{"id":1064,"date":"1998-09-01T00:00:00","date_gmt":"1998-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/styles1064\/"},"modified":"1998-09-01T00:00:00","modified_gmt":"1998-08-31T22:00:00","slug":"styles1064","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1064","title":{"rendered":"Styles"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Avec la Pasionaria, V\u00e1zquez Montalb\u00e1n ne pr\u00e9tend pas r\u00e9\u00e9crire l&#8217;histoire. Il s&#8217;efforce de la comprendre. Et, au milieu de cette histoire, Dolores Ibarruri, celle qui lan\u00e7a, le 19 juillet 1936, le d\u00e9fi: &#8221; No pasar\u00e1n &#8220;. <\/p>\n<p> <strong> &#8221; Hommes : <\/strong> je vous aimais. Veillez ! &#8221; (Julius Fucik)<\/p>\n<p>Il existe de nombreuses sources d&#8217;informations sur Dolores Ibarruri, entre autres, la c\u00e9l\u00e8bre autobiographie intitul\u00e9e El \u00fanico camino (le seul chemin), Moscou, 1963; les Memorias de Pasionaria 1939-1977, Barcelone, 1985; \u00e0 quoi il convient d&#8217;ajouter une bonne centaine d&#8217;\u00e9tudes et t\u00e9moignages divers r\u00e9dig\u00e9s essentiellement entre 1953 et 1994 par des acteurs et des t\u00e9moins de la guerre d&#8217;Espagne (1936-1939), de la d\u00e9faite des R\u00e9publicains, de l&#8217;exil en Union sovi\u00e9tique de la plupart des dirigeants du Parti communiste d&#8217;Espagne, de la venue en France, en 1945, apr\u00e8s la d\u00e9faite nazie, d&#8217;une bonne partie d&#8217;entre eux, alors que la fin de la dictature franquiste semble imminente, mais trente ann\u00e9es encore vont devoir s&#8217;\u00e9couler avant que le vieux tyran ne meure dans son lit. Pas de recours \u00e0 de nouveaux documents, d&#8217;archives par exemple. Chacun de ces ouvrages est &#8221; un portrait de groupe avec dame &#8220;, selon le titre du roman d&#8217;Heinrich B\u00f6hl que reprend V\u00e1zquez Montalb\u00e1n. Au centre, il y a la Dame, seule au milieu des hommes qui l&#8217;observent. Admiratifs, sceptiques, critiques, m\u00e9fiants, envieux ou haineux, ce sont ses pairs, ses camarades, ses ennemis. Peut-\u00eatre ont-ils du mal \u00e0 admettre que la fille d&#8217;un pauvre mineur de Biscaye, \u00e9pouse de mineur et m\u00e8re de six enfants, ait pu exercer de hautes fonctions jusqu&#8217;alors r\u00e9serv\u00e9es aux hommes, dont, de 1942 \u00e0 1960, celle de secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale d&#8217;un parti qui, en quatre ann\u00e9es d&#8217;existence l\u00e9gale, acquiert une \u00e9norme importance dans la vie politique espagnole et cela dans les conditions d&#8217;une guerre civile effroyable. A Madrid, cette Dame, cette militante, a cri\u00e9, au lendemain du soul\u00e8vement des g\u00e9n\u00e9raux fascistes, le 19 juillet 1936, &#8221; No pasar\u00e1n ! &#8220;, puis, au meeting de solidarit\u00e9 avec le peuple espagnol qui se tient au V\u00e9lodrome d&#8217;Hiver en septembre 1936, elle d\u00e9clare, au cours d&#8217;un discours, h\u00e9las, pr\u00e9monitoire &#8221; Mieux vaut mourir debout que vivre \u00e0 genoux ! &#8221; Le 17 octobre 1938, apr\u00e8s que les puissances occidentales eurent refus\u00e9 toute aide \u00e0 la R\u00e9publique espagnole, elle adresse un bouleversant message d&#8217;adieu aux Brigades internationales, contraintes de quitter les champs de bataille o\u00f9 se jouent pourtant la paix et l&#8217;avenir du monde.<\/p>\n<p> <strong> Des hommes surpris par le gigantisme de la diff\u00e9rence <\/strong><\/p>\n<p>Dolores Ibarruri est tr\u00e8s belle. Certains la d\u00e9sirent peut-\u00eatre&#8230; S\u00e9par\u00e9e de son \u00e9poux, Juan D\u00edaz, elle a pris en 1936 un nouveau compagnon, de vingt ans son cadet. On ne lui conna\u00eet aucune autre liaison extraconjugale. Que lit-on dans les yeux des dizaines de &#8221; nains &#8221; qui l&#8217;entourent ? Il s&#8217;agit d&#8217;hommes intelligents, plus ou moins instruits, d\u00e9vou\u00e9s \u00e0 leur cause, parfois capables d&#8217;ambition, de ressentiment, ou bien ils appartiennent \u00e0 l&#8217;autre camp et se r\u00e9pandent en calomnies et en injures. Car, annonce V\u00e1zquez Montalb\u00e1n, &#8221; ce qui m&#8217;int\u00e9resse, c&#8217;est le regard du g\u00e9n\u00e9ral Franco, de Santiago Carrillo, de Joseph Staline ou de Jorge Sempr\u00fan lorsqu&#8217;ils ont rencontr\u00e9 Dolores Ibarruri &#8221; la Pasionaria &#8220;, ces hommes surpris par le gigantisme de cette diff\u00e9rence (&#8230;) je les consid\u00e8re dans leur relation avec le gigantisme que repr\u00e9senta pour eux, d&#8217;une mani\u00e8re n\u00e9gative ou positive, le mythe de cette diff\u00e9rence, et j&#8217;analyse comment ce mythe a influ\u00e9 sur leur conduite &#8220;. Et l&#8217;ancien membre du PCE qu&#8217;est Montalb\u00e1n, quel regard porte-t-il sur celle que, le plus souvent, il nomme Dolores, non sans respect et \u00e9motion ? N\u00e9e en 1895, Dolores Ibarruri meurt en 1989. Aux moments les plus cruciaux d&#8217;un si\u00e8cle tourment\u00e9, elle sera donc Blanche-Neige, la M\u00e8re, la Reine-M\u00e8re, la &#8221; m\u00e9g\u00e8re rouge &#8220;, la &#8221; vieille dame indigne &#8220;&#8230; suivant les sentiments qu&#8217;elle inspire \u00e0 des hommes fascin\u00e9s. Cette lutteuse infatigable n&#8217;\u00e9chappe pas aux contradictions de son \u00e9poque, aux m\u00e9faits du stalinisme, \u00e0 la pression de la guerre froide qui sauve le r\u00e9gime de Franco. En toute circonstance, elle d\u00e9fend l&#8217;unit\u00e9 du PCE, la solidarit\u00e9 avec l&#8217;URSS, ce qui ne l&#8217;emp\u00eache pas, avec ses camarades de la direction, de condamner, \u00e0 Moscou, l&#8217;intervention sovi\u00e9tique en Tch\u00e9coslovaquie. En 1942, comme tant d&#8217;autres jeunes Espagnols, son fils Rub\u00e9n est mort \u00e0 Stalingrad. D\u00e9sormais il ne lui reste plus qu&#8217;un enfant, Amaya. Or, elle a toujours regrett\u00e9 la vie de famille que son engagement politique ne lui permet pas de mener. Peut-\u00eatre se sent-elle un peu lasse. Tout en insistant sur les qualit\u00e9s de discipline et d&#8217;organisation du PCE, Montalb\u00e1n ne se prive pas de critiquer la tendance \u00e0 la &#8221; parano\u00efa &#8221; et \u00e0 la &#8221; schizophr\u00e9nie &#8221; de dirigeants condamn\u00e9s \u00e0 vivre des dizaines d&#8217;ann\u00e9es dans les conditions de l&#8217;\u00e9migration ou de la clandestinit\u00e9, leur d\u00e9fiance envers des camarades luttant \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du pays pour la reconstruction du Parti, mais hors de leur contr\u00f4le, et dont certains ont connu une fin tragique. D&#8217;autres, coupables d&#8217;enfreindre le dogme, sont exclus. Ne peut-on pas se demander toutefois si ce que l&#8217;on d\u00e9signait du nom de &#8221; subjectivisme &#8221; n&#8217;a pas permis \u00e0 ces hommes, \u00e0 ces femmes, de tenir bon jusqu&#8217;\u00e0 la fin de l&#8217;Etat franquiste, fin \u00e0 laquelle ils ont contribu\u00e9 par la politique dite de &#8221; R\u00e9conciliation nationale &#8221; et les grandes gr\u00e8ves des ann\u00e9es 50 et 60 en Catalogne, au Pays Basque et dans les Asturies ?<\/p>\n<p> <strong> L&#8217;id\u00e9al communiste &#8221; n&#8217;est pas le m\u00eame que celui des abeilles &#8221;  <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;essayiste ne d\u00e9molit pas le mythe de Dolores Ibarruri comme on renverse une statue. Il s&#8217;efforce de rendre au personnage toute sa dimension humaine. La Pasionaria a su parler et entra\u00eener les foules, parce qu&#8217;elle \u00e9tait le coeur et la bouche des foules. D&#8217;ailleurs, autant que les plus prestigieux des dirigeants, ce sont ces combattants anonymes, pr\u00eats \u00e0 tous les sacrifices pendant la guerre et dans la clandestinit\u00e9, qui en ont attir\u00e9 d&#8217;autres. Il faut lire le chapitre consacr\u00e9 au &#8221; romantisme militant &#8220;, cet \u00e9lan prom\u00e9th\u00e9en qui s&#8217;est heurt\u00e9 au stalinisme, \u00e0 &#8221; la terreur absolue (qui) allait de pair avec un endoctrinement tout aussi absolu&#8230; Le stalinisme ne s&#8217;appuie pas seulement sur la terreur: la foi est \u00e9galement un de ses piliers &#8221; (Agn\u00e8s Heller). Il n&#8217;en reste pas moins que &#8221; le mouvement r\u00e9volutionnaire, dans son ensemble, a contribu\u00e9 de fa\u00e7on d\u00e9terminante au progr\u00e8s historique &#8220;. Non, &#8221; l&#8217;id\u00e9al communiste n&#8217;est pas le m\u00eame que celui des abeilles &#8220;, affirme Montalb\u00e1n en reprenant la phrase d&#8217;Igor Afaassiev. D\u00e8s la fin des ann\u00e9es 60, de nouvelles g\u00e9n\u00e9rations veulent changer et l&#8217;Histoire (Marx) et la vie (Rimbaud), sous le double signe de la libert\u00e9 et de la d\u00e9mocratie. Pour terminer cet essai de vaste information et de grande intelligence critique, on lira Notices biographiques des personnages compl\u00e9mentaires, une magnifique S\u00e9lection de discours, rapports, d\u00e9clarations et articles de Dolores Ibarruri et une importante Chronologie. <\/p>\n<p> <strong> Manuel V\u00e1zquez Montalb\u00e1n La Pasionaria et les sept nains Traduit de l&#8217;espagnol par Nicole Adoum Editions du Seuil, 459 p. <\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Avec la Pasionaria, V\u00e1zquez Montalb\u00e1n ne pr\u00e9tend pas r\u00e9\u00e9crire l&#8217;histoire. Il s&#8217;efforce de la comprendre. Et, au milieu de cette histoire, Dolores Ibarruri, celle qui lan\u00e7a, le 19 juillet 1936, le d\u00e9fi: &#8221; No pasar\u00e1n &#8220;. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-1064","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1064","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1064"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1064\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1064"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1064"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1064"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}