{"id":10596,"date":"2017-09-29T10:37:44","date_gmt":"2017-09-29T08:37:44","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-catalogne-eviter-l-embrasement\/"},"modified":"2023-06-23T23:25:24","modified_gmt":"2023-06-23T21:25:24","slug":"article-catalogne-eviter-l-embrasement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=10596","title":{"rendered":"Catalogne\u00a0: \u00e9viter l\u2019embrasement"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Le gouvernement Rajoy a choisi l\u2019intransigeance face au projet de r\u00e9f\u00e9rendum en Catalogne. La tension est extr\u00eame. Malgr\u00e9 ses divisions sur le sujet, Podemos essaie de proposer une sortie par le haut de la crise.<\/p>\n<p>La revendication nationale en Catalogne rel\u00e8ve d\u2019une longue histoire, bien avant l\u2019\u00e9mergence de ce que l\u2019on a appel\u00e9 le principe des nationalit\u00e9s. Qui veut comprendre doit laisser au vestiaire les opinions toutes faites. Les lignes qui suivent ne font que sugg\u00e9rer quelques lignes de force, de fa\u00e7on lapidaire[[Le trimestriel <em>Regards<\/em> de <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/web\/regards-numero-d-automne,7919\">l\u2019automne 2014<\/a> a consacr\u00e9 un dossier au sujet, sous le titre\u00a0&#8220;R\u00e9gionalismes, nationalismes, ind\u00e9pendantismes\u00a0: le repli sur sol&#8221;.]].<\/p>\n<p><strong>1. Il n\u2019y a pas de mod\u00e8le g\u00e9n\u00e9ral. La Catalogne n\u2019est ni l\u2019\u00c9cosse, ni l\u2019improbable &#8220;Padanie&#8221; invent\u00e9e par la Ligue du Nord en Italie.<\/strong> La question nationale y est ancienne, dans un pays de monarchie ultracentralisatrice et conservatrice, domin\u00e9e par les Castillans depuis la fin de la Reconquista, \u00e0 l\u2019aube du XVIe\u00a0si\u00e8cle. L\u2019Espagne n\u2019a toutefois pas le monopole de la m\u00e9thode. <\/p>\n<p>La logique centralisatrice est un mod\u00e8le r\u00e9pandu, en Europe comme dans bien d\u2019autres espaces continentaux. D\u2019un point de vue historique, la centralisation impos\u00e9e a toujours \u00e9t\u00e9 contradictoire, en g\u00e9n\u00e9ral plut\u00f4t propulsive dans les pays qui, comme la France, se sont d\u00e9barrass\u00e9s assez t\u00f4t des soci\u00e9t\u00e9s d\u2019Ancien r\u00e9gime, plut\u00f4t r\u00e9trograde dans ceux qui, comme l\u2019Espagne, s\u2019y sont longtemps refus\u00e9s. Ajoutons qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9, simultan\u00e9ment ou tour \u00e0 tour, plut\u00f4t impos\u00e9e par la force ou int\u00e9rioris\u00e9e plus ou moins par les populations domin\u00e9es.<\/p>\n<p>Mais dans la quasi-totalit\u00e9 des cas, l\u2019\u00e9quilibre de l\u2019acceptation et de la contrainte a toujours \u00e9t\u00e9 instable. Depuis quelques ann\u00e9es, la mont\u00e9e des in\u00e9galit\u00e9s, le recul de l\u2019\u00c9tat et la crise \u00e9conomico-sociale syst\u00e9mique ont acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 la rupture des acceptations anciennes. La propension de l\u2019Union europ\u00e9enne \u00e0 opposer, aux \u00c9tats constitu\u00e9s, le couple des institutions europ\u00e9ennes et des grandes r\u00e9gions a offert \u00e0 la demande de s\u00e9paration qui en r\u00e9sulte une l\u00e9gitimit\u00e9 qu\u2019elle avait perdue dans le pass\u00e9.<\/p>\n<p><strong>2. Dans ce contexte, la radicalisation de l\u2019exigence ind\u00e9pendantiste a pris deux formes diff\u00e9rentes, qui s\u2019entrem\u00ealent la plupart du temps.<\/strong> D\u2019un c\u00f4t\u00e9, elle puise ses ressorts dans une longue amertume, fruit des sp\u00e9cificit\u00e9s historiques sous-estim\u00e9es ou m\u00eame ni\u00e9es. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, elle exprime souvent le d\u00e9sir, pour des territoires dot\u00e9s de ressources, d\u2019en b\u00e9n\u00e9ficier sans devoir partager avec les moins nantis. <\/p>\n<p>Depuis quelques ann\u00e9es, dans les \u00c9tats de tradition \u00e9tatique r\u00e9cente (l\u2019Italie, la Belgique), comme dans les \u00c9tats les plus anciens (Espagne, Royaume-Uni), c\u2019est le second volet qui a pris une importance dominante. Il s\u2019accompagne alors d\u2019une propension inqui\u00e9tante aux id\u00e9es d\u2019exclusion, \u00e0 la x\u00e9nophobie et \u00e0 l\u2019exacerbation lib\u00e9rale. Ignorer le poids de ce versant de la demande ind\u00e9pendantiste serait pu\u00e9ril\u00a0; oublier a contrario ce qu\u2019il y a de propulsif dans l\u2019exigence de dignit\u00e9 et de reconnaissance serait une faute.<\/p>\n<p><strong>3. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019advient pas \u00e0 n\u2019importe quel moment de l\u2019histoire humaine.<\/strong> Le capitalisme a \u00e9tendu sa ma\u00eetrise de tous les espaces sans exception, sous une forme avant tout mondialis\u00e9e et financi\u00e8re. La spirale des in\u00e9galit\u00e9s s\u2019est renforc\u00e9e et, avec elle, une logique de polarisation des avoirs, des savoirs et des pouvoirs qui touche tous les territoires conquis par la logique concurrentielle. <\/p>\n<p>Le recul g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de &#8220;l\u2019\u00c9tat social&#8221; et de la sph\u00e8re publique a an\u00e9mi\u00e9 les m\u00e9canismes de redistribution, \u00e9rodant du m\u00eame coup les b\u00e9n\u00e9fices que les zones les plus &#8220;p\u00e9riph\u00e9riques&#8221; retiraient de l\u2019int\u00e9gration dans l\u2019\u00c9tat central. De ce fait, la parcellisation des situations \u00e9conomico-sociales accentue la tendance au repli sur soi, des privil\u00e9gi\u00e9s r\u00e9els ou suppos\u00e9s, comme des populations d\u00e9laiss\u00e9es.<\/p>\n<p>La demande de s\u00e9paration est ainsi devenue un mode de gestion du d\u00e9sordre existant. Pourquoi payer pour celui qui ne fait pas assez pour accaparer les richesses disponibles\u00a0? Pourquoi ne pas n\u00e9gocier directement avec les institutions continentales, plut\u00f4t qu\u2019avec un \u00c9tat national aux ressources amput\u00e9es\u00a0?<\/p>\n<p><strong>4. Si cette tentation s\u00e9paratiste ne manque pas de l\u00e9gitimit\u00e9 historique dans plusieurs cas, elle n\u2019en est pas moins grosse de redoutables impasses.<\/strong> Le vieux mod\u00e8le du nationalisme du XIXe si\u00e8cle \u2013\u00a0&#8220;un peuple, une nation, un \u00c9tat&#8221;\u00a0\u2013 est-il si op\u00e9rant dans un monde dont les soci\u00e9t\u00e9s sont de plus en plus interp\u00e9n\u00e9tr\u00e9es\u00a0? La croissance de la m\u00e9thode concurrentielle, en accentuant les polarit\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de chaque territoire, ne menace-t-elle pas \u00e0 terme la coh\u00e9sion de tous, m\u00eame les mieux dot\u00e9s en ressources mat\u00e9rielles ou symboliques\u00a0?<\/p>\n<p>Nul ne peut emp\u00eacher une population qui d\u00e9sire la s\u00e9paration de s\u2019y engager. Le respect du principe de souverainet\u00e9 populaire est \u00e0 ce prix. En choisissant le m\u00e9pris et la force, le gouvernement Rajoy attise donc les braises, divise un peu plus la population r\u00e9sidant en Catalogne et joue avec le feu de la crise et d\u2019une quasi guerre civile. En cela, la brutalit\u00e9 \u00e9tatique retenue en Espagne est \u00e0 la fois inadmissible et stupide. Comme l\u2019attitude m\u00e9prisante des puissances coloniales furent nagu\u00e8re inadmissibles et stupides face aux revendications nationales des peuples colonis\u00e9s.<\/p>\n<p>Mais la tentation de la s\u00e9paration, quand bien m\u00eame elle est d\u00e9mocratiquement l\u00e9gitime, n\u2019est pas n\u00e9cessairement porteuse, ni de concorde des populations concern\u00e9es, ni d\u2019\u00e9mancipation des cultures, des traditions et des individus. Or, dans le monde qui est le n\u00f4tre, la cl\u00e9 de tout d\u00e9veloppement des capacit\u00e9s humaines n\u2019est pas d\u2019abord dans les ind\u00e9pendances juridiques, mais dans l\u2019\u00e9galit\u00e9 des conditions et des droits et dans l\u2019\u00e9mancipation concr\u00e8te des personnes. <\/p>\n<p>\u00c0 quoi bon l\u2019ind\u00e9pendance officielle, si le territoire th\u00e9oriquement \u00e9mancip\u00e9 reste tributaire des logiques dominantes de d\u00e9possession, de discrimination et de domination, qui sont le lot des normes du capital depuis si longtemps\u00a0?<\/p>\n<p><strong>5. On tiendra ici pour raisonnable la position de Podemos qui sugg\u00e8re de trouver une logique collective d\u2019apaisement<\/strong>, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019Espagne tout enti\u00e8re, pour sortir de la crise et \u00e9viter ainsi le pire. Diviser en deux blocs antagonistes la population de Catalogne, sur un choix qui contourne toutes les grandes questions sociales et d\u00e9mocratiques conditionnant le d\u00e9veloppement ult\u00e9rieur du territoire et de ses habitants n\u2019est pas sans danger immense. Mais d\u00e9l\u00e9gitimer a priori la consultation populaire et, plus encore, maintenir le statu quo fait courir imm\u00e9diatement le risque du pourrissement et des ranc\u0153urs, avec leur cort\u00e8ge possible de violence, de ressentiment et de reculs d\u00e9mocratiques calamiteux.<\/p>\n<p>En pr\u00f4nant une n\u00e9gociation globale, appuy\u00e9e sur la consultation populaire, Podemos d\u00e9signe la voie la plus pertinente dans le moment pr\u00e9sent. Faut-il, pour y parvenir, se tourner vers le Parti socialiste, comme semblent l\u2019envisager les plus hauts responsables du mouvement\u00a0? C\u2019est pour le moins discutable. Mais c\u2019est \u00e0 la gauche critique d\u2019Espagne, de Catalogne ou d\u2019ailleurs de trouver la meilleure mani\u00e8re d\u2019avancer, en \u00e9valuant au mieux tous les risques.<\/p>\n<p>Si la Constitution espagnole est inad\u00e9quate, rien n\u2019est plus urgent que d\u2019en changer. Si l\u2019on veut \u00e9viter tout autant la contrainte unificatrice que la dispersion nationalitaire, la reconnaissance pleine et enti\u00e8re du caract\u00e8re plurinational de l\u2019Espagne est une n\u00e9cessit\u00e9. On tiendra donc pour un pr\u00e9alable l\u2019obligation de reconna\u00eetre et de stimuler la diversit\u00e9 culturelle historique des langues et des peuples d\u2019Espagne se d\u00e9finissant comme tels. \u00c0 condition d\u2019ajouter que tout cela n\u2019a de sens que dans l\u2019engagement solennel et concomitant d\u2019un essor cons\u00e9quent de l\u2019espace public, d\u2019une promotion des biens communs et de l\u2019appropriation sociale, d\u2019un effort continu dans l\u2019action pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 et d\u2019un parti pris sans limite pour une citoyennet\u00e9 active de tous.<\/p>\n<p>Confront\u00e9e comme tous les pays d\u2019Europe \u00e0 la rudesse de la crise et \u00e0 l\u2019\u00e9touffement de la vitalit\u00e9 d\u00e9mocratique, l\u2019Espagne n\u2019a pas d\u2019issue v\u00e9ritable en dehors d\u2019un processus constituant, au sens large et pas seulement juridique et constitutionnel. Le triptyque de l\u2019\u00e9galit\u00e9, de la citoyennet\u00e9 et de la solidarit\u00e9 n\u2019est pas un monopole de la France issue de la Grande r\u00e9volution de 1789-1794. Il est, partout, une cl\u00e9 pour que les cat\u00e9gories populaires, dispers\u00e9es et subalternes, se constituent en peuple politique, ma\u00eetre \u00e0 part enti\u00e8re de son destin.<\/p>\n<p><strong>6. La dignit\u00e9 reconnue de chacun et la partage entre tous\u00a0: la position de Podemos est raisonnable.<\/strong> Ne vient-elle pas trop tard\u00a0? Peut-\u00eatre. Mais il serait \u00e0 rebours d\u00e9raisonnable de ne pas tenter cette ultime chance.<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-10596 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/catalogne-martelli-0c9.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/catalogne-martelli-0c9-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"catalogne-martelli.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le gouvernement Rajoy a choisi l\u2019intransigeance face au projet de r\u00e9f\u00e9rendum en Catalogne. La tension est extr\u00eame. 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