{"id":1070,"date":"1998-09-01T00:00:00","date_gmt":"1998-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/entretien-avec-emmanuel-genvrin1070\/"},"modified":"1998-09-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-08-31T22:00:00","slug":"entretien-avec-emmanuel-genvrin1070","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1070","title":{"rendered":"Entretien avec Emmanuel Genvrin"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><strong> Samedi 12 septembre, F\u00eate de l&#8217;Humanit\u00e9, stand Regards, 20 h: le Th\u00e9\u00e2tre Vollard sera en sc\u00e8ne, paroles, musique et Kari Poulet. En direct de l&#8217;Ile de la R\u00e9union. Un \u00e9crivain, metteur en sc\u00e8ne, nous parle de la vie et du th\u00e9\u00e2tre dans ce d\u00e9partement d&#8217;outre mer. <\/strong><\/p>\n<p><strong> Pourquoi travaillez-vous \u00e0 dix mille kilom\u00e8tres de la m\u00e9tropole ? Pourquoi la R\u00e9union, en plein coeur de l&#8217;oc\u00e9an Indien ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Emmanuel Genvrin : <\/strong> La R\u00e9union est importante dans ma vie par hasard, par effraction. Ce n&#8217;\u00e9tait pas pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9. Je pense que j&#8217;aurais pu m&#8217;exprimer ailleurs. J&#8217;ai des origines cr\u00e9oles par ma m\u00e8re, \u00e0 Ha\u00efti, et de la famille \u00e0 Madagascar, pas loin de la R\u00e9union. Mais mes vrais liens avec cette \u00eele datent du jour o\u00f9 j&#8217;ai mis les pieds l\u00e0-bas. J&#8217;ai eu la chance d&#8217;arriver dans un pays qui restait \u00e0 construire. En 1979, c&#8217;\u00e9tait un pays qui s&#8217;ouvrait au monde moderne. En vingt ans, j&#8217;ai assist\u00e9 au d\u00e9veloppement de l&#8217;\u00eele qui a connu une croissance \u00e0 la Cor\u00e9enne ( 10% par an). Croissance bancale r\u00e9alis\u00e9e davantage sur les transferts sociaux que sur la production du pays. Mais le niveau de vie et les moeurs ont r\u00e9ellement chang\u00e9. La R\u00e9union, c&#8217;est Janus: une double personnalit\u00e9. On regrette le bon vieux temps d&#8217;avant, en oubliant que c&#8217;\u00e9tait un syst\u00e8me oligarchique, un syst\u00e8me o\u00f9 les pr\u00eatres imposaient leurs vues sur la morale, o\u00f9 les gens qui ont plus de 60 ans ont connu la pauvret\u00e9, la faim, et marchaient pieds nus. On regrette surtout la culture cr\u00e9ole qui dispara\u00eet Mais autant travailler la culture cr\u00e9ole moderne.<\/p>\n<p> <strong> Quelle est votre conception du th\u00e9\u00e2tre ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> E. G. : <\/strong> Il faut sortir mieux instruit et meilleur d&#8217;une repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale. Il est de mon r\u00f4le, en tant qu&#8217;\u00e9crivain, d&#8217;aller chercher, fouiller. Ce travail est relativement r\u00e9cent sur cette petite \u00eele. Il est d&#8217;ailleurs repris par l&#8217;Universit\u00e9 aujourd&#8217;hui. J&#8217;ai \u00e9t\u00e9 surpris de voir que les jeunes g\u00e9n\u00e9rations ignoraient leur histoire. On n&#8217;apprend pas la colonisation. On apprend &#8221; nos anc\u00eatres les Gaulois &#8220;&#8230; Heureusement, il s&#8217;est trouv\u00e9 quelques lettr\u00e9s, quelques romanciers pour s&#8217;int\u00e9resser \u00e0 l&#8217;histoire de l&#8217;\u00eele. Les gens ont une grande soif de la conna\u00eetre. Elle est riche, baroque, brillante, pleine de rebondissements. Th\u00e9\u00e2tralement, j&#8217;ai eu le d\u00e9sir de m&#8217;y int\u00e9resser.<\/p>\n<p> <strong> Vous dirigez une v\u00e9ritable troupe, dont les spectacles sont tr\u00e8s ancr\u00e9s dans le pass\u00e9 et la r\u00e9alit\u00e9 contemporaine r\u00e9unionnaise. Votre intention est-elle de cr\u00e9er un th\u00e9\u00e2tre engag\u00e9 politiquement ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> E. G. : <\/strong> J&#8217;ai cette \u00e9tiquette, il est vrai. Je revendique ma formation historique. Je ne peux nier l&#8217;apport marxiste, ou l&#8217;apport freudien. J&#8217;ai une analyse historique sur la R\u00e9union et on la retrouve dans mes pi\u00e8ces. C&#8217;est un apport qui a \u00e9galement d\u00e9pass\u00e9 le r\u00f4le du PCR (Parti communiste r\u00e9unionnais). J&#8217;ai des liens d&#8217;amiti\u00e9 avec Paul Verg\u00e8s, mais \u00e7a ne fait pas de moi un militant. Je suis m\u00eame plut\u00f4t critique quant \u00e0 l&#8217;\u00e9volution du PCR. Ce qui ne veut pas dire que tout est \u00e0 jeter dans l&#8217;analyse historique de ce parti. Il y a une extr\u00eame droite \u00e0 la R\u00e9union. Et une extr\u00eame gauche, qui aurait voulu faire de l&#8217;\u00e9puration \u00e0 la Pol Pot&#8230; A la R\u00e9union, on appelle \u00e7a la &#8221; pr\u00e9f\u00e9rence r\u00e9gionale &#8220;&#8230; de gauche. C&#8217;est plus un combat d&#8217;id\u00e9es que d&#8217;\u00e9tiquette. Nous, on combat cette id\u00e9e de pr\u00e9f\u00e9rence r\u00e9gionale. Il faut refaire l&#8217;analyse de la d\u00e9colonisation. La R\u00e9union a davantage un probl\u00e8me avec la d\u00e9colonisation qu&#8217;un probl\u00e8me d&#8217;ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p> <strong> Apr\u00e8s les \u00e9meutes de 1991 (T\u00e9l\u00e9-Freedom), vous avez \u00e9crit une pi\u00e8ce qui s&#8217;appelait Emeutes. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> E. G. : <\/strong> Ces \u00e9meutes ont fait exploser la classe politique. Il y a eu une offensive de l&#8217;Etat: avec ses r\u00e9seaux, ses services secrets, tous ces &#8221; machins &#8221; qui g\u00e8rent l&#8217;Outremer fran\u00e7ais. Il y a eu une op\u00e9ration &#8221; mains propres &#8220;. L&#8217;Etat a d\u00e9cid\u00e9 qu&#8217;il fallait cr\u00e9er une nouvelle classe politique qui aurait la confiance de la population. C&#8217;est exactement ce qui se passe actuellement en Corse, avec le personnel r\u00e9unionnais, puisque le procureur de Saint-Denis de la R\u00e9union vient d&#8217;arriver \u00e0 Bastia&#8230; La R\u00e9union a servi de laboratoire \u00e0 cette op\u00e9ration mains propres&#8230;<\/p>\n<p> <strong> On essaie de vous intimider, on vous a menac\u00e9 physiquement \u00e0 plusieurs reprises&#8230; <\/strong><\/p>\n<p> <strong> E. G. : <\/strong> En ce moment, on est cambriol\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 six fois par an. On nous vole nos archives&#8230; Et la d\u00e9linquance se d\u00e9veloppe. Des jeunes, arm\u00e9s, commencent \u00e0 \u00e9cumer les rues. La mairie de Saint-Denis nous refuse un gardiennage&#8230; l&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 s&#8217;installe, \u00e7a chauffe r\u00e9guli\u00e8rement. On met la pression, comme on dit l\u00e0-bas. C&#8217;est volcanique. Et, au moment paroxystique, tout s&#8217;arrange. Il faut faire attention. On s&#8217;organise. C&#8217;est presque un jeu. Parfois, pourtant, j&#8217;en ai eu marre. La classe politique a demand\u00e9 aux intellectuels, aux artistes de les d\u00e9fendre en \u00e9change de subventions. Ils ont refus\u00e9, donc ils ont pay\u00e9 le prix fort pour cela. Nous, apr\u00e8s notre pi\u00e8ce Votez Ubu Colonial, en 1994, \u00e7a n&#8217;a pas tra\u00een\u00e9, nous avons \u00e9t\u00e9 d\u00e9conventionn\u00e9s et on nous a retir\u00e9 plus d&#8217;un tiers de nos subventions. La seule chose que je regrette, c&#8217;est que le minist\u00e8re de la Culture ne nous a pas d\u00e9fendus. Mais \u00e7a, c&#8217;est la logique de l&#8217;administration coloniale.<\/p>\n<p> <strong> Et pourtant, &#8221; l&#8217;est toujours l\u00e0 &#8220;, comme on dit en cr\u00e9ole r\u00e9unionnais&#8230; <\/strong><\/p>\n<p> <strong> E. G. : <\/strong> Historiquement, le th\u00e9\u00e2tre Vollard ne s&#8217;est pas mouill\u00e9 politiquement. Il ne fallait pas tremper dans ces histoires. Nous avons une bonne cote aupr\u00e8s de la population parce que nous avons \u00e9t\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 des juges. Dans ce sens, nous avons eu une bonne action politique. Apr\u00e8s Ubu Colonial, nos pi\u00e8ces avaient la volont\u00e9 de ne pas fermer les yeux sur ce qui se passe. Lepervenche racontait la vie d&#8217;un militant communiste pendant Vichy, et Emeutes montrait la vie d&#8217;une famille, pendant les \u00e9meutes de 1991, au dernier \u00e9tage d&#8217;une HLM.<\/p>\n<p> <strong> Vous avez jou\u00e9 votre dernier spectacle, Karivollard, cet \u00e9t\u00e9 \u00e0 Paris (du 11 juin au 30 ao\u00fbt, au Divan du Monde). Pouvez-vous nous parler de ce qui attend le public au stand de Regards pendant la F\u00eate de l&#8217;Huma ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> E. G. : <\/strong> C&#8217;est un spectacle d&#8217;ambiance tr\u00e8s musicale. On y raconte l&#8217;histoire de la R\u00e9union en puisant dans toutes nos pi\u00e8ces pr\u00e9c\u00e9dentes, depuis vingt ans, et 36 cr\u00e9ations. Il s&#8217;agit de sortes de sketches de th\u00e9\u00e2tre de rue, entrecoup\u00e9s de plages musicales, de fanfares. En une heure, on passe en revue les principaux \u00e9v\u00e9nements qui ont eu lieu \u00e0 la R\u00e9union. On termine en jouant du &#8221; sega &#8220;, la principale musique r\u00e9unionnaise avec le &#8221; maloya &#8220;&#8230; et on fait danser les gens. Ajoutons qu&#8217;on pourra manger et appr\u00e9cier la gastronomie locale. C&#8217;est une des pratiques nouvelles que nous avons lanc\u00e9es. La notion de f\u00eate urbaine est importante pour nous. Le fait de manger, de se restaurer, est \u00e0 prendre comme un fait culturel: c&#8217;est tr\u00e8s r\u00e9unionnais. Le riz kari, c&#8217;est important. Presque aussi important que la langue cr\u00e9ole. Des gens sont capables de se f\u00e2cher \u00e0 propos de recettes de cuisine. Les \u00e9meutes dans les lyc\u00e9es ont commenc\u00e9 pour des probl\u00e8mes de bouffe&#8230; Remplacer le Kari Poulet par un steak frites et c&#8217;est l&#8217;\u00e9meute&#8230;<\/p>\n<p> <strong> On ne va pas au th\u00e9\u00e2tre, on est dans le th\u00e9\u00e2tre, c&#8217;est \u00e7a ?&#8230; <\/strong><\/p>\n<p> <strong> E. G. : <\/strong> Oui, le th\u00e9\u00e2tre, ce n&#8217;est pas seulement ce qui se passe sur le plateau. Le lieu est important. Nous \u00e9vitons au maximum les th\u00e9\u00e2tres classiques. On cherche des lieux diff\u00e9rents: hangars, anciens cin\u00e9mas, cours d&#8217;usine comme \u00e0 Ivry l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re. Des lieux o\u00f9 le public peut se retrouver et ne pas \u00eatre effarouch\u00e9 par une culture qui n&#8217;est pas forc\u00e9ment la sienne. C&#8217;est encore la bourgeoisie qui va au th\u00e9\u00e2tre, en g\u00e9n\u00e9ral. Nous prenons donc toujours soin d&#8217;organiser des spectacles gratuits \u00e0 proximit\u00e9. O\u00f9 les gens peuvent voir les m\u00eames artistes \u00e0 l&#8217;oeil&#8230; Nous avons jou\u00e9 \u00e0 la belle \u00e9toile une fois. Les gens du quartier sont venus et on a fait la f\u00eate \u00e0 ciel ouvert&#8230; Il y a des probl\u00e8mes \u00e0 la R\u00e9union, mais il y existe une hospitalit\u00e9, une capacit\u00e9 \u00e9tonnante \u00e0 dig\u00e9rer, \u00e0 assimiler, \u00e0 absorber. L&#8217;\u00eele s&#8217;adapte \u00e0 une vitesse qui me fascine. Sa survie en d\u00e9pend. Il faut \u00eatre souple et s&#8217;adapter. Aujourd&#8217;hui, je suis plus optimiste. La g\u00e9n\u00e9ration issue des juges arrive. Nous sommes \u00e0 la crois\u00e9e des chemins. n<\/p>\n<p>Propos recueillis par Guillaume Ch\u00e9rel<\/p>\n<p>1. Momente ouvre la programmation musicale du Festival d&#8217;Automne, le 29 septembre, Cit\u00e9 de La Musique. Les autres concerts ont lieu le 13\/10, oeuvres de Helmut Oehring, Amphith\u00e9\u00e2tre de l&#8217;Op\u00e9ra National de Paris; le 16\/10, oeuvres de Galina Ustvolskaya, Th\u00e9\u00e2tre des Bouffes du Nord; les 20, 21, 22 et 23\/10, oeuvres de Gy\u00f6rgy Kurtag, Th\u00e9\u00e2tre Moli\u00e8re\/Maison de la Po\u00e9sie; le 6\/11, oeuvres de G\u00e9rard Pesson, Studio de l&#8217;Op\u00e9ra National de Paris; le 20\/11, oeuvres de Helmut Lachemann et Heiner Goebbels, Salle de spectacle de Colombes. Nous reviendrons sur ce dernier concert dans le Regards denovembre. Nous publierons en octobre un article de Suzanne Bernard sur l&#8217;Op\u00e9ra chinois dont le Festival d&#8217;Automne a programm\u00e9 quatre oeuvres. Renseignements: 01 53 45 17 00.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><strong> Samedi 12 septembre, F\u00eate de l&#8217;Humanit\u00e9, stand Regards, 20 h: le Th\u00e9\u00e2tre Vollard sera en sc\u00e8ne, paroles, musique et Kari Poulet. 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