directrice de <em>\u00ab grosse pute \u00bb<\/em> devant un coll\u00e8gue (mais pas devant l\u2019int\u00e9ress\u00e9e elle-m\u00eame). Du coup, dehors.<\/p>\n<p>Il est toutefois int\u00e9ressant de constater que, selon d\u2019autres employ\u00e9s de l\u2019enseigne dans d\u2019autres franchises, m\u00eame pas besoin de \u00e7a pour virer quelqu\u2019un de chez McDo : m\u00eame s\u2019ils sont tous en contrat \u00e0 dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e (CDI), il suffit de mettre la personne dont on ne veut plus aux frites quelques mois et de changer son planning toutes les semaines pour qu\u2019elle finisse par d\u00e9missionner.<\/p>\n<p>Imm\u00e9diatement, les sept syndiqu\u00e9s d\u00e9cident donc de se mettre en gr\u00e8ve, par solidarit\u00e9. L\u00e0 encore, Quentin raconte l\u2019absence de pratique du personnel quant \u00e0 ce type d\u2019action : <em>\u00ab Mais on ne peut pas partir, il y a des clients \u00bb<\/em>, s\u2019inqui\u00e8te m\u00eame l\u2019une des salari\u00e9es. Et pourtant, c\u2019est bien ce qui se passe. <\/p>\n<p>Le soir m\u00eame, la g\u00e9rante appelle Quentin, qui pose les conditions de la r\u00e9int\u00e9gration du salari\u00e9 licenci\u00e9. L\u00e0 encore, elle t\u00e9moigne de son manque de pratique du dialogue social car elle accepte une rencontre quelques jours plus tard, tout en demandant le retour imm\u00e9diat au travail. Ce que les gr\u00e9vistes vont s\u2019empresser de refuser.<\/p>\n<h2>Si\u00e8ge de l&#8217;Inspection du travail<\/h2>\n<p>S\u2019ensuit toute une s\u00e9rie de rassemblements et de manifestations, la constitution d\u2019une caisse de solidarit\u00e9, d\u2019outils de communication sur leurs revendications\u2026 qui aboutissent, fin septembre, \u00e0 un rendez-vous avec un sous-pr\u00e9fet qui leur conseille de revoir leurs demandes \u00e0 la baisse et notamment d\u2019abandonner la r\u00e9int\u00e9gration du salari\u00e9 licenci\u00e9 (passer par la voie l\u00e9gale pour remettre en cause la l\u00e9gitimit\u00e9 de son licenciement lui paraissait plus pertinent), ce qu\u2019ils acceptent. Mais la direction fait toujours la sourde oreille sur le reste des revendications, esp\u00e9rant \u00e9videmment un essoufflement du conflit.<\/p>\n<p>Fin octobre, les six gr\u00e9vistes manifestent leur col\u00e8re devant l\u2019Inspection du travail de Rodez, lui demandant une m\u00e9diation. Le directeur de la structure leur explique d\u2019abord que c\u2019est chose totalement impossible, avant que leur pers\u00e9v\u00e9rance ne porte ses fruits et que, en fin de journ\u00e9e, il leur propose un rendez-vous de conciliation trois jours plus tard.<\/p>\n<p>Le jour des n\u00e9gociations, il faut neuf heures d\u2019argumentation pour que la direction et les gr\u00e9vistes commencent \u00e0 s\u2019entendre sur le d\u00e9but de la r\u00e9daction d\u2019un document actant la fin du conflit. Seulement, il n\u2019avait encore \u00e9t\u00e9 discut\u00e9 que des conditions de travail. Les questions de r\u00e9mun\u00e9ration, de treizi\u00e8me mois et de tickets-restaurants, qui figuraient aussi dans les revendications, avait \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9es aux n\u00e9gociations annuelles obligatoires (NAO) \u00e0 la fin du mois de novembre.<\/p>\n<p>Afin d\u2019accentuer la pression sur la direction en vue des NAO, la CGT initie une action \u00e0 l\u2019encontre du centre d\u2019approvisionnement, \u00e0 Toulouse. La g\u00e9rante, confront\u00e9e \u00e0 la grogne des autres franchis\u00e9s McDonald\u2019s qui se sont aussi vu couper leur approvisionnement, annule les n\u00e9gociations dans la foul\u00e9e. Mais, apr\u00e8s intervention du pr\u00e9fet, elle les rouvre finalement d\u00e9but d\u00e9cembre.<\/p>\n<h2>Situation bloqu\u00e9e, combat prolong\u00e9<\/h2>\n<p>Seulement, la g\u00e9rante n\u2019entend pas \u00eatre en reste : \u00e0 la r\u00e9ouverture des n\u00e9gociations, les gr\u00e9vistes voient arriver un nouveau protagoniste, un directeur des ressources humaines (pour, pri\u00e8re de bien le noter, une entreprise de seulement trente-trois salari\u00e9s), Pascal Devoucoux, dont la revue <em>JefKlak<\/em> a <a href=\"http:\/\/jefklak.org\/?p=5173\">retrac\u00e9 le pass\u00e9<\/a>, qui n\u2019est pas des plus clairs. Lors de ces nouvelles NAO, l\u2019argument principal de la direction est assez surr\u00e9aliste, selon Quentin Leyrat : si elle acc\u00e8de aux demandes de treizi\u00e8me mois et d\u2019augmentations salariales, les salari\u00e9s non-gr\u00e9vistes allaient d\u00e9missionner pour contester la m\u00e9thode d\u2019obtention d&#8217;avantages dont ils allaient pourtant aussi b\u00e9n\u00e9ficier !<\/p>\n<p>Mais, comme \u00e0 l\u2019Inspection du travail, la direction reprend la m\u00e9taphore des poings li\u00e9s pour justifier le statu quo : ce ne serait pas elle, mais le Syndicat national de l\u2019alimentation et de la restauration (SNARR) qui fixerait le niveau de r\u00e9mun\u00e9ration au smic et refuserait cat\u00e9goriquement le treizi\u00e8me mois\u2026 Mais ce positionnement appara\u00eet d\u2019autant plus paradoxal lorsque l\u2019on sait que le pr\u00e9sident du SNARR n\u2019est autre que le DRH de McDonald\u2019s France, qui assume publiquement que tout ne peut se n\u00e9gocier au niveau des branches et qu\u2019il faut revaloriser l\u2019\u00e9chelon entreprise !<\/p>\n<p>\u00c0 ce jour, la situation appara\u00eet donc relativement bloqu\u00e9e \u2013 pour les gr\u00e9vistes, mais pas pour le restaurant qui a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 onze nouvelles embauches depuis le d\u00e9but de la gr\u00e8ve. Les cinq gr\u00e9vistes restants reviennent r\u00e9guli\u00e8rement sur le site du restaurant pour essayer d\u2019entrer en communication avec ceux qui sont rest\u00e9s travailler. Mais c\u2019est assez compliqu\u00e9, car ces derniers les \u00e9vitent et avouent m\u00eame, \u00e0 demi-mot, ne pas vouloir \u00eatre vus avec eux sur le parking. Ambiance. <\/p>\n<p>Alors que reste-t-il \u00e0 faire, selon Quentin Leyrat ? Demander un vote des salari\u00e9s m\u00eame si les r\u00e9sultats, compte tenu des pressions de la direction, sont tr\u00e8s incertains. Et continuer \u00e0 r\u00e9clamer, co\u00fbte que co\u00fbte, des conditions de travail et une r\u00e9mun\u00e9ration d\u00e9centes.<\/p>\n<p>Et puis, m\u00eame s\u2019il perd ce combat, Quentin Leyrat, comme certains des autres gr\u00e9vistes d\u2019ailleurs, ne compte pas s\u2019arr\u00eater-l\u00e0 car tous ont maintenant conscience que c\u2019est aussi pour tous les salari\u00e9s de France dans la m\u00eame situation qu\u2019ils se battent.<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-10760 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/mcdo-villefranche-4b0.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/mcdo-villefranche-4b0-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"mcdo-villefranche.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au McDonald\u2019s de Villefranche-de-Rouergue, cinq mois de gr\u00e8ve n&#8217;ont entam\u00e9 ni la volont\u00e9 de blocage de la direction, ni la d\u00e9termination des salari\u00e9s. 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